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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 19:41

           Les jardins de la Cité Interdite résonnaient d’un silence inhabituel. Il n’y avait pas âme qui vive, seul le tonnerre interrompait de temps en temps un silence pesant presque angoissant. Des nuages noirs, menaçants de pluie, couvraient la Cité interdite habituellement ensoleillée. Des éclairs barraient le ciel noir et illuminaient l’horizon de flashs puissants.  

         Il allait bientôt pleuvoir. Irz’gune n’avait pas quitté la Planète-Mère sans appréhension, mais avait-il le choix ? De sa longue vie, le vieux sage ne s’était que très rarement aventuré hors de sa planète natale, mais aujourd’hui, les événements lui avaient commandé de gagner la planète impériale.

         Les sages projetaient depuis des milliers d’années d’allonger leur existence consacrée à la méditation. Grâce à leurs séances de recueillement et de décorporation, ils cherchaient à découvrir les secrets de l’univers. Or, beaucoup de mystères restaient encore hors de leur portée.

         L’esprit d’Eden leur aurait permis d’utiliser le Mensékhar à leurs fins et d’assurer leur éternité. Mais Adonis les avait abandonnés pour mettre ses pouvoirs au service d’Etran. L’esprit d’Eden avait échappé aux sages tandis que le Mensékhar était de plus en plus d’actualité. Irz’gune avait décidé de se rendre sur Gayanès, espérant encore contrer les prédictions du Premier Empereur et assurer la survie de l’univers.

         Les sages voulaient bien profiter du Mensékhar pour favoriser une décorporation à l’infini, mais leurs rêves étaient irréalisables sans la participation de l’esprit d’Eden. Privés de cet esprit, il ne leur restait plus qu’à contrer le Mensékhar s’ils ne souhaitaient pas disparaître  avec le reste de l’humanité, écrasés par la rage des protonyx.

         La destruction de l’humanité signifiait l’anéantissement de tous les efforts de recherche des sages depuis des millénaires et la victoire d’Etran. Irz’gune ne pouvait pas se résigner à laisser cet ancien transfuge réaliser ses projets.

         Que souhaitait réaliser Etran avec le Mensékhar ? Irz’gune n’en avait pas la moindre idée.

         Le Mensékhar ouvrira la porte vers un nouveau monde.

         Irz’gune se remémorait les dernières paroles du Premier Empereur. En détruisant l’humanité, ce dernier souhaitait visiblement instaurer un nouvel ordre. Cet ordre serait celui d’Etran et anéantirait la science des sages de la Planète-Mère. Irz’gune ne pouvait pas se résoudre à une telle éventualité.

         Le tonnerre fit trembler Irz’gune. Un craquement avait retenti, semblable à celui d’une montagne qui se serait fendue en deux. Ce bruit terrible avait été immédiatement suivi par une barre lumineuse qui avait éclairé le ciel gris derrière les arbres des jardins de la Cité Interdite. La tempête s’était rapprochée et allait bientôt déferler sur la capitale de l’Empire.

         Irz’gune se demandait bien pourquoi le spaciodrome avait été construit aussi loin des bâtiments officiels, obligeant les visiteurs à traverser tous les somptueux jardins de la Cité Interdite. La promenade aurait été plaisante par beau temps, mais devenait astreignante sous ce ciel menaçant.

         Irz’gune était venu seul. Ses collègues de la Planète-Mère avaient insisté pour l’accompagner, mais il avait refusé leur assistance. Il n’avait de toute manière pas besoin d’aide pour accomplir ce qu’il avait à faire. Une simple entrevue avec Oued devant suffire, avait-il estimé.

         Une goutte d’eau mouilla le front du sage. Annonçait-elle la pluie ? Une seconde goutte, puis une troisième, confirmèrent les craintes d’Irz’gune. De grosses gouttes d’eau tièdes tombaient sur le sol de plus en plus rapprochées. Un coup de vent glacial chassa subitement l’air moite qui planait sur la Cité Interdite.

