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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 09:42

         Adonis quitta la caverne de la bibliothèque et monta dans l’un des aéronefs des sages de la Planète-Mère. Il manœuvra habilement l’appareil afin de décoller entre deux cèdres. La Planète-Mère n’était en effet pas équipée de spaciodrome et n’offrait pas beaucoup de surfaces planes pour atterrir. Seuls les pilotes avertis osaient s’y poser. Adonis avait l’habitude de manœuvrer les navettes et il n’avait pas peur de décoller dans n’importe quelle situation.

         La pointe de la navette se dirigeait vers le soleil et quitta l’atmosphère de la Planète-Mère. Adonis ne prit cependant pas immédiatement la direction de l’espace. Il poussa son réacteur à fond afin de se mettre en orbite autour de la planète des sages. Il pressentait qu’il n’y reviendrait probablement jamais et souhaitait s’imprégner une dernière fois de l’image bleue de ses océans, enveloppée par endroits sous une fine pellicule nuageuse.  

             Les yeux du protonyx du pendentif d’Adonis brillèrent soudainement d’une lueur rouge intense, rappelant le jeune homme à la réalité. Un grand danger menaçait l’univers et son destin l’attendait sur une petite planète perdue dans l’immensité de l’espace. Heureusement, Adonis avait retrouvé la trace de cette planète cachée. L’esprit d’Eden lui avait révélé que les coordonnées de la planète Bello avaient été finement gravées par sa mère sous l’une des pattes du protonyx d’or.  

           Sa vue perçante n’eut aucune difficulté à déceler le code gravé sur le bijou. Lorsque l’appareil eut atteint sa vitesse de pointe, il déclencha le processus d’hyperespace et sélectionna sur sa carte tridimensionnelle de l’univers les coordonnées secrètes de Bello.  

           Les cieux noirs se déchirèrent devant lui dans un tourbillon de matière. Le trou atemporel qu’il venait d’ouvrir aspira sa navette. A l’intérieur de cette dimension nouvelle, il traversa l’univers presque instantanément. Le trou venait à peine de l’aspirer qu’il le rejetait immédiatement devant une planète d’une singulière morphologie.  

           Elle était entièrement jaune à l’exception d’un oeil marron et blanc. Cette étrange planète gravitait autour de deux soleils, un gros rouge et un petit bleu. Bello possédait en outre un petit satellite qu’Adonis remarqua en amorçant une approche de la planète. Ce satellite était assez étrange avec sa surface totalement noire, mais il n’attira pas plus la curiosité du jeune homme.  

          Bello était pratiquement recouverte de soufre. C’était du moins les légendes qui circulaient dans l’Empire sur la mystérieuse planète des Amazones. Personne ne connaissait les coordonnées de cette planète qui aurait alors été immédiatement mise sous la coupe impériale. Pour des raisons inconnues, les Amazones attaquaient par périodes les planètes de l’Empire et se livraient au pillage. On ne connaissait de la planète Bello que les témoignages des quelques prisonnières ramenées de ces guerres galactiques.  

           Adonis dirigea sa navette en direction de l’oeil marron et blanc. Il en avait déduit qu’il devait s’agir de la seule partie de la planète qui pouvait être habitable, le reste n’étant composé que d’un désert de soufre à perte de vue. Les Amazones, protégées par le secret qui entourait la position de leur planète, ne devaient pas estimer nécessaire de la faire protéger par des patrouilles. Adonis put ainsi amorcer librement sa descente sans craindre d’être intercepté.  

              La partie constituée par l’oeil habitable était recouverte d’arbres enneigés. Les deux soleils s’étaient levés en même temps sur les terres les moins hostiles de Bello, mais ils étaient curieusement positionnés. Le petit soleil bleu était à moitié éclipsé par le gros astre rouge. Cette relative absence de l’étoile bleue, c’est-à-dire de la plus chaude, expliquait certainement la faible température au sol. Les instruments de mesure de l’appareil  d’Adonis avaient en effet relevé des températures négatives.  

