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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:28

 

         L’espace-temps se rallongeait sensiblement. Le vaisseau de la Doyenne trembla en sortant de l’hyperespace, puis émergea dans l’atmosphère d’Okara. Il n’était pas le seul à graviter autour de la planète de l’Université. Le vaisseau impérial, gigantesque masse noire en forme de diamant, l’attendait.

         Syris s’était attendue à ce que le Commandeur la poursuive et la retrouve sur la planète de l’Université. Aussi ne regrettait-elle pas le petit détour par la Planète-Mère qu’elle avait dû effectuer afin de livrer Adonis à l’Impératrice. Oued ne pourrait ainsi pas lui reprocher d’avoir enlevé le jeune homme. N’avait-elle pas promis à Sappho de tout mettre en œuvre pour le retrouver ?

         Quoi qu’il arrive, elle possédait désormais l’acte de l’Impératrice qui affranchissait la planète de l’Université et interdisait son accès aux Immortels. Ils pouvaient toujours surveiller la planète de leur vaisseau impérial, ils n’avaient pas l’autorisation de quitter l’espace pour débarquer dans l’Apanama. L’Université était à l’abri du pillage.

         Syris déplaça sa bulle de verre vers un caisson vitré qui avait été installé au centre de la cabine de pilotage. Le corps d’Eden était alimenté en oxygène en attendant son réveil. Le jeune homme était nu. Son corps parfaitement conservé avait été enduit d’une gelée habituellement utilisée pour protéger les personnes en hibernation.

         Elle n’était pas vraiment nécessaire dans le cas présent, puisque Eden était destiné à être rapidement tiré de son sommeil, mais Syris ne voulait prendre aucun risque. Elle voulait intégrer un corps en parfait état.

         La Doyenne se félicitait de son subterfuge, même Adonis avait été abusé. Un de ses gardes avait discrètement piqué Eden avec le chaton empoisonné d’une de ses bagues. Le Proèdre n’avait pas senti la piqûre qui lui avait injecté un produit foudroyant, un poison permettant de paralyser le corps pendant une douzaine de métaheures, tout en ralentissant suffisamment les battements du coeur pour les rendre imperceptibles.

         Eden s’était effondré dans la cabine à la surprise générale. Adonis ne voulait pas croire à la mort de son frère. On lui avait retiré ses menottes afin qu’il puisse constater les faits de visu. Il avait désespérément cherché le pouls d’Eden, mais n’avait pas réussi à le trouver. En passant sa main sur la bouche de son frère, il n’avait ressenti aucun souffle d’air.

         Adonis avait admirablement contenu sa peine. Son visage avait été déformé par une grimace de douleur, mais il n’avait ni crié, ni pleuré. Syris savait pourtant à quel point les deux jeunes gens étaient liés.

         La Doyenne avait immédiatement évoqué l’hypothèse d’une mouche arouk. Adonis avait d’autant plus facilement été convaincu qu’Eden et lui avaient passé la majeure partie de leur séjour sur Phylis dans des conduits d’aération qui faisaient souvent office d’égouts.

         Le prodige de l’Elakil avait été abusé. Syris se félicita en son fort intérieur de son coup de maître. La vieille femme de cent vingt-trois ans, usée par une longue vie, avait réussi là où tout le monde avait échoué. Elle avait survécu à Wacé, doublé Oued, mystifié Adonis, trompé Irz’gune et Sappho. Elle était convaincue d’être la plus forte. Sa détermination et sa patience avaient été plus puissantes que la fatalité. Elle allait bientôt vaincre la mort.

         Le corps d’Eden allait rester dans cet état de léthargie jusqu’à leur arrivée dans l’Apanama. Ensuite, elle se ferait transférer dans ce jeune corps, concrétisant une vie de recherches acharnées.

         Mais elle devait encore s’occuper d’Oued. Le Commandeur devait sûrement l’attendre dans l’Apanama et il serait furieux d’apprendre qu’elle avait livré Adonis à Sappho. Lui qui souhaitait s’emparer du corps du jeune Apollon pour parvenir à séduire l’Impératrice.

         Le vaisseau de Syris amorça son atterrissage. Il ne devait pas se poser sur le grand spaciodrome d’Okara, réservé au transit des étudiants, mais sur un spaciodrome privé, construit au sein même de l’Apanama et réservé à l’usage des savants.

         La cité des sciences s’offrait à elle de la cabine de pilotage, semblable à une immense roue avec son enceinte circulaire et ses cinquante rayons, reliant chacun l’une des cinquante portes avec le cône central. Le cône abritait l’oeuvre de toute une vie de recherche, l’invention la plus fantastique de tous les temps : le projet Djed.

         La navette survola le nord de l’enceinte de l’Apanama et se posa sur une aire entourée de bâtiments jaunes. Un étrange cortège se mit en branle pour gagner le cône. Il était conduit par la Doyenne toujours emprisonnée dans sa bulle de verre. Le corps d’Eden conservé dans son caisson suivait, tiré par un chariot automatique. Les savants de la suite de la Doyenne fermaient la procession.

         Ils empruntèrent l’une des rues des écoles qui les amena directement au cône. La silhouette de l’édifice se profilait au bout de l’avenue. Signe concret de leur progression, ils avaient la chance de le voir grandir au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du but.

         Arrivés sur une grande place, ils se trouvèrent face au cône de pierre. La porte d’entrée était ouverte, Oued escorté par plusieurs Immortels les attendaient dans la première pièce qui faisait office de salle de réception.

         - Le Commandeur ne nous rend pas souvent visite, ironisa la Doyenne en se présentant devant le militaire.

         -  Tu es partie de Phylis sans me dire au-revoir, Syris, marmonna Oued qui n’était pas d’humeur à supporter les sarcasmes de la vieille femme.

         - J’étais très attendue, fit-elle.

         Il remarqua le caisson.

         - Que transportes-tu là ?

         - Eden est mort pendant notre retour de Phylis.

         Oued s’approcha du caisson et regarda le corps du jeune homme à travers la vitre. Le Proèdre était parfaitement reconnaissable. Il était splendide avec ses cheveux bruns ondulés, impeccablement coiffés, et son visage fin aux yeux fermés dans une expression de félicité. Son corps surhaussé de muscles harmonieux et son torse légèrement garni des premiers poils de l’adolescence, lui conféraient une touche de maturité. Oued songea qu’il était mort en pleine mutation alors qu’il allait devenir un bel homme.

         - De quoi est-il mort ? S’informa le Commandeur.

         - Il a été piqué par une mouche arouk.

         Le Commandeur détourna son regard du caisson. Il pensa à Adonis, espérant que la Doyenne aura pris plus de soin avec l’autre jeune homme.

         - Qu’avez-vous fait d’Adonis ? Il n’est pas mort lui aussi ?

         - Nous l’avons confié à Sappho qui effectuait une retraite sur la Planète-Mère.

         Le Commandeur explosa de colère.

         - Qu’as-tu fait malheureuse !Je t’avais demandé de me transférer dans le corps d’Adonis avant de le rendre à l’Impératrice.

         Un savant déplia le document que Syris avait fait signer à Sappho. Oued en lut rapidement les quelques lignes et examina attentivement le sceau de l’Impératrice qui avait été apposé au bas du texte. Il n’y avait pas le moindre doute, ce document était authentique.

         - L’Impératrice s’est montrée plus généreuse que toi, sourit la Doyenne. A l’heure qu’il est, elle a dû regagner Gayanès avec son protégé.

         Oued s’agita nerveusement dans tous les sens. Sa bouche se crispait pour former des grimaces, il fermait ses poings rageusement. Il se rendait compte qu’il venait de perdre la partie à tous les niveaux. Non seulement, il n’avait pas pu prendre la place d’Adonis, mais pire encore, Sappho avait réussi à retrouver le jeune homme sans son aide. Envolées désormais les promesses de mariage qui auraient fait de lui le second personnage de l’Empire.

         Il pourrait tout juste monnayer le ralliement de ses Immortels à l’Impératrice. Il obtiendrait aisément une place importante dans la gestion de l’Empire, mais ce ne serait pas une place de premier rang. L’amour de Sappho lui était également interdit. Elle allait de nouveau s’enticher pour ce jouvenceau et consacrerait l’essentiel de son existence à le choyer.

         Le Commandeur se mit à espérer. Peut-être n’était-il pas encore trop tard ?Il se devait de regagner la planète impériale le plus rapidement possible. Il était décidé à prendre le coeur de l’Impératrice, de gré ou de force, avec ou sans Adonis.

