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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 17:46

 

Dans une suite du Mensékhar, il sera question d'une planète océan nommée Antinoé Major.

Planete-Ocean.jpg

Cette planète sera recouverte intégralement d'un océan d'eau d'une profondeur de plusieurs kilomètres.

Une planète océan, également appelée super-terre, est une planète possédant un manteau de glace et ayant migré près de son étoile. Cette migration ayant entraîné la fonte d'une partie de la glace et la formation d'un immense océan liquide recouvrant intégralement la surface.

 

Les télescopes actuels n'étant pas suffisamment performants pour permettre la détection directe de telles planètes, leur existence est donc toujours théorique. Toutefois, la première planète océan aurait été découverte par calculs le 16 décembre 2009, il s'agit de GJ 1214 b.

GJ 1214 b a un diamètre égal à 2,6 fois celui de la Terre. De par sa densité relativement faible, il pourrait s'agir d'une planète océan. Si cette hypothèse était exacte, l'océan de glace qui recouvre la planète aurait une profondeur de 13 000 km
   



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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 14:44

 

         La forêt des Cèdres étendait ses cimes vertes au pied de la montagne de la bibliothèque. Au sommet de ce rocher de granit, Adonis reconnut immédiatement son corps qui n’était pourtant guère plus gros qu’une fourmi. Il allait bientôt réintégrer son enveloppe charnelle.

         Prenant de la vitesse, un tapis d’arbres défilait au-dessous de lui dans une masse verte très floue. Il avançait trop vite pour arriver à distinguer les formes du sol et releva son regard pour le concentrer droit devant lui sur la montagne où il avait abandonné son corps. La montagne grossissait, son corps se transformait, passant d’une petite allumette noire à une forme plus humaine. Adonis distinguait très nettement sa combinaison bleue qui lui enserrait le haut et le bas du corps. Ses cheveux blonds brillaient au soleil.

         Il apercevait maintenant très distinctement sa bouche, son nez et ses yeux fermés. Son corps était figé dans une méditation intense qui ne laissait percevoir aucune inflexion sur son visage.

         L’ectoplasme d’Adonis était maintenant suspendu à quelques centimètres au-dessus de sa tête aux cheveux bouclés. Le jeune homme ne partageait pas l’opinion d’Irz’gune. Certes, il aimait se décorporer, mais il appréciait également les sensations physiques qu’il éprouvait lorsqu’il était dans son corps. La décorporation comme la recorporation lui faisaient un effet à chaque fois différent mais dans les deux cas, il ressentait une impression unique : celle de changer d’univers. Il passait du monde de la chair à celui de l’esprit, puis inversement.

         L’esprit d’Adonis fondit dans son enveloppe corporelle. Il perdait cette impression de légèreté apportée par la décorporation, mais retrouvait la sensation de ses bras, de ses jambes, puis de son corps tout entier. Les senteurs des bois parvenaient de nouveau à son odorat, les rayons du soleil caressaient délicatement sa peau blanche, ses oreilles percevaient le bruit des nuées d’oiseaux qui migraient vers le sud en perspective du prochain hiver. Adonis se laissait volontiers envahir par ces milliers de perceptions qui lui assuraient qu’il était toujours en vie.

         Mettant fin à ce petit plaisir, il abandonna le rocher sur lequel il était assis pour rejoindre Irz’gune qui l’attendait dans la bibliothèque. Le sentier descendait en pente abrupte, obligeant Adonis à s’appuyer sur les cailloux qui parsemaient le chemin pour ne pas le dévaler en tombant.

         Le jeune homme savait se décorporer dans n’importe quelles circonstances et à n’importe quel endroit, mais il éprouvait toujours une certaine nostalgie à quitter son corps du haut de la montagne de la bibliothèque. C’était là qu’il avait passé une bonne partie de son enfance à apprendre la science de l’univers aux côtés d’Irz’gune. C’était là aussi que son maître lui avait appris à se décorporer. Beaucoup trop de souvenirs l’attachaient à ce site magnifique pour qu’il ne puisse y revenir sans un brin de mélancolie.

         Ses pas martelaient les cailloux du sentier. Il dévalait maintenant la pente à vive allure, pressé de rejoindre Irz’gune qu’il venait d’apercevoir en train d’entrer dans la bibliothèque au pied de la montagne.

         Le jeune homme repensait à toutes les sensations qu’il avait éprouvées en fusionnant son esprit avec celui d’Eden. Son frère vivait en lui et avec lui. Adonis n’était pas schizophrène, possédant deux esprits dans un seul corps. La symbiose entre les deux ectoplasmes avait été parfaite et totale. Les deux frères ne formaient plus qu’une seule même âme. Ils étaient indissociables. Adonis était Eden et Eden était Adonis.

         La porte de la bibliothèque était ouverte comme tous les après-midi pour laisser la consultation libre aux sages qui venaient étudier des quatre coins de la planète. Adonis pénétra dans la grotte, cherchant Irz’gune dans le dédale des couloirs taillés dans le roc. Le jeune homme traversa rapidement les pièces et se dirigea droit vers la grande salle de consultation, où Irz’gune aimait visionner les vieux documents.

         Le vieux sage était effectivement dans la pièce, seul. Son regard vague contemplait une sphère holographique qui diffusait les images relatant la naissance d’Eden. L’Empereur Sheshonq était fier de présenter son fils aux notables de l’Empire réunis au sein du Grand Conseil. Oued n’avait pas changé depuis cette époque. Il dirigeait déjà les Immortels avec la fermeté qui durcissait son visage. La Princesse Sappho rayonnait dans toute la splendeur de sa jeunesse. La femme forte et assurée que connaissait Adonis s’avérait avoir été une jeune fille frêle et timide lorsqu’elle n’était âgée que de vingt-cinq ans. Seul son regard décidé trahissait un peu l’ambition qui devait déjà habiter la future Impératrice de l’univers.

         Ces images témoignant d’événements révolus firent prendre conscience à Adonis de l’usure du temps. Le jeune homme éprouvait de la compassion à l’égard de ces individus conservés par ces images dans une jeunesse perdue. Il n’aimait pas ces vieilles images qui le rendaient nostalgique.

         Irz’gune ne se retourna pas. Il avait reconnu la démarche familière d’Adonis et, perdant son regard dans les images de la sphère holographique, adressa quelques mots à son protégé.

         - La tristesse que je ressens en regardant ces images est proportionnelle à la joie que j’avais autrefois éprouvée à l’annonce de la naissance d’Eden. Je t’avais recueilli deux mois auparavant et j’étais alors le seul à savoir que l’Empereur venait de mettre au monde un Antiproèdre.

