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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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         La planète bleue leur apparut par le hublot de la cabine du vaisseau. Autrefois, les hommes lui avaient donné le nom de Terre, aujourd’hui ils la reconnaissaient sous l’appellation de Planète-Mère. Adonis avait lu dans la bibliothèque de son maître, comment, il y avait de cela cent mille ans, les hommes avaient quitté cette planète au bord de l’asphyxie pour se répandre dans tout l’univers. Aujourd’hui, la nature avait repris ses droits sur la planète abandonnée. Il n’y avait pas une seule ville, pas une seule maison, seulement des océans, des montagnes et des forêts.

 

         C’était cette planète que les sages avaient adoptée comme lieu de résidence, il y avait bien longtemps, lors de la grande scission qui avait brisé l’unité du collège de l’Apanama. Aux scientistes qui souhaitaient développer la science à outrance, s’opposaient les naturalistes, les partisans d’une vie plus proche de la nature. Le désaccord, au début verbal, dégénéra rapidement. Les naturalistes, persécutés par les scientistes majoritaires, durent quitter Okara par crainte d’être massacrés.

  

         Méprisés par une population éprise de matérialisme et par des autorités impériales dépendantes des savants de l’Apanama, les sages de la Planète-Mère avaient adopté envers et contre tout un mode de vie en harmonie avec la nature. Adonis, un moment tenté par les sirènes de l’Apanama lors de son séjour sur Okara, était finalement revenu auprès de ses maîtres sur les terres de son enfance.

 

         - Quelle joie de rentrer chez soi !

 

         Irz’gune approuva :

  

         - Nous avons préparé un banquet en ton honneur. Ils sont tous fiers de toi. Tu as prouvé à ces savants bouffis d’orgueil que grâce à notre enseignement tu pouvais te montrer plus doué que le meilleur d’entre eux.

 

         - Tu ne m’as tout de même pas envoyé cinq ans sur Okara dans le seul but de prouver notre supériorité aux savants ?

 

         - Ce n’était pas du tout mon intention. Je voulais simplement que tu sois excellent dans tous les domaines. Sur Okara, tu as appris le maniement des armes, la physique et la philosophie. Ton éducation est désormais complète.

 

         - Cela ne me servira pas à grand chose puisque je vais vivre avec vous sur la Planète-Mère.

 

         Irz’gune se racla nerveusement la gorge puis répondit avec embarras à son jeune protégé :

 

         - Je dois te prévenir, tu ne vas pas rester avec nous.

 

         - Comment !

 

         La colère empourpra le visage d’Adonis. Il en avait les larmes aux yeux, lui qui depuis des années attendait de rentrer sur la Planète-Mère pour intégrer le groupe des sages. Il avait encore tant de choses à apprendre d’eux.

 

         - Je comprends ta désillusion, mais j’ai besoin de toi, Adonis. Tu es le seul à pouvoir accomplir la mission que je vais te confier. L’enjeu est de taille. Il s’agit ni plus ni moins de la survie de l’univers.

 

         Cette nouvelle bouleversa le jeune homme :

  

         - L’univers est en péril ?

 

         - Il est condamné si nous ne faisons rien.

 

         Une brève secousse prévint les occupants de la navette qu’ils venaient de se poser sur le sol rocheux de la Planète-Mère. Irz’gune se leva de son siège et se dirigea vers le sas qui s’était automatiquement ouvert après l’atterrissage. Adonis le suivit.

 

         - Es-tu sûr de ce que tu avances ?

 

         - Je suis formel. Nous sommes plusieurs frères à avoir entrevu la fin du monde, mais nos visions sont encore très floues. Notre pouvoir de prescience nous permet de visualiser l’ensemble des chemins d’avenir que l’humanité peut être amenée à emprunter, mais il ne nous permet pas de deviner lequel d’entre eux se réalisera. Si tu veux bien, je t’expliquerai tout cela plus tard quand nous serons seuls.

  

         Les deux hommes se tenaient en haut de la passerelle de l’aéronef. Des centaines de personnes venues les accueillir se jetèrent sur Adonis et le transportèrent sur leurs bras jusqu’au banquet qui avait été dressé, quelques centaines de mètres plus loin, sous une forêt de cèdres.

 

         Les sages vivaient en ermites, quelquefois en communauté ; c’étaient avant tout des nomades qui parcouraient, leur vie durant, la Planète-Mère de long en large. Pendant son enfance, jusqu’à l’âge de douze ans, Adonis avait ainsi suivi son maître sur tous les sentiers de la planète.

 

         Cette initiation impliquait un mode de vie spartiate, proche de la nature, dépouillé de tout confort matériel. Les sages dormaient à la belle étoile. Seuls les plus âgés d’entre eux avaient le droit, s’ils le souhaitaient, d’utiliser de petites maisons carrées, aux murs et aux toits pyramidaux en pierre concassées. Bâties ça et là, elles disposaient d’une porte en guise d’unique ouverture.

 

         Après le repas, Irz’gune entraîna Adonis à l’écart, au pied des falaises qui bordaient la forêt. Cet endroit était familier au jeune homme. La forêt des Cèdres était le point de ralliement des sages. Dans la montagne la plus proche, ces derniers avaient creusé des kilomètres de galeries afin d’y entreposer leurs précieux ouvrages.

 

         Le rocher qui dominait la forêt des Cèdres avait été pendant longtemps un important lieu d’extraction de la pierre. Les carrières étaient aussi anciennes que l’Empire lui-même. La roche blanche, abondante sur la Planète-Mère, avait été extraite par le Premier Empereur pour réaliser l’édification des éléments architecturaux des plus beaux bâtiments de la Cité Interdite. Les sages s’étaient contentés de poursuivre le travail d’extraction, créant ainsi d’interminables galeries ponctuées de vastes salles carrées ou rectangulaires. Certaines salles, parmi les plus grandes, dépassaient les vingt mètres de hauteur de plafond et les cent mètres de longueur.

 

         L’entrée de la bibliothèque était gardée par une immense porte constituée d’un alliage de titane et d’acier. Irz’gune composa le code d’accès ; la porte bascula. Des cristaux fluorescents permettaient d’éclairer les couloirs taillés dans le roc et de les maintenir à une température constante, nécessaire pour préserver les précieux documents de l’humidité.

 

         Chaque salle avait sa propre projection, sur ses murs blancs, d’images cyclopéennes qui indiquaient le thème des archives qui y étaient conservées. Irz’gune et Adonis pénétrèrent dans la plus grande des pièces de la bibliothèque, remplie de livres, de manuscrits et de prismes de cristal. La projection d’un ciel constellé sur la paroi blanche dévoilait la présence dans cette salle de la cartographie des différentes galaxies de l’univers.

  

         - Connais-tu le fils de l’Empereur, Adonis ?

 

         - Le Proèdre suivait ses études avec moi, à l’Elakil, au cours de la première année, mais il a été renvoyé de l’Université. Il avait treize ans lorsqu’il est parti. C’était un garçon très turbulent, renfermé, fier et arrogant. Nous n’avons jamais sympathisé.

  

         - Ta mission consistera à protéger l’héritier du trône. Pour cela, tu te rendras sur Gayanès dans quelques jours.

 

         Irz’gune venait de déclencher la lecture d’un prisme laser. Une sphère holographique qui était apparue au centre de la pièce diffusait un documentaire en trois dimensions sur la planète impériale.

 

         - Gayanès est la septième planète du système de Léandre, expliquait le présentateur, images à l’appui. Elle abrite la Cité Interdite, le centre du pouvoir de l’Empire.

 

         Vue du ciel, la Cité Interdite, entourée d’une muraille circulaire, ressemblait à une gigantesque roue dont les rayons étaient formés de routes rectilignes qui convergeaient toutes en un point central, le bâtiment du Grand Conseil, le parlement de l’Empire.

 

         - Mais je ne suis pas habilité à pénétrer dans la Cité interdite, protesta Adonis. Seuls les nobles, les savants et les militaires membres du Grand Conseil peuvent y accéder.

 

         - Ou les personnes invitées par un membre de la famille impériale, objecta Irz’gune.

 

         Adonis savait tout cela, mais en quoi cela le concernait-il ?

 

         - Qui me convoquerait sur Gayanès ? Je n’ai pas mes entrées dans la Maison Impériale.