         La Doyenne vit avec satisfaction Oued quitter la salle de réception en compagnie de ses Immortels sans la moindre explication. Débarrassée de cette présence encombrante, elle allait enfin avoir les mains libres pour déclencher le projet Djed.

         Les savants avaient assisté en silence au départ du Commandeur et restaient bêtement prostrés au milieu de la pièce. Syris ne pouvait plus attendre. Elle tortilla son corps désarticulé dans sa bulle de verre pour leur montrer son impatience. Elle avait besoin une dernière fois de leur aide, car sa bulle était trop volumineuse pour emprunter l’escalier étroit qui menait à la salle du Djed. Syris allait devoir quitter sa bulle protectrice.

         La bulle était facile à désactiver. Les savants coupèrent progressivement l’apesanteur, permettant à la Doyenne de quitter doucement sa lévitation et de poser ses pieds à terre. La vieille femme qui avait perdu tout sens de l’équilibre vacilla sur ses jambes et tomba par terre sur toute la longueur de son corps. Elle essayait de se relever, mais cet effort était au-dessus de ses maigres forces.

         Un autre mécanisme, immédiatement actionné par les savants, permit d’ouvrir une porte dans la paroi de la bulle. Le verre s’écarta suffisamment pour laisser le passage à un homme. Un savant entra dans la bulle par cet orifice et aida la Doyenne à en sortir. Après leur passage, le verre se reforma pour fermer la porte.

         Le savant soutenait la Doyenne sur son épaule pour la conduire au pied d’un étroit escalier en pierre. Ils le gravirent ensemble. La vieille femme agonisait, son souffle se morcelait, ses bras tremblaient.

         En haut de l’escalier, le savant pressa l’oeil de la Doyenne devant le judas de la porte blindée qui fermait le passage. La pupille se rétracta sous l’effet de la lumière, tandis que l’iris communiquait toutes les informations nécessaires pour identifier la vieille femme, seule personne autorisée à ouvrir la porte du laboratoire.

         Le verdict tomba.

         - Processus d’identification terminé. Syris, Doyenne de l’Université. Accès autorisé.

         La porte coulissa. Le savant fit entrer la Doyenne dans la pièce. Des savants tirèrent le caisson qui contenait le corps d’Eden jusqu’en haut de l’escalier et le poussèrent dans le laboratoire.

         Le savant fit asseoir la Doyenne sur le lit du Djed. Celle-ci reprenait lentement une respiration un peu plus régulière et moins haletante. Elle bougonna quelques paroles si faiblement qu’elles étaient pratiquement inaudibles.

         - Je veux que vous recommenciez le transfert des données de mon cerveau.

         - Pourquoi ? Demanda le savant qui l’avait aidé à monter l’escalier. Nous possédons déjà un prisme avec l’enregistrement de ta mémoire.

         - Je l’avais fait au cas où il m’arriverait malheur, expliqua Syris. Mais tant qu’à choisir, je préférerais que l’on me transfère avec les données les plus récentes. Je ne voudrais pas me réveiller dans le corps d’Eden, amnésique des derniers moments passés sur Gayanès et sur Phylis.

         Ne laissant pas d’autre choix à ses acolytes, elle s’allongea sur le lit et s’endormit aussitôt. Les savants respectèrent sa volonté et posèrent le casque transparent sur sa tête. Ils commencèrent le processus d’emmagasinement. Les neurones du cerveau de la vieille femme, stimulés par des milliers de petites étincelles bleues, délivraient leurs précieuses informations et les transmettaient à un prisme de cristal qui tournait dans l’holograveur.

         L’enregistrement des cent vingt-trois années de vie de la Doyenne semblait être interminable. Les étincelles excitaient inlassablement les neurones, ceux-ci ne cessaient pas d’émettre des souvenirs en direction du prisme.

         Les étincelles faiblissaient, puis disparurent de la surface interne du casque transparent. Syris se réveilla en même temps qu’Eden. Le jeune homme ouvrit tout d’abord les yeux, puis bougea les doigts. Il récupéra ensuite l’usage de ses bras et de ses jambes. Les savants ouvrirent le caisson afin de le laisser sortir.

         Eden était couvert de la gelée qui était censée le protéger. Les savants nettoyèrent son corps pour le débarrasser de cette substance gluante et lui firent revêtir des habits neufs. Le jeune homme s’adressa à Syris que deux savants aidaient à se relever de la couche.

         - Que fais-je ici ? S’étonna-t-il en examinant le laboratoire. Où est Adonis ?

         Les savants transportèrent la Doyenne dans un fauteuil, dans un recoin de la pièce. La vieille femme était disposée à répondre aux interrogations du jeune homme. Elle lui devait bien ça, estimait-elle.

         - J’ai déposé Adonis sur la Planète-Mère, mais toi, tu es dans la salle du Djed. Nous allons bientôt t’allonger sur cette couche et mes savants transféreront toutes les données de mon cerveau conservées dans le prisme laser que tu vois ici à l’intérieur de ta petite tête. Ta mémoire sera écrasée, mais tu pourras te consoler en apprenant que je profiterais de ta jeunesse.

         Eden se rua vers la Doyenne, mais il fut maîtrisé par ses gardes du corps. Les hommes de Syris lui tordaient le bras et l’un d’eux l’étouffait à moitié avec son bras passé autour de son cou pour bloquer sa tête.

         - Vieille folle, poussa t-il dans un râle.

         Pour unique réponse, les gardes du corps le traînèrent à travers la pièce en direction de la couche. Ils le poussèrent pour l’obliger à s’allonger sur le lit. Eden résistait de toutes ses forces et se tordait dans tous les sens pour ne pas épouser les formes du matelas.

         - Ta résistance est inutile, souffla Syris.

         Eden se débattait de plus belle, décochant coups de poing et coups de pied aux hommes qui s’abattaient sur lui. Ils avaient réussi à bloquer ses jambes et l’obligeaient à les garder serrées l’une contre l’autre au pied du lit.

         Le jeune homme s’appuyait sur ses coudes pour ne pas basculer en arrière sur la couche. Les gardes du corps de Syris tiraient sur ses bras pour l’obliger à s’allonger verticalement. Le bras droit céda. Eden sentit qu’on appuyait sur son épaule droite pour la coucher sur le lit. Les hommes le tinrent fermement ainsi et s’attaquèrent à son bras gauche. A moitié tordu, ce dernier céda à son tour.

         Seule la tête d’Eden résistait encore à la pression exercée sur son corps. Un homme lui pressa le front et l’obligea à poser sa tête sur le matelas.

         L’esprit d’Eden fut pris d’un violent malaise. Sa tête tourna, comme si elle avait été anesthésiée. Le jeune homme se sentit comme plongé dans un épais brouillard qui l’isolait du moindre bruit. Il était parfaitement reposé et fut pris d’une subite envie de dormir.

         Eden lutta en vain contre le sommeil. Ses paupières alourdies se fermèrent irrésistiblement. Il allait perdre connaissance, quand, dans un dernier sursaut, il se décorpora comme Adonis lui avait appris à le faire sur Gayanès.

         L’ectoplasme d’Eden quitta le laboratoire et s’échappa du cône pour survoler la cité de l’Apanama.

 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 18:30

 

J'ai eu le plaisir de recevoir un commentaire d'Alexander Doria qui est l'auteur d'un blog original pour lequel il réalise un véritable travail journalistique.

 

http://wikitrekk.blogspot.com/2011/08/le-web-roman-feuilleton-present-et.html

 

Voici la critique qu'il esquisse à propos de mon blog :

 

"Le Mensékhar d’Eloïs Lom est un roman de science fiction, écrit en 1996 et jamais édité faute d’avoir trouvé preneur. Il repose pourtant sur un postulat assez intrigant : utiliser les procédés narratifs de la mythologie grecque dans le cadre d’un Space opera. La littérature SF a certes déjà fait un usage abondant des noms et récits de cette mythologie (il suffit de consulter la liste des œuvres de Dan Simmons pour s’en persuader). A ma connaissance, cet emprunt ne va jamais jusqu’à la restitution telle quelle de ses schémas structurels. C’est pourtant ce que fait le Mensékhar en modelant son développement sur celui d’une tragédie athénienne : tous les personnages vivent dans l’attente d’une apocalypse prévue dès les premiers épisodes. Afin d’étayer ce postulat intertextuel, Eloïs Lom tire partie des interactions possibles entre une multitude de textes : commentaires, notes de lecture, épisodes romanesques, articles encyclopédiques… Ce qu’il met en scène ce n’est pas un roman, mais plutôt l’atelier d’un roman : tous les conseils, les indications, les inspirations qui nourrissent l’activité de réécriture d’une œuvre vieille de quinze ans."

 

Le blog d'Alexander Doria est parfaitement documenté, très agréable à lire. Je lui souhaite de rencontrer le succès qu'il mérite.

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:51

 

Le roman arrive à un tournant décisif à la fin de la deuxième partie. Les personnages vont devoir prendre des décisions qui seront lourdes de conséquences.

 

La Princesse Sappho, rejetée par Adonis, va basculer un peu plus dans la névrose. Syris, rongée par son ambition dévorante, va servir les desseins d'Etran malgré elle. Irz'gune dont les projets s'écroulent n'est plus que l'ombre de lui-même.

 

Oued va devoir vivre une terrible épreuve : survivre à l'être cher tant aimé. Seule la présence réconfortante d'Elia lui évitera de basculer dans la folie.

 

Adonis rompt définitivement tout lien avec Sappho et Irz'gune, comprenant qu'il n'est en réalité qu'un jouet entre leurs mains. Il va bientôt vivre une expérience mystique incomparable lui permettant d'accéder aux desseins secrets d'Etran.

 

Sa dernière épreuve sera d'affronter sa propre mère, la reine des Amazones, et d'accomplir ainsi sa destinée.

 

 

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 09:53

 

         La femme au corps de rêve s’approcha du vieil homme assis sur le sentier.

         - As-tu des nouvelles d’Adonis ?

         - Non aucune.

         Sappho se pencha pour arracher quelques feuilles de fougère dont elle se fit un éventail végétal. Les cèdres ne la protégeaient plus contre l’implacable été de cette région continentale de la Planète-Mère. Au contraire, les arbres captaient la chaleur et la retenaient au sol. L’atmosphère dans toute la forêt était étouffante.

         Irz’gune, plongé dans une intense méditation, semblait être ailleurs. Son esprit était pourtant bien là, puisqu’il s’était rapidement recorporé à l’approche de l’Impératrice.

         La cohabitation avec Sappho devenait chaque jour un peu plus insupportable. L’Impératrice qui s’ennuyait sur la Planète-Mère, loin des fastes de sa cour de Gayanès, jouait les troubles fête. Elle ne quittait plus les sages, les harcelant de questions, venant troubler leurs réunions contemplatives.

         Irz’gune l’aurait volontiers renvoyée sur la planète impériale, mais il ne pouvait pas se le permettre. Il était aussi impatient d’obtenir des nouvelles d’Eden, qu’elle ne souhaitait en avoir d’Adonis. L’Impératrice qui contrôlait l’univers lui avait promis de préserver Eden; il se devait de la ménager.

         Pour cela, il devait satisfaire ses moindres caprices.

         - Cette chaleur est suffocante, si nous regagnions mon palais ?

         Irz’gune se releva et accompagna l’Impératrice sur le bout de route qui les séparait de la bibliothèque creusée dans le flanc de la montagne. Les branchages des arbres chauffés par le soleil exprimaient leur mécontentement par de petits crépitements. Le sentier poussiéreux descendait abruptement en direction de l’entrée de la bibliothèque. Sur la gauche, les tours élancées du palais de Sappho dépassaient la cime des cèdres pour toucher le ciel azuré.

         Ils étaient à mi-descente lorsqu’une navette s’interposa entre eux et le soleil. L’ombre plana sur leurs têtes un court instant dans un impeccable silence, puis dévala la pente pour se fixer devant l’entrée de la bibliothèque. L’ombre pratiquement rectangulaire se rétrécissait comme une peau de chagrin avec l’approche au sol de la navette. Cette dernière souleva un nuage de poussière de terre avant de se fixer définitivement à égale distance entre l’entrée du palais de Sappho et la porte de la bibliothèque creusée dans la montagne.

         Sappho ne tenait plus de joie, persuadée que cette navette ramenait Adonis de Phylis. Elle dévala le sentier en pente pour aller à la rencontre de son bien-aimé. Les ailes de la navette au repos se plièrent vers le sol. Une visière s’abaissa sur les vitres de la cabine de pilotage, donnant l’étrange impression que l’appareil fermait les yeux.

         La porte s’abaissa pour former une passerelle. La désillusion fut à la hauteur des espérances de l’Impératrice. Ce n’était pas Adonis qui descendait de la passerelle de l’appareil, mais cette affreuse vieille femme emprisonnée dans sa bulle de verre.

         Sappho arrêta sa course brutalement, laissant Irz’gune la rejoindre. Ils n’échangèrent pas un mot, mais partagèrent chacun la déception de l’autre. La Doyenne émit à leur intention un petit sourire narquois déformé par les parois sphériques de sa bulle de verre.

         L’Impératrice décida de faire bonne figure pour ne pas marquer son désenchantement. Cette vieille sorcière ne devait pas déceler sa faiblesse. Eclaircissant son doux visage par un sourire de félicité, elle s’avança en direction de l’aéronef. Ses sandales légères laissaient ses pieds s’imprégner de la poussière du sentier. La moindre pierre sous ses pas lui rappelait avec douleur la désillusion causée par l’apparition de Syris sur la passerelle de la navette alors qu’elle s’attendait à voir Adonis.

         La Doyenne avait descendu la passerelle et attendait l’Impératrice sur le sentier. Sappho s’approcha le plus près possible de la bulle de verre. Elle en était si proche qu’elle avait l’impression d’entendre le souffle graillonnant de la Doyenne qui haletait de l’autre côté de la paroi de verre. La bulle était pourtant totalement insonorisée.

         Syris brancha le micro qui lui permettait de communiquer avec l’extérieur. Sappho entendit réellement la lourde respiration de la Doyenne. Celle-ci étouffait pratiquement, chaque inspiration et expiration constituaient un perpétuel supplice pour ses poumons usés.

         Les visites de la Doyenne de l’Université sur la Planète-Mère n’étaient pas chose courante. Irz’gune qui s’était avancé pour prendre part à la conversation recherchait au fin fond de sa mémoire les souvenirs de la précédente visite de la vieille femme. Cela remontait à plus d’une soixantaine d’années, lors d’un colloque qui avait tenté en vain de rapprocher les sages et les savants. Ces derniers, déjà menés par Syris, s’intéressaient surtout à la décorporation et avaient souhaité savoir s’il était possible de sortir de son corps pour s’emparer de celui d’une autre personne. Les savants avaient été déçus d’apprendre que l’on ne pouvait pénétrer que dans des corps sans esprit, généralement morts. Les sages avaient été formels : il ne pouvait y avoir qu’un esprit par corps et un esprit dans un seul corps.

         Un seul individu avait fait exception : Etran. Le Premier Empereur avait découvert le don de la décorporation à l’infini lorsqu’il vivait parmi les sages. Doté d’un incroyable pouvoir de prescience, il leur avait confié que le phénomène ne se reproduirait que chez le second fils d’un de ses descendants, l’Antiproèdre. Les sages qui s’étaient brouillés avec Etran attendaient la réalisation de ce phénomène depuis des siècles.

         Sappho prit la parole la première.

         - Quelle surprise, chère Syris. Je te croyais sur Phylis à la recherche d’Adonis.

         - J’en reviens, expliqua la Doyenne. Je n’avais aucune raison de m’y attarder puisque j’y ai trouvé ce que j’étais venu chercher.

         Sappho laissa exploser sa joie.

         - Tu as retrouvé Adonis ? Où est-il ?

         Syris tourna son regard en direction du haut de la passerelle de la navette en guise de réponse. Sappho regarda machinalement dans la direction fixée par les yeux de la Doyenne et aperçut le jeune homme. Adonis, entouré par deux gardes, tenait fièrement le revers de sa tunique avec sa main gauche. Les ors de ses vêtements et l’éclat de ses boucles dorées brillaient sous le soleil, lui donnant la grâce et la beauté envoûtantes d’un Apollon. Le coeur de Sappho fondit.

         Quelque chose avait pourtant changé chez le jeune homme. L’Impératrice sentait cette différence sans toutefois pouvoir l’expliquer. Adonis avait gagné en maturité, sans avoir pour autant perdu son petit côté féminin d’adolescent.

         La Doyenne jugea le succès de sa petite mise en scène à la mine réjouie de l’Impératrice.

         - J’ai tenu ma promesse, Majesté. Tiendrez-vous la votre? Vous m’aviez promis votre reconnaissance éternelle.

         - Que désires-tu ?

         - Que vous confirmiez à tout jamais les privilèges de l’Université. Je vous ai préparé un texte.

         Un savant tendit à l’Impératrice un tube qui contenait un rouleau. Sappho le déroula et parcourut du regard les quelques lignes qui avaient été écrites sur l’une des faces du papier. L’Impératrice, si elle signait ce texte, s’engagerait à donner à Okara le statut de planète libre, l’exemptant à tout jamais d’impôts et interdisant son accès aux Immortels. Il n’y avait rien qu’elle puisse juger inacceptable. Sappho frappa le papier du sceau de la bague de son frère, bague aux caractéristiques uniques qui se transmettait d’empereur à empereur depuis Etran.

         Le savant récupéra le papier signé et le rangea dans son tube. A l’intérieur de sa bulle de verre, Syris salua bien bas l’Impératrice.

         - Je vous remercie, Majesté.

         Adonis, libéré par ses deux gardes du corps, descendit lentement la passerelle. Il était presque arrivé en bas, lorsque Irz’gune se permit de formuler une question à l’attention de la Doyenne.

         - Qu’est-il advenu d’Eden ?

         La voix du sage à l’énoncé du prénom du Proèdre s’était brisée d’angoisse. Irz’gune craignait d’obtenir une réponse tragique. La mine d’Adonis s’était obscurcie à l’évocation du nom d’Eden.

         La réponse de Syris brisa la plénitude qui régnait sur la Planète-Mère.

         - Le deuxième proèdre est mort pendant le voyage.

         - Il a été comme foudroyé lors de notre passage en hyperespace confirma Adonis.

         - Eden a dû être piqué par une mouche arouk, supputa Syris.

         Les mouches arouk vivaient dans les égouts et pondaient leurs oeufs sous le derme des animaux et plus rarement des hommes. Peu de temps avant leur éclosion, les oeufs émettaient des substances toxiques provoquant une mort par empoisonnement en quelques métaheures. Car les mouches arouk avaient ceci de particulier : leurs oeufs ne pouvaient se développer que dans de la chair vivante mais leurs larves ne se nourrissaient que de charogne.

         Sous le choc de la révélation, les épaules d’Irz’gune s’affaissèrent. Adonis dut retenir le sage qui, abandonné par ses jambes, menaça de tomber sur le sol. L’annonce de la mort de son neveu bouleversa Sappho. L’Impératrice détestait le jeune homme, mais il faisait partie de son quotidien depuis de nombreuses années.

         Syris manœuvra sa bulle de verre afin de remonter la passerelle de sa navette.

         - Je dois regagner Okara, expliqua t-elle.

         Les savants fermèrent la marche derrière la bulle. Lorsque le dernier homme disparut à l’intérieur du vaisseau, la passerelle fut relevée, fermant la porte. Les ailes se relevèrent tandis que l’appareil prenait de l’altitude. Dès qu’il eut dépassé les cimes des cèdres, il franchit les cieux à la vitesse d’un éclair.

         La Planète-Mère avait retrouvé son calme habituel. Adonis et Sappho portèrent à bout de bras Irz’gune encore sous le choc et le déposèrent à l’entrée de la bibliothèque, à l’ombre, auprès de ses confrères.

         - Laissez-moi seul, demanda-t-il.

         Adonis et Sappho respectèrent sa volonté. Ils le laissèrent assis sur une pierre devant la grotte et gagnèrent à pied le palais de l’Impératrice tout proche. La demeure de Sappho était beaucoup plus petite et moins exubérante que son palais de Gayanès. Quatre tours, une à chaque angle, délimitaient cette demeure parfaitement carrée. Des terrasses à colonnades agrémentaient le reste des façades du bâtiment.

         L’intérieur du palais ne comportait pas de pièces. Tout le bâtiment sur ces deux étages et sur toute sa longueur ne formait qu’une immense galerie; cette dernière s’ouvrait sur un jardin comme dans un cloître. La quasi-absence de meubles renforçait l’impression de grandeur. Il s’agissait à coup sûr d’une résidence d’été.

         Sappho invita Adonis à s’asseoir sur une banquette à ses côtés. L’Impératrice posa un baiser sur sa bouche qu’il refusa net. Elle ne se formalisa pas.

         - Je n’espérais plus te revoir, mon bien-aimé. Vois comme nous sommes faits pour nous entendre. J’avais tout de suite deviné que tu viendrais sur la Planète-Mère.

         Adonis ne se faisait pas d’illusions et il n’avait pas le coeur à céder au romantisme.

         - Syris m’a déposé sur la Planète-Mère parce que la Cité Interdite lui a appris que vous y séjourniez. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela.

          L’Impératrice voyait que le jeune homme regardait avec attention le pendentif qu’elle portait à son cou.

         - Tu peux le reprendre, fit-elle.

         Adonis passa ses mains derrière la tête de Sappho pour dégrafer le bijou. Il lui échappa des mains et tomba dans le décolleté de l’Impératrice. Le Bijou narguait Adonis entre les deux seins. Le jeune homme tendit sa main droite et attrapa le pendentif avec une grande dextérité. Il avait à peine effleuré la peau de l’Impératrice que celle-ci l’avait déjà embaumé de tous ses effluves. La peau était douce et exaltait des senteurs sucrées.

         La poitrine constituait pour Adonis la partie la plus sensuelle du corps de l’Impératrice. Elle l’avait parfaitement mise en valeur. Assez découverte pour suggérer, mais un brin cachée pour susciter le mystère.

         Sappho renouvela son baiser. Le jeune homme laissa la langue fébrile caresser ses lèvres et envahir sa bouche entrouverte. Il était détendu et n’aurait jamais souhaité interrompre ce moment de plaisir. Pourtant, il referma sa bouche et repoussa le corps de l’Impératrice qui se pressait sur le sien.

         - Qu’y a-t-il ? S’étonna Sappho. Je ne suis pas désirable ?

         - Vous êtes très désirable, mais je ne vous aime pas.

         Cette sentence déchira le coeur de l’Impératrice et la brisa moralement. Elle avait la nausée comme si elle avait reçu un violent coup de poing dans le ventre. Elle soupira.

         - Mais je t’aime, moi. Je suis incapable d’envisager ma vie sans toi. N’es-tu pas bien quand tu es dans mes bras ?

         - Vos caresses sont douces comme le miel, mais je vous mentirais si je vous disais qu’elles m’inspirent de l’amour.

         L’impératrice s’enferma dans un profond mutisme.

         - J’aimerais que vous quittiez la Planète-Mère, reprit Adonis. Ce sera plus facile pour nous deux.

         - Qu’ai-je fait de mal ? Se lamenta Sappho.

         - Vous n’êtes pas en cause. Nous ne sommes pas fait l’un pour l’autre.

         - Tu parles pour toi. Tu m’as fait découvrir l’amour. Tu es la seule personne à qui je me sois pleinement donnée. Je donnerai ma vie pour toi.

         Adonis se renfrogna.

         - Je suis désolé. Je ne peux pas vous faire la même promesse.

         Le jeune homme s’était rendu compte qu’il faisait fausse route. Il n’aimait pas Sappho pour elle-même, il aimait la femme qu’elle représentait. Une fois qu’il l’avait possédée, il avait perdu tout enthousiasme à son égard.

         L’Impératrice semblait se faire une raison.

         - Je partirai pour Gayanès cette nuit.

         - Je vous souhaite une bonne route, fit simplement Adonis avant de quitter le palais.

         Alors qu’il remontait le sentier en direction de la grotte, il jeta un dernier coup d’oeil en arrière. Ce qu’il vit le surprit. Le palais fondait de toutes parts pour former un immense magma informe. Cette sorte de pâte tourbillonnait sur elle-même en se rétrécissant. Lorsqu’elle fut suffisamment petite, elle vola pour aller se loger dans le creux de la main de Sappho.

         La boule se contracta encore pour exploser en une fine gouttelette de sang. L’Impératrice aspira d’un coup de langue ce qui était encore un palais quelques minutes auparavant.

         Adonis, indifférent, continua à gravir le sentier pour rejoindre Irz’gune. Il marcha droit devant lui et ne se retourna même pas une dernière fois pour regarder en arrière.

 

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 16:42

 

Dans mon ouvrage intitulé Le Mensékhar, il est question d’une planète Bello, dotée d’une étoile binaire à éclipses. En d’autres termes, Bello est dotée de deux soleils, un rouge, petit et très chaud et un bleu, plus grand mais également plus froid. Périodiquement, à intervalles de 500 ans, le plus petit des deux soleils est éclipsé par le plus grand, ce qui a pour conséquence un refroidissement important à la surface de la planète, détruisant les récoltes et provoquant des famines.

 

Selon des travaux publiés le 15 septembre 2011 dans la revue américaine Science, des astronomes américains auraient découvert une planète à deux soleils (aussi nommée planète circumbinaire) qui a été baptisée Kepler-16 : comme Bello, Kepler-16 est une étoile binaire à éclipses située à environ 200 années lumières de la terre dans la constellation du Cygne.