         Adonis était très étonné d’apprendre que son maître connaissait le terme d’Antiproèdre. Il n’en aurait lui-même jamais entendu parler si Khios ne lui avait pas révélé une partie des projets d’Etran. Il ne posa cependant aucune question à ce sujet car il devinait au fond de lui-même qu’il allait bientôt connaître la réponse à cette interrogation.

         - Eden n’est pas mort, se contenta d’annoncer Adonis.

         A l’annonce de cette révélation, Irz’gune coupa immédiatement la sphère holographique qui continuait à diffuser ses images périmées. Son coeur battait la chamade; il craignait de n’avoir pas bien compris les paroles d’Adonis et les répéta pour obtenir confirmation.

         - Eden n’est pas mort ?

         - Nous avons été abusés par la Doyenne, expliqua Adonis. Elle lui a injecté un produit simulant une mort par piqûre de mouche Arouk.

         Le vieux sage se sentait revivre. Après avoir vu tous ses projets anéantis en un instant, il reprenait lentement espoir.

         - Nous devons soustraire Eden des griffes des savants.

         - C’est trop tard. Les savants ont enlevé Eden pour que Syris puisse prendre possession de son corps. Eden m’a prévenu par décorporation alors que les savants venaient déjà de commencer à transférer les données du cerveau de Syris dans le sien.

         - Le projet Djed !

         Irz’gune n’arrivait pas à y croire. D’après ce qu’Adonis lui avait révélé, il pouvait juger que Syris était enfin parvenue à créer la machine de ses rêves. Lorsqu’elle était venue sur la Planète-Mère il y avait une soixantaine d’années de cela, elle avait révélé aux savants qu’elle cherchait un moyen pour conserver l’esprit d’une personne en dehors de son corps et pouvoir ainsi le transférer dans un autre organisme. Personne n’avait accordé alors la moindre importance à ce projet.

         - J’ai réussi à sauver l’âme d’Eden, affirma fièrement Adonis.

         - As-tu pénétré dans son âme ? S’intéressa Irz’gune.

         Adonis relata l’expérience qu’il avait vécue à son maître.

         - J’ai découvert le Paradis et ai eu accès à tous les secrets de l’univers. Ils m’ont été délivrés sous une forme codée, mais j’en ai compris l’essence.

         Irz’gune se leva de son siège et tendit les bras au-dessus de sa tête comme pour implorer une divinité.

         - Ainsi la légende disait vrai.

         - Quelle légende ?

         - Lorsqu’il vivait avec les sages, Etran leur avait révélé que le deuxième fils qui naîtrait d’un de ses descendants pourrait mettre en danger l’univers, mais que ce dernier posséderait en revanche un esprit capable d’apporter la paix entre les hommes. Cet esprit serait un paradis et cet homme serait un Antiproèdre puisqu’il déclencherait le Mensékhar au lieu de neutraliser les protonyx.

         Adonis comprenait maintenant beaucoup mieux les mises en garde d’Etran à tous ses descendants. En ayant un deuxième fils, ils engendreraient un homme aux pouvoirs exceptionnels mais qui pourrait aussi provoquer la destruction de l’univers. Etran avait programmé le Mensékhar depuis des millénaires, mais on pouvait encore contrarier ses projets. Adonis souhaitait soulever l’adhésion d’Irz’gune.

         - Il faut empêcher Syris de se faire sacrer sur Iadès avec le corps d’Eden. Si elle fait cela, elle déclenchera le processus de destruction.

         - Tu n’as rien compris, lui reprocha Irz’gune. Le Mensékhar est inéluctable et j’en veux pour preuve les visions prescientes brouillées des sages et des chiromanciennes de l’Empire. Le Mensékhar est inéluctable mais l’âme d’Eden va aider quelques hommes à survivre.

         - L’âme d’Eden a fusionné avec la mienne, expliqua Adonis. Nous ne formons plus qu’une seule et même entité.

         Cette nouvelle révélation impressionna Irz’gune.

         - L’âme d’Eden a vraiment des capacités infinies. Lorsque l’univers partira en lambeaux, tu te décorporeras et envahiras le vide laissé par la matière en décomposition.

         - Je ne comprends pas.

         - L’âme d’Eden sera un habitacle pour les esprits dématérialisés qui se grefferont sur elle et pourront ainsi survivre à la disparition de leur corps et de la matière.

         Irz’gune révélait enfin les projets secrets des sages. Ils attendaient depuis des siècles le Mensékhar annoncé par Etran et espéraient rendre leur décorporation infinie grâce à l’esprit de l’Antiproèdre. Adonis frissonna à l’idée d’un monde sans matière où les esprits décorporés seraient condamnés à errer dans sa propre âme.

         - C’est de la folie ! S’insurgea t-il. Les hommes ont besoin de vivre dans un corps.

         Irz’gune était exalté.

         - La chair est mortelle et finie tandis que l’esprit est immortel et infini. La chair condamne l’homme à souffrir physiquement et à mourir. Les sages cherchent depuis des siècles à devenir immortels grâce à la décorporation. L’esprit d’Eden va leur fournir l’opportunité tant attendue.

         Malgré la meilleure volonté du monde, Adonis ne parvenait pas à adhérer à l’enthousiasme de son maître. Il comprenait mieux maintenant le désaccord qui existait entre les projets des sages et ceux du Premier Empereur. Les sages comptaient mettre le précieux esprit d’Eden à leur service pour devenir immortels, tandis que les ambitions d’Etran dépassaient tout ce que l’on pouvait imaginer. Le Premier Empereur s’était donné pour objectif, Adonis le devinait au fond de lui-même, de renouveler et de perfectionner toute l’espèce humaine.

         Adonis protesta violemment, entrant dans une vive colère.

         - Tu me déçois profondément Irz’gune. Tu veux mettre l’esprit d’Eden à ton propre service pour assurer ta survie et celle des tiens. Et quand bien même cela réussirait, peux-tu t’imaginer errant dans l’esprit d’Eden à l’infini. Tout ne serait que répétition et ennui.

         - Pas du tout, se défendit Irz’gune. Tu es bien placé pour savoir que l’esprit d’Eden à des capacités qui dépassent l’imagination.

         - Raison de plus pour les mettre au profit de toute l’humanité. Le Premier Empereur ambitionne de doter l'espèce humaine d’une force qui lui permettra de vivre en harmonie.

         - Le Premier Empereur avec tous ses projets démesurés est mort depuis des milliers d’années, ironisa Irz’gune. Préfères-tu faire confiance aux vivants ou aux morts, Adonis ?

         Le jeune homme se souvenait de sa rencontre avec Khios. Malgré toute l’estime qu’il portait à Irz’gune, Adonis ne pouvait pas donner raison au vieil homme.

         - Etran n’est pas mort, affirma t-il. Khios, son âme, est toujours présente et une partie de son esprit vit dans chacun des protonyx d’Iadès.

         Depuis la visite de Sappho sur la Planète-Mère, Irz’gune avait compris qu’Etran était parvenu à survivre dans les corps des protonyx. Mais ce qu’il ne savait pas, c’était qu’il pouvait se matérialiser en toutes circonstances.

         - Voudrais-tu dire qu’Etran possédait comme Eden une âme infinie.

         La réponse allait de soi. Adonis comprenait de mieux en mieux les intentions du Premier Empereur. Celui-ci avait pressenti qu’un prodige comme lui n’arriverait pas avant des milliers d’années et qu’un tel événement provoquerait du même coup la destruction de l’univers. Etran décida alors de saisir l’opportunité pour renouveler l’espèce humaine. Le projet était grandiose, Adonis le pressentait mais il n’arrivait pas à en saisir les voies et l’aboutissement final.

         - L’esprit d’Etran est tellement complexe que je n’arrive pas encore à en percevoir toutes les facettes. Il en est de même pour l’esprit d’Eden. Je n’ai pas encore exploré toutes mes nouvelles capacités.

         Irz’gune sentait que pour la première fois Adonis s’affranchissait de sa tutelle. Le jeune homme avait beaucoup changé depuis son retour d’Okara. Il avait gagné en maturité et l’adolescent était devenu un homme. Irz’gune redoutait cet instant depuis longtemps. Il croyait s’y être préparé, mais la réaction du jeune homme l’avait pris de court.

         - Acceptes-tu d’aider les sages dans leurs projets, Adonis ?

         - Non !

         - N’oublie pas que c’est moi qui t’ai recueilli et élevé. Comment peux-tu me trahir après tout ce que j’ai fait pour toi ?

         - Je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté, mais cela ne te donne aucun droit sur moi. Je suis en droit de disposer de ma vie comme bon me semble.

         Irz’gune ne reconnaissait plus dans ce jeune homme en colère, l’adolescent qui lui avait toujours été dévoué. Il ne se serait jamais attendu à un refus de sa part. Le vieil homme sortit de sa léthargie habituelle pour élever la voix.

         - Tu feras ce que je te demanderai, Adonis, comme tu l’as toujours fait.

         Irz’gune attrapa le bras d’Adonis, maigre effort pour tenter de retenir le jeune homme.

         - Je refuse.

         Adonis s’arracha de l’emprise d’Irz’gune et repoussa violemment le vieil homme en arrière. Il courut en direction de la porte de la grande salle de consultation.

         - Où vas-tu, Adonis ? Supplia Irz’gune.

         Le jeune homme s’arrêta, regarda une dernière fois l’homme qui l’avait élevé et lui avoua.

         - Je vais rejoindre ma mère, chez les Amazones.

         - Ne fais pas cela, prévint Irz’gune. Ces femmes sont misandres et te tueront pour la seule et unique raison que tu es un homme.

         Adonis était beaucoup trop fébrile pour écouter la raison.

         - Mon destin m’attend là bas, j’en suis certain.

         Il se souvenait du jaune de l’arc-en-ciel de l’esprit d’Eden, le jaune des Amazones et le seul espoir qui subsistait pour vaincre le Mensékhar.

         Il passa le seuil de la porte, abandonnant Irz’gune à son désespoir.

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 15:52

 

Le Mensékhar arrive à un tournant à la fin du chapitre 39.

 

La Doyenne de l'université exulte car elle retrouve sa jeunesse perdue en s'emparant du corps d'Eden. Il ne lui reste plus qu'à affronter les protonyx pour s'emparer du trône d'Etran et réaliser pleinement ses ambitions. Du moins le croit-elle...

 

Adonis s'apprête à aller sur Bello à la rencontre de son destin. Il devra se soumettre ou verdict des Amazones. S'il gagne, sa survie sera assurée, s'il perd, il mourra.

 

De son côté, Oued essaie tant bien que mal de sauver ce qu'il peut l'être de l'empire multi millénaire d'Etran. Il échoue sur Iadès en tentant de contrer la doyenne de l'université. En désespoir de cause, il décidera d'envahir Bello avec toute la puissance de feu des troupes impériales, croyant obtenir le salut d'Adonis, dernier représentant de la dynastie impériale.

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 19:57

 

L'intrigue du dernier livre du Mensékhar se déroule pour l'essentiel sur la Planète Bello.

 

Cette planète entièrement jaune vue de l'espace est recouverte à quatre vingt quinze pour cent d'un désert de soufre. Seuls d'anciens cratères de volcans sont habités par les farouches Amazones.

 

Planète Bello-copie-1 

 

Bello possède un seul satellite qui est en réalité un astre artificiel créé de toutes pièces par les Amazones : sa construction a commencé il y a 100 000 ans sur ordre du Premier Empereur, elle vient à peine de s'achever. Il recèle un secret, dont seul Adonis peut en maîtriser le mécanisme.

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 15:43

 

         Adonis s’élança dans les airs à travers le ciel bleu de la Planète-Mère. Son ectoplasme libéré de son enveloppe corporelle monta en vrille vers le soleil jusqu’à la stratosphère, puis se stabilisa pour se diriger vers le grand océan.

         La côte sableuse pratiquement infinie se découpait dans des flots bleus agités par des rouleaux blancs d’écumes. Adonis plongea en direction de la mer afin de voir la plage de plus près. Il se souvenait d’avoir passé un séjour au bord de la mer lors de ses pérégrinations aux côtés d’Irz’gune. Il était encore enfant et était tombé amoureux de cette masse bleue. Voyant son enthousiasme et craignant qu’il ne s’attache trop à une vie au bord de la mer, le sage avait mis fin à leur séjour. Depuis cette expérience, Adonis n’était jamais revenu sur les côtes du grand océan.

         Son ectoplasme se posa sur le sable blond. Privé de son corps, il ne sentait pas les grains de sable sous ses pieds et ne pouvait pas humer l’air iodé. Cela n’avait aucune importance, la sérénité des lieux lui suffisait amplement.

         La décorporation permettait à Adonis de s’évader du chagrin qui l’emplissait depuis la mort d’Eden. Il s’était attaché au jeune homme lors de leur fuite à travers les étages de Phylis 1 et sa présence familière lui manquait cruellement. Il avait également appris le suicide de Sappho et la perte de cette femme exceptionnelle lui causait un grand émoi.

         Un éclair troubla la quiétude des lieux en déchirant le ciel pourtant parfaitement dégagé du moindre nuage. La flèche de lumière avait explosé, touchant la surface des flots dans un flash puissant qui avait illuminé tout l’horizon d’une lumière blanche.

         Adonis sentait une présence autour de lui, une présence apparue en même temps que le phénomène lumineux. Cette présence intense semblait être partout autour de lui. Une petite lueur jaune brilla à l’horizon sur l’océan, puis fonça sur Adonis à une vitesse prodigieuse. La lueur devenait monstrueuse au fur et à mesure qu’elle approchait, aveuglant Adonis de son éclat incomparable.