 

         - La Princesse Sappho exige ta présence dans son entourage.

 

         - La sœur de l’Empereur exige ma présence à ses côtés, mais je ne la connais même pas.

 

         Irz’gune avait terminé sa mise en scène. Il coupa le lecteur holographique, interrompant le présentateur qui s’égosillait vainement dans le vide. Il avait besoin de calme pour expliquer clairement la situation à Adonis.

 

         - La Princesse Sappho est venue faire une retraite sur la Planète-Mère il y a deux semaines de cela. En réalité, elle voulait que je lui conseille le meilleur moyen pour se débarrasser de son neveu. Elle prétendait commettre ce crime pour le bien de l’Empire.

  

         - Elle voulait surtout faire son bonheur, enragea Adonis. Si le Proèdre venait à disparaître, Sappho deviendrait de fait l’unique héritière du trône.

 

         - Je suis conscient des ambitions de la Princesse et je ne suis pas dupe de son jeu.

 

         Irz’gune caressait sa longue barbe de haut en bas. Il cherchait à retrouver le fil de sa démonstration, interrompue par Adonis à un moment capital.

 

         - J’ai joué le jeu de la Princesse, poursuivit-il. Je lui ai expliqué qu’une seule personne pouvait causer la perte du Proèdre et que cette personne c’était toi.

 

         Adonis s’insurgea :

 

         - Il est hors de question que j’assassine l’héritier du trône.

  

         Irz’gune leva les yeux au ciel. Il croyait pourtant avoir été bien clair. Et s’il ne l’avait pas été suffisamment, c’était bien la faute d’Adonis qui n’arrêtait pas de lui couper la parole.

 

         - Vas-tu cesser de m’interrompre sans arrêt ? Maugréa-t-il. La Princesse Sappho croit que son neveu ne supportera pas une confrontation avec toi. Le Proèdre est dépressif, il a déjà fait deux tentatives de suicide. Elle pense qu’il se comparera à toi et qu’il essayera en vain de t’égaler. Comme il n’y parviendra pas, cela renforcera sa névrose.

 

         - Est-ce possible ?

 

         - Tout à fait, à moins que tu ne deviennes son confident. Il prendra alors conscience de sa propre valeur. Tu devras donc protéger le Proèdre et t’en faire un ami.

 

         Adonis était prêt à accepter cette mission de confiance, mais il souhaitait un dernier éclaircissement avant de s’engager :

 

         - Quel est le rapport entre le Proèdre et la menace de destruction qui plane sur l’univers ?

 

         - Nos visions sont absolument formelles. Tous les sentiers d’avenir que nous avons entraperçus mènent au chaos si Sappho devait un jour monter sur le trône à la place de son neveu.

  

         L’instant était critique. Adonis était prêt à partir pour Gayanès sur-le-champ, même s’il avait conscience de l’ampleur de la tâche qui venait de lui être confiée. Il lui faudrait tromper la Princesse Sappho tout en protégeant l’héritier du trône, un adolescent hautain et instable. Il était pourtant volontaire :

 

         - Je suis prêt à partir pour Gayanès dès demain, Maître.

  

         - Impossible, demain je t’apprendrai à maîtriser la décorporation. Tu en auras besoin au cours de ta mission.

 

         Adonis avait déjà assisté à des séances de décorporation. Les sages de la Planète-Mère étaient les seuls individus de l’univers à contrôler suffisamment bien leur corps pour pouvoir s’en détacher complètement.

 

         Cela faisait des années qu’il suppliait son maître de le faire admettre dans le cercle restreint des initiés, mais il s’était toujours heurté à un refus catégorique, sous prétexte qu’il n’était pas encore prêt. Aujourd’hui, Irz’gune estimait qu’il avait enfin suffisamment de connaissances et de sagesse pour participer à cette expérience.

 

         - Pourquoi attendre demain, Maître ? Ne pourrions-nous pas commencer les leçons dès ce soir.

 

         - Je ne t’ai pas appris à être impatient, Adonis, gronda-t-il.

 

         Irz’gune n’était pas disposé à changer d’avis et Adonis fut bien obligé de se plier au bon vouloir de son maître. Lorsqu’ils ressortirent de la bibliothèque, la nuit était déjà tombée. Ils retrouvèrent le bivouac en se guidant par rapport au feu de camp et se couchèrent sous un grand cèdre.