 

Planète circumbinaire à deux soleils 

 

Kepler-16 serait à ce jour le quatrième système planétaire circumbinaire avéré.

 

L’étoile Kepler-16A est une naine orange de type spectral K et l’étoile Kepler-16B est une naine rouge de type spectral M : ces deux étoiles orbitent l’une autour de l’autre en 41 jours.

 

La planète Kepler-16b est une géante gazeuze, les astronomes excluent la possibilité que la vie y existe. Cette planète connaît donc deux levers et deux couchers de soleil.

 

Les deux étoiles s’éclipsent mutuellement, ce qui a rendu leur observation difficile par le télescope américain Kepler qui les a découvertes. La luminosité diminuant à intervalles réguliers, même lorsque les deux étoiles ne formaient pas d’éclipses, les astronomes en ont déduit la présence d’une planète tournant autour d’elles.

 

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 18:53

 

En 1995, alors que je passais l’été en Provence dans la région aixoise, j’ai découvert une BD de science-fiction dans une bibliothèque.

 

L’Incal ou Les aventures de John Difool est une série de bande dessinée scénarisée par Alexandro Jodorowskiet dessinée par Moebius.

 

Incal 

 

Elle est parue en 6 tomes :

 

- L’Incal Noir en 1981

- L’Incal Lumière en 1982

- Ce qui est en bas en 1983

- Ce qui est en haut en 1985

- La Cinquième Essence (première partie : Galaxie qui songe) en 1988

- La Cinquième Essence (deuxième partie : La Planète Difool) en 1988

 

Les personnages sont :

 

- John Difool : détective privé minable de classe R. Anti-héros ayant du mal à assumer ses responsabilités et faisant même souvent preuve de lâcheté, celui que ses amis surnomment JDF est physiquement reconnaissable par sa longue chevelure rousse.

- L’Incal : être aux pouvoirs puissants et mystérieux, composé de deux éléments l’incal lumière et l’incal noir.  

- Deepo : la mouette à béton que John Difool a recueillie. Très astucieuse, elle acquiert la parole en avalant l'Incal Lumière.

- Animah : gardienne de l’incal lumière, elle incarne la paix et l’amour. Amante d’une nuit de JDF, elle met au monde Solune.

- L’Androgyne Solune : fils biologique de JDF et d’Animah, adopté par le Méta-baron, il possède de puissants pouvoirs psychiques comme sa mère.

- Le Méta-baron : tueur connu comme le plus grand chasseur de primes de la galaxie.

- Tanatah : sœur d’Animah et gardienne de l’incal noir. Elle est à la tête de l'Amok, un groupe de parias rebelles au pouvoir central.

- Kill tête de chien : mercenaire au service de Tanatah, il voue une haine tenace à JDF qui lui a percé l’oreille.

- Le Technopape : chef des technos-technos, une secte de scientifiques.

- Le Prez : chef d’état et dictateur de la planète de JDF.

- L’Impéroratriz : chef androgyne de la galaxie, siamois homme-femme relié par le dos.

- Diavaloo : animateur vedette de Ter 21.

- Les Bergs : extraterrestres venus d’une autre galaxie.

 

L’histoire se résumé ainsi :

 

Dans un futur éloigné et dystopique, le détective privé John Difool reçoit l'incal lumière, une pyramide blanche aux pouvoirs extraordinaires, des mains d'un Berg mourant. L'Incal est recherché pour ses pouvoirs par de nombreuses factions qui veulent l'utiliser à leurs fins. En s'échappant, John Difool se retrouve entraîné malgré lui dans une aventure qui le dépasse totalement et qui le transformera en sauveur de deux galaxies.

 

Mon opinion :

 

Le scénario est riche et original, maniant une ironie décapante. L’univers graphique de l’Incal est étonnamment dynamique, à la mesure du scénario riche en rebondissements et révélation.

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 13:57

 

         Syris regardait avec un brin de mélancolie le soleil qui se couchait sur Phylis 1. Le ciel s’embrasait d’une longue lueur pourpre, la mer de nuage abandonnait sa grisaille accoutumée pour revêtir un dégradé de couleurs pastel variant d’un rose très clair à un mauve lumineux.

         La Doyenne eut une pensée pour Eden et Adonis. Cela faisait deux jours qu’ils avaient disparu dans les bas-fonds de la capitale de Wacé. Les deux jeunes gens l’avaient étonnée. Ils avaient réussi jusqu’à présent à échapper à deux protonyx et à une vingtaine de soldats déterminés.

         Wacé avait fait les frais de cette infernale chasse à l’homme. Syris avait vu la mort du jeune homme, relayée par les caméras de la Ceinture, sur la sphère holographique. Les Immortels dépêchés pour mettre fin à l’émeute étaient arrivés trop tard. Ils n’avaient même pas pu reconnaître le sparapet parmi les corps déchiquetés qui avaient été abandonnés sur la chaussée. La révolte s’était amplifiée et aurait sans doute gagné les autres étages de la ville s’il n’y avait pas eu cette subite coupure de courant. Plongés dans le noir, les manifestants avaient été impitoyablement massacrés par le feu des canons laser des Immortels.

         La Doyenne qui n’avait pas l’habitude de faire dans les sentiments avait pourtant été éprouvée par la fin horrible du sparapet. Elle perdait son meilleur agent et surtout se sentait un peu responsable de la mort du jeune homme. Elle s’en était servi sans scrupule, l’obligeant à utiliser le protonyx, ce qui avait causé sa perte. Wacé avait pris tous les risques et n’avait pas été récompensé.

         Syris balaya rapidement ce moment de faiblesse de son esprit. Elle avait toujours pensé qu’il n’y avait pas de place pour la compassion dans ce monde cruel. Wacé était d’ailleurs comme elle. Ils faisaient partie de la race des seigneurs, ceux qui ne vivaient que pour eux-mêmes. Dépourvus de scrupules, ils étaient prêts à tout sacrifier pour mener à bien leur ambition.

         Wacé était son meilleur élève et sa mort provoquait un profond malaise chez la Doyenne. Elle venait lui rappeler qu’elle était mortelle et qu’il ne suffisait pas toujours de mettre toutes les chances de son côté pour gagner. Il y avait des situations qui vous dépassaient et échappaient à votre contrôle.

         Syris craignait de se voir acculée un jour comme Wacé dans une voie sans issue. La mort du sparapet était en quelque sorte sa propre mort, la mort de ce qu’il représentait, la mort d’une ambition dévorante et d’une volonté de fer. Syris avait toujours cru que les événements ne pouvaient pas avoir de prise sur ces deux qualités. Elle pensait qu’il n’y avait que les faibles qui pouvaient perdre. Etouffés par leur compassion, ils étaient condamnés à être les proies de requins comme elle et Wacé. La mort du sparapet lui prouvait qu’elle se trompait. La fatalité était plus forte que les requins.

         Les agneaux pouvaient-ils échapper à la fatalité ? Leur innocence les mettait-elle à l’abri ? Eden et Adonis défiaient tous les pronostics. Désormais, seul Oued était encore à leur poursuite. Il ne disposait plus que de trois hommes, mais des hommes expérimentés. Ils viendraient aisément à bout des deux garçons.

         Adonis et son frère étaient localisés. Syris les avait vus apparaître dans la sphère holographique avant qu’Adonis ne détruise la caméra qui les observait. La Doyenne pensait qu’ils se dirigeaient vers le spaciodrome du niveau 57, mais elle n’en était pas sûre. Quelle surprise ces deux garçons pouvaient-ils encore sortir de leur sac à malice ? Dans le doute, elle avait décidé d’attendre la suite des événements. Constamment informée par la sphère holographique, elle disposait du meilleur poste d’observation pour appréhender les événements. Elle aurait tort de s’en priver.

         Elle parvint à capter une conversation entre Oued et l’Immortel chargé de contrôler la Ceinture. Elle apprit ainsi qu’Eden et Adonis avaient effectivement l’intention de gagner le spaciodrome. Soudain, la communication entre les deux hommes fut coupée et la sphère holographique diffusa des images en provenance du spaciodrome du niveau 57. Syris remarqua la carcasse brûlée d’un train et des navettes en flammes partout autour.

         L’Immortel de la Ceinture fit de nouveau une apparition dans la sphère, où il expliquait à Oued, et indirectement à Syris, qu’il soupçonnait Eden et Adonis d’être à l’origine de l’accident.

         Sans perdre un instant, Syris déplaça mentalement sa bulle de verre en direction de l’ascenseur. Une fois les portes refermées, la capsule entama sa descente vers le spaciodrome personnel de Wacé.