         La lumière l’enveloppait lorsque, se contractant sur elle-même, elle disparut pour se fondre dans une forme translucide. Les contours devenaient plus précis, formant un corps humain. A son plus grand étonnement, Adonis se retrouva devant l’ectoplasme d’Eden.

         - Eden ! Mais que fais-tu ici, je te croyais mort ?

         Le visage tendu de l’ectoplasme d’Eden reflétait les inquiétudes liées à sa propre survie en tant qu’esprit.

         - Un des sbires de la Doyenne m’a injecté une substance simulant une mort subite, expliqua t-il à Adonis. Cette vieille sorcière voulait m’enlever.

         Adonis n’était pas absolument sûr de se trouver en face de l’esprit de son frère. Il avait été réellement convaincu de sa mort lors de leur retour de Phylis. Avait-il pu être si facilement abusé ? L’ectoplasme était cependant réel et ne permettait pas au doute de subsister. Adonis se reprocha sa naïveté.

         - Je suis désolé de t’avoir abandonné aux griffes de cette vieille sorcière. Je vais tout mettre en oeuvre pour te libérer.    

         - Ce sera trop tard, gémit Eden. A l’heure qu’il est, Syris m’a posé un casque sur la tête qui est censé transférer toutes les données de son cerveau dans le mien. Elle va bientôt effacer ma mémoire et ma personnalité.

         Adonis avait du mal à y croire.

         - Mais c’est impossible.

         - Les savants reconnaissent cette invention sous le nom de projet Djed. Ils n’auraient pas pris le risque de m’enlever s’ils n’étaient pas sûrs de leur fait.

         Adonis ne se pardonnait pas d’avoir été joué par les savants. Cette erreur était d’autant plus impardonnable estimait-il qu’il ne pouvait plus rien faire matériellement pour la réparer. Même avec l’engin le plus rapide, il serait dans l’incapacité d’arriver sur Okara avant la mise en route de la terrible machine des savants. Il était trop tard pour sauver Eden. Le jeune homme en avait-il conscience ?

         - Je ne peux rien faire pour toi, malheureusement. Syris aura déjà pris possession de ton corps avant que nous ayons pu investir l’Apanama.

         Eden confirma.

         - Il est trop tard. Le déclenchement du processus n’est qu’une question de seconde. Peut-être l’ont-ils même déjà amorcé.

         La question était désormais de savoir quel serait l’avenir de l’ectoplasme d’Eden. Adonis ne se sentait pas le courage d’annoncer la mauvaise nouvelle à son frère. Irz’gune avait toujours été très clair sur ce point.

         - Il ne peut pas y avoir deux esprits dans un seul et même corps.

         - Que vais-je devenir ? S’angoissa Eden.

         Adonis avait choisi d’être honnête avec lui.

         - Ton ectoplasme privé de réceptacle sera condamné à errer puis disparaîtra, perdu dans l’immensité du cosmos.

         Eden ne souhaitait pas disparaître, il voulait que son esprit continue à subsister. Il avait bien une idée sur la manière d’y parvenir, mais il craignait qu’Adonis s'y oppose. Il formula néanmoins sa demande.

         - Il me faut un nouvel habitacle. Accepte-moi dans ton corps, Adonis.

         Cette proposition figea le jeune homme. Il avait pourtant été très explicite avec Eden : un seul esprit dans un seul corps. Son frère n’était-il pas en train de lui demander de se sacrifier pour lui ? Dans ce cas, il refuserait.

         - Si je t’accepte dans mon corps, objecta Adonis, je serai condamné à disparaître à ta place.

         L’ectoplasme d’Eden grimaça.

         - Tu m’as mal compris, Adonis. Je te propose de fusionner nos deux ectoplasmes pour n’en former plus qu’un seul.

         Eden délirait-il ? Irz’gune n’avait jamais parlé à Adonis d’une éventuelle possibilité de fusion entre deux ectoplasmes. Cette opération était irréalisable, puisqu’elle demanderait de fusionner deux esprits. Et même en supposant qu’elle soit réalisable, quel résultat pourrait-on en escompter ? Adonis rejeta l’idée d’Eden et le lui fit savoir.

         - Je refuse. Ton idée est irréalisable.

         - Détrompe-toi, fit Eden. Tu n’aimais pas Khios, mais je suis sûr qu’il nous disait la vérité lorsqu’il affirmait que mon âme pouvait se décorporer à l’infini. Je me suis entraîné tout à l’heure en venant te rejoindre et j’ai réussi à envelopper toute la Planète-Mère de mon esprit.

         Adonis se souvenait de l’étrange sensation qu’il avait éprouvée lorsque l’éclair avait illuminé l’horizon. L’ectoplasme d’Eden était très loin, mais il avait senti une présence partout autour de lui. Il n’oubliait pas non plus les révélations d’Irz’gune à propos de l’esprit d’Eden. Ce qu’il lui avait appris correspondait tout à fait aux propos de Khios sur Phylis.

         Adonis rêvait de se laisser envelopper dans l’esprit de son frère. « Tu seras immortel », lui avait assuré Irz’gune. Le Mensékhar était le prix à payer pour posséder cet esprit propre à l’Antiproèdre. La récompense serait-elle proportionnelle au risque encouru ? Irz’gune et Khios semblaient répondre à cette question par l’affirmative.

         - Je suis prêt à tenter l’expérience avec toi, décida Adonis.

         L’ectoplasme d’Eden s’envola et se modifia pour former une immense porte rectangulaire et translucide dans le ciel. Adonis décolla du sol et pénétra à travers la porte ainsi formée.

         Adonis transperça un fin voilage. Les voiles s’étaient écartés sur son passage pour dévoiler un paysage vierge perdu dans un brouillard épais et blanchâtre. Pas un seul bruit, pas la moindre ombre ne perçait au travers de ce rideau de brume. Il avait perdu tout sens d’orientation et était incapable de savoir où il se trouvait. Il avait l’impression d’être à la fois partout et nulle part. Perdu, il n’en était pas pour autant inquiet. Des sensations positives parvenaient à ses sens.

         Au contact de l’ectoplasme d’Eden, Adonis avait eu l’impression que son esprit se dissolvait. Cette sensation était indescriptible. Adonis pouvait simplement la comparer avec la décorporation. En se décorporant, il s’échappait de son corps, se détachant de toutes les douleurs physiques. En pénétrant dans l’esprit d’Eden, Adonis s’était libéré de son esprit. Les douleurs morales n’avaient plus aucune prise sur lui. Il était incapable de ressentir des angoisses, des remords ou même de la peur.

         Perdu dans les nuages d’Eden, Adonis se sentait libre comme l’air. Il était en état d’euphorie naturelle, littéralement assailli de pensées positives qui lui conféraient une félicité intérieure indescriptible.