         Un coup de tonnerre annonça le début de la tempête. Les grosses gouttes d’eau tièdes furent chassées par des gouttes plus petites, froides et abondantes. Le fond de l’air se rafraîchissait et devenait glacial. Irz’gune était trempé jusqu’aux os et un rideau de pluie barrait  la vue devant ses pas.

         La trahison d’Adonis avait profondément affecté le vieux sage. Il avait fondé tous ses espoirs dans ce jeune homme prometteur. Il lui avait confié tous les secrets de la Planète-Mère et l’avait envoyé étudier sur Okara. Il l’avait en outre chargé de protéger le Proèdre Eden. Mais après être entré en possession des dons d’Eden,  Adonis avait choisi de suivre sa propre voie, se mettant en tête d’aller rejoindre les Amazones sur Bello.

          Irz’gune avait rencontré une seule fois la Reine Adwa lorsqu’elle était venue lui confier son fils. Cette jeune femme à peine âgée d’une vingtaine d’années à l’époque était particulièrement insensible. Elle avait prévenu le sage qu’elle ne chercherait jamais à prendre des nouvelles de son fils et elle avait tenu parole. Pourtant, elle avait fait graver les coordonnées de la planète Bello sur le protonyx du pendentif. Espérait-elle inconsciemment qu’Adonis vienne un jour la rejoindre ?

         Ces coordonnées secrètes, Irz’gune les avait relevées il y avait des années de cela. Il était capable d’aller rechercher Adonis sur Bello si cela devait s’avérer nécessaire et pour cela, l’aide des Immortels serait appréciable. Adonis ne voulait certes pas participer aux projets des sages, mais il avait au moins le devoir d’aller sur Iadès pour prendre le contrôle des protonyx. Après le décès de Sheshonq et de Sappho, il était le dernier personnage de la dynastie d’Etran à pouvoir prendre le pouvoir. Il restait bien Eden, mais celui-ci était maudit par la malédiction du Premier Empereur. L’Antiproèdre n’avait qu’un seul pouvoir : celui de provoquer le Mensékhar.

         Irz’gune avait été particulièrement surpris par l’annonce du décès de l’Impératrice Sappho, peu après le départ d’Adonis de la Planète-Mère. La mort de l’Impératrice bouleversait toutes les données. Irz’gune, s’il voulait sauver l’univers devait concentrer ses efforts sur deux points particuliers. Tout d’abord, il devait soustraire Eden des mains des savants pour empêcher Syris de se faire sacrer sur Iadès, ce qui provoquerait automatiquement le Mensékhar.

         Ensuite, il s’agissait de retrouver Adonis et de le restaurer sur le trône de ses ancêtres. Il deviendrait le Maître des protonyx et assurerait la survie de l’univers pour les années à venir. Mais pour parvenir à ses fins, Irz’gune avait besoin du soutien d’Oued et de ses Immortels. D’où sa visite sur Gayanès.

         La pluie redoublait de puissance. Les gouttes d’eau balayaient le visage du sage qui était  totalement désorienté dans les jardins de la Cité Interdite. Sur sa droite, dans une brune d’eau, il aperçut les ruines de la demeure de Sappho. Il ne restait plus que les bases de l’édifice qui avait été pourtant transformé en un gigantesque chantier. Des blocs de pierre avaient été hissés pour former un début de colonnade.

         Ainsi les rumeurs qui circulaient déjà dans l’Empire étaient fondées. Oued s’était juré de fonder un fabuleux mausolée pour abriter la dépouille de l’Impératrice. Irz’gune pouvait déjà en admirer les prémices.

         Le bâtiment du Grand Conseil n’était plus très loin. Sa forme familière se profilait dans le nuage d’eau qui enveloppait le sage. Irz’gune repéra une pastille dans le sol détrempé et s’arrêta en son centre. L’engin décolla lentement du sol et emmena le vieil homme en direction du sommet de l’édifice.

         La pastille luttait contre le vent et la fureur de la pluie. Par son champ de gravité, elle retenait fermement Irz’gune à elle, l’empêchant de tomber dans le vide malgré la pression du vent.