           Adonis comprenait maintenant comment avait pu se former cette étrange partie aux terres fertiles sur une planète totalement hostile à la vie. La partie de l’oeil était beaucoup plus montagneuse que les terres soufrées. En réalité, ces montagnes étaient des volcans. Adonis venait d’en survoler un en pleine éruption. La lave rejetée du centre de la planète avait rogné sur les parties couvertes de soufre et constituait un excellent fertilisant.  

            Plus il explorait la planète, plus Adonis venait à douter qu’elle puisse être habitée. Il en venait même à se demander s’il était bien sur Bello. Cette planète était pratiquement inhabitable. Il n’y avait d’ailleurs aucune trace de vie. Les zones couvertes de soufre et qui représentaient les quatre cinquièmes de la planète étaient arides. Quant à l’oeil, il était enneigé en permanence et couvert de volcans pour la plupart en éruption.  

            Adonis s’approchait d’une zone dans laquelle les volcans semblaient être éteints depuis plusieurs siècles. Leurs sommets avaient été érodés et leurs parois étaient couvertes de neige. Un détail intrigua pourtant le jeune homme. Les sommets de ces volcans qui s’ouvraient en forme de vasques crachaient une épaisse fumée blanche. Il n’y avait pourtant aucune émission de lave, ni à l’intérieur du cratère, ni le long des parois.  

            La navette s’approcha de l’un de ces mystérieux volcans. La fumée émise au fond du cratère provenait en réalité de multiples foyers volontairement allumés. Entre ces gigantesques brasiers, Adonis aperçut des champs cultivés et de petits villages. Il examina les autres volcans. Ils étaient tous entretenus de la même manière.  

          La civilisation qui peuplait cette planète était parvenue à créer un mode de survie fort astucieux. Les foyers allumés réchauffaient l’intérieur des cratères des volcans éteints, permettant d’atteindre une température propice à la culture. Adonis sonda la température au fond d’un de ces cratères et confirma ses suppositions. Les conditions climatiques étaient proches de celles d’un début d’été.          Un volcan dominait tous les autres, en taille et en hauteur. Adonis supposa qu’il pouvait faire office de capitale et s’en approcha. Le cratère n’abritait en effet pas de petits villages comme les autres, mais une véritable ville. Des immeubles de deux ou trois étages entouraient un palais somptueux, sans toit, composé de terrasses emboîtées les unes à la suite des autres dans un dégradé de niveaux enchevêtrés.  

            Certaines de ces terrasses étaient agrémentées d’arbres et de bassins, les autres accueillaient des aéronefs en parfait état. Adonis supposa qu’elles faisaient office de spaciodromes. Il survola le palais à basse altitude et manœuvra son appareil pour négocier son atterrissage.  

            Alertées par le bruit pourtant discret de l’aéronef, des milliers de femmes étaient sorties du palais et garnissaient les terrasses de l’édifice de leurs chevelures blondes. Elles étaient toutes nues de poitrine et ne portaient comme vêtements qu’un simple cache-sexe. Adonis n’eut plus le moindre doute. Il était bien arrivé sur la planète des Amazones.  

          Le jeune homme guida son aéronef en direction de la plus importante des terrasses du palais. A peine s’était-il posé que des dizaines de femmes entouraient son vaisseau. Il ouvrit la porte de l’appareil et abaissa la passerelle, mais il mit un certain temps avant de sortir. Il redoutait le premier contact avec ces femmes redoutables. Elles avaient la réputation de véritables mantes religieuses, n’utilisant les hommes que pour assurer leur reproduction, les décapitant ensuite après le rapport. Elles contrôlaient parfaitement leur grossesse et se gardaient de mettre au monde des garçons.  

          Adonis refréna sa peur et se présenta aux Amazones du haut de la passerelle de sa navette. Ce moment lui rappelait sa première arrivée sur Gayanès, lorsqu’il avait été accueilli par Sappho et ses Mignonnes. Les Mignonnes de l’Impératrice et les Amazones de Bello constituaient chacune une société de femmes très différentes, mais reposant sur un point commun, le rejet des hommes. Adonis était parvenu à se faire accepter par Sappho, il espérait qu’il en serait de même avec les Amazones.  

          Dans les regards qui se posaient sur lui, il devinait l’émoi suscité par l’arrivée d’un homme sur cette planète peuplée uniquement de femmes. Les Amazones, encore surprises de son audace, ne lui témoignèrent aucune hostilité. Adonis jugea bon de se présenter.  

          - Je suis venu vous voir en ami. Je m’appelle Adonis, je suis le fils de l’Empereur Sheshonq et de la Reine Adwa.  

          Une femme à la plastique sophistiquée, blonde aux yeux dorés comme toutes ses congénères, d’une grande prestance, prit la parole au nom des Amazones.  

            - Peux-tu nous prouver tes dires ?  

           - Mes yeux dorés témoignent de mon appartenance à votre race, justifia Adonis.  

           La femme n’avait pas été convaincue par cet argument.  

             - Des millions d’hommes dans l’univers peuvent prétendre avoir de lointaines origines amazoniennes. Ils ne sont pas tous pour autant les fils de la vénérée Adwa.  

           Adonis dégrafa son pendentif et le montra à l’assistance.  

           - Ma mère m’a confié aux sages de la Planète-Mère peu de temps après ma naissance. Elle leur a confié ce pendentif, témoin de mes origines.  

           A la vue du bijou, le visage de la femme se tendit. Elle mordit délicatement sa lèvre inférieure, ses yeux dorés brillèrent d’une intense luminosité. Elle fit quelques pas en direction d’Adonis et lui arracha le pendentif des mains.  

          Le jeune homme protesta tandis que la femme examinait le bijou de près.  

          - Ce pendentif m’appartient. Vous n’avez pas le droit de me le voler.  

          - Tais-toi, hurla la femme.  

          Plusieurs Amazones se jetèrent sur Adonis et le maîtrisèrent. Il sentit une menotte végétale se tortiller dans son dos pour lui enserrer fermement les mains. Les liens pénétraient dans sa peau jusqu’au sang.  

          Le verdict tomba de la bouche de la femme qui examinait le bijou en or.  

          - Ce pendentif est authentique. Nous pouvons attester son histoire.  

          Adonis se débattait.  

         - Relâchez-moi immédiatement. Je veux rencontrer ma mère, la reine Adwa.          - Silence, répéta t-elle.  

         Adonis obtempéra, impressionné par l’attitude impérieuse de son adversaire. La femme, bouleversée par les révélations du jeune homme, avait cependant perdu un peu de sa superbe, bien qu’elle tentât de conserver une apparence de fermeté et d’assurance vis à vis de ses congénères.  

                Sa voix était plus tranchante que la lame d’une épée.  

          - Je suis la Reine Adwa, avoua-t-elle à Adonis. J’ai effectivement eu une liaison avec l’Empereur Sheshonq et par amour pour lui, j’ai consenti à lui donner un fils. Nous avons malheureusement dû nous séparer avant que je puisse lui apprendre que j’étais enceinte.  

          Des protestations s’élevèrent des rangs Amazones. Leur reine les avait trahis en acceptant de mettre au monde un fils, mais plus grave, elle avait également avoué avoir aimé un homme et un ennemi qui plus est.  

          - Tu as enfreint nos lois sacrées, s’insurgea une Amazone excitée.  

          La Reine ne se laissa pas intimider par l’hystérique.  

          - Consciente de ma faute, j’ai abandonné mon fils pour pouvoir vous rejoindre. Ce geste est une preuve infinie de ma fidélité.  

          Adonis n’aurait jamais imaginé que cette femme altière pourrait être sa mère. Elle ne correspondait absolument pas à l’image de la mère qu’il s'était forgée depuis son enfance. Elle n’était ni douce, ni maternelle, mais au contraire froide et distante. La Reine ne manifestait aucune joie pour ses retrouvailles avec son fils. La venue d’Adonis semblait même lui causer plus de désagréments que de satisfaction.  

          - Suis-je votre prisonnier ou votre invité ? Demanda t-il en s’adressant à l’assemblée toute entière.  

          La Reine resta inflexible.  

          - Tous les hommes sont nos esclaves.  

          - Mais je suis votre fils, protesta-t-il.  

          - Je le regrette beaucoup, mais tu es avant tout un homme. Comme tous les hommes qui ont osé s’aventurer sur Bello, tu seras destiné à la reproduction. Ta tâche finie, tu mourras.  

          Adonis maudissait cette femme. Après l’avoir abandonné à sa naissance, elle le trahissait une nouvelle fois en le livrant à ses congénères. Sa mère était dure et ne possédait pas la moindre fibre maternelle. Adonis avait rêvé de connaître une mère aimante, protectrice et généreuse. Celle-ci, autoritaire, était à l’opposé de ce qu’il avait espéré. La déception était cruelle et proportionnelle à ses espoirs déçus.  

          Eprouvé une fois de plus par la vie après son désaccord avec Irz’gune, Adonis sortit pour la première fois de son habituelle réserve. Il en avait assez d’être le jouet des événements et de son entourage. Le jeune homme avait décidé de ne plus jamais faire confiance aux autres et de ne plus compter que sur lui-même.  

          Il affronta sa mère du regard, se montrant aussi insensible et sûr de lui qu’elle l’était elle-même. Adwa détourna ses yeux de ce regard sauvage.  

          Une guerrière s’exclama au milieu de la foule.  

          - C’est peut-être lui l’Ard’na.  

          Adonis reprit espoir à l’évocation de ce terme qui signifiait Antiproèdre dans le vieux dialecte utilisé à l’époque d’Etran.  

          - Je suis l’Antiproèdre, affirma t-il. Je suis venu sur Bello pour passer l’épreuve.  

          Cette réponse contraria la reine, mais elle n’était pas disposée à croire son fils sur parole. Elle calma ses congénères qui étaient entrées en effervescence à l’évocation du nom magique de l’Ard’na. Le brouhaha émis des rangs Amazones cessa immédiatement.  

          - Qui t’as parlé de cette épreuve secrète ? S’étonna la reine.  

          - Les pensées d’Etran m’ont été dévoilées, expliqua Adonis. Je ne sais ni en quoi consiste cette épreuve, ni sur quoi elle débouchera. Ce dont je suis sûr c’est que j’en sortirais victorieux et qu’elle m’aidera à dépasser le Mensékhar.  

          Adonis se remémorait sa vision lors de sa fusion avec Eden. Le bleu avait annoncé sa victoire sur l’épreuve imposée par les Amazones. Cette épreuve libérerait l’humanité et lui permettrait d’aller au-delà du Mensékhar. Adonis venait d’avoir conscience que les Amazones constituaient un maillon essentiel dans les projets d’Etran.  

          La Reine Adwa était très étonnée.  

          - Tu connais des secrets que seules les Amazones détiennent. Tu es peut-être l’Ard’na, le libérateur que nous attendons depuis des siècles.  

          Pour les Amazones de la suite d’Adwa, cela ne faisait pas le moindre doute : Adonis était l’homme qu’elles attendaient depuis des siècles. Elles se prosternèrent à ses pieds en signe de dévotion.  

          La Reine les rappela à l’ordre.  

          - Relevez-vous, hurla t-elle. Rien ne nous prouve pour l’instant qu’Adonis est bien l’Ard’na, même si les circonstances sont troublantes. Demain, nous le soumettrons à l’épreuve et nous connaîtrons alors la vérité. Emmenez-le dans une pièce du palais en attendant et gardez le bien. Je ne veux pas qu’il s’échappe.  

          Deux Amazones agrippèrent Adonis par les bras et l’obligèrent à avancer en direction de l’intérieur du palais. La Reine regardait la scène impassible. Adonis quant à lui était serein. Possédant l’âme d’Eden, l’Antiproèdre, il était assuré de réussir l’épreuve. Mieux encore, la réaction des Amazones à l’évocation de l’Ard’na avait été révélatrice. Ces femmes guerrières étaient prêtes à reconnaître pour chef l’élu qu’elles attendaient.

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Published by Eloïs LOM
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