         La cabine s’arrêta, les portes s’écartèrent pour laisser le passage à la bulle de verre. La navette de la Doyenne était prête à décoller, étroitement surveillée par ses gardes du corps. Syris secoua ses hommes.

         - Nous partons, fit-elle en faisant emprunter la passerelle du vaisseau à sa bulle de verre.

         Les hommes la suivirent jusqu’à la cabine de pilotage où Syris s’installa. Le vaisseau de la Doyenne était assez important et possédait même un spaciodrome d’un type très particulier duquel pouvaient décoller et atterrir de petites navettes.

         Lorsqu’elle était à l’arrêt, la navette de Syris ressemblait à un gigantesque parallélépipède. Au décollage, des ailes encastrables poussèrent de chaque côté, s’étirant au fur et à mesure qu’elles sortaient des parois. La cabine de pilotage sortit à l'avant et s’allongea en pointe pour former le museau de l’appareil. Doté de formes plus aérodynamiques, l’engin était prêt à décoller.

         Il s’élança sur l’aire de décollage du spaciodrome et s’échappa par le grand sas ouvert dans les parois de la pyramide. La nuit était tombée et la mer de nuages ressemblait à une immense masse noire.

         - Plongez ! Ordonna Syris.

         La navette piqua du nez et plongea comme une masse dans le magma nuageux. L’appareil était trop lourd et trop massif pour que la tempête ait la moindre prise sur lui. Il dispersait les nuages sur son passage, les éclairs se cassaient sur son épaisse carlingue. La Doyenne s’adressa au savant qui gérait le radar, instrument parfaitement indispensable pour circuler dans cette purée de poix.

         - Repérez tous les vaisseaux isolés aux environs du niveau 57 de Phylis 1.

         - Aucun vaisseau en vue.

         La partie serait plus difficile à jouer qu’elle n’avait pu l’imaginer. Il faudrait un miracle pour repérer la navette d’Eden et d’Adonis dans ce déluge de pluie et de vent. Elle allait enfin savoir si les dieux de la chance étaient avec elle.

         Le savant qui était chargé du radar s’agita.

         - Un vaisseau vient de quitter le spaciodrome du niveau 57, annonça t-il tout guilleret.

         Syris était persuadée qu’il ne pouvait s’agir que d’Eden et d’Adonis. Elle mit son vaisseau en branle bas de combat.

         - Ouvrez le toit du spaciodrome, nous allons obliger cette navette à se poser sur notre vaisseau.

         Les savants déclenchèrent le mécanisme d’ouverture du sas. Le spaciodrome du vaisseau de Syris représentait tout le corps de la navette exceptée la cabine de pilotage. Son sas très particulier s’ouvrait par l’arrière de l’appareil.

         La paroi arrière de la navette se fendit en deux parties égales qui s’écartèrent en sens opposé. Les deux propulseurs suivirent le mouvement et coulissèrent sur le côté pour dégager l’accès au spaciodrome. Une entrée béante s’était ouverte à l’arrière du vaisseau.

         La navette de Syris s’appliqua à dépasser sa proie qui tourbillonnait dans les vents. La tempête redoublait de violence et jouait avec le petit appareil, le faisant virevolter dans tous les sens comme une vulgaire feuille morte.

         Le vaisseau de la Doyenne se positionna devant l’aéronef, ralentissant pour l’obliger à entrer dans le sas arrière. La navette vira de bord et évita le piège. Le gros appareil le rattrapa, le dépassa, et réitéra l’opération. Le pilote du petit aéronef para la manoeuvre en piquant vers le sol pour ne pas être obligé d’entrer dans le sas.

         - Nous n’arriverons jamais à rien en nous y prenant ainsi, se lamenta le pilote du vaisseau de Syris.

         - Le petit appareil a trouvé la parade, ajouta le savant au radar. Il survole maintenant le sol à si faible attitude que notre mastodonte ne peut plus l’approcher sans s’écraser.

         Syris reconnut que la méthode employée n’était pas la bonne. Elle était décidée à employer les grands moyens.

         - Envoyez deux navettes pour aborder cet appareil et rapportez-moi ses occupants.

         Une violente bourrasque dévia le frêle aéronef et faillit le plaquer contre le sol détrempé de Phylis. Heureusement, Adonis avait eu la présence d’esprit de contrebalancer la pression du vent en obligeant l’appareil à faire un brusque écart dans le sens inverse.

         - Nous l’avons échappée belle, soupira Eden. Ne pourrions-nous pas redresser un peu la barre ?

         Le manque de confiance d’Eden décevait Adonis.

         - Nous en avons vu d’autres. Nous devons coller le plus possible au sol pour nous débarrasser de cet appareil. Il est trop imposant pour nous suivre à si faible altitude.

         Eden qui scrutait de temps en temps le radar vétuste de leur navette afin de prévenir les obstacles qu’ils pourraient éventuellement rencontrer, aperçut deux petits points lumineux qui se détachaient du gros point symbolisant l’appareil ennemi. Sa voix monocorde marquait sa lassitude.

         - J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer.

         - C’est-à-dire ?

         - Deux navettes viennent de quitter le vaisseau ennemi et se dirigent droit sur nous.

         Adonis poussa les propulseurs de son appareil à fond, mais ils n’avaient pas assez de puissance pour distancer leurs poursuivants.

         - Ils nous rattrapent prévint Eden.

         Même les vieilles navettes des sages de la Planète-Mère étaient plus modernes que le malheureux appareil. Une des navettes ennemies se positionna au-dessus d’eux et les aborda. Le choc de la rencontre des deux aéronefs avait manqué de les écraser au sol. Les deux appareils étaient collés l’un à l’autre. Le plafond de la navette d’Eden et d’Adonis fondait comme du beurre sous l’effet d’un puissant rayon laser. Un trou arrondi déversa un flot de soldats dans la cabine.

         Adonis avait quitté les commandes de l’appareil pour arroser copieusement ces intrus d’un jet laser réglé à la puissance maximale. Il décapita la première rangée de soldats, faisant reculer une deuxième rangée qui s’était avancée. Eden n’avait pas d’arme, mais se défendait à coups de pieds, meurtrissant les soldats qui osaient l’approcher de trop près.

         Les soldats qui les attaquaient devaient avoir des consignes pour les ramener vivants car ils ne sortaient pas leurs armes. Ils constituaient des cibles faciles pour un excellent tireur comme Adonis. Le jeune homme brûlait tout ce qui l’approchait, mais le flot ne cessait pas de se tarir. Des renforts émergeaient du trou percé dans le plafond.

         Eden fut rapidement submergé. Des hommes l’avaient attrapé par les bras, un autre braqua son arme sur sa tempe.

         - Jette ton arme, si tu ne veux pas que je lui brûle la tête, cria t-il à l’attention d’Adonis.

         Le jeune homme voyant que la partie était perdue jeta son arme à ses pieds. Aussitôt, une dizaine de soldats lui sauta dessus pour lui passer des menottes aux poignets. A ses côtés, Eden avait subi le même sort. Après les avoir neutralisés, les hommes de Syris les embarquèrent sur leur propre navette.

         La navette des savants décrocha l’appareil d’Eden et d’Adonis qui, dépourvue de pilote, alla  s’écraser sur un rocher. Les deux navires regagnèrent ensuite leur spaciodrome dans le vaisseau mère. Après qu’il eut avalé les deux navettes, ce dernier referma son sas arrière et releva ses propulseurs. Passant la vitesse maximum, il s’arracha de la masse nuageuse pour affronter la nuit de Phylis.

         Eden et Adonis furent débarqués et conduits sous bonne escorte jusqu’à la cabine de pilotage du vaisseau mère. En entrant dans la salle, ils aperçurent l’horrible face de la sorcière derrière sa bulle de verre et comprirent enfin à qui ils avaient affaire. La vieille femme laissa échapper sa joie.

         - Vous êtes à moi, mes chers amis. Après tant de temps, je n’osais plus y croire.

         Eden et Adonis faisaient bonne figure, restant très dignes malgré la précarité de leur situation.

         - Combien demandez-vous de rançon ? S’avança Adonis.

         Syris exultait. La providence lui avait permis de doubler tous ses ennemis et de vaincre les deux proèdres qui lui avaient donné tant de fil à retordre. Un petit rire aigu s’échappa de sa bouche tordue.

         - Vous êtes inestimables. Toi, Adonis parce que l’Impératrice t’aime plus que tout au monde et toi, cher Eden, parce que tu vas m’aider à retrouver la jeunesse de mes vingt ans.

