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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 14:29

 

A 19 ans en 1991, j'ai découvert le Cycle de Dune, une oeuvre littéraire de science-fiction commencée en 1965 par Franck Herbert.

 

Dune de Franck Herbert

 

Cinq ans après, j'écrivais mon roman intitulé le Mensékhar.

 

Le Cycle de Dune m'a fortement inspiré pour écrire mon livre, pas tant au niveau de l'histoire, mais plutôt au niveau du projet : la création d'un monde futuriste. Tout comme Franck Herbert, je me suis inspiré de l'histoire, de la mythologie et d'emprunts à des langues étrangères.

 

Le premier tome du Cycle (Dune) est en grande partie inspiré des débuts de l'Islam et de la vie de son Prophète : un peuple peu structuré et issu du désert part à la conquête du monde en suivant les idéaux d'un chef mystique :

- Le désert d'Arabie devient la planète désertique Arakkis

- Les bédouins deviennent les Fremens (Free men = homme libre)

- Le pétrole d'Arabie qui alimente les modes de transport devient l'épice qui alimente les vaisseaux spaciaux

- L'Empire Perse qui est vaincu par les Arabes devient l'Empire du Padishah Shaddam IV vaincu par les fremens (Padishah est un mot perse signifiant "le seigneur qui est un roi")

- Le prophète Mohammed devient le Messie Paul Atréides

- Mohammed fédère des Arabes, Paul Atréides fédère les fremens

- Nombreux mots et termes empruntés à l'Arabe

 

Mais Dune emprunte également à la mythologie grecque (les Atréides descendants des Atrides), au latin (le Bene Gesserit), au Judéo-Christianisme (venue d'un Messie, Bible Catholique Orange).

 

Le Mensékhar quant à lui s'inspire essentiellement :

- de la mythologie grecque (Adonis, Sappho, les Les Amazones)

- de l'histoire (empires perses, byzantins et chinois)

- de langues étrangères (Okara, Gayanès)

 

Il semble difficile de partir de rien pour créer un nouvel univers.

 

Pour revenir au cycle de Dune, celui-ci est composé de 6 ouvrages qui se succèdent chronologiquement et conte l'histoire de la Maison des Atréides :

Dune (1965)

Le Messie de Dune (1969)

Les Enfants de Dune (1976)

L'Empereur-Dieu de Dune (1981)

Les Hérétiques de Dune (1984)

La Maison des Mères (1985)

 

Tous ses ouvrages m'ont séduit par la richesse de leur univers et la profondeur de leurs personnages. L'univers de Dune est particulièrement immersif tant il est dépaysant et atemporel.

 

Dune est avant tout une aventure humaine, une épopée digne des plus grands récits mythologiques, dans la lignée de l'Iliade et de l'Odyssée.

 

L'imagination de l'auteur est prolifique, ce qui rend son univers particulièrement original.

 

Jihad Butlérien : guerre ayant mit fin à la suprématie des ordinateurs et ayant abouti à leur interdiction pure et simple. Tous les calculs sont effectués par des "ordinateurs humains" nommés Mentats.

 

La Guilde Spaciale : en l'absence d'ordinateurs, elle a pris le contrôle des voyages spaciaux. La Guilde est un gros consommateur d'épice qui sert de carburant mental à ses navigateurs en particulier pour trouver une voie sûre dans l'espace.

 

L'épice : produite sur la planète Arrakis par les vers des sables dont elle est une sécrétion. L'épice est une sorte de drogue au multiples vertus : elle prolonge la durée de vie, renforce les défenses immunitaires, permet les voyages interstellaires de la Guilde.

 

Arrakis : nom officiel de la planète appelée également Dune. Il s'agit d'une planète entièrement désertique couverte de sable et de roches. La plupart des animaux sont de petite taille, à l'exception des vers de sable qui produisent l'épice. La planète est peuplée de fremens et appartient à l'empereur qui exploite l'épice par l'intermédiaire de la Maison Harkonnen.

 

Maison Harkonnen : maison féodale ennemie des Atréides, leurs membres sont avides et cruels.

 

Maison Atréide : ils sont présentés comme les descendants de la famille des Atrides (Agamemnon). Le héros du premier tome du cycle de Dune, Paul Atréides est issu de cette famille.

 

Bene Gesserit : ordre féminin spirituel très mystérieux qui pratique une sélection génétique dans le but de créer le Kwisatz Haderach, un homme doté de pouvoirs fabuleux. 

 

Bene Tleilax : autre ordre utilisant des pouvoirs biologiques et génétiques pour créer des clones (danseurs-visage et gholas).

 

Les Ixiens : concepteurs et fabriquants de matériels de haute technologie.

 

Les Sardaukars : soldats d'élite de l'empire.

 

Le Landsraad : organisation politique, sorte de parlement regroupant les maisons féodales composant l'empire.

 

La CHOM : Combinat des honnêtes ober marchands. C'est une sorte de marché commun où toutes les maisons de l'empire viennent échanger les marchandises produits par leurs fiefs respectifs.

 

D'autres articles seront l'occasion de présenter plus en détail l'univers de Dune et ses personnages : je consacrerai un article pour chaque tome de la saga.

 

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 14:03

 

         L’hologramme impérial venait de disparaître du centre de la salle. Après avoir éteint sa table de commande, Oued s’était retourné vers les deux Immortels qui étaient venus l’avertir qu’une violente explosion était survenue dans les sous-sols du Toledo.

         - Où l’explosion a t-elle eu lieu ?

         Le soldat le plus baraqué répondit au Commandeur :

         - Dans le secteur quatre.

         Le Commandeur n’avait aucune confiance dans les deux hommes qui s’étaient présentés devant lui. Il n’arrivait pas à savoir ce qui justifiait sa méfiance. Etaient-ce leurs mines patibulaires ? Ou bien leurs propos incroyables ? Le secteur quatre était la zone la plus sensible du Toledo. Elle était bien trop surveillée pour permettre à des terroristes d’y poser une bombe.

         - Que faisiez-vous dans la zone quatre ?

         C’était toujours le même homme qui répondait aux questions du Commandeur. Il était très calme et très sûr de lui, tandis que son compagnon muet semblait redouter quelque chose. Le second homme, sans aucun doute, était sur le qui vive.

         - Nous y travaillons, fit-il en affectant d’être étonné par la question du Commandeur.

         - Vous allez m’accompagner sur les lieux, décida Oued.

         Les trois hommes quittèrent les quartiers résidentiels du Toledo en colonne, puis empruntèrent un véhicule pour se rendre dans la zone militaire. Cette zone interdite était protégée par un champ électromagnétique invisible en forme de cloche qui était capable de désintégrer la moindre matière qui tenterait de le franchir.

         Seul un barrage de police, éclairé au milieu de la route, indiquait l’emplacement de cette barