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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 19:55

 

         Les chars montés sur coussins d’air traversaient le désert d’Iadès en direction des falaises rouges. En tête du cortège, Syris pilotait son char personnel, seule. Elle appréciait l’indépendance que lui avait octroyé le corps d’Eden. Dans cette nouvelle structure jeune, elle avait retrouvé toutes ses marges de manoeuvre et n’avait plus besoin d’être continuellement assistée par ses sbires.

         Elle ne se lassait pas de contempler sa jeunesse dans un miroir. Lorsqu’elle ne pouvait pas s’admirer dans une glace, ses mains fermes et vigoureuses lui rappelaient qu’elle avait dix-huit ans.

         Syris s’était très rapidement habituée à vivre dans le corps d’un homme. Par son éducation, elle avait toujours été un garçon manqué. Sa nouvelle identité masculine entérinait un état de fait et lui conférait un ascendant plus puissant sur les savants habitués à être commandés par un homme.

         La route zigzaguait dans un étroit canyon percé entre deux falaises. Le coussin d’air du char de Syris agrippa un rocher planté au milieu du chemin. Le choc ne perça pas le coussin mais déséquilibra le véhicule qui fut projeté le long de la paroi rocheuse. Syris redressa l’appareil avec habileté et le renvoya sur le chemin. Derrière elle, les chars de sa suite avaient anticipé le choc et purent reprendre leur route sans avoir subi le moindre dommage.

         Le canyon prit fin et s’ouvrit sur une immense plaine circulaire entièrement bordée de falaises. C’était dans cette région singulière d’Iadès que les Empereurs avaient pris l’habitude de se faire sacrer depuis la mort d’Etran.

         La Doyenne fixait les falaises à l’horizon et repensait à la nuit qui avait précédé son arrivée sur la planète des protonyx. Elle qui avait l’habitude de passer des nuits paisibles avait alors vu son sommeil troublé par un horrible cauchemar.

         Une femme usée par la vieillesse lui était apparue. Cette vision de terreur la faisait encore trembler au plus profond d’elle-même. La mystérieuse femme avait les traits littéralement déformés par un âge avancé. A la réflexion, c’était bien pire. On aurait dit que la femme portait un masque. Mais un masque très particulier qui semblait faire un tout avec son corps et lui offrait un nouveau visage. C’était un masque de mort.

         C’était le terme qui convenait, songea Syris. Le visage de la femme, par son apparence décrépie et par l’odeur qu’il dégageait, évoquait la mort. Dans un premier temps, Syris avait plutôt regardé cette femme avec curiosité.

         Mais très vite, l’apparition avait perturbé tous ses sens. La vieille femme était restée imperturbable, déjà figée dans une effroyable raideur cadavérique et ne disant mot. Ce calme anormal avait inquiété Syris car elle avait deviné que la femme était apparue pour lui témoigner de quelque chose de bien précis.

         Un nuage de poussière rouge barrait l’horizon et se dirigeait très rapidement en direction de la colonne de chars des savants.

         - Une meute de protonyx, murmura Syris impressionnée par la puissance de cette bestialité.

         Des centaines de protonyx fonçaient aveuglément sur les chars des savants. Syris vira son véhicule sur la droite pour éviter un animal, mais un autre percuta violemment l’avant de son char. Le monstre à peine sonné par le choc de redressa sur ses pattes et reprit sa course avec ses semblables.

         Les protonyx entraînés par leur course infernale allaient s’écraser contre les chars qui suivaient celui de Syris. Le choc semblait être bien plus dommageable pour les véhicules que pour les monstres. Les protonyx enfonçaient la carrosserie des chars et secouaient les passagers sans subir la moindre blessure. Ils se relevaient aussi sec pour réintégrer la meute.

         Les observateurs impériaux étaient unanimes. Ils avaient relevé une agitation anormale des protonyx depuis la mort de Sappho. Ces animaux solitaires qui vivaient généralement dans les montagnes d’Iadès quittaient leurs repères rocailleux pour déferler en meutes dans les plaines de la planète rouge.

         La meute était passée et les chars des savants purent reprendre plus tranquillement leur course en direction des falaises qui bordaient la plaine à l’extrême sud. Syris aurait pu affronter l’une de ces bêtes au coeur de la plaine, mais le combat contre une meute entière de protonyx aurait été difficile, même pour un descendant d’Etran. Surtout, la tradition exigeait que le futur Empereur se fasse sacrer dans les montagnes du sud, à l’endroit même où Etran avait autrefois donné le jour aux protonyx.

         La vieille femme au masque de mort qui était apparue dans le rêve de Syris avait un rapport avec les protonyx, la Doyenne en était maintenant convaincue. Plus elle y repensait, plus elle était convaincue que la femme lui avait semblé être inquiétante par ce qu’elle représentait plutôt que par l’image qu’elle présentait. Le masque de mort avait agi comme un miroir sur Syris. La femme reflétait tout ce que la Doyenne redoutait le plus au monde. Elle était le miroir de ses craintes et c’était en cela qu’elle était angoissante.

         La femme représentait la mort, la plus grande ennemie de la Doyenne. Elle était le reflet de sa grande peur. S’agissait-il d’un mauvais présage ou d’un simple mauvais rêve ? La Doyenne jugeait que ce rêve était beaucoup trop singulier pour être anodin.

         La vieille femme au masque de mort n’avait ouvert sa bouche immuable que pour prononcer un seul mot.

         Khios.

         Dans un ancien dialecte qui remontait à la nuit des temps, ce mot signifiait « âme ». Syris n’avait pas la moindre idée du message que la vieille femme avait ainsi voulu lui délivrer.

         La falaise rouge se dressait comme un mur de pierre en face du char de la Doyenne. Son véhicule immobilisé, cette dernière posa pied à terre, enfonçant ses sandales blanches dans une fine poussière rougeâtre.

         Les autres véhicules de son escorte stoppèrent derrière elle. Syris s’adressa aux savants qui avaient fait le voyage d’Okara pour assister à sa glorification sur Iadès.

         - Comme l’exige la tradition, je vais aller affronter les protonyx seule. Lorsque je réapparaîtrai devant vous sur cette montagne, j’aurai dompté les protonyx.

         Les savants reprirent en choeur la litanie traditionnelle.

         - Un Prince va nous sauver des protonyx.

         Syris commença à gravir le sentier creusé par le temps dans la roche éclatée par les intempéries. Elle surplombait suffisamment le campement des savants lorsqu’elle jeta un dernier coup d’oeil en contrebas. Apeurés par le passage d’une meute de protonyx au loin dans la plaine, les savants s’étaient rapidement réfugiés dans leurs chars.

         Le sentier tournait pour s’enfoncer dans la montagne. Syris respira en empruntant ce tunnel naturel creusé dans le roc par un ancien torrent asséché. En ce début d’après-midi, le soleil d’Iadès était extrêmement brûlant tout particulièrement sur une planète dépourvue de végétation.

         Des sifflements qui reprenaient en écho tout autour d’elle, avertissaient Syris de la présence toute proche de plusieurs protonyx. Ces animaux sauvages préféraient rester cachés dans les rochers pour épier ce visiteur qui osait s’aventurer dans leur domaine.

         La Doyenne était pratiquement arrivée au sommet de la falaise. Plus elle s’élevait en gravissant la montagne, plus il lui semblait qu’elle gagnait en pouvoir et en puissance. Elle était persuadée que la récompense suprême l’attendait là-haut, au sommet du rocher.

         Le sentier devenait moins pentu en s’élargissant. Il semblait à Syris qu’elle se rapprochait du but, ses pieds fatigués par une escalade intensive trébuchaient sur de petites pierres contondantes. Une pierre ronde de la hauteur d’un homme lui barrait maintenant le passage. Elle contourna l’obstacle et se retrouva face à un panorama de rêve.

         Des crêtes de roches rouges s’étendaient devant elle à perte de vue. La journée était magnifique et Iadès d’habitude troublée par de violentes tempêtes de sable respirait la sérénité. Alertée par un sifflement dans son dos au milieu de cette quiétude, Syris se retourna.

         Elle se trouvait face à la grande plaine circulaire. Une statue grandeur nature taillée dans le roc constituait la seule présence dans ce site désertique. Syris était persuadée d’avoir entendu le sifflement d’un protonyx, mais elle n’entrevit aucun de ces animaux. Le sommet de la falaise était parfaitement plat et n’offrait pas la moindre cachette pour un animal de la taille d’un protonyx.

         La statue taillée dans la roche rouge d’Iadès intrigua la Doyenne. Elle représentait les traits du Premier Empereur avec un réalisme saisissant. Pourtant très érudite, Syris n’avait jamais entendu parler de ce monument élevé en l’honneur d’Etran. Se pouvait-il que seuls les empereurs aient eu connaissance de l’existence de cette statue ?

         La statue bougeait. Les mouvements étaient presque imperceptibles mais ils ne trompaient pas le don d’observation de la Doyenne. Le visage de pierre très sérieux lança un petit sourire narquois à  son attention.

         Devant ce phénomène inattendu, la Doyenne sentit la panique l’envahir. Elle était venue sur Iadès pour affronter les protonyx et se retrouvait devant une mystérieuse statue animée. Les terribles protonyx lui paraissaient être presque rassurants par rapport à cette statue diabolique.

         D’un jet, de haut en bas, la couleur pourpre de la statue vira à un blanc très pâle. Les formes se modifièrent à la suite et prirent l’apparence de la vieille femme qui était apparue à Syris au cours de la nuit précédente.

         Ce n’était plus un rêve. La femme était présente devant Syris en chair et en os. Rigide comme un cadavre, elle semblait être plus figée que la statue d’Etran qu’elle avait remplacé.

         - Qui es-tu ? S’énerva Syris.

         La vieille femme lui répondit d’une voix languissante.

         - Mon nom est Khios. Je suis la gardienne des protonyx. Je suis l’âme d’Etran qui assure leur survie à travers les siècles.

         - J’étais sûre que l’âme d’Etran était immortelle, triompha Syris. C’était la seule façon d'expliquer que les protonyx avaient pu survivre à leur créateur.

         - Chaque protonyx est une parcelle de l’esprit d’Etran, confirma Khios.

         La vieille femme semblait être avide de révélations. Syris profita de l’opportunité pour chercher des réponses aux mystères qui l’intriguaient.

         - Pourquoi es-tu si vieille ?

         - C’est toi qui m’as donné cette apparence. Je représente ce que tu redoutes plus que tout. Je suis le révélateur de tes faiblesses et je t’oblige à les affronter.

         Syris comprit qu’elle était confrontée à sa propre mort, cette mort qu’elle redoutait depuis son plus jeune âge.

         - Je ne crains plus la mort, lança-t-elle en guise de défense. J’ai découvert le secret de l’éternelle jeunesse.

         La Doyenne était sur la défensive face à cette mystérieuse manifestation d’Etran. Elle devinait qu’elle était confrontée à son plus puissant ennemi, un ennemi subtil qui jouait avec ses peurs les plus profondes. Un ennemi qui voulait sa perte.

         La vieille femme était sûre de sa puissance.

         - Tu m’appartiens depuis ta naissance, Syris. Les Sphinx ont deviné que tu étais mon instrument. En venant sur Iadès, tu as scellé ton sort.

         Syris recula d’un pas.

         - Que me veux-tu ?

         - Tu vas réaliser la volonté d’Etran.

         Les traits mortifiés de la vieille femme fondirent en une masse gélatineuse qui bouillait bruyamment. Le magma se solidifia devant Syris pour former un protonyx menaçant au pelage soyeux. La bête monstrueuse tordit son coup de colère et poussa un sifflement en sortant une langue fourchée de sa bouche. Les yeux rouges reflétaient une cruauté glaciale. Les deux crocs acérés qui brillaient au soleil aveuglèrent Syris lorsqu’ils fondirent sur son visage et la mordirent furieusement au cou.

         La Doyenne s’effondra sur le sol en poussant un hurlement de douleur. Les yeux du corps d’Eden s’emplissaient d’un liquide laiteux. La bouche salivait en ses extrémités. Le visage se figeait dans un rictus crispé.

         La Doyenne était paralysée mais restait consciente. Le venin du protonyx coulait comme de la glace dans ses artères, neutralisant tous ses organes vitaux. Les battements du coeur après s’être emballés à l’instant de la morsure se stabilisaient maintenant à un rythme régulier mais très lent.

         Syris perdit la vue et fut plongée dans un gouffre noir sans fond. Sa chute coïncidait avec le refroidissement de son corps. Elle était conservée dans un état de léthargie proche de la mort.

         Son esprit s’ouvrit. La notion de temps se dissipa pour confondre passé, présent et avenir. Tout devint rouge, rouge comme le sang sacré d’Etran. L’univers tremblait sur ses bases, des cris s’échappaient d’un gigantesque brasier de cendres incandescentes. En l’espace d’une seconde, Syris vit un souffle destructeur balayer l’Apanama. L’enceinte aux cinquante portes tomba en poussière, le cône de la Doyenne s’écroula. Les océans d’Okara débordèrent en furie et un gigantesque raz-de-marée arracha les vertes forêts. Le satellite de la planète de l’université se désintégra en des milliers de petites lueurs intenses. Okara subit ensuite la même infortune.

         Gayanès, la planète natale d’Etran explosa comme une bombe, déversant dans toute sa galaxie des milliards de particules. La Planète-Mère brilla comme une étoile pendant l’espace d’une seconde avant de disparaître à tout jamais. L’univers en furie se dilatait puis se contractait. A chacun de ces spasmes, il tendait à se réduire un peu plus sur lui-même.

         Syris se laissait posséder par l’esprit d’Etran. Elle comprenait le sens des images qui se bousculaient dans son esprit.

         Elle assistait au Mensékhar.

         Elle venait de déclencher le processus de destruction de l’univers. Etait-il irréversible ? Etran en était convaincu.

         Le Premier Empereur contrôlait l’esprit de Syris. Son oeuvre de destruction réalisée, il s’échappa du corps de la Doyenne.

         Syris sentit tout son corps se réchauffer lentement. Ses muscles se détendaient et récupéraient leur motricité. Ses yeux s’ouvrirent et contemplèrent le désastre. Elle gisait sur le sol, la vieille femme qui était réapparue la regardait avec un sourire méprisant. Syris poussa un hurlement en voyant ses mains. Elles avaient perdu toute trace de leur jeunesse. Couvertes de tache, elles étaient sèches et rugueuses.  Syris tâta son visage et sentit une peau flasque sous ses doigts.

         Son coeur usé pompait par intermittence.

         Elle mourait de vieillesse.

 

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Published by Eloïs LOM
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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 16:50

Detailed summary of George Orwell Novel Nineteen Eighty-Four (1984) by Colette COLMERAUER :

 

PART 1

 

Chapter 1

 

The story of Winston Smith begins on a bright cold day. He works for the Ministry of Truth, which deals with news, education, entertainment and art.  There are three other Ministries: the Ministry of Plenty dealing with Economic Affairs, the Ministry of Love dealing with law and torture, and the Ministry of Peace which deals with war and defence.

Everywhere in London there are giant posters of a dark eyed man with a moustache and a motto “Big Brother is looking at you”. Winston comes back home from work to his one room apartment. In this room a big telescreen transmits and receives non-stop information, so that you can be watched or listened to at anytime. But there is an alcove besides where he believes he cannot be seen. So he sits there and begins writing a journal, on an old book bought in an antiques shop. He writes the date: 4 April 1984.  He remembers his encounter with Julia, a young woman, in the morning during the Two Minutes Hate of Emmanuel Goldstein, the public enemy. Julia is a member of the Junior Anti-Sex league and Winston believes she is a spy.

 

Chapter 2

 

He is interrupted by a neighbour, Mrs Parson, asking him to give a hand  for her sink. Mr and Mrs Parson are nice people but they have two children already endoctrinated to inform about thought criminals especially their parents.

Soon after Winston learns that his country Oceania won an important battle against Eurasia. He knows that the mere fact he can think condemn him to death. He puts some white dust on his journal to be sure nobody will touch it.

 

Chapter 3

 

Winston is dreaming about his parents and his sister who died when he was eleven or ten, when a violent whistle wakes him up at a quarter past seven, followed by a strenuous gym class on the telescreen.

While exercising Winston remembers his childhood, around the 50’s, when war started and never stopped. The party pretended that Eurasia was the enemy of Oceania, but he knew that, only four years ago, Oceania was allied with Eurasia against Estasia.  A lie could become truth. That was the reason why nobody could tell if Big Brother was real or had been invented.

 

Chapter 4

 

Winston’s work at the Records Department of the Ministry of Truth consists in revising historical records, to make the past conform to ever-changing party line. The facts are always changed to conform to Big Brother’s speeches and prediction.  An issue of the newspaper Times can be changed a dozen times if necessary.

He also deletes references to unpersons, people who have been “vaporised”, i.e. not only killed by the state but denied existence even in history or memory. The original documents are incinerated in a place called “memory holes”. On the opposite Winston also has to invent characters, like a certain Comrade Ogilvy, 23, who displayed great heroism by leaping into the sea from a helicopter so that the dispatches he was carrying would not fall into enemy hands.

Winston becomes fascinated by the true past and tries to learn more about it.

 

Chapter 5

 

Winston meets his friend Syme at the cafeteria. Syme works on the eleventh edition of Newspeak Dictionary. This artificial language is meant to ideologically align thought and action with the principles of Ingsoc (English Socialism) by “making all other modes of thought impossible”. Words are destroyed by the hundreds, day after day, to make sure that they will not be used to think differently. Winston believes that Syme is too intelligent and that he will be eliminated because he knows too much about Newspeak.

At one moment Winston looks at Julia, the dark haired girl, and now he is convinced she is a spy. Everybody is spying everybody.

 

Chapter 6

 

Winston is remembering his wife Katharine. Marriages had to be authorized by a committee, in order to procreate: any sexual attraction was strictly forbidden. In doing so, the party tried to denature sexual instinct. Their marriage lasted fifteen months, and ended because Katharine could not bear children. Katharine had no intelligence and no sensuality.

 

Chapter 7

 

Winston believes that the only hope can rise from proles, 85 per cent of Oceania population who are despised by the party. They are only asked to work and procreate, so they are relatively free. Winston thinks they will be able to revolt when they become conscious, but they can be conscious only when they have already revolted…

Revolution pretends to have abolished capitalism, but the proletarian conditions have hardly changed. Has capitalism really existed? History falsifications are so huge, it’s impossible to know for sure. What did  London look like before Revolution ? Nobody knows.

 

Chapter 8

 

Winston is strolling in London streets. He likes to be alone, which is foolish, as Party members should enjoy being with others. Pubs are crowded with proles: Winston follows an old man inside, because he wants to ask him questions about his youth, to know more about the time before Revolution. He offers him several beers and listens to his memories, but they are not interesting.

Then he goes on, and visits the antiques shop where he had bought the old book he uses to write his journal. He also visits upstairs a room full of old furniture. He intends to take it for rent from its owner, Charrington.

When he comes back home, he meets the dark haired girl who pretends not to see him: he is sure she is following him to spy him.

 

 

PART 2

 

Chapter 1

 

Four days later, in the Ministry of Truth, he bumps the black haired girl who hands him surreptitiously a note written with “I love you”. He gets very excited and decides to talk to her at the cafeteria.

 

But he has to wait when she is alone, and far away from a telescreen. It takes one week to get this opportunity and they decide to meet at Victory Square. Then another meeting is set next Sunday outside of London.

 

Chapter 2

 

After a long railroad trip, Winston meets Julia and they go into a forest. Julia, like himself hates the Party but lets nobody know it. They hide from all the microphones, and they make love, which is a strong political act, against the Party as the Party condemns any sexual desire.

 

Chapter 3

 

When they depart they take different routes. During May they meet secretly several times. Julia works for the Fiction Department, she has a very good reputation and she was authorized to work during one year at Pornosec, producing pornography for the proles.

 

She hates the Party but she never heard about the Brotherhood and does not believe in it. The lovers know fully well that they will soon be detected and arrested, and Julia observes: "everybody always confesses. You can't help it."

 

Chapter 4

 

Winston is waiting for Julia to come in his room, atop Mr Charrington antiques shop. He feels tenderness for her now. When Julia arrives, she is perfumed and she has make up on: she also brings good bread, jam, sugar and true coffee, not “Victory “coffee which is a substitute. They make love and fall asleep holding each other.

When they wake up, Julia chases a rat out of the room and Winston scared to death confesses his phobia about rats.

 

Chapter 5

 

One morning Syme has disappeared, he “vaporised”. His name was deleted from the members list of the Chess Club, so Winston infers he became an “unperson”, he was too intelligent for his task.

Everybody is preparing to celebrate the “Hate Week” to stimulate Oceania's populace further into enraged frenzy against all enemies.

But Julia and Winston enjoy being together in the small room, but they know it will not last for ever.Winston believes there exists Brotherhood, a secret organisation (conducted by Emmanuel Goldstein) that intends to destroy the Party, but Julia does not.

 

Chapter 6

 

When Inner Party member O'Brien drops a hint that he is a member of the mysterious anti-Party Brotherhood, and gives him his personal home address, Winston is very happy and tells Julia.

 

Chapter 7

 

Winston wakes up after a dream with his mother. His father died young, and he was left alone with his mother and a younger sick sister: one day, he stole a bar of chocolate and ran away. When he came back his mother and sister had disappeared, since then he feels guilty. He explains the situation to Julia.

Winston decides that the most important thing is not to stay alive, but to stay human. The Party can force him to say anything, but it cannot read his thoughts and make him believe anything.

 

Chapter 8

 

O'Brien invites Winston and Julia to his flat where, as a member of the Party elite he lives in comparative luxury: the lifts function properly, he can offer them wine, and he can switch off the telescreen.  

 

O'Brien presents himself as a member of the "Brotherhood, whose chief is Goldstein, then he extracts a series of pledges from the couple that they are prepared to do anything to serve the Brotherhood, except (at Julia's protest) to separate from each other. He promises Winston to lend him Goldstein book.

 

Chapter 9

 

Winston is exhausted by the demonstrations during the Hate Week. After five days, the enemy suddenly changed: Eurasia becomes an ally and Eastasia is the declared enemy.


Winston knows that at the Ministry of Truth (Minitrue) they will get a lot of work changing all the written stuff for the last five years. All the Ministry employees work hard, eighteen hours a day, they sleep on mattresses in the corridors.

 

When Winston gets an afternoon off he goes to his room atop Charrington antique shop and starts reading Goldtstein book.

 

The first chapter is called “Ignorance is Strenght” and explains the class hierarchy of Oceania which has three levels: the upper-class Inner Party, the elite ruling minority, who make up 2% of the population, the middle-class Outer Party, who make up 13% of the population and the lower-class Proles who make up 85% of the population and represent the uneducated working class.

 

Another chapter explains that “War is Peace” and that three perpetually warring totalitarian super-states control the world:

Oceania, its core territories are the Western Hemisphere, the British Isles, Australasia, and Southern Africa. Its ideology is Ingsoc, that means English socialism.

Eurasia its core territories are Continental Europe and Russia, including Siberia. Its ideology is Neo-Bolshevism.

Eastasia its core territories are China, Japan, Korea, and Indochina. Its ideology is Obliteration of the Self, that is Death Worship.

 

These states fight in the arctic wastes and a disputed zone comprising the sea and land from Tangiers, Nort Africa to Darwin North Australia.

 

The superstates' ideologies are alike and the public's ignorance of this fact is imperative so that they might continue believing in the detestability of the opposing ideologies. The only references to the exterior world for the Oceanian citizenry (the Outer Party and the Proles) are Minitrue maps and propaganda ensuring their belief in "the war".

 

The book also explains that the purpose of the unwinnable, perpetual war is to consume human labour and commodities, hence the economy of a superstate cannot support economic equality (a high standard of life) for every citizen. By using up most of the produced objects like boots and rations, the "proles" are kept poor and uneducated so that they will not realize what the government is doing and they will not rebel.