         Les deux jeunes gens ne comprirent pas les allusions de la Doyenne et crurent qu’elle délirait. Ils n’eurent pas le temps de chercher à approfondir le problème. Le vaisseau de Syris fut violemment secoué, touché de plein fouet par l’impact d’un tir au canon laser.

         - Trois navires Immortels nous attaquent, commenta le savant gardien du radar.

         - Ils essayent d’entrer en communication avec nous, expliqua le pilote.

         Syris savait très bien ce qu’ils allaient lui dire. Ils la sommeraient de rentrer sur Phylis 1 pour qu’elle leur livre Eden et Adonis. Elle ne voyait qu’une seule réponse à leur apporter.

         Les savants armèrent les canons placés au-dessus du vaisseau et pulvérisèrent les trois navires qui les avaient pris en chasse. A peine s’étaient-ils débarrassés de ces gêneurs que deux autres vaisseaux Immortels apparurent à leur droite et se placèrent sur leur chemin. Une première rafale de laser désintégra le plus petit d’entre eux. Une seconde arracha une aile à son comparse. Une troisième le fit exploser.

         Des navires Immortels libérés par le vaisseau impérial affluaient de partout. Le vaisseau de Syris s’échappa de Phylis avant d’être submergé par le nombre. Il détruisit encore quelques navettes Immortelles, puis enclencha le processus hyperespace Le vaisseau fila dans les cieux comme une flèche et disparut dans un trou de lumière qui se referma aussitôt sur son passage.

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 15:28

 

Le second personnage du Mensékhar à connaître une fin tragique est le sparapet Wacé.

 

Wacé de Phylis

 

Le jeune homme va être victime de ses intrigues dans le chapitre 31. Agent double, voire triple, son ambition l'amène à naviguer en eaux troubles entre les différentes forces de l'empire galactique.

 

Wacé va commettre l'erreur de se faire influencer par la doyenne de l'université qui l'incite à lâcher un protonyx dans les quartiers populaires de Phylis 1 afin de retrouver la trace d'Eden et d'Adonis. Le monstre va semer la terreur auprès des habitants, ces derniers se vengeront de leur seigneur, mettant un terme à la dynastie qui contrôle leur planète depuis des siècles.

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 16:03

 

Chapitre 27 : Khios, le gérant de l'hôtel, fait des révélations à Eden et Adonis concernant les projets d'Etran.

 

Chapitre 28 : Le protonyx de Wacé sème la terreur dans les quartiers populaires de Phylis 1. Le sparapet et ses hommes arrivent enfin devant l'hôtel où sont hébergés Eden et Adonis.

 

Chapitre 29 : Khios poursuit ses révélations, il se présente comme étant l'âme éternelle d'Etran. Eden et Adonis s'enfuient de l'hôtel à l'arrivée de Wacé et de ses hommes.

 

Chapitre 30 : Oued s'engage à son tour dans les quartiers populaires de Phylis 1, utilisant un protonyx comme monture.

 

Chapitre 31 : Les hommes de Wacé et de Oued s'affrontent devant l'hôtel qui hébergeait Eden et Adonis. Wacé parvient à s'enfuir, mais il trouve la mort dans un guet-apens tendu par une populace ivre de vengeance.

 

Chapitre 32 : Eden et Adonis détournent un métro dans leur fuite qu'ils font dérailler. Grâce à cette diversion, ils parviennent à s'enfuir de Phylis 1 en navette spaciale.

 

Chapitre 33 : Oued et ses hommes arrivent trop tard au spaciodrome, Eden et Adonis se sont déjà envolés.

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 15:35

 

         Le Commandeur regardait avec une certaine tristesse le spectacle de désolation qui s’offrait à lui. La façade cramoisie de l’hôtel disparaissait derrière un mur de flammes, tandis que ses hommes continuaient à arroser de leurs tirs nourris le rez-de-chaussée qui avait encore été épargné par le feu.

         L’édifice craqua.

         - Cessez le tir ! Ordonna Oued à ses hommes.

         Un craquement sourd semblable au tonnerre accompagna la chute de l’édifice. Il s’effondra sur lui-même pour se réduire à un amas de cendres qui ne devait guère faire plus de cinq mètres de haut. Le trou que l’édifice laissait dans le quartier témoignait bien plus de son importance passée que les pitoyables poutrelles calcinées qui s’entrecroisaient à son emplacement.

         Oued, persuadé que le sparapet et ses hommes avaient péri sous les décombres, ne jugea pas nécessaire de mener une enquête. Il était beaucoup plus urgent à ses yeux de rattraper le protonyx qui venait de fuir au croisement de la rue. L’animal, désespéré par la mort de son semblable et flairant la présence d’Eden et d’Adonis, était parti à leur recherche.

         Ils le retrouvèrent derrière les ruines du bâtiment, reniflant le sol où s’élevait il n’y avait pas si longtemps que cela une porte. Pendant quelques instants, Oued craignit qu’Eden et Adonis n’aient disparu sous les décombres. Mais le protonyx renifla tout de suite le sol en direction de la ruelle. Il leva sa tête droit devant lui, montrant qu’il avait retrouvé la piste des deux fuyards.

         Oued s’empara des rênes et monta sur le dos de l’animal. Il était temps, puisque le monstre qui venait de découvrir une piste, entamait une course effrénée pour remonter la ruelle. Oued qui ne pouvait pas maîtriser sa monture se retourna afin de s’assurer que ses hommes qui avaient survécu aux combats le suivaient bien. Les malheureux n’étaient plus que trois, un de leurs confrères ayant été tué par l’un des tireurs que Wacé avait embusqués au dernier étage de l’hôtel.

         Les trois Immortels qui avaient une capacité de récupération étonnante avaient immédiatement poursuivi le protonyx au pas de course. Distancés au début, ils rattrapaient progressivement leur retard en accélérant le rythme de leur course. C’était cette faculté d’adaptation que Oued admirait chez ses soldats. Ils étaient capables de se mouler aux situations les plus inattendues et ne donnaient jamais le moindre signe de faiblesse.

         Le joyau de la bague du Commandeur scintilla d’une lumière bleue, lui annonçant que quelqu’un souhaitait entrer en communication avec lui. Lâchant l’une des rênes, il enfonça légèrement le joyau avec sa main droite. La pierre émit un champ conique, lumineux, à l’intérieur duquel des images se bousculaient. Le cône était inversé, sa pointe partait de la pierre et sa base s’allongeait devant Oued.

         L’image de la tête d’un Immortel se forma dans ce volume conique. Ses lèvres bougèrent pour articuler des mots parfaitement distincts.

         - Nous venons de retrouver la trace d’Eden et d’Adonis. Ils viennent d’emprunter un escalier dans une large avenue que vous croiserez bientôt. Ils se sont entretenus avec une jeune femme dont voici le portrait.

         La bague diffusait un visage féminin très doux aux yeux surlignés de traces violettes.

         - Une droguée ! S’exclama Oued. Croyez-vous que les fugitifs connaissaient cette jeune personne ?

         La tête de l’Immortel reprit ses droits dans le cône et chassa l’image de la jeune fille.

         - Je ne crois pas. Ils ont simplement dû s’arrêter pour lui demander leur chemin.

         - Où sont-ils maintenant ?

         - Nous avons perdu leur trace, déplora l’Immortel. Adonis a détruit notre caméra avec son pistolet laser. Le temps de diffuser d’autres appareils dans le secteur, ils avaient déjà disparu.

         - Essayez de quadriller le quartier avec vos mouchards, conseilla Oued avant d’appuyer de nouveau sur le joyau de sa bague, mettant ainsi fin à la communication.

         Le cône se réduisit pour finir par disparaître totalement dans la pierre qui l’émettait. Cette dernière s’éteignit, reprenant son apparence de diamant.

         La ruelle était traversée par une large avenue. Au lieu de poursuivre droit devant et de continuer à progresser dans le boyau, le protonyx tourna sur la droite, renversant des badauds terrorisés. Oued, un moment déséquilibré, se rattrapa en saisissant les deux rênes à pleines mains.

         L’avenue était noire de monde. La foule, prise de panique devant l’apparition du protonyx, courait dans tous les sens, gênant la progression du Commandeur et de sa monture. En moins d’une minute, tous les badauds avaient déserté la rue pour se claquemurer dans les magasins.

         Les boutiques au thème unique illustraient admirablement bien l’originalité du quartier. Ils étaient arrivés dans l’un des hauts lieux de la prostitution de Phylis 1. Les cinémas spécialisés proposaient des aventures en trois dimensions avec des mannequins aux corps élancés. Le procédé était fort simple. Le spectateur était projeté au milieu d’une sphère holographique diffusant un film pornographique, lui donnant ainsi l’impression de se trouver dans une pièce entourée de sulfureuses créatures dénudées.