         Adonis était au Paradis. La sensation de bien-être total était maintenant accompagnée par des images merveilleuses. La brume blanchâtre s’était estompée puis s’était complètement dispersée pour découvrir un paysage de rêve. Adonis volait au milieu d’un monde sans dimension. Il n’avait plus la moindre notion ni d’espace ni de temps. Les images étranges ne ressemblaient à rien de connu.

         Envolées la Planète-Mère, Gayanès, Phylis et les autres planètes de l’univers. Le monde d’Eden était composé de tout un monde en trompe-l’oeil. Les personnages avaient les traits tirés pour entrer dans des visages parfaitement carrés. Leurs têtes cubiques offraient des visages de personnes différentes sur chaque face, tandis que leurs corps d’apparence volumineuse étaient en réalité plats. Ils souriaient tous du même sourire figé, un sourire béat un peu bête, comme s’ils étaient perpétuellement heureux. Les personnages articulaient leurs bouches, mais aucun mot n’en sortait. Adonis trouva que ce silence, loin d’être inquiétant, était en réalité très appréciable.

         Les personnages déambulaient sans aucun but dans un décor sans haut ni bas, sans début ni fin. Les couleurs se dispersaient et se réunissaient, apparaissaient, puis disparaissaient, créant des formes surprenantes comme dans un feu d’artifice.

         Le paysage n’était pas beau en lui-même, ses aspects non familiers auraient même pu avoir un côté angoissant. Mais ce paysage était beau car il n’avait aucune limite, ni dans l’espace, ni dans le temps, ni dans l’imagination. Ce paysage était infini dans ses dimensions et dans ses créations.

         Une goutte d’eau monstrueuse roula en direction d’Adonis et emporta le jeune homme. Il était prisonnier au coeur de cette goutte qui l’isolait du bruit et déformait à outrance un paysage autour de lui déjà particulièrement étrange. La goutte d’eau dans sa course folle heurta la face carrée géante d’un personnage inconnu. Adonis fut projeté dans les airs tandis que l’eau ainsi dispersée retomba en une fine bruine tout autour de lui.

         La pluie tombait dans un vide bleuté sans fin sous les pieds d’Adonis, tandis qu’une forêt plantée à l’envers formait une voûte verte au-dessus de la tête du jeune homme. Les arbres déracinés flottaient la cime en bas dans les airs.

         Un arc-en-ciel parfait, lui aussi à l’envers, se forma et enveloppa sous son arche la forêt déracinée. L’arc-en-ciel grossissait et envahissait tout l’espace autour d’Adonis. Le jeune homme se retrouva dans un décor parsemé de sept bandes horizontales, de couleurs différentes, les sept couleurs de l’arc-en-ciel.

         La voix d’Eden était rassurante.

         - Voici sept couleurs pour découvrir les sept secrets de l’univers, Adonis.

         Rouge.

          Le jeune homme pénétra dans la première couleur. Elle était rouge comme le sang de Sappho, comme le sable d’Iadès,  comme les yeux des protonyx.  Cette couleur était celle de la grande révolution d’Etran : le Mensékhar.  L’humanité agonissait dans un déluge de feu et de sang. La géhenne n’émettait que des cris de souffrance.

         Le rouge s’atténua.

         Orange. Cette couleur symbolisait le crépuscule du rouge. Les horreurs du Mensékhar s’apaisaient, le brasier se consumait lui-même.

         Les pigmentations rougeâtres disparurent peu à peu. Un jaune lumineux envahit tout l’espace autour d’Adonis. Un jaune comme le pelage des protonyx, comme les yeux dorés des Amazones, comme les cheveux blonds d’Adonis, comme le pendentif qu’il portait autour de son cou. A cet instant, il comprit le secret que renfermait ce bijou. Il comprit que le jaune était la couleur de l’espoir. Adonis le devinait inconsciemment, le salut venait d’une planète perdue dans l’univers, Bello, la belle et mystérieuse planète jaune. Il le pressentait au fond de lui-même, mais il ne savait encore ni quand ni comment le salut se manifesterait.

         Vert. La couleur rappelait à Adonis le vert des forêts ou encore celui des écailles du protonyx qu’il avait aperçu sur Phylis. Il songeait aux émeraudes qui tapissaient le sol de la caverne de Sappho. C’était la couleur de l’épreuve, mais une épreuve beaucoup plus terrible que celle qu’il avait vécu chez l’Impératrice. Allait-il passer brillamment le jugement des fières Amazones ?

         Le bleu lui répondait par l’affirmative. C’était un bleu apaisant comme celui de l’étendue océane, comme celui des cieux infinis. Ce bleu était celui de la Planète-Mère, la planète où était née l’humanité. Un parfum de liberté s’échappait de cette couleur qui était en principe celle des horizons infinis.

         Le bleu maintenant beaucoup plus soutenu virait à l’indigo. La liberté s’affermissait et tendait à devenir irréversible. Adonis entrevit dans son esprit ce qu’il y avait au-delà du Mensékhar. Une porte s’ouvrit au milieu de l’univers, semblable à l’antique tour de Babel. Une porte pour accéder à l’univers des dieux et qui s’avérerait être une source de discorde pour les hommes.

         Le violet frémissait et avec lui l’ère du renouveau. Adonis eut accès à ce qu’il y avait derrière la porte. Il voyait au-delà du Mensékhar, il prenait conscience des projets millénaires d’Etran.  Cela dépassait tout ce qu’il avait pu imaginer. Le Premier Empereur était vraiment un être exceptionnel. Le monde qu’il projetait de créer dépassait l’entendement. Il était pourtant très semblable à l’univers actuel; il ne s’en dissociait que sur un seul point, le point le plus important.

         L’arc-en-ciel disparut après avoir révélé ses secrets à Adonis. Le jeune homme venait d’entrevoir l’avenir de l’humanité malgré le Mensékhar, privilège qui n’avait été accordé à personne, pas même aux sages de la Planète-Mère.

         Adonis venait de découvrir tout ce qu’il voulait savoir. Il serait bien resté pendant toute l’éternité dans le confort de l’ectoplasme d’Eden, mais il se força à s’en échapper. La sensation de bien-être s’effaça pour restaurer le paysage familier de la plage au bord de l’océan. Adonis avait l’impression de sortir d’une transe, reposé et apaisé.

         L’ectoplasme d’Eden lui faisait face.

         - Es-tu prêt pour réaliser la volonté d’Etran ?

         Eden avait semble t-il dû avoir accès aux projets du Premier Empereur en même temps qu’Adonis. Eden avait découvert l’immensité de ses pouvoirs en s’obligeant à se décorporer pour échapper à Syris. Les propos de Khios sur Phylis avaient également dû jouer un grand rôle dans la révélation de sa personnalité.