 

Goldstein also details the Oceanian strategy of attacking enemy cities with atomic rockets before invasion, yet dismisses it as unfeasible and contrary to the war's purpose; despite the atomic bombing of cities in the 1950s the superstates stopped such warfare lest it imbalance the powers.

 

When Julia arrives Winston reads again the first chapter aloud. The

three social classes are strictly divided, the upper class is the Inner Party, a ruling elite, its purpose is not only to abolish private property but to keep it in their hands. They want to stay atop, the middle class wants to take its place and the lower class wants to be egalitarian.

 

At the same time, the proles are freer and less intimidated than the middle class Outer Party; they are subject to certain levels of monitoring but are not expected to be particularly patriotic. "The Book" indicates that this state of things derives from the observation that the middle class, not the lower class, traditionally started revolutions. The model demands tight control of the middle class, with ambitious Outer Party members neutralised via promotion to the Inner Party or "reintegration" by Miniluv, while proles can be allowed intellectual freedom because they lack intellect.

 

All members of the Party are under surveillance by the Thought Police. They have to block in their minds any dangerous thought. And even more they have to practice “double think”.

The keyword for “double think” is blackwhite. Like so many Newspeak words, this word has two mutually contradictory meanings. Applied to an opponent, it means the habit of impudently claiming that black is white, in contradiction of the plain facts. Applied to a Party member, it means a loyal willingness to say that black is white when Party discipline demands this. But it means also the ability to believe that black is white, and more, to know that black is white, and to forget that one has ever believed the contrary. Julia falls asleep.

 

Chapter 10

 

When Winston and Julia wake up a metallic voice can be heard from the wall, the painting falls and discovers a telescreen. Uniformed men capture Winston and Julia. Charrington is not an old prole anymore, but a 35 years old officer of the Thought Police.

 

 

PART 3

 

Chapter 1

 

Winston thinks he is imprisoned in the Ministry of Love, but he is not sure. The room has no window, only four telescreens on the white walls. He feels hungry.

Other prisoners come to his cell, then go to “room 101”. Among them the poet Ampleforth, emprisoned for leaving the word “God” in a Kipling poem, and Parsons because his daughter had reported him to the Thought Police after overhearing him speak against Big Brother whilst he slept.

 

O’Brien arrives, he does not belong to Brotherhood, he is really a faithful Party member and torturer for the Thought Police.

 

Chapter 2

 

Winston is beaten and tortured. He confesses to crimes he did and did not commit, implicating anyone and everyone. But it does not matter as for the Party there is no difference between the thought and the action. Winston is attached on a bed and receives electroshocks.

O’Brien stands besides him to explain there is one and only one truth, the Party truth. If Winston has other memories, that means he is insane and gets hallucinations, he has to be cured.

O’Brien tells him that Julia has betrayed him, immediately, unreservedly, “a perfect conversion”.

 

Chapter 3

 

Reintegration is done in three steps: study, understand, accept. Winston is entering the second step.

O’Brien explains the Inner Party’s motivation: complete and absolute power, mocking Winston’s assumption that it was somehow altruistic and “for the greater good”. “Always, at every moment there will be the thrill of victory, the sensation of trampling on an enemy who is helpless, imagine a boot stamping on a human face- forever.”

 

O’Brien asks him to undress and look at himself in the mirror, how thin and weak he became. He persuades him that one day, Winston will “cure” himself of his “insanity”. Then he will be shot.

 

Chapter 4

 

Winston is recovering. He discovered that the Thought Police had been looking after him for seven years. When O’Brien enters his cell, he asks how he feels about Big Brother. Winston says he hates him so he is sent to room 101.

 

Chapter 5

 

Room 101 is the final stage of reeducation, the most feared room in the Ministry of Love, which contains each prisoner’s worst fear. As a wire cage holding hungry rats is fitted onto his face, Winston shouts “Do it to Julia” betraying her.

 

Chapter 6

 

After being reintegrated into Oceania society, Winston encounters Julia in a park. She reveals that she was also tortured, and each admits betraying the other.

 

Later, Winston sits by himself in a cafe, troubled by memories which he is convinced are false. A news bulletin announces Oceania's "decisive victory" over Eurasian armies in Africa. A raucous celebration begins outside, and Winston imagines himself a part of it. As he looks up in admiration at a portrait of Big Brother, Winston feels he has at least ended his "stubborn, self-willed exile" from the love of Big Brother – a love Winston happily returns.

 

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Published by Eloïs LOM
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 16:21

         La salle basse entourée d’épais murs de pierre n’était éclairée que par un minuscule soupirail ouvert au niveau du plafond. Désorienté dans cette obscurité quasiment totale à l’exception du filet de lumière qui pointait par le soupirail, Adonis n’avait plus la moindre notion du temps. Son horloge biologique maintenue en éveil lui indiquait vaguement qu’il devait être enfermé dans ce cachot depuis plus d’une journée.

         Les menottes végétales qui lui liaient les mains dans le dos entamaient méchamment la peau au niveau des poignets et entravaient la circulation du sang dans ses membres. Totalement isolé de toute présence humaine, il n’avait ni mangé ni bu depuis son arrivée sur Bello. Il espérait que les Amazones ne l’oublieraient pas. Il serait dommage d’avoir traversé l’univers pour mourir de faim et de soif sur une planète inconnue.

         Le jeune homme, éprouvé par sa détention, avait perdu de sa confiance. Il n’était plus aussi assuré de pouvoir réussir brillamment l’épreuve des Amazones. Il en venait même à regretter d’avoir quitté Irz’gune pour suivre la volonté d’Etran sans même savoir où celle-ci devait le conduire. Le Premier Empereur réservait un destin exceptionnel aux deux fils d’un de ses  descendants, mais ne s’agissait-il pas d’un destin de martyr ? Eden avait déjà été sacrifié du moins physiquement pour permettre l’accomplissement de la volonté du Premier Empereur.

         Adonis possédait un esprit infini et il ne faisait plus qu’une seule et même personne avec son frère. Différents, mais extraordinairement complémentaires, Eden et lui formaient les deux moitiés d’un être quasiment parfait.  Ces deux parties avaient été réunies et avaient ainsi été dotées d’une puissance qu’aucun homme, pas même Etran, n’avait jusqu’à présent possédé.

         Cette puissance phénoménale restait encore très mystérieuse pour Adonis. Ses pouvoirs se révélaient progressivement à lui, mais il était encore loin d’en avoir découvert les limites. Peut-être n’y avait-il même pas de limites à l’esprit d’Eden ?  Quoi qu’il en soit, le jeune homme n’avait pas la moindre idée de l’application que souhaitait tirer Etran de ce pouvoir.

         Les projets d’Irz’gune étaient hérétiques. L’âme d’Adonis s’était révoltée lorsque le sage lui avait proposé de mettre ses pouvoirs au service des ermites de la Planète-Mère. Lejeune homme savait également qu’il n’était pas destiné à monter sur le trône des protonyx. Les sept couleurs de l’arc-en-ciel d’Etran avaient commencé à lui ouvrir la voie, mais l’avenir lui apparaissait encore très flou.

         Son avenir le plus proche passait par une épreuve imposée par les Amazones. Il ignorait en quoi consistait cette épreuve, mais il devinait qu’il devait la réussir, assurant ainsi la libération de l’humanité. Mais de quoi libérerait-il les hommes ? Ce ne serait pas de leurs corps comme le souhaitaient Irz’gune et les sages de la Planète-Mère. Lenouveau monde souhaité par Etran ne saurait être dépourvu de matière.

         Des questions, toujours plus de questions. Adonis n’en finissait pas de s’interroger sur les événements qui l’affectaient. Depuis qu’il avait quitté Okara à la fin de ses études, il n’avait pas cessé d’être ballotté au gré des événements. Il lui semblait qu’il ne maîtrisait pas son destin, voire même qu’il le subissait. Cette passivité lui était insupportable.

         La porte de sa geôle s’ouvrit pour laisser entrer une jeune fille à la fine stature élancée. Ses yeux dorés pétillaient d’une lueur pleine de vivacité dans la pénombre. Elle était particulièrement belle, dépassant en grâce et en volupté toutes les créatures pourtant exceptionnelles qu’Adonis avait pu rencontrer dans l’entourage de Sappho. Les cheveux blonds de la jeune fille étaient montés en un chignon un peu désordonné, ce qui lui donnait un petit caractère sauvage et naturel. Sa bouche ondulait dans une légère vague de lèvres charnues, son nez fin était un peu retroussé en son extrémité comme celui d’Adonis.

         La jeune fille se présenta au captif.

         - Je suis la Princesse Chelséa, la nièce et l’héritière de la vénérée Adwa. Par ma mère, nous sommes cousins, Adonis.

         Le jeune homme admira fièrement sa cousine. Son visage assuré, un brin impérieux, respirait une grande maîtrise de soi. Chelséa, élevée par Adwa, avait suivi une bonne école et ressemblait trait pour trait à sa tutrice, en plus jeune naturellement.

         Adonis était un peu rassuré à l’idée d’avoir à traiter avec des membres de sa famille. Même s’il ne connaissait ni sa mère, ni sa cousine, il se sentait plus proche de ces deux femmes que des autres Amazones.

         - Vais-je rester longtemps votre prisonnier ?

         - Tu dois passer l’épreuve, répondit Chelséa.

         Elle s’approcha de son cousin, l’invita à se relever, passa dans son dos et trancha les menottes végétales qui lui entaillaient la peau. Adonis, libéré, frictionna vigoureusement ses poignets endoloris.

         - Tu n’as pas peur que je me sauve.

         - Pour aller où, s’étonna Chelséa. Cette planète est mieux gardée qu’une prison.

         - En quoi consiste cette épreuve ?

         Chelséa se dirigea vers la porte ajourée de la cellule.

         - Tu le sauras bien assez tôt. Pour l’instant, tu dois me suivre.

         Adonis fut surpris de constater qu’il avait été enfermé dans les sous-sols du palais royal. Ils n’eurent qu’à monter un étroit escalier en pierre pour déboucher dans les couloirs animés de la riche demeure.

         - Nous allons rencontrer la vénérée Adwa, expliqua Chelséa.

         Le palais était de construction simple. Les pièces dépourvues de portes se succédaient interminablement, imbriquées les unes à la suite des autres, s’ouvrant quelques fois sur de vastes terrasses. Des tentures bigarrées fermaient l’accès aux appartements des courtisanes et des nombreux membres de la famille royale. Adonis ne parvenait pas à s’habituer à côtoyer une société composée uniquement de femmes. En tant qu’homme, il se sentait mal à l’aise, se considérant de lui-même comme un intrus sur cette planète réservée aux femmes.

         La salle des audiences était soutenue par des colonnes bombées, jaunes comme le reste des murs. La Reine Adwa était assise sur son trône, entourée de ses principales courtisanes et guerrières. Chelséa et Adonis s’agenouillèrent devant la souveraine.

         - Es-tu prêt à subir l’épreuve d’Etran, Adonis ?

         - Oui, répondit-il simplement.

         - Je te rappelle que la mort sanctionnera un éventuel échec.

         - Je gagnerai, assura t-il.

         Quatre guerrières l’emmenèrent hors de la pièce sous bonne surveillance. La Reine Adwa avait quitté son trône pour marcher derrière l’escorte en compagnie de Chelséa. Lorsque le cortège sortit du palais pour se diriger vers les parois du volcan qui abritait la capitale des Amazones, la Reine prit la tête de la  petite troupe et autorisa Chelséa à rester aux côtés d’Adonis.

         - Où allons-nous ? Demanda le jeune homme à sa cousine.

         - Nous allons dans la montagne en face de nous, celle qui abrite le temple des âmes perdues.

         La falaise abrupte qui leur faisait face se dressait comme un mur devant eux. Adonis distingua cependant un petit escalier qui avait été percé dans le roc. Comme il s’y attendait, la Reine Adwa l’emprunta pour monter sur la falaise. L’escalier étroit surplombait le vide lorsqu’il longeait la paroi de la falaise ou formait de petits souterrains lorsqu’il traversait des blocs de pierre.

         Le cortège s’était distendu pour former une longue file indienne et Chelséa marchait juste derrière Adonis. Le jeune homme se retourna pour s’informer auprès de sa cousine.