         Les ouvertures qui parsemaient le sommet de l’édifice du Grand Conseil ressemblaient à autant de havres de paix face au déchaînement de la tempête. Irz’gune pénétra dans cette plénitude reposante, trempé jusqu’aux os. La pastille à peine attachée au sol, il quitta sa gravité sécurisante pour gagner la grande salle de réunion des délégués des Blancs et des Noirs.

         Oued y séjournait depuis le décès de l’Impératrice. Irz’gune avança dans le long couloir avec la ferme intention de rencontrer le chef des Immortels. Cet homme et ses soldats représentaient la dernière force de l’Empire capable de faire avorter le Mensékhar. Irz’gune le redoutait et méprisait la force armée qu’il représentait, mais il n’avait pas d’autre choix que de reposer ses espoirs sur lui.

         La salle du Grand Conseil était faiblement éclairée afin d’être maintenue dans une complète obscurité, à l’exception du centre de la pièce où reposait un grand caisson. Assis sur une chaise à côté de la boîte, Oued était pensif. Il ne s’échappa de ses pensées que lorsque Irz’gune se trouva face à lui.

         Oued tourna sa tête en direction du caisson, la mine particulièrement triste.

         - Elle est belle, n’est-ce pas ?

         Irz’gune s’approcha pour regarder à travers la vitre de la porte supérieure du caisson. L’Impératrice se présentait dans ses plus beaux atours ; ses cheveux aux délicats reflets cuivrés, son visage à la fois détendu et faisant preuve d’une grande fermeté.

         - Elle est magnifique, répondit sincèrement le sage.

         - Je vais l’inhumer dans un tombeau d’or et d’ivoire, reprit Oued. Ses Mignonnes seront chargées d’entretenir sa mémoire à jamais.

         Irz’gune profita de cette précision pour amener la conversation au sujet qui le préoccupait.

         - Entretenir la mémoire de l’Impératrice à jamais sera difficile si nous ne faisons rien pour empêcher la destruction de l’univers.

         Oued était nullement inquiet.

         - Ne t’inquiète pas vieil homme, fit-il. Je vais tout mettre en oeuvre pour qu’Adonis monte sur le trône d’Etran dans les prochains jours.

         - Adonis s’est échappé et se cache actuellement sur la planète des Amazones, annonça Irz’gune.

         Cette révélation contraria Oued. Son visage se durcissait et sa bouche exprimait une moue de contrariété. Si Adonis était réellement sur Bello, il pouvait être considéré comme perdu. Personne n’était parvenu jusqu’à présent à découvrir les coordonnées de la planète des Amazones. De plus, Oued ne donnait pas cher de la peau du jeune homme s’il devait tomber entre les mains de ces farouches guerrières.

         - Comment as-tu pu le laisser partir ? S’énerva t-il contre le vieux sage. Il était notre dernier garant contre les protonyx.

         Irz’gune ne répondit pas aux accusations du Commandeur.

         - Il y a plus grave, ajouta t-il.

         - Que vas-tu encore m’annoncer, oiseau de malheur, s’emporta Oued, déstabilisé par les mauvaises nouvelles.

         Irz’gune parla doucement, hachant les mots afin d’offrir plus d’impact à ses dires.

         - Eden n’est pas mort. La Doyenne de l’Université lui a injecté un produit permettant de ralentir son métabolisme jusqu’à un état proche de la mort afin de l’enlever et de le ramener sur Okara.

         - Quel intérêt cette vieille folle aurait-elle à vouloir enlever le Prince Eden ?

         - Elle a créé une machine, le projet Djed qui lui permettra de se transférer dans le corps d’Eden.

         Oued se souvenait de cette fabuleuse invention dont il avait appris l’existence par l’intermédiaire de l’Empereur Sheshonq. Il avait deviné depuis longtemps que Syris caressait l’espoir de s’emparer du corps d’un des descendants d’Etran. L’affreuse sorcière était en passe de réaliser ses projets.

         - Le transfert a t-il eu lieu.

         Irz’gune hocha affirmativement de la tête. Il précisa.

         - La Doyenne a même la ferme intention de profiter du décès de l’Impératrice pour se faire sacrer sur Iadès.

         - Je n’aime pas du tout cette femme, soupira Oued, mais nous n’avons pas d’autre choix en l’absence d’Adonis que de valider son sacre.

         - Nous n’avons pas d’autre choix que de nous opposer à son sacre, rectifia Irz’gune.

         Le Commandeur ne comprenait plus le raisonnement du sage.

         - Eden est un autre membre de la famille d’Etran. Il a le pouvoir de contrôler les protonyx.

         - Eden est l’Antiproèdre, le deuxième fils de l’Empereur contre lequel la légende d’Etran nous met en garde, expliqua Irz’gune. L’Antiproèdre possède la particularité, non seulement de ne pas pouvoir contrôler les protonyx, mais au contraire de les libérer définitivement de la tutelle de la dynastie du Premier Empereur. L’Antiproèdre en se faisant mordre par les protonyx déclencherait immédiatement le Mensékhar.

         - Comment savez-vous cela ? S’étonna Oued.

         - Le Premier Empereur l’a confié aux sages avant de quitter notre ordre. Etran possédait plus que quiconque le pouvoir de lire l’avenir.

         Oued s’était replié dans une position de réflexion. Son coude posé sur l’accoudoir du trône lui permettait de reposer sa joue sur sa main droite. De la contrariété se lisait sur son visage.

         - Je veux bien intervenir sur Iadès afin d’empêcher Syris de se faire mordre par un protonyx, mais tant que nous n’aurons pas retrouvé Adonis, nous ne pourrons pas éloigner définitivement le sceptre du Mensékhar.

         - Nous devons avant tout neutraliser Syris qui a dû s’emparer du corps d’Eden, conseilla Irz’gune. Nous partirons alors ensuite à la poursuite d’Adonis, même si nous devons pour cela aller le rechercher sur Bello.

         - Cette planète échappe au contrôle des impériaux depuis des millénaires. Nous n’aurons jamais le temps de la localiser avant que les protonyx se soient réveillés.

         Irz’gune n’était pas homme à s’arrêter devant un si petit détail. Un léger sourire teinté de malice traversa son visage flétri par la vieillesse.

         - Lorsque la reine Adwa m’a confié son fils Adonis, l’enfant portait à son coup un pendentif à l’image d’un protonyx. Sur le bijou, elle avait gravé les coordonnées de sa planète. Elle caressait probablement l’espoir que son fils viendrait la rejoindre plus tard.

         Oued se dressa sur son siège. Il avait retrouvé son dynamisme légendaire et était prêt à traverser l’univers pour débusquer Adonis.

         - Adonis m’a échappé sur Phylis, mais je le retrouverai sur Bello, jura t-il.

         Irz’gune tempéra son ardeur.

         - Nous devons avant tout empêcher Syris de déclencher l’irréparable. Si l’Antiproèdre devait se faire mordre par un protonyx, il pourrait provoquer des événements que nous ne serions plus en mesure de contrôler.

         Le Commandeur n’eut pas besoin de beaucoup réfléchir pour arriver aux mêmes conclusions que le vieux sage. Si les prédictions d’Etran s’avéraient être justes, ce serait l’Antiproèdre Eden qui serait le plus menaçant pour l’avenir de l’humanité.

         - Nous ne devons pas perdre de temps, décida Oued. Je vais réunir mes troupes afin de les préparer à s’emparer d’Okara.

         - La Doyenne est peut-être déjà en chemin pour Iadès, objecta Irz’gune. Il serait judicieux d’y envoyer des troupes afin de l’intercepter directement sur la planète des protonyx.

         - C’est ce que je comptais faire, approuva Oued. Nous allons d’ailleurs nous rendre personnellement sur Iadès à bord du vaisseau impérial.

         Le Commandeur des Immortels invita Irz’gune à le suivre. Abandonnant le corps de Sappho dans la silencieuse salle du Grand Conseil, ils empruntèrent une pastille afin d’affronter la tempête et gagnèrent ensuite à pied le spaciodrome de la Cité Interdite. Une navette les y attendait afin de les conduire à bord du vaisseau impérial stationné en orbite autour de Gayanès.

         Ils avaient rendez-vous avec les terribles protonyx sur Iadès la rouge.

 

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Published by Eloïs LOM
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