 

         Inquiété par les révélations d’Irz’gune sur le devenir de l’univers, Adonis ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il avait finalement décidé de retourner à la bibliothèque des sages dans l’espoir d’y glaner des informations qui d’avéreraient sans doute précieuses pour mener à bien sa prochaine mission.

 

         Le jeune homme ouvrit le bagage dans lequel il avait rangé son sphéroïde. L’appareil s’envola immédiatement pour faire le tour du campement. Il était aisément reconnaissable dans la nuit grâce à ses nombreux composants lumineux.

 

         - Sphéroïde, cesse un peu de jouer et suis moi.

 

         L’engin fit encore deux fois le tour du campement avant d’obéir à son maître. Adonis ne comprenait pas pourquoi ce maudit appareil prenait un malin plaisir à faire tout le contraire de ce qu’il lui ordonnait. Le projet avait été de créer une intelligence artificielle autonome, mais tout de même ! Le Sphéroïde dépassait, de ce point de vue là, toutes ses espérances.

 

         Adonis ne pouvait plus se passer de son précieux compagnon électronique qui s’avérait utile en toute circonstance. Le sphéroïde avait notamment été conçu pour prendre le contrôle de n’importe quel ordinateur photonique. Le principe était simple. Un faisceau lumineux jaune émis par le sphéroïde grâce à une cellule photonique était braqué sur une connectique similaire, présente sur n’importe quel ordinateur. Grâce à un programme très élaboré, le sphéroïde prenait ensuite le contrôle du système sur lequel il s’était raccordé. L’appareil n’eut ainsi aucun problème pour ouvrir la porte blindée de la bibliothèque en décryptant le code personnel d’Irz’gune.

 

         Adonis n’avait pas l’intention de déambuler dans l’immense réseau de galeries à la poursuite d’informations fragmentaires. Il savait précisément ce qu’il recherchait et le sphéroïde allait une fois encore s’avérer être un allié précieux en prenant le contrôle de la mémoire centrale de la bibliothèque.

 

         Le sphéroïde ouvrait toutes les sphères holographiques de toutes les salles de la bibliothèque, à la recherche d’informations sur Etran et les protonyx. L’ambiance était irréelle. Les murs blancs, des couloirs, des colonnades, des escaliers et des salles de pierre, scintillaient des milliers d’images holographiques qui défilaient anarchiquement sur les parois de pierre.

 

         Après des heures de recherches, une seule information fut finalement délivrée par un présentateur anonyme apparu dans une sphère holographique :

 

         - L’origine des protonyx remonte à Etran, le Premier Empereur. Ces monstres au corps de lion et à la tête de serpent vivent sur la planète Iadès, située au centre de l’univers.

 

         - C’est tout ! S’exclama Adonis.

 

         Le jeune homme avait doté sa machine de la parole, mais il n’en avait parlé à personne, pas même à Wacé. C’était son petit secret. Il ne se lassait pas d’écouter la voix suave et féminine qu’empruntait le sphéroïde.

 

         - C’est la seule mention concernant Etran et les protonyx que j’ai pu relever dans toutes les archives de cette bibliothèque.

 

         - C’est impossible !

 

         - Pourtant ! Mais j’ai peut être une explication. J’ai détecté la présence d’un accès hautement sécurisé dans le réseau. Veux-tu que j’en force l’accès, Adonis ?

 

         - Combien de temps te faudra-t-il ?

 

         - Au moins une heure. Le système de protection est très sophistiqué.

 

         - Nous n’avons plus le temps, fit Adonis. Les autres ne vont pas tarder à se réveiller. Retournons au campement.

 

         Mille questions se pressaient dans la tête d’Adonis tandis qu’il descendait le petit sentier rocailleux qui conduisait au bivouac. Il se demandait notamment pourquoi Irz’gune protégeait aussi jalousement l’accès aux données qui concernaient le Premier Empereur et les protonyx.

 

         Sans nul doute, c’était dans ces précieuses informations que résidait la clé de la survie de toute l’humanité.

 

Chapitre 2                                                              Chapitre 4               

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