         - Allons-nous marcher encore longtemps ?

         - Nous sommes presque arrivés, le rassura t-elle. Le temple est situé à mi-hauteur de falaise.

         La capitale des Amazones s’étendait sous leurs pieds dans le cratère du volcan. Les terrasses du palais royal étaient noires de monde, comme si toutes les Amazones de Bello s’étaient donné rendez-vous pour assister à l’épreuve imposée au jeune homme.

         Adonis avait été surpris que les Amazones aient pu avoir connaissance de l’existence d’Etran. Il doutait que le Premier Empereur se soit un jour aventuré sur cette planète réservée aux femmes. Sa question était indirecte.

         - Qu’attendez-vous de l’Antiproèdre ?

         - Le Premier Empereur de ta dynastie a eu un fils et sept filles. Conformément au vœu de leur père, elles sont venues s’installer sur Bello. Leur société est réservée aux femmes à l’exception de l’Ard’na, l’élu, qui devra nous sauver du Mensékhar. L’Ard’na devra réconcilier les Amazones avec les hommes.

         L’escalier disparaissait dans une porte taillée dans la montagne. L’entrée béante crachait des flammes alimentées par du soufre en combustion. Les flammes étaient plus intimidantes que dangereuses. Elles étaient disposées de manière à laisser un passage au milieu du mince couloir qui s’enfonçait dans les parois taillées dans la lave.

         Ils débouchèrent dans une salle assez grande pour trancher avec la petitesse des couloirs. Du soufre incandescent l’illuminait de toutes parts et permettait de distinguer une vieille femme aux cheveux blancs assise sur le sol, les jambes croisées sous elle. Elle ne semblait pas avoir aperçu, à travers son regard plongé dans le vague, les visiteurs qui étaient entrés dans la salle en silence.

         - C’est une sondeuse d’âmes, murmura Chelséa à Adonis.

         - Une sondeuse d’âmes ?

         - C’est l’équivalent féminin de vos Sphinx, étaya la jeune fille. Nous présentons nos enfants aux sondeuses d’âmes afin qu’elles décèlent leur chemin de vie et leur donne un nom.

         La Reine Adwa s’approcha de la vieille femme, tandis que le reste de sa troupe restait respectueusement en arrière.

         - Nous avons un homme à te présenter, Vénérée. Il s’appelle Adonis et il est le dernier descendant du Premier Empereur.

         - Et il est ton fils, chère Adwa.

         La reine eut un mouvement de recul. Son visage hautain se crispa. La vieille femme poursuivit.

         - N’essaye plus jamais de me cacher la vérité, chère Adwa. Tu sais pourtant que je peux sonder toutes les âmes.

         Pour la première fois, Adonis vit sa mère craindre quelqu’un. Adwa continua à reculer pour rejoindre le groupe des Amazones. La vieille femme fit alors un signe de la main à Adonis afin de l’inviter à s’approcher.

         Le jeune homme avança de quelques pas jusqu’à ce que le visage de la vieille femme lui apparaisse distinctement dans tous ses détails. Il comprit ce qui lui donnait cet air hagard. La sondeuse d’âmes était aveugle. Ses yeux blanchâtres boursouflés fixaient le vide, ayant perdu tout espoir d’apercevoir un jour quelque chose.

         - Assied-toi devant moi, Adonis, ordonna t-elle.

         Le jeune homme s’assit sur le dallage froid de la grotte et croisa ses jambes comme la vieille femme.

         - Donne-moi ta main droite.

         Il tendit machinalement sa main et n’eut que le temps de sentir une brûlure intense sur son index. La sondeuse de vérité avait légèrement entaillé le doigt à l’aide de l’une de ses bagues et avait recueilli une goutte de sang du jeune homme dans la paume de sa main.

         Les flammes alimentées par le soufre en combustion dansaient sur la surface de cette goutte, lui offrant un caractère vivant. Sans bouger un seul de ses membres, rien qu’avec la force de son esprit, la vieille femme obligea l’infime goutte de sang à se métamorphoser sous le regard admiratif d’Adonis.

         Tombée sur le sol, la goutte poussa comme une plante, guidée dans sa croissance par l’esprit de la sondeuse d’âme. Elle forma un arbre grandeur nature d’abord monochrome puis se pigmentant de marron au niveau du tronc et de vert sur chacune des feuilles. L’arbre à peine constitué se brouilla pour prendre l’apparence d’une pierre, noire comme celles de la pièce dans laquelle ils se trouvaient.

         Adonis influença de son mental pour modifier à son tour la forme de la goutte de sang. Il se souvenait avoir déjà vu Sappho accomplir pareil prodige. Il donnait des contours humains à ce qui n’avait été une simple goutte de sang. La Reine Adwa montra un visage rempli de terreur. Elle venait de se trouver face à sa propre image en trois dimensions, une image jumelle capable de marcher et de parler selon les désirs d’Adonis.

         La sondeuse d’âmes reprit le contrôle de la goutte de sang et fit disparaître le double de la Reine. Elle expliqua.

         - Seuls quelques descendants d’Etran ont ce fabuleux pouvoir de constituer des objets à l’aide d’une simple goutte de leur sang. Selon les sept filles du Premier Empereur, l’Ard’na devra nécessairement être doté de ce don.

         - Cela veut-il dire qu’Adonis serait bien l’Elu ?

         - Cela ne suffit pas. Je dois encore partir à la recherche de son âme.

         Une lumière s’échappa alors de la bouche de la vieille femme et pénétra dans celle d’Adonis l’instant d’un éclair de seconde. Le corps du jeune homme tremblait comme s’il était possédé par des démons.

         La sondeuse d’âmes tentait de s’emparer de son esprit tandis qu’il s’opposait de toutes ses forces à cette intrusion. Peine perdue. La vieille femme parvenait à percer toutes les défenses de l’âme d’Adonis et circulait trop vite pour qu’il puisse la rejoindre.

         Elle venait d’entrer dans la partie de l’esprit d’Adonis qui renfermait son vécu. Elle y lisait toute son enfance, ses années d’études sur Okara, ses aventures aux côtés d’Eden. La sondeuse d’âmes eut ensuite connaissance de la fusion des esprits des deux garçons. Cet événement attira l’attention de la vieille femme qui s’éternisait dans les détails. Elle voulait connaître toutes les étapes de cette fusion.

         Adonis profita de cette interruption dans l’intrusion pour essayer de la chasser de son esprit. Il avait réussi à la localiser alors qu’elle décryptait l’instant au cours duquel les ectoplasmes des deux garçons étaient montés en vrille dans les airs pour fusionner.

         Adonis se concentra suffisamment pour brouiller les perceptions de la vieille femme, mais ce ne fut pas suffisant pour chasser l’esprit intrus qui sondait ses pensées les plus secrètes. L’esprit de la vieille femme se dégagea aisément et entra dans la composante infinie de l’esprit d’Adonis.

         Le corps du jeune homme répercutait la défaite de son âme. Envahi au plus profond de lui-même, il tremblait de fièvre. Des gouttelettes de sueur couvraient son front, de la bave coulait entre ses lèvres fermées.

         La vieille femme ouvrit la porte du rouge sans aucune difficulté. Elle partait à l’assaut des mystères d’Etran. L’orange ne lui offrit pas plus de résistance. Adonis sentit qu’elle s’aventurait au coeur de son âme dans des contrées qu’il n’osait même pas lui-même investir. Elle traversa le jaune puis le vert, accéléra d’impatience dans le bleu avant d’affronter la porte du violet.

         Adonis n’avait qu’une seule fois entr’aperçu ce que décelait le violet lors de sa fusion avec Eden. Le peu de ce qu’il avait vu derrière le rideau violet avait noyé son âme dans des limbes exaltants.

         La sondeuse d’âme voulait voir ce qu’Adonis lui-même n’avait jamais osé découvrir : le Mystère d’Etran. Elle traversa l’écran violet, obligeant l’âme d’Adonis à plonger avec elle dans l’inconnu.

         La sondeuse d’âme s’était montrée trop téméraire. Son âme fut entraînée dans un tourbillon de sensation sans fin. C’était désormais son corps qui tremblait d’une violente fièvre, l’entraînant dans un coma proche de la mort. Elle essaya de se dégager de l’emprise de l’âme d’Adonis, mais accéléra au contraire sa chute dans ce trou violet sans début ni fin.

         Elle craignait l’instant où toute remontée dans son corps deviendrait impossible, l’instant de sa mort. Adonis, quant à lui, se mouvait sans difficulté au coeur des secrets d’Etran et il repoussa aisément hors de son esprit l’âme de la vieille femme qui avait osé s’aventurer trop loin.

         La sondeuse d’âmes reprit connaissance lorsqu’elle réintégra son corps.

         - Il est l’Elu, s’écria t-elle.

         Adonis reprit ses esprits à cet instant. Désormais il savait qu’il était bien l’Elu d’Etran et il savait pourquoi. Une phrase lui vint à l’esprit.

         Un seul esprit pour toute l’humanité.

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 18:45


Dans le Mensékhar, la Doyenne de l’Université de la planète Okara siège dans un palais de forme hélicoïdale situé au centre d’une grande place carrée.

 

Il existe une tour qui pourrait faire penser à ce palais, c’est le minaret en spirale de la grande mosquée de Samarra en Irak construit au IXème siècle de notre ère.


Samarra.jpg
 

Le Malwiya est le plus original minaret du monde musulman, qu'on retrouve seulement deux fois dans l'art islamique. Séparé de la mosquée au nord à laquelle il est relié par un pont, il est formé d'une base carrée de 32 mètres de long et sa structure hélicoïdale composée d'une rampe en spirale à 5 étages le fait culminer à 54 mètres de haut. La pente de la rampe augmente au fur et à mesure que le diamètre de la tour se rétrécit, ce qui permet à tous les niveaux de présenter visuellement la même hauteur vu du sol.

 

La portée artistique de ce minaret est probablement à l'origine de la représentation ultérieure dans l'art occidental des ziggourats mésopotamiennes.

Brueghel-Babel.jpg

Comme par exemple dans La Tour de Babel du peintre hollandais Pieter Brueghel l'Ancien en 1563 ci-dessus.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 21:32


Dans la troisième partie du Mensékhar, Adonis découvre que les Amazones vivent à l’intérieur de cratères de volcans, le reste de la planète Bello étant recouvert d’un inhabitable désert de soufre.

Je pensais avoir inventé le concept de volcan habité, mais je viens d’apprendre qu’il existe une île japonaise nommé Aogashima qui présente cette particularité unique en son genre.
   

Volcan-habite3.jpg

Immense cratère volcanique surgi des eaux, l’île Aogashima, qui s’étend sur 5,98 km², abrite 200 habitants qui vivent dans le cratère. Au milieu de cet écrin naturel se cache un second cratère, plus petit, nommé Maruyama. Sur un des flancs de Maruyama, la terre est à vif ; aucune plante ne résiste à cause de la vapeur qui s’échappe du petit cratère.


L’île « Aogashima » a vécu sa dernière éruption à la fin du 18ème siècle. Cette éruption, qui a duré 4 ans entre 1781 et 1785, a tué 140 personnes, soit plus de la moitié de la population de l’île, les autres ayant eu le temps de s’enfuir.


Suite à ce cataclysme, l’île est restée déserte pendant 50 ans. Puis, peu à peu, la population est revenue s’installer. L'île ne compte que 205 habitants selon le recensement de 2009.


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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 23:03



Selon le célèbre astrophysicien Stephen Hawking, « l’intelligence artificielle pourrait mettre fin à l’humanité ». L’intelligence artificielle est le fait que des ordinateurs soient capables de penser comme des êtres humains.    

 

Pourtant Stephen Hawking n’est pas réfractaire à la technologie. Atteint de la maladie de Charcot, il utilise lui-même cette intelligence artificielle : le système informatique qui lui permet de s’exprimer avec une voix de robot à l’aide d’un muscle de sa joue, est en effet basé sur la prédiction des mots.

 

Un tel scénario apocalyptique dans lequel les ordinateurs se rebellent contre l’humanité a déjà été abordé dans de nombreux films tels que Terminator, Matrix ou encore I, Robot.  

 

irobot 

 

« Les formes primitives d'intelligence artificielle que nous avons déjà se sont montrées très utiles. Mais je pense que le développement d'une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l'humanité », a déclaré Stephen Hawking à la BBC, ajoutant : « Une fois que les hommes auraient développé l'intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus vite ». Puis il poursuit : « Les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés ».

 

En d’autres termes, le célèbre scientifique pense que les machines, lorsqu’elles seront en mesure de se prendre seules en charge, n’auront plus besoin des hommes et qu’elles feront sans doute tout pour s’en passer.  

 

Les hommes seraient alors victimes d’un effet boomerang : après s’être hissée au sommet de la chaîne alimentaire et avoir soumis la nature à sa volonté, l’humanité se verrait évincée à son tour par les machines qu’elle a elle-même créées.  

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 19:41

           Les jardins de la Cité Interdite résonnaient d’un silence inhabituel. Il n’y avait pas âme qui vive, seul le tonnerre interrompait de temps en temps un silence pesant presque angoissant. Des nuages noirs, menaçants de pluie, couvraient la Cité interdite habituellement ensoleillée. Des éclairs barraient le ciel noir et illuminaient l’horizon de flashs puissants.  

         Il allait bientôt pleuvoir. Irz’gune n’avait pas quitté la Planète-Mère sans appréhension, mais avait-il le choix ? De sa longue vie, le vieux sage ne s’était que très rarement aventuré hors de sa planète natale, mais aujourd’hui, les événements lui avaient commandé de gagner la planète impériale.

         Les sages projetaient depuis des milliers d’années d’allonger leur existence consacrée à la méditation. Grâce à leurs séances de recueillement et de décorporation, ils cherchaient à découvrir les secrets de l’univers. Or, beaucoup de mystères restaient encore hors de leur portée.

         L’esprit d’Eden leur aurait permis d’utiliser le Mensékhar à leurs fins et d’assurer leur éternité. Mais Adonis les avait abandonnés pour mettre ses pouvoirs au service d’Etran. L’esprit d’Eden avait échappé aux sages tandis que le Mensékhar était de plus en plus d’actualité. Irz’gune avait décidé de se rendre sur Gayanès, espérant encore contrer les prédictions du Premier Empereur et assurer la survie de l’univers.

         Les sages voulaient bien profiter du Mensékhar pour favoriser une décorporation à l’infini, mais leurs rêves étaient irréalisables sans la participation de l’esprit d’Eden. Privés de cet esprit, il ne leur restait plus qu’à contrer le Mensékhar s’ils ne souhaitaient pas disparaître  avec le reste de l’humanité, écrasés par la rage des protonyx.

         La destruction de l’humanité signifiait l’anéantissement de tous les efforts de recherche des sages depuis des millénaires et la victoire d’Etran. Irz’gune ne pouvait pas se résigner à laisser cet ancien transfuge réaliser ses projets.

         Que souhaitait réaliser Etran avec le Mensékhar ? Irz’gune n’en avait pas la moindre idée.

         Le Mensékhar ouvrira la porte vers un nouveau monde.

         Irz’gune se remémorait les dernières paroles du Premier Empereur. En détruisant l’humanité, ce dernier souhaitait visiblement instaurer un nouvel ordre. Cet ordre serait celui d’Etran et anéantirait la science des sages de la Planète-Mère. Irz’gune ne pouvait pas se résoudre à une telle éventualité.

         Le tonnerre fit trembler Irz’gune. Un craquement avait retenti, semblable à celui d’une montagne qui se serait fendue en deux. Ce bruit terrible avait été immédiatement suivi par une barre lumineuse qui avait éclairé le ciel gris derrière les arbres des jardins de la Cité Interdite. La tempête s’était rapprochée et allait bientôt déferler sur la capitale de l’Empire.

         Irz’gune se demandait bien pourquoi le spaciodrome avait été construit aussi loin des bâtiments officiels, obligeant les visiteurs à traverser tous les somptueux jardins de la Cité Interdite. La promenade aurait été plaisante par beau temps, mais devenait astreignante sous ce ciel menaçant.

         Irz’gune était venu seul. Ses collègues de la Planète-Mère avaient insisté pour l’accompagner, mais il avait refusé leur assistance. Il n’avait de toute manière pas besoin d’aide pour accomplir ce qu’il avait à faire. Une simple entrevue avec Oued devant suffire, avait-il estimé.

         Une goutte d’eau mouilla le front du sage. Annonçait-elle la pluie ? Une seconde goutte, puis une troisième, confirmèrent les craintes d’Irz’gune. De grosses gouttes d’eau tièdes tombaient sur le sol de plus en plus rapprochées. Un coup de vent glacial chassa subitement l’air moite qui planait sur la Cité Interdite.

         Un coup de tonnerre annonça le début de la tempête. Les grosses gouttes d’eau tièdes furent chassées par des gouttes plus petites, froides et abondantes. Le fond de l’air se rafraîchissait et devenait glacial. Irz’gune était trempé jusqu’aux os et un rideau de pluie barrait  la vue devant ses pas.

         La trahison d’Adonis avait profondément affecté le vieux sage. Il avait fondé tous ses espoirs dans ce jeune homme prometteur. Il lui avait confié tous les secrets de la Planète-Mère et l’avait envoyé étudier sur Okara. Il l’avait en outre chargé de protéger le Proèdre Eden. Mais après être entré en possession des dons d’Eden,  Adonis avait choisi de suivre sa propre voie, se mettant en tête d’aller rejoindre les Amazones sur Bello.

          Irz’gune avait rencontré une seule fois la Reine Adwa lorsqu’elle était venue lui confier son fils. Cette jeune femme à peine âgée d’une vingtaine d’années à l’époque était particulièrement insensible. Elle avait prévenu le sage qu’elle ne chercherait jamais à prendre des nouvelles de son fils et elle avait tenu parole. Pourtant, elle avait fait graver les coordonnées de la planète Bello sur le protonyx du pendentif. Espérait-elle inconsciemment qu’Adonis vienne un jour la rejoindre ?

         Ces coordonnées secrètes, Irz’gune les avait relevées il y avait des années de cela. Il était capable d’aller rechercher Adonis sur Bello si cela devait s’avérer nécessaire et pour cela, l’aide des Immortels serait appréciable. Adonis ne voulait certes pas participer aux projets des sages, mais il avait au moins le devoir d’aller sur Iadès pour prendre le contrôle des protonyx. Après le décès de Sheshonq et de Sappho, il était le dernier personnage de la dynastie d’Etran à pouvoir prendre le pouvoir. Il restait bien Eden, mais celui-ci était maudit par la malédiction du Premier Empereur. L’Antiproèdre n’avait qu’un seul pouvoir : celui de provoquer le Mensékhar.

         Irz’gune avait été particulièrement surpris par l’annonce du décès de l’Impératrice Sappho, peu après le départ d’Adonis de la Planète-Mère. La mort de l’Impératrice bouleversait toutes les données. Irz’gune, s’il voulait sauver l’univers devait concentrer ses efforts sur deux points particuliers. Tout d’abord, il devait soustraire Eden des mains des savants pour empêcher Syris de se faire sacrer sur Iadès, ce qui provoquerait automatiquement le Mensékhar.

         Ensuite, il s’agissait de retrouver Adonis et de le restaurer sur le trône de ses ancêtres. Il deviendrait le Maître des protonyx et assurerait la survie de l’univers pour les années à venir. Mais pour parvenir à ses fins, Irz’gune avait besoin du soutien d’Oued et de ses Immortels. D’où sa visite sur Gayanès.

         La pluie redoublait de puissance. Les gouttes d’eau balayaient le visage du sage qui était  totalement désorienté dans les jardins de la Cité Interdite. Sur sa droite, dans une brune d’eau, il aperçut les ruines de la demeure de Sappho. Il ne restait plus que les bases de l’édifice qui avait été pourtant transformé en un gigantesque chantier. Des blocs de pierre avaient été hissés pour former un début de colonnade.

         Ainsi les rumeurs qui circulaient déjà dans l’Empire étaient fondées. Oued s’était juré de fonder un fabuleux mausolée pour abriter la dépouille de l’Impératrice. Irz’gune pouvait déjà en admirer les prémices.

         Le bâtiment du Grand Conseil n’était plus très loin. Sa forme familière se profilait dans le nuage d’eau qui enveloppait le sage. Irz’gune repéra une pastille dans le sol détrempé et s’arrêta en son centre. L’engin décolla lentement du sol et emmena le vieil homme en direction du sommet de l’édifice.

         La pastille luttait contre le vent et la fureur de la pluie. Par son champ de gravité, elle retenait fermement Irz’gune à elle, l’empêchant de tomber dans le vide malgré la pression du vent.

         Les ouvertures qui parsemaient le sommet de l’édifice du Grand Conseil ressemblaient à autant de havres de paix face au déchaînement de la tempête. Irz’gune pénétra dans cette plénitude reposante, trempé jusqu’aux os. La pastille à peine attachée au sol, il quitta sa gravité sécurisante pour gagner la grande salle de réunion des délégués des Blancs et des Noirs.

         Oued y séjournait depuis le décès de l’Impératrice. Irz’gune avança dans le long couloir avec la ferme intention de rencontrer le chef des Immortels. Cet homme et ses soldats représentaient la dernière force de l’Empire capable de faire avorter le Mensékhar. Irz’gune le redoutait et méprisait la force armée qu’il représentait, mais il n’avait pas d’autre choix que de reposer ses espoirs sur lui.

         La salle du Grand Conseil était faiblement éclairée afin d’être maintenue dans une complète obscurité, à l’exception du centre de la pièce où reposait un grand caisson. Assis sur une chaise à côté de la boîte, Oued était pensif. Il ne s’échappa de ses pensées que lorsque Irz’gune se trouva face à lui.

         Oued tourna sa tête en direction du caisson, la mine particulièrement triste.

         - Elle est belle, n’est-ce pas ?

         Irz’gune s’approcha pour regarder à travers la vitre de la porte supérieure du caisson. L’Impératrice se présentait dans ses plus beaux atours ; ses cheveux aux délicats reflets cuivrés, son visage à la fois détendu et faisant preuve d’une grande fermeté.

         - Elle est magnifique, répondit sincèrement le sage.

         - Je vais l’inhumer dans un tombeau d’or et d’ivoire, reprit Oued. Ses Mignonnes seront chargées d’entretenir sa mémoire à jamais.

         Irz’gune profita de cette précision pour amener la conversation au sujet qui le préoccupait.

         - Entretenir la mémoire de l’Impératrice à jamais sera difficile si nous ne faisons rien pour empêcher la destruction de l’univers.

         Oued était nullement inquiet.

         - Ne t’inquiète pas vieil homme, fit-il. Je vais tout mettre en oeuvre pour qu’Adonis monte sur le trône d’Etran dans les prochains jours.

         - Adonis s’est échappé et se cache actuellement sur la planète des Amazones, annonça Irz’gune.

         Cette révélation contraria Oued. Son visage se durcissait et sa bouche exprimait une moue de contrariété. Si Adonis était réellement sur Bello, il pouvait être considéré comme perdu. Personne n’était parvenu jusqu’à présent à découvrir les coordonnées de la planète des Amazones. De plus, Oued ne donnait pas cher de la peau du jeune homme s’il devait tomber entre les mains de ces farouches guerrières.

         - Comment as-tu pu le laisser partir ? S’énerva t-il contre le vieux sage. Il était notre dernier garant contre les protonyx.

         Irz’gune ne répondit pas aux accusations du Commandeur.

         - Il y a plus grave, ajouta t-il.

         - Que vas-tu encore m’annoncer, oiseau de malheur, s’emporta Oued, déstabilisé par les mauvaises nouvelles.

         Irz’gune parla doucement, hachant les mots afin d’offrir plus d’impact à ses dires.

         - Eden n’est pas mort. La Doyenne de l’Université lui a injecté un produit permettant de ralentir son métabolisme jusqu’à un état proche de la mort afin de l’enlever et de le ramener sur Okara.

         - Quel intérêt cette vieille folle aurait-elle à vouloir enlever le Prince Eden ?