         Adonis ne reconnaissait plus son frère. Conscient de son importance dans les projets d’Etran, il accepta la proposition d’Eden sans faiblir.

         - Je suis prêt à fusionner mon esprit avec le tien.

         Les deux ectoplasmes s’envolèrent au-dessus de l’océan et s’enroulèrent en vrille. Ils semblaient former une vis translucide qui tournait sans cesse en direction de l’espace. A force de tourner en s’emboîtant à une vitesse pratiquement infinie, les deux ectoplasmes fusionnèrent pour former une tige très fine.

         La tige éclata en des milliers de particules qui tournoyèrent dans tous les sens pour former un nuage qui s’amassa en bloc. Adonis sentait que l’esprit d’Eden envahissait tous ses sens. Il héritait de toutes les qualités de l’âme de son frère. Désormais ils ne feraient plus qu’une seule et même personne, ils ne seraient plus qu’un seul esprit.

         Le nuage se modela pour reformer un ectoplasme à l’effigie d’Adonis. Cet ectoplasme ressemblait en tout point aux précédents si bien qu’il semblait avoir digéré l’esprit d’Eden. Mais il contenait en réalité les âmes réunies des deux garçons.

         Adonis assistait à sa propre renaissance. Tout son esprit se reformait de façon totalement différente. Il n’était plus le même personnage. Il naissait comme s’il n’avait jamais vécu auparavant.

         Son nouvel ectoplasme fonça en direction de la forêt des Cèdres. Il était impatient de réintégrer son corps et de raconter son expérience à Irz’gune.

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 09:55

 

Dans le prochain chapitre, Adonis va vivre une expérience mystique très particulière.

 

En fusionnant son esprit avec celui de son demi frère Eden, il va acquérir des facultés lui permettant de triompher des épreuves qu'il va rencontrer dans la dernière partie du roman.

 

Il accomplira malgré lui la volonté d'Etran, dont l'esprit préside plus que jamais aux destinées de l'humanité.

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 18:47

 

Le décès de la Princesse Sappho dans le chapitre 37 accélère le dénouement du Mensékhar.

 

SAPPHO

 

En mettant fin à ses jours, Sappho libère à nouveau la puissance destructrice des protonyx que seul un nouvel empereur pourra enrayer.

 

Mais pour la première fois depuis la fondation de l’Empire par Etran il y a 100 000 ans, la succession au trône n’est pas clairement assurée.

 

Car l’empereur Sheshonq a enfreint la règle de succession interdisant à un empereur d’avoir deux fils : après le décès prématuré de Sappho, Eden et Adonis sont les deux seuls prétendants à la succession de leur père, mais l’un d’eux possède un sang toxique qui au lieu de contrôler les protonyx les libèrera à jamais, provoquant par là même la destruction de l’univers.

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 21:33

 

         Gayanès les narguait derrière le grand hublot de la cabine du vaisseau impérial. La reine des planètes de l’univers couverte d’un mince filet de nuages blancs leur laissait découvrir son unique océan bleu et ses chaînes de montagnes formant un arc de cercle autour de la Cité Interdite qui, vu de l’espace, ne représentait qu’un minuscule point.

         Oued avait le sentiment d’être enfin arrivé à destination après le long périple qui l’avait emmené à travers l’univers. Le Commandeur n’avait pas cessé de suivre les traces de l’Impératrice depuis qu’il avait quitté Phylis. Il était finalement passé sur la Planète-Mère, où Irz’gune lui avait annoncé le retour de Sappho sur Gayanès. Epuisé, il avait décidé de passer la nuit sur la planète des sages. Il avait alors appris le décès d’Eden et la rupture entre Sappho et Adonis.

         Cette dernière nouvelle le comblait d’aise. Il lui tardait de revoir l’Impératrice en mal d’amour qui, il en était persuadé, ne pourrait plus lui résister. Le pressant tendrement dans ses bras, Elia savourait ses derniers instants à passer auprès du Commandeur. Elle ne se faisait plus guère d’illusion quant aux chances de survie de sa liaison avec le Commandeur et semblait accepter son sort avec philosophie. Elle s’extasiait bêtement devant la vue de Gayanès.

         - Cette planète est vraiment la plus belle de l’univers.

         Oued ne savait pas si elle vénérait ainsi la première planète de l’Empire ou si elle manquait vraiment de goût. Vu de l’espace, Gayanès était extrêmement fade, sans aucune couleur dominante et dépourvue de la moindre touche d’originalité. Oued lui préférait cent fois le bleu délicat de la Planète-Mère ou encore le gris en perpétuel mouvement des nuages de Phylis.

         Ils quittèrent le poste de commandement du vaisseau impérial pour embarquer dans une navette qui les déposerait sur la planète impériale. Dès qu’ils furent montés à bord de l’appareil et eurent redressé la cabine de pilotage, le sas du spaciodrome du vaisseau impérial s’ouvrit. La navette releva ses ailes et prit son envol.

         Le vaisseau libéré dans l’espace pénétra dans l’atmosphère de Gayanès et se dirigea directement sur le petit point qui localisait la Cité Interdite. Oued était comme hypnotisé par ce point qui grossissait au fur et à mesure de leur approche vers le sol. Le point devint un cercle de plus en plus important. A l’intérieur de ce cercle, on pouvait voir de petits rectangles représentants les différents palais de la Cité Interdite.

         La navette amorça sa descente en direction du spaciodrome réservé aux grands personnages de l’Empire. En survolant la Cité Interdite, l’appareil passa au-dessus du palais de Sappho. Oued ne reconnut pas le palais de l’Impératrice. Elle avait encore dû en changer la forme car il ressemblait vu du ciel à un gros gâteau mal cuit qui s’était effondré sur lui-même.

         Oued déclencha la procédure d’ouverture des portes dès leur arrivée au sol. La passerelle de la navette s’abaissa pour leur laisser découvrir Gayanès. Le soleil était à son zénith dans le ciel et éblouissait leurs yeux non habitués à la lumière naturelle. Les rayons de l’astre faisaient briller la carlingue blanche d’une navette stationnée à quelques pas de la leur. Oued mit sa main en visière au-dessus de ses yeux pour reconnaître la navette personnelle de Sappho.

         Cette confirmation indirecte de la présence de l’Impératrice sur Gayanès le réconforta. Il craignait inconsciemment d’apprendre qu’elle était repartie vers une autre planète de l’Empire. Après avoir poursuivi successivement Adonis, Syris et Sappho, il n’était pas mécontent d’être enfin arrivé au terme de son long périple.

         Elia courait comme une folle en direction du palais de l’Impératrice. Ses longs cheveux bruns réfléchissaient le soleil ce qui leur donnait des reflets dorés. Oued était épuisé par la chaleur et économisait ses forces. Il marchait très doucement et veillait à ne pas trop s’avancer en dehors de l’ombre rafraîchissante des arbres du jardin.

         Le palais de Sappho apparut derrière un arbre à un détour du sentier. Oued en l’apercevant eut un bref coup au coeur. La demeure autrefois magnifique était pitoyable. Les murs qui se dressaient fièrement avaient fondu comme de la cire pour finir en un amas informel à peine de la hauteur d’un homme.

         Quelles pouvaient bien être les causes de ce sinistre ? Le feu n’était pas en cause puisqu’il n’y avait pas la moindre trace de calcination. L’origine de ce désastre parut invraisemblable à Oued.

         Il entra dans les ruines. Les étages avaient disparu comme s’ils s’étaient évaporés. Seules les bases du rez-de-chaussée étaient encore un peu reconnaissables, mais une partie avait aussi dû mystérieusement disparaître. Les coulées ci et là étaient impressionnantes, mais étaient loin de représenter la totalité de la masse du bâtiment. Les restes qui en subsistaient étaient insignifiants, comparés à la taille habituelle de la demeure.

         Oued reconnut les restes de l’escalier du grand hall. Il s’élevait dans le vide sur quatre marches à moitié fondues. Le Commandeur entra dans une pièce dont les meubles avaient été réduits à des taches cireuses sur le sol. Il semblait à Oued que le bâtiment avait fondu comme une bougie en consommant une grande partie de sa matière. Mais il n’y avait pas d’odeur de brûlé et pas la moindre trace témoignant d’un quelconque incendie.

         Des pleurs à la limite de l’hystérie provenaient de la partie arrière des ruines du palais, des cris perçants qui ne pouvaient être émis que par des femmes. Oued avança dans les ruines pour aller à leur rencontre. Les salles qu’il traversait se suivaient et se ressemblaient, témoignant toutes de la même catastrophe.

         Des femmes étaient rassemblées dans une partie particulièrement sinistrée dans laquelle les murs avaient pratiquement disparu ou s’élevaient au mieux jusqu’à hauteur de genou. Elia était déjà parmi elles, essayant de consoler ses anciennes compagnes. Dès qu’elles aperçurent Oued, elles se jetèrent pratiquement toutes sur lui. L’une d’entre elles portant une coupe à la garçonne s’agrippait à la tunique du Commandeur.

         - Un drame est arrivé, Seigneur. Le palais s’est mis à trembler de tout son être, les murs entraient en éruption et devenaient incandescents. Nous avons tout juste eu le temps de quitter la demeure lorsque celle-ci s’est mise à fondre de toutes parts.

         - Elle s’appelle This, expliqua Elia. Elle est la dernière personne à avoir parlé à l’Impératrice.

         - Où est Sappho ? S’inquiéta Oued.

         La garçonne poursuivit son récit.

         - Nous craignons qu’il ne soit arrivé un grand malheur. Lors de son arrivée hier matin, la Maîtresse était extrêmement contrariée. Elle m’a dit qu’elle souhaitait se reposer, puis a quitté le palais en courant.

         Une autre Mignonne s’était avancée.

         - Peu de temps après le départ de l’Impératrice, la demeure s’est mise à trembler.

         - Nous devons la retrouver, décida Oued. Dans quelle direction est-elle partie?

         - Je l’ai aperçue  par une fenêtre, avoua une courtisane. Elle courait en direction du bâtiment du Grand Conseil.

         Oued sortit des ruines du palais pour marcher à travers les arbres du jardin dans la direction indiquée par la jeune femme. Elia et les autres courtisanes se pressaient à sa suite. Rassurées qu’un homme prenne la situation en main, elles avaient séché leurs larmes et récupéré un peu de leur calme.

         Le Commandeur avait été alarmé par les déclarations des courtisanes. Il ne comprenait pas pourquoi elles n’avaient pas essayé de retrouver leur Maîtresse après la destruction du palais. Peut-être avaient-elles inconsciemment redouté le pire ? Elles s’étaient alors contentées d’attendre toute la nuit en gémissant dans les ruines.

         La Princesse n’aurait pas apprécié la réaction de ses Mignonnes. Elle qui n’était que force, courage et détermination, méprisait l’indolence. Toutes ces femmes, songea Oued, étaient incapables de vivre sans leur maîtresse.

         L’ombre du bâtiment du Grand Conseil se profilait sur la pelouse qui entourait l’édifice. Des centaines de pastilles parsemées dans le gazon attendaient, prêtes à transporter au sommet du bâtiment quiconque le désirerait.

         Un voile blanc reposait à l’ombre sur le gazon entre deux pastilles. Oued alerté par cet indice s’avança dans la direction du morceau de tissus. Plus il s’approchait, plus il distinguait l’objet. Il s’agissait en réalité d’une robe d’une blancheur impeccable qui enveloppait très légèrement un corps à la peau rosée.

         Sappho gisait allongée sur le dos dans l’herbe verte. Sa tête était repoussée en arrière, ses yeux grand ouverts fixaient inlassablement le ciel bleu. Son regard était beaucoup trop vide et figé pour laisser supposer qu’elle se reposait simplement. La bouche légèrement ouverte semblait vouloir émettre une dernière parole.

         Oued et les courtisanes qui le suivaient n’avaient plus le moindre doute sur le sort de l’Impératrice. Ils marchaient dans un silence respectueux sur la pelouse pour aller à la rencontre de leur amie.

         Arrivé sur place, Oued se pencha sur le corps de Sappho et tâta le pouls en retournant le bras droit qui avait été légèrement replié sur la poitrine. Le bref examen confirma ce qu’il savait déjà. La vie avait définitivement quitté ce corps de grâce.

         Il se pencha pour embrasser l’Impératrice sur la bouche. Les lèvres de Sappho, fraîchies par la rosée du matin, lui firent l’effet d’une boisson désaltérante. Il ferma avec sa main les yeux gris clair, autrefois si joyeux, aujourd’hui embués d’une infinie tristesse.

         Plus personne n’espérait encore voir bouger le splendide corps de l’Impératrice. Les courtisanes, passé l’instant de choc, poussèrent des cris de douleur et s’agenouillèrent dans la pelouse autour du corps de leur maîtresse. Oued prit le corps de l’Impératrice dans ses bras. Elle lui sembla extrêmement légère.

         - Le sort t’a arrachée à la vie trop tôt, ma douce Sappho, murmura t-il. Je te construirai un mausolée digne de toi. Ton corps y sera conservé et toutes les populations de l’Empire pourront venir t’y admirer.

         Oued marcha solennellement en direction du palais avec l’Impératrice dans ses bras. Les courtisanes suivirent le mouvement avec Elia à leur tête. Une question préoccupa particulièrement la jeune fille. Elle la jugea assez importante pour la formuler ouvertement au Commandeur.

         - Qui nous sauvera maintenant des protonyx ?

         Oued n’avait pas encore songé à cet aspect. De la dynastie d’Etran, il ne subsistait plus qu’Adonis. Oued tenait le jeune homme pour personnellement responsable de la mort de sa bien-aimée, mais il ne se sentait pas capable de sacrifier tout l’univers pour assouvir sa vengeance.

         - Adonis montera sur le trône, assura t-il.

         - Mais Adonis est retourné sur la Planète-Mère, s’inquiéta Elia.

         - J’enverrai le vaisseau impérial pour aller le chercher. Mais chaque chose en son temps. Nous devons vivre notre deuil pour l’instant.

         Ils s’approchèrent des ruines du palais.

         - Je ne veux pas que le corps de Sappho soit souillé, fit-il à Elia. Va auprès de mes hommes afin qu’ils me ramènent un sarcophage.

         La jeune fille courut exécuter sa mission. Oued l’attendait en compagnie des autres courtisanes devant les ruines du palais. Le corps lui semblait être de plus en plus lourd et pesait sur ses bras. Elia mettait beaucoup de temps à revenir, mais le Commandeur se jura de tenir bon.

         Elia revint avec quatre Immortels occupés à tirer un lourd caisson ressemblant un peu à celui qui avait recueilli le corps d’Eden. Ces caissons servaient en général à conserver les corps durant un voyage spatial afin qu’ils ne s’abîment pas.

         Oued destinait celui-ci à accueillir le corps de Sappho pour le conserver éternellement. Il déposa soigneusement la dépouille de l’Impératrice dans cette boite métallique au couvercle arrondi et vitré.

         Les courtisanes qui n’avaient pas été trop abattues par le drame revêtirent l’Impératrice d’une belle robe de cérémonie et coiffèrent ses cheveux aux reflets cuivrés. Lorsque le corps fut définitivement préparé, un Immortel l’aspergea d’un gaz destiné à le vitrifier afin d’en assurer la conservation.

         Le couvercle du caisson fut rabaissé. Derrière le couvercle de verre, le visage de l’Impératrice était détendu, elle semblait dormir. Elle était figée dans sa précieuse beauté pour l’éternité. Le temps qui n’avait pas encore mis en oeuvre ses ravages du vivant de Sappho ne pourrait même plus l’attaquer après sa mort. Le gaz vaporisé protégeait le corps comme une enveloppe transparente. Il avait pénétré dans les tissus organiques, les préservant de la décomposition.

         Oued s’adressa aux premiers Immortels qui se bousculaient autour du caisson afin d’apercevoir une dernière fois leur Impératrice.

         - Je ferai construire un mausolée d’or et d’ivoire à l’emplacement de ce palais pour accueillir la dépouille de notre regrettée Impératrice. La conservation de ce tombeau et son entretien sera assuré par des femmes. Elles devront vivre dans ce mausolée et faire vœu de chasteté.

         La garçonne sortit des rangs des Mignonnes de Sappho et s’approcha devant Oued pour lui parler.

         - Je n’ai pas connu très longtemps l’Impératrice, mais je souhaite lui rester fidèle toute ma vie.

         Cette promesse fortifia Oued dans ses projets.

         - Ton abnégation t’honore, This. Tu seras la grande prêtresse du mausolée de Sappho et tu recruteras tes suivantes.

         Les Mignonnes inspirées par l’exemple de This souhaitaient toutes à leur tour faire partie du personnel du mausolée. Oued encouragea leur ardeur.

         - Il y aura de la place pour toutes, mais je laisse à This le soin de vous recruter.

         Le Commandeur ne s’était pas trompé lors de son appréciation sur les Mignonnes de l’Impératrice. Elles étaient incapables d’envisager leur existence sans la présence de leur maîtresse. Même morte, Sappho constituait encore le centre de la vie de ces jeunes filles. Elles seraient assurément les meilleures gardiennes dont on puisse rêver pour préserver le mausolée.

         Oued donna des ordres brefs à ses troupes. Il s’adressa en particulier à l’Amiral des Immortels, son commandant en second.

         - Je veux que l’on utilise ce qu’il y a de plus beau pour construire un mausolée digne de Sappho. Je souhaite que les Immortels se chargent personnellement de la construction et que les travaux débutent le plus rapidement possible.

         - Je vais organiser le chantier, promit l’Amiral.

         Oued adressa un dernier regard à l’Impératrice enfermée dans son caisson. Elle était plus belle qu’elle ne l’avait jamais été.

         - Je vais regagner le vaisseau impérial le temps des travaux, expliqua t-il à ses hommes et aux Mignonnes de Sappho.

         Oued se détourna du palais en ruine et marcha seul en direction de sa navette. Le souvenir de l’Impératrice était omniprésent sur Gayanès. Il espérait qu’il pourrait plus aisément oublier son chagrin à bord du vaisseau amiral.

         Alors qu’il avançait tranquillement sur le sentier, Oued ouvrit sa main. Dans le creux de sa paume, brillait la bague de Sappho, celle qu’il lui avait offerte alors qu’ils étaient adolescents et qu’il avait dérobé en guise de souvenir avant que le corps ne soit cristallisé.

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 14:08

 

Avec le chapitre 37, la deuxième partie du Mensékhar intitulée Le Souffle de l'Esprit s'achève.

 

La dimension tragique du Mensékhar s'exprime avec la disparition du second personnage du roman : la Princesse Sappho. La plupart des quelques personnes ayant eu l'opportunité de lire le roman m'ont reproché d'avoir fait mourir ce personnage original et fantasque.

 

Mais Sappho était condamnée par son tempérament passionné à se consumer elle-même.

 

La troisième et dernière partie du Mensékhar s'intitule La Fin des Jours et a une portée clairement apocalyptique.

 

D'ailleurs, le choix du titre de cette dernière partie, tout comme celui des deux précédentes n'est pas anodin. Mais je n'en dirai pas plus, au lecteur de trouver ce à quoi je veux faire référence...

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 10:41

 

Chapitre 34 : Le vaisseau spatial de Syris intercepte celui d'Eden et d'Adonis, puis parvient à s'enfuir de Phylis en échappant aux Immortels.

 

Chapitre 35 : Syris dépose Adonis sur la Planète-Mère et fait croire à tout le monde que le Prince Eden est mort. Adonis rejette Sappho qui l'attendait avec impatience sur le Planète-Mère. L'Impératrice décide de regagner Gayanès.

 

Chapitre 36 : Eden est retenu prisonnier sur la planète Okara. Alors que Syris enclenche le processus qui doit lui permettre de s'emparer du corps d'Eden, ce dernier se décorpore.

 

Chapitre 37 : Eperdue d'amour pour Adonis qui l'a rejetée, Sappho se jette du haut du spaciodrome de la Cité Interdite.

 

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