         Plus concrètement, d’autres enseignes vous proposaient de faire l’amour avec la femme virtuelle de vos rêves, ou encore, plus classique, avec une vraie femme en chair et en os. Des magasins vendaient toutes sortes d’aphrodisiaques. D’autres proposaient des produits plus ou moins douteux pour satisfaire les fantasmes les plus originaux. Ces poudres de perlimpinpin permettaient soi-disant de déclencher des orgasmes dans tout le corps, de la tête aux pieds, ou seulement dans certaines parties localisées choisies au préalable. Certains onguents utilisés dans les jeux amoureux prétendaient avoir la vertu de déclencher de minis orgasmes dans la partie du corps sur laquelle ils avaient été appliqués, permettant ainsi à l’usager de jouir à volonté du moindre orteil ou même du nez.

         Oued rappela à l’ordre ses soldats qui traînaient derrière lui, alléchés par cette formidable industrie du sexe. De tels attirails étaient inconcevables sur Gayanès dans leur austère forteresse du Toledo.

         Oued avait entendu dire que certains courtisans blasés avaient recours à certains de ces produits dans leurs jeux amoureux. La société en se perfectionnant avait perdu l’usage des choses les plus simples et exigeait, pour satisfaire ses besoins, des moyens de plus en plus sophistiqués. Les humains ne savaient plus faire l’amour.

         Seuls certains initiés, refusaient encore d’avoir recours à ces subterfuges. Sappho et ses Mignonnes rejetaient en bloc tous ces onguents et étaient disait-on plus aphrodisiaques que tous ces artifices réunis.

         Une porte gravée du numéro de l’étage masquait l’entrée de la cage d’un escalier entre deux sex-shops. Le protonyx se rua vers elle et la fit voler dans un éclat de tôle froissée. L’animal déboula dans l’escalier, heurtant le mur à chaque palier qui annonçait un virage. Oued retenait fermement les rênes pour l’obliger à ralentir. Il tira un coup sec pour obliger la bête à s’arrêter.

         Les trois soldats maintinrent le protonyx par le harnais pour aider Oued à descendre de sa monture. Le Commandeur avait reconnu parmi les corps inertes qui gisaient un peu partout sur les marches le visage de la jeune fille dont il avait auparavant visualisé le portrait. C’était-elle qui avait renseigné Eden et Adonis.

         Il lui sembla qu’elle était morte, mais il sentit son souffle lent et chaud sur le dessus de sa main. Le visage de la jeune fille, très détendu, respirait une étrange sérénité. Les traces violettes avaient disparu du contour de ses yeux. Elle était plongée dans l’état d’extase qui suivait une ingestion de pélanine. Oued lui parla doucement pour essayer de la tirer de ses rêves.

         - Je cherche deux amis. Peux-tu m’aider ?

         La jeune fille garda les yeux fermés, mais ouvrit doucement sa bouche pour articuler trois mots.

         - Qui es-tu ?

         - Je suis l’ami des deux princes qui sont venus te voir.

         - Je me souviens très bien du prince aux boucles d’or, se rappela t-elle. Il avait un beau visage et son coeur était généreux.

         - Où puis-je le trouver ? Susurra Oued.

         - Il doit être loin maintenant. Il cherchait à gagner le spaciodrome à l’étage inférieur.

         La jeune fille replongea dans les délicieuses pensées que lui inspirait la pélanine. Elle devait songer à Adonis car ses traits s’assoupirent et elle sourit tendrement.

         Oued se redressa subitement. La révélation de la jeune droguée lui faisait craindre le pire. Il n’avait jamais songé qu’Eden et Adonis pourraient quitter Phylis 1 par l’un des spaciodromes de la cité du bas. Il appuya sur le joyau de sa bague et le tourna sur lui-même pour en régler la fréquence.

         L’image de l’Immortel qui s’affichait dans le cône de lumière inversé l’avertissait qu’il était en contact avec la Ceinture.

         - Eden et Adonis vont tenter de fuir grâce au spaciodrome du niveau 57. Fermez immédiatement les sas.

         - Nous ne pouvons pas faire cela, protesta le soldat. Ce spaciodrome alimente pratiquement la moitié de la cité du bas. Si nous le fermons, les navires marchands ne pourront plus se poser.

         Oued hurla ses ordres.

         - Je ne veux rien savoir. Fermez le spaciodrome sur-le-champ. Nous...

         Sa phrase fut interrompue par une puissante déflagration qui fit trembler les murs de la cage d’escalier. La lumière s’éteignit, aussitôt relayée par les cristaux lumineux d’Oued et de ses hommes. Le protonyx devenu complètement fou, décochait des coups de tête à ses gardiens qui avaient le plus grand mal à le retenir.

         Le Commandeur essaya de renouer le contact avec la Ceinture.

         - M’entendez-vous là haut ? Que s’est-il passé ?

         Pas de réponse. Le cône lumineux n’émettait plus qu’une lumière blanchâtre.

         - M’entendez-vous ? Réitéra Oued.

         - Je vous reçois, répondit l’image de l’Immortel qui était réapparue dans le cône.

         Le soldat de la Ceinture fit un bref compte rendu de la situation à son chef.

         - Le métro a déraillé, détruisant une bonne partie du spaciodrome et privant d’énergie tout votre étage. Nous soupçonnons Eden et Adonis d’être à l’origine de ce désastre. L’une de nos caméras les avait repérés dans le métro juste avant l’accident.

         Cet accident portait la marque des deux jeunes gens, Oued en était persuadé. Repérés par les caméras de la Ceinture, ils avaient joué le tout pour le tout. Maintenant, ils devaient profiter de la panique pour s’emparer d’une navette.

         - Pouvez-vous fermer les sas du spaciodrome ? Demanda Oued au soldat.

         - C’est impossible. Tout l’étage est privé de courant et les portes du sas sont trop lourdes pour pouvoir être actionnées manuellement.

         Oued coupa la communication dans un mouvement de colère. Il remonta sur le protonyx et invita ses hommes à le suivre. Il espérait encore arriver au spaciodrome à temps pour empêcher Eden et Adonis de fuir.

         Au bas de l’escalier, le protonyx racla rageusement la grille d’aération fixée dans le sol. Oued distingua très nettement en éclairant la zone avec sa lampe torche des traces de brûlure qui attestaient que la grille avait récemment été descellée. Le Commandeur comprenait mieux  maintenant comment Eden et Adonis avaient réussi à fuir en n'ayant jamais été ou presque remarqués par les caméras de surveillance de la Ceinture.

         Le protonyx poussa la porte avec sa tête. Les quatre hommes balayèrent l’endroit avec leurs lampes torches. L’avenue, immensément large était vide et plongée dans l’obscurité totale.

         - Cette avenue conduit directement au spaciodrome, expliqua le soldat chargé de la carte.

         A un moment donné, le protonyx fit mine de vouloir bifurquer dans une rue secondaire, sur la gauche. L’Immortel consulta sa carte.

         - Cette route mène à la ligne de métro qui est parallèle à notre route.

         Le protonyx avait flairé la trace d’Eden et d’Adonis. Oued ne souhaitait pas emprunter la voie du métro, ils avanceraient plus rapidement par la route. Il obligea l’animal à revenir sur l’avenue en tirant sur la rêne droite.

         Les hommes de Oued étaient épuisés et renâclaient à poursuivre la route au pas de course. Oued les exhorta.

         - Courage, nous arrivons au but.

         Ils reprirent leur course pour suivre le protonyx qui courait presque aussi vite qu’un cheval au galop. L’allée était parfaitement droite, une petite lueur apparut devant eux qui grossissait au fur et à mesure qu’ils avançaient. Ils devinèrent qu’ils avaient devant eux le spaciodrome en flammes.

         Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux, ils découvrirent un spectacle d’apocalypse. Des feux consumant les carcasses des aéronefs détruits par les flammes parsemaient la piste du spaciodrome. La tour de contrôle avait été réduite à un bloc de charbon. Le protonyx furetait fébrilement entre les différents foyers allumés. Oued espérait toujours être arrivé avant qu’Eden et Adonis n’aient eu le temps de fuir à bord d’une navette.

         Le protonyx mit brutalement fin à ses derniers espoirs. L’animal s’approcha du sas, au bord de la piste, et leva la tête vers l’extérieur comme pour profiter de la pluie rafraîchissante qui changeait agréablement de la chaleur dégagée dans le spaciodrome par les différents incendies.

         Le protonyx fixa un instant la tempête de nuages et siffla de tristesse.

 

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Published by Eloïs LOM
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