         - Elle a créé une machine, le projet Djed qui lui permettra de se transférer dans le corps d’Eden.

         Oued se souvenait de cette fabuleuse invention dont il avait appris l’existence par l’intermédiaire de l’Empereur Sheshonq. Il avait deviné depuis longtemps que Syris caressait l’espoir de s’emparer du corps d’un des descendants d’Etran. L’affreuse sorcière était en passe de réaliser ses projets.

         - Le transfert a t-il eu lieu.

         Irz’gune hocha affirmativement de la tête. Il précisa.

         - La Doyenne a même la ferme intention de profiter du décès de l’Impératrice pour se faire sacrer sur Iadès.

         - Je n’aime pas du tout cette femme, soupira Oued, mais nous n’avons pas d’autre choix en l’absence d’Adonis que de valider son sacre.

         - Nous n’avons pas d’autre choix que de nous opposer à son sacre, rectifia Irz’gune.

         Le Commandeur ne comprenait plus le raisonnement du sage.

         - Eden est un autre membre de la famille d’Etran. Il a le pouvoir de contrôler les protonyx.

         - Eden est l’Antiproèdre, le deuxième fils de l’Empereur contre lequel la légende d’Etran nous met en garde, expliqua Irz’gune. L’Antiproèdre possède la particularité, non seulement de ne pas pouvoir contrôler les protonyx, mais au contraire de les libérer définitivement de la tutelle de la dynastie du Premier Empereur. L’Antiproèdre en se faisant mordre par les protonyx déclencherait immédiatement le Mensékhar.

         - Comment savez-vous cela ? S’étonna Oued.

         - Le Premier Empereur l’a confié aux sages avant de quitter notre ordre. Etran possédait plus que quiconque le pouvoir de lire l’avenir.

         Oued s’était replié dans une position de réflexion. Son coude posé sur l’accoudoir du trône lui permettait de reposer sa joue sur sa main droite. De la contrariété se lisait sur son visage.

         - Je veux bien intervenir sur Iadès afin d’empêcher Syris de se faire mordre par un protonyx, mais tant que nous n’aurons pas retrouvé Adonis, nous ne pourrons pas éloigner définitivement le sceptre du Mensékhar.

         - Nous devons avant tout neutraliser Syris qui a dû s’emparer du corps d’Eden, conseilla Irz’gune. Nous partirons alors ensuite à la poursuite d’Adonis, même si nous devons pour cela aller le rechercher sur Bello.

         - Cette planète échappe au contrôle des impériaux depuis des millénaires. Nous n’aurons jamais le temps de la localiser avant que les protonyx se soient réveillés.

         Irz’gune n’était pas homme à s’arrêter devant un si petit détail. Un léger sourire teinté de malice traversa son visage flétri par la vieillesse.

         - Lorsque la reine Adwa m’a confié son fils Adonis, l’enfant portait à son coup un pendentif à l’image d’un protonyx. Sur le bijou, elle avait gravé les coordonnées de sa planète. Elle caressait probablement l’espoir que son fils viendrait la rejoindre plus tard.

         Oued se dressa sur son siège. Il avait retrouvé son dynamisme légendaire et était prêt à traverser l’univers pour débusquer Adonis.

         - Adonis m’a échappé sur Phylis, mais je le retrouverai sur Bello, jura t-il.

         Irz’gune tempéra son ardeur.

         - Nous devons avant tout empêcher Syris de déclencher l’irréparable. Si l’Antiproèdre devait se faire mordre par un protonyx, il pourrait provoquer des événements que nous ne serions plus en mesure de contrôler.

         Le Commandeur n’eut pas besoin de beaucoup réfléchir pour arriver aux mêmes conclusions que le vieux sage. Si les prédictions d’Etran s’avéraient être justes, ce serait l’Antiproèdre Eden qui serait le plus menaçant pour l’avenir de l’humanité.

         - Nous ne devons pas perdre de temps, décida Oued. Je vais réunir mes troupes afin de les préparer à s’emparer d’Okara.

         - La Doyenne est peut-être déjà en chemin pour Iadès, objecta Irz’gune. Il serait judicieux d’y envoyer des troupes afin de l’intercepter directement sur la planète des protonyx.

         - C’est ce que je comptais faire, approuva Oued. Nous allons d’ailleurs nous rendre personnellement sur Iadès à bord du vaisseau impérial.

         Le Commandeur des Immortels invita Irz’gune à le suivre. Abandonnant le corps de Sappho dans la silencieuse salle du Grand Conseil, ils empruntèrent une pastille afin d’affronter la tempête et gagnèrent ensuite à pied le spaciodrome de la Cité Interdite. Une navette les y attendait afin de les conduire à bord du vaisseau impérial stationné en orbite autour de Gayanès.

         Ils avaient rendez-vous avec les terribles protonyx sur Iadès la rouge.

 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 09:42

         Adonis quitta la caverne de la bibliothèque et monta dans l’un des aéronefs des sages de la Planète-Mère. Il manœuvra habilement l’appareil afin de décoller entre deux cèdres. La Planète-Mère n’était en effet pas équipée de spaciodrome et n’offrait pas beaucoup de surfaces planes pour atterrir. Seuls les pilotes avertis osaient s’y poser. Adonis avait l’habitude de manœuvrer les navettes et il n’avait pas peur de décoller dans n’importe quelle situation.

         La pointe de la navette se dirigeait vers le soleil et quitta l’atmosphère de la Planète-Mère. Adonis ne prit cependant pas immédiatement la direction de l’espace. Il poussa son réacteur à fond afin de se mettre en orbite autour de la planète des sages. Il pressentait qu’il n’y reviendrait probablement jamais et souhaitait s’imprégner une dernière fois de l’image bleue de ses océans, enveloppée par endroits sous une fine pellicule nuageuse.  

             Les yeux du protonyx du pendentif d’Adonis brillèrent soudainement d’une lueur rouge intense, rappelant le jeune homme à la réalité. Un grand danger menaçait l’univers et son destin l’attendait sur une petite planète perdue dans l’immensité de l’espace. Heureusement, Adonis avait retrouvé la trace de cette planète cachée. L’esprit d’Eden lui avait révélé que les coordonnées de la planète Bello avaient été finement gravées par sa mère sous l’une des pattes du protonyx d’or.  

           Sa vue perçante n’eut aucune difficulté à déceler le code gravé sur le bijou. Lorsque l’appareil eut atteint sa vitesse de pointe, il déclencha le processus d’hyperespace et sélectionna sur sa carte tridimensionnelle de l’univers les coordonnées secrètes de Bello.  

           Les cieux noirs se déchirèrent devant lui dans un tourbillon de matière. Le trou atemporel qu’il venait d’ouvrir aspira sa navette. A l’intérieur de cette dimension nouvelle, il traversa l’univers presque instantanément. Le trou venait à peine de l’aspirer qu’il le rejetait immédiatement devant une planète d’une singulière morphologie.  

           Elle était entièrement jaune à l’exception d’un oeil marron et blanc. Cette étrange planète gravitait autour de deux soleils, un gros rouge et un petit bleu. Bello possédait en outre un petit satellite qu’Adonis remarqua en amorçant une approche de la planète. Ce satellite était assez étrange avec sa surface totalement noire, mais il n’attira pas plus la curiosité du jeune homme.  

          Bello était pratiquement recouverte de soufre. C’était du moins les légendes qui circulaient dans l’Empire sur la mystérieuse planète des Amazones. Personne ne connaissait les coordonnées de cette planète qui aurait alors été immédiatement mise sous la coupe impériale. Pour des raisons inconnues, les Amazones attaquaient par périodes les planètes de l’Empire et se livraient au pillage. On ne connaissait de la planète Bello que les témoignages des quelques prisonnières ramenées de ces guerres galactiques.  

           Adonis dirigea sa navette en direction de l’oeil marron et blanc. Il en avait déduit qu’il devait s’agir de la seule partie de la planète qui pouvait être habitable, le reste n’étant composé que d’un désert de soufre à perte de vue. Les Amazones, protégées par le secret qui entourait la position de leur planète, ne devaient pas estimer nécessaire de la faire protéger par des patrouilles. Adonis put ainsi amorcer librement sa descente sans craindre d’être intercepté.  

              La partie constituée par l’oeil habitable était recouverte d’arbres enneigés. Les deux soleils s’étaient levés en même temps sur les terres les moins hostiles de Bello, mais ils étaient curieusement positionnés. Le petit soleil bleu était à moitié éclipsé par le gros astre rouge. Cette relative absence de l’étoile bleue, c’est-à-dire de la plus chaude, expliquait certainement la faible température au sol. Les instruments de mesure de l’appareil  d’Adonis avaient en effet relevé des températures négatives.  

           Adonis comprenait maintenant comment avait pu se former cette étrange partie aux terres fertiles sur une planète totalement hostile à la vie. La partie de l’oeil était beaucoup plus montagneuse que les terres soufrées. En réalité, ces montagnes étaient des volcans. Adonis venait d’en survoler un en pleine éruption. La lave rejetée du centre de la planète avait rogné sur les parties couvertes de soufre et constituait un excellent fertilisant.  

            Plus il explorait la planète, plus Adonis venait à douter qu’elle puisse être habitée. Il en venait même à se demander s’il était bien sur Bello. Cette planète était pratiquement inhabitable. Il n’y avait d’ailleurs aucune trace de vie. Les zones couvertes de soufre et qui représentaient les quatre cinquièmes de la planète étaient arides. Quant à l’oeil, il était enneigé en permanence et couvert de volcans pour la plupart en éruption.  

            Adonis s’approchait d’une zone dans laquelle les volcans semblaient être éteints depuis plusieurs siècles. Leurs sommets avaient été érodés et leurs parois étaient couvertes de neige. Un détail intrigua pourtant le jeune homme. Les sommets de ces volcans qui s’ouvraient en forme de vasques crachaient une épaisse fumée blanche. Il n’y avait pourtant aucune émission de lave, ni à l’intérieur du cratère, ni le long des parois.  

            La navette s’approcha de l’un de ces mystérieux volcans. La fumée émise au fond du cratère provenait en réalité de multiples foyers volontairement allumés. Entre ces gigantesques brasiers, Adonis aperçut des champs cultivés et de petits villages. Il examina les autres volcans. Ils étaient tous entretenus de la même manière.  

          La civilisation qui peuplait cette planète était parvenue à créer un mode de survie fort astucieux. Les foyers allumés réchauffaient l’intérieur des cratères des volcans éteints, permettant d’atteindre une température propice à la culture. Adonis sonda la température au fond d’un de ces cratères et confirma ses suppositions. Les conditions climatiques étaient proches de celles d’un début d’été.          Un volcan dominait tous les autres, en taille et en hauteur. Adonis supposa qu’il pouvait faire office de capitale et s’en approcha. Le cratère n’abritait en effet pas de petits villages comme les autres, mais une véritable ville. Des immeubles de deux ou trois étages entouraient un palais somptueux, sans toit, composé de terrasses emboîtées les unes à la suite des autres dans un dégradé de niveaux enchevêtrés.  

            Certaines de ces terrasses étaient agrémentées d’arbres et de bassins, les autres accueillaient des aéronefs en parfait état. Adonis supposa qu’elles faisaient office de spaciodromes. Il survola le palais à basse altitude et manœuvra son appareil pour négocier son atterrissage.  

            Alertées par le bruit pourtant discret de l’aéronef, des milliers de femmes étaient sorties du palais et garnissaient les terrasses de l’édifice de leurs chevelures blondes. Elles étaient toutes nues de poitrine et ne portaient comme vêtements qu’un simple cache-sexe. Adonis n’eut plus le moindre doute. Il était bien arrivé sur la planète des Amazones.  

          Le jeune homme guida son aéronef en direction de la plus importante des terrasses du palais. A peine s’était-il posé que des dizaines de femmes entouraient son vaisseau. Il ouvrit la porte de l’appareil et abaissa la passerelle, mais il mit un certain temps avant de sortir. Il redoutait le premier contact avec ces femmes redoutables. Elles avaient la réputation de véritables mantes religieuses, n’utilisant les hommes que pour assurer leur reproduction, les décapitant ensuite après le rapport. Elles contrôlaient parfaitement leur grossesse et se gardaient de mettre au monde des garçons.  

          Adonis refréna sa peur et se présenta aux Amazones du haut de la passerelle de sa navette. Ce moment lui rappelait sa première arrivée sur Gayanès, lorsqu’il avait été accueilli par Sappho et ses Mignonnes. Les Mignonnes de l’Impératrice et les Amazones de Bello constituaient chacune une société de femmes très différentes, mais reposant sur un point commun, le rejet des hommes. Adonis était parvenu à se faire accepter par Sappho, il espérait qu’il en serait de même avec les Amazones.  

          Dans les regards qui se posaient sur lui, il devinait l’émoi suscité par l’arrivée d’un homme sur cette planète peuplée uniquement de femmes. Les Amazones, encore surprises de son audace, ne lui témoignèrent aucune hostilité. Adonis jugea bon de se présenter.  

          - Je suis venu vous voir en ami. Je m’appelle Adonis, je suis le fils de l’Empereur Sheshonq et de la Reine Adwa.  

          Une femme à la plastique sophistiquée, blonde aux yeux dorés comme toutes ses congénères, d’une grande prestance, prit la parole au nom des Amazones.  

            - Peux-tu nous prouver tes dires ?  

           - Mes yeux dorés témoignent de mon appartenance à votre race, justifia Adonis.  

           La femme n’avait pas été convaincue par cet argument.  

             - Des millions d’hommes dans l’univers peuvent prétendre avoir de lointaines origines amazoniennes. Ils ne sont pas tous pour autant les fils de la vénérée Adwa.  

           Adonis dégrafa son pendentif et le montra à l’assistance.  

           - Ma mère m’a confié aux sages de la Planète-Mère peu de temps après ma naissance. Elle leur a confié ce pendentif, témoin de mes origines.  

           A la vue du bijou, le visage de la femme se tendit. Elle mordit délicatement sa lèvre inférieure, ses yeux dorés brillèrent d’une intense luminosité. Elle fit quelques pas en direction d’Adonis et lui arracha le pendentif des mains.  

          Le jeune homme protesta tandis que la femme examinait le bijou de près.  

          - Ce pendentif m’appartient. Vous n’avez pas le droit de me le voler.  

          - Tais-toi, hurla la femme.  

          Plusieurs Amazones se jetèrent sur Adonis et le maîtrisèrent. Il sentit une menotte végétale se tortiller dans son dos pour lui enserrer fermement les mains. Les liens pénétraient dans sa peau jusqu’au sang.  

          Le verdict tomba de la bouche de la femme qui examinait le bijou en or.  

          - Ce pendentif est authentique. Nous pouvons attester son histoire.  

          Adonis se débattait.  

         - Relâchez-moi immédiatement. Je veux rencontrer ma mère, la reine Adwa.          - Silence, répéta t-elle.  

         Adonis obtempéra, impressionné par l’attitude impérieuse de son adversaire. La femme, bouleversée par les révélations du jeune homme, avait cependant perdu un peu de sa superbe, bien qu’elle tentât de conserver une apparence de fermeté et d’assurance vis à vis de ses congénères.  

                Sa voix était plus tranchante que la lame d’une épée.  

          - Je suis la Reine Adwa, avoua-t-elle à Adonis. J’ai effectivement eu une liaison avec l’Empereur Sheshonq et par amour pour lui, j’ai consenti à lui donner un fils. Nous avons malheureusement dû nous séparer avant que je puisse lui apprendre que j’étais enceinte.  

          Des protestations s’élevèrent des rangs Amazones. Leur reine les avait trahis en acceptant de mettre au monde un fils, mais plus grave, elle avait également avoué avoir aimé un homme et un ennemi qui plus est.  

          - Tu as enfreint nos lois sacrées, s’insurgea une Amazone excitée.  

          La Reine ne se laissa pas intimider par l’hystérique.  

          - Consciente de ma faute, j’ai abandonné mon fils pour pouvoir vous rejoindre. Ce geste est une preuve infinie de ma fidélité.  

          Adonis n’aurait jamais imaginé que cette femme altière pourrait être sa mère. Elle ne correspondait absolument pas à l’image de la mère qu’il s'était forgée depuis son enfance. Elle n’était ni douce, ni maternelle, mais au contraire froide et distante. La Reine ne manifestait aucune joie pour ses retrouvailles avec son fils. La venue d’Adonis semblait même lui causer plus de désagréments que de satisfaction.  

          - Suis-je votre prisonnier ou votre invité ? Demanda t-il en s’adressant à l’assemblée toute entière.  

          La Reine resta inflexible.  

          - Tous les hommes sont nos esclaves.  

          - Mais je suis votre fils, protesta-t-il.  

          - Je le regrette beaucoup, mais tu es avant tout un homme. Comme tous les hommes qui ont osé s’aventurer sur Bello, tu seras destiné à la reproduction. Ta tâche finie, tu mourras.  

          Adonis maudissait cette femme. Après l’avoir abandonné à sa naissance, elle le trahissait une nouvelle fois en le livrant à ses congénères. Sa mère était dure et ne possédait pas la moindre fibre maternelle. Adonis avait rêvé de connaître une mère aimante, protectrice et généreuse. Celle-ci, autoritaire, était à l’opposé de ce qu’il avait espéré. La déception était cruelle et proportionnelle à ses espoirs déçus.  

          Eprouvé une fois de plus par la vie après son désaccord avec Irz’gune, Adonis sortit pour la première fois de son habituelle réserve. Il en avait assez d’être le jouet des événements et de son entourage. Le jeune homme avait décidé de ne plus jamais faire confiance aux autres et de ne plus compter que sur lui-même.  

          Il affronta sa mère du regard, se montrant aussi insensible et sûr de lui qu’elle l’était elle-même. Adwa détourna ses yeux de ce regard sauvage.  

          Une guerrière s’exclama au milieu de la foule.  

          - C’est peut-être lui l’Ard’na.  

          Adonis reprit espoir à l’évocation de ce terme qui signifiait Antiproèdre dans le vieux dialecte utilisé à l’époque d’Etran.  

          - Je suis l’Antiproèdre, affirma t-il. Je suis venu sur Bello pour passer l’épreuve.  

          Cette réponse contraria la reine, mais elle n’était pas disposée à croire son fils sur parole. Elle calma ses congénères qui étaient entrées en effervescence à l’évocation du nom magique de l’Ard’na. Le brouhaha émis des rangs Amazones cessa immédiatement.  

          - Qui t’as parlé de cette épreuve secrète ? S’étonna la reine.  

          - Les pensées d’Etran m’ont été dévoilées, expliqua Adonis. Je ne sais ni en quoi consiste cette épreuve, ni sur quoi elle débouchera. Ce dont je suis sûr c’est que j’en sortirais victorieux et qu’elle m’aidera à dépasser le Mensékhar.  

          Adonis se remémorait sa vision lors de sa fusion avec Eden. Le bleu avait annoncé sa victoire sur l’épreuve imposée par les Amazones. Cette épreuve libérerait l’humanité et lui permettrait d’aller au-delà du Mensékhar. Adonis venait d’avoir conscience que les Amazones constituaient un maillon essentiel dans les projets d’Etran.  

          La Reine Adwa était très étonnée.  

          - Tu connais des secrets que seules les Amazones détiennent. Tu es peut-être l’Ard’na, le libérateur que nous attendons depuis des siècles.  

          Pour les Amazones de la suite d’Adwa, cela ne faisait pas le moindre doute : Adonis était l’homme qu’elles attendaient depuis des siècles. Elles se prosternèrent à ses pieds en signe de dévotion.  

          La Reine les rappela à l’ordre.  

          - Relevez-vous, hurla t-elle. Rien ne nous prouve pour l’instant qu’Adonis est bien l’Ard’na, même si les circonstances sont troublantes. Demain, nous le soumettrons à l’épreuve et nous connaîtrons alors la vérité. Emmenez-le dans une pièce du palais en attendant et gardez le bien. Je ne veux pas qu’il s’échappe.  

          Deux Amazones agrippèrent Adonis par les bras et l’obligèrent à avancer en direction de l’intérieur du palais. La Reine regardait la scène impassible. Adonis quant à lui était serein. Possédant l’âme d’Eden, l’Antiproèdre, il était assuré de réussir l’épreuve. Mieux encore, la réaction des Amazones à l’évocation de l’Ard’na avait été révélatrice. Ces femmes guerrières étaient prêtes à reconnaître pour chef l’élu qu’elles attendaient.

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 10:21

         Le casque que les savants avaient posé sur la tête d’Eden fourmillait de milliers d’éclairs bleus. Les informations entraient en masse dans son cerveau vidé de son esprit sous le regard admiratif de la Doyenne.

         Syris toussa. Son corps l’abandonnait, il lui semblait qu’il s’effritait comme une pierre trop malléable. Seul l’espoir lui avait permis de survivre afin qu’elle puisse contempler l’instant de sa renaissance. Elle concrétisait enfin tous ses rêves et était désormais prête à mourir pour revivre dans le corps du jeune garçon.

         Un soubresaut agita son corps, suivi de spasmes réguliers de plus en plus violents.  Une violente douleur barra sa poitrine gauche. Son coeur qu’elle s’était toujours refusée à faire  changer au moyen d’une transplantation et qui l’avait accompagné fidèlement depuis cent vingt-trois ans allait l’abandonner. Cela n’avait plus aucune importance. Son esprit envahissait tous les neurones du cerveau d’Eden et allait enfin lui assurer l’éternité.

         La Doyenne s’affaissa au fond du fauteuil. Son corps menu, avachi par la vieillesse, disparaissait comme s’il était avalé par le siège. Elle grimaça de douleur lorsqu’un deuxième coup au coeur lui provoqua une nausée suivie d’étourdissements. Sa pompe cardiaque venait d’arrêter d’irriguer son sang et, privée d’oxygène, elle étouffait.

         Lorsqu’ils entendirent les râles poussés par leur maîtresse, les savants se précipitèrent à son chevet. La vieille femme se tordit une dernière fois de convulsions, puis agonisa dans un soupir plaintif. Elle gisait calfeutrée dans son immense fauteuil. Celle qui avait présidé aux destinées des savants semblait être extrêmement petite et ridicule dans sa trop grande chaise pour son corps amoindri. Sa bouche légèrement ouverte recherchait vainement un peu de l’air qui lui avait manqué. Ses yeux rouges comme le sang étaient enfoncés dans leurs orbites et projetaient un regard vidé de toute énergie.

         Les savants se tournèrent immédiatement en direction du lit sur lequel reposait le corps d’Eden, leur dernier espoir. La Doyenne dirigeait l’Apanama depuis plus de quatre-vingts ans et était comme une mère pour tous les savants. Privés de sa présence et de son intelligence, ils se sentaient comme orphelins. Ils espéraient que le transfert se déroulerait convenablement. La machine de Syris avait fait ses preuves quand il s’agissait de transférer les informations contenues dans un cerveau sur un prisme laser, mais ils n’avaient encore jamais essayé de projeter les données ainsi prélevées dans un cerveau étranger. Un risque de rejet n’était pas exclu.

         Les rayons bleus s’activaient tout autour de la tête d’Eden. Le cerveau endormi du jeune homme ne semblait pas s’opposer à l’intrusion forcée de l’esprit de la Doyenne. Le transfert se passait normalement.

         Syris se réveilla dans un nuage cotonneux. Tout était blanc et flou autour d’elle. Elle n’avait plus aucune notion d’espace ni de temps. Elle ne savait plus ni qui elle était ni où elle se trouvait. Elle savait seulement qu’elle existait. Cette amnésie l’angoissa. C’était comme si elle avait été jetée dans un univers inconnu et froid après avoir été dépouillée de sa mémoire.

         Les données contenues dans le prisme laser se bousculaient dans le cerveau d’Eden. Les savants pouvaient contrôler la bonne réalisation de l’opération grâce à plusieurs sphères holographiques qui diffusaient les images de la mémoire de Syris au fur et à mesure qu’elles étaient transférées dans le cerveau d’Eden.

         La sphère diffusait à présent les dernières images de la Doyenne, juste avant le transfert de sa mémoire dans le prisme laser. La vieille femme s’allongeait sur le lit du Djed puis s’endormait paisiblement. Les savants revoyaient ensuite l’arrivée d’Eden sur Okara, enfermé dans son caisson.

         Un premier élément de mémoire arriva dans le cerveau d’Eden. En une fraction de seconde, la Doyenne se rappela son prénom. Elle ne savait rien d’autre, mais elle venait d’apprendre qu’elle s’appelait Syris. Ce premier élément la rassura. D’autres données arrivaient en masse pour l’informer sur sa propre personnalité.

         Elle se revoyait dans son corps usé, encapsulé dans sa bulle de verre. Cette vision lui fit peur. Elle avait l’impression de se voir pour la première fois. Les informations qui affluaient lui révélaient maintenant qu’elle avait connu cent vingt-trois printemps et qu’elle était la Doyenne de l’Université.

         Les informations communiquées remontaient le temps. Les événements défilaient à l’envers, du plus récent au plus ancien. Le souvenir du projet Djed lui revint en mémoire. Elle se souvenait de s’être allongée sur un lit et de s’y être endormie tandis que son cerveau était copié sur un prisme laser.

         Sa mémoire restituée était de plus en plus précise. Elle appréhendait les derniers moments de son existence, enfermée dans une bulle de verre. Elle se rappelait qu’elle avait beaucoup souffert de sa déchéance, qu’elle n’avait jamais accepté de vieillir et que la mort lui était inacceptable. Syris devait probablement son extraordinaire longévité à sa rage de vivre. Elle ne s’était jamais résignée à disparaître comme les milliards d’êtres humains qui l’avaient précédée.

         Les informations véhiculées dans le cerveau d’Eden lui apprenaient qu’elle était dotée d’une intelligence hors du commun. Elle se souvenait d’être parvenue à tromper le brillant Adonis en simulant la mort d’Eden. Pour avoir été capable d’une telle prouesse, songea t-elle, c’était qu’elle devait assurément posséder un brillant esprit.

         Les savants partageaient le même point de vue que leur maîtresse. Les images de la sphère holographique leur rappelaient que la Doyenne de l’Université était toujours parvenue à tromper ses plus grands ennemis. Sappho et Irz’gune n’avaient pas manifesté le moindre doute en apprenant la mort présumée d’Eden. Les assurances d’Adonis qui avait cru voir son frère mourir devant lui les avaient définitivement convaincus.

         Syris se remémorait l’infernale course poursuite sur Phylis, les intrigues sur Gayanès et la mort de l’Empereur Sheshonq qui avaient assuré la victoire d’Oued et de Sappho sur les Blancs. La Doyenne se réjouissait car cette victoire du camp adverse n’avait été que temporaire. Syris s’était immédiatement retournée contre les Immortels pour assurer le pouvoir aux savants.

         Mais très loin de ces rêves anticipés, sa mémoire l’entraînait pour l’instant irrésistiblement vers son passé. Toutes les années qu’elle avait passées à la tête de l’Apanama défilaient devant elle. Elle les avait toutes consacrées à un objectif unique : le projet Djed.

         Elle revoyait le jour béni où elle avait découvert tous les secrets du cerveau humain. Elle avait trouvé l’invention qui lui permettait de domestiquer les neurones afin de les obliger à transmettre les informations qu’ils détenaient. Le principe était fort simple. Il suffisait d’exciter les neurones par d’infimes impulsions électriques. La réalisation était plus difficile à mettre en oeuvre. Les impulsions devaient être suffisamment fortes pour stimuler les neurones sans pour autant les endommager. Il fallait ensuite encore trouver le moyen de transformer les informations prélevées afin de les conserver sur un prisme laser.

         Le projet Djed lui avait ouvert des voies infinies. Non seulement il lui accordait la possibilité de devenir immortelle, mais il lui permettait également de contourner les défenses de la dynastie d’Etran.

         Les journées passées dans le laboratoire à rechercher le secret du Djed s’écoulaient dans la monotonie. Plus les expériences de la Doyenne remontaient le temps, plus celle-ci rajeunissait. Syris n’avait jamais été belle. A soixante ans, elle ressemblait déjà à la Syris des derniers temps, quelques rides en moins.

         De sa longue vie, la Doyenne n’avait que des souvenirs de victoires. Elle se souvenait quand, à trente-sept ans, elle avait succédé à son père à la tête des savants. Elle avait alors créé un précédent. C’était la première fois qu’une femme prenait en main les rênes de l’Apanama.

         Elle avait dû consentir beaucoup de sacrifices pour réaliser ses ambitions. Fille unique de l’un des plus grands savants de l’Apanama, son père avait rapidement remarqué ses prédispositions précoces. Il rêvait de faire de sa fille l’un des plus grands génies de l’univers. Malheureusement, les études supérieures étaient interdites aux femmes.

         Le père de Syris était prêt à tout pour assurer l’entrée de sa fille au sein de l’Elakil. Aussi avait-il déclaré, lorsque sa femme était morte des suites de couches, qu’elle venait de lui donner un fils.

         Syris avait passé toute sa jeunesse à se déguiser en garçon. Elle avait accepté de se travestir avant tout pour faire plaisir à son père qu’elle aimait tant et avait ainsi pu poursuivre de brillantes études. Elle était longtemps restée major de l’Elakil avant d’être récemment détrônée par Adonis.

         Syris avait souffert de l’injustice depuis son plus jeune âge. L’injustice de devoir se faire passer pour un garçon afin d’avoir accès aux grandes connaissances de l’univers. L’injustice de ne pas pouvoir dominer politiquement l’univers alors qu’elle était la plus intelligente. A sa place, régnait une dynastie qu’elle jugeait décadente.

         L’Apanama avait ouvert ses portes à un garçon puis s’était donnée à une femme. Une fois qu’elle eut terminé ses études, Syris fut sollicitée par les savants pour succéder à son père subitement décédé. Elle accepta de diriger les savants puis leur révéla qu’elle était en réalité une fille. Des protestations s’élevèrent, mais ses ennemis se firent une raison. Il était dans la tradition de l’Apanama de choisir le meilleur pour gouverner. L’intelligence de Syris avait éclipsé le fait qu’elle fut une femme.

         L’enfance.

         Syris se remémorait ces instants privilégiés où elle avait été choyée par son père. Il lui avait tout appris et avait forgé pour sa fille des projets grandioses. Conscient de son exceptionnelle intelligence, il avait espéré qu’elle pourrait concrétiser les ambitions qu’il n’avait jamais pu réaliser. Il considérait qu’il n’existait pas le moindre obstacle qui puisse arrêter la détermination de sa fille.

         Syris visualisait maintenant sa propre naissance. Elle s’entendit crier, lorsque sortant du ventre de sa mère, elle avait été confrontée à la froidure de l’air ambiant. Sa venue au monde avait été tragique. Sa mère était décédée deux jours après sa naissance. Plus terrible encore : elle était née albinos. Les Sphinx l’avaient nommée Syris et ne lui accordaient pas un brillant destin. Pour eux elle était « l’instrument. » L’instrument de qui ou de quoi, elle n’en avait pas la moindre idée.

         La naissance d’un albinos était signe de mauvais présage. Pour les superstitieux, elle était censée apporter le malheur et ils en voulaient pour preuve la mort de sa mère, deux jours après sa naissance.

         La mémoire de Syris était désormais complète, du début à la fin de ses cent vingt-trois longues années de vie. Toute sa personnalité et l’histoire de son vécu étaient réunis dans un nouveau corps plus jeune. Le transfert terminé, le casque posé sur la tête d’Eden s’éteignit. La Doyenne sentit qu’elle se réveillait progressivement. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, des dizaines de savants se penchèrent sur elle et l’observèrent avec curiosité.

         Syris regarda sa main droite. Elle bougea les doigts de cette main à la peau jeune et fine ; c’était sa main. Elle retrouva ensuite les sensations dans ses jambes, puis dans le reste de son corps.

         Les savants se pressaient autour d’elle, mais aucun d’eux n’osait lui poser la question qui pourtant les hantait. Ils voulaient savoir s’ils avaient Eden devant eux où Syris leur maîtresse réincarnée, mais ils redoutaient inconsciemment un échec de l’expérience.

         Syris palpa son visage. Sa peau n’était plus sèche et craquelée, mais tendre et ferme comme une peau de pêche. Ses derniers doutes s’évanouirent lorsqu’elle aperçut son image dans une glace. Elle vivait dans le corps d’un adolescent de dix-huit ans, de stature noble et racé.

         La Doyenne mit fin au suspense et rassura ses acolytes.

         - Nous avons gagné notre pari. Vous n’avez plus devant vous le Proèdre Eden, mais Syris, la future impératrice de l’univers.

         Un vieux savant montra son scepticisme.

         - Qu’est-ce qui nous prouve que tu es Syris et que ce n’est pas le Proèdre Eden qui essaye de se faire passer pour toi ?

         - Ce n’est pas bien difficile. Le Proèdre ignorait que j’étais la seule personne à avoir mis au point le projet Djed.

         Cette réponse satisfaisait les savants. Malgré l’apparence d’Eden, la personne qui s’adressait à eux leur était étrangement familière. Instinctivement, ils avaient reconnu la Doyenne.

         Syris s’approcha de son ancienne dépouille. Elle avait en horreur cette vieille femme décharnée avec laquelle elle avait partagé une longue existence. Il était temps pour elle de tourner la page et de s’apprêter à vivre une autre vie.

         - Débarrassez-moi de cette dépouille, ordonna t-elle aux savants.

         Un seul homme suffisait pour transporter le cadavre pratiquement momifié. Syris quitta la salle du Djed après avoir adapté le lecteur optique aux caractéristiques de l’oeil du Proèdre. Elle conservait ainsi l’exclusivité de l’accès au laboratoire. Elle regagna ensuite ses appartements privés, escortée de ses sbires.

         Elle tenait conseil auprès de ses troupes, lorsqu’un messager pénétra dans la pièce et leur annonça la nouvelle tout excité.

         - Nous venons d’avoir de graves nouvelles en provenance de Gayanès. L’Impératrice Sappho est décédée.

         Syris n’en espérait pas temps. La mort de l’Impératrice lui laissait le champ libre pour se faire sacrer sur Iadès. A condition bien sûr qu’elle arrive avant Adonis. Elle mobilisa ses troupes sans plus attendre.

         - Les événements tournent à notre faveur. Nous allons partir sur-le-champ pour Iadès. J’affronterai les protonyx et j’assoirai mon autorité sur l’univers.

         L’Apanama résonna des bruits de départ. Tous les savants sans exception s’apprêtaient à partir pour Iadès afin d’assister au sacre de leur maîtresse.

         Depuis des milliers d’années, ils n’osaient plus l’espérer. L’Apanama allait enfin prendre le contrôle de l’univers et supplanter la dynastie d’Etran.

 

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 14:55
 
 
L'origine mystérieuse des Amazones est dévoilée à la fin du Mensékhar.
 
 
Etran, le Premier Empereur avait un fils unique et des filles nées septuplées. Ces dernières particulièrement belles vivaient de débauche à la Cour Impériale et faisaient disparaître les infortunés qu'elles prenaient pour amants.

tete Minerve 400

Une fois le scandale entourant les princesses impériales dévoilé, l'Empereur avait été contraint d'exiler ses filles qui s'installèrent sur la planète Bello. Elles fondèrent une société exclusivement féminine, ennemie jurée de l'Empire galactique de leur père.

 
Cette histoire m'a été inspirée par une ancienne légende de l'histoire de France, la légende de la Tour de Nesle.


Le roi Philippe IV le Bel avait trois belles-filles dont deux furent condamnées pour adultère et emprisonnées. La Tour de Nesle leur servait de lieu de rencontre.


800px-La_tour_de_Nesle_et_le_pont-Neuf.jpg


A partir de cette affaire d'Etat, une légende est née : une reine de France aurait fait de la Tour de Nesle un lieu de débauche, d'où elle aurait jeté ses amants dans la Seine après les avoir cousus dans un sac.
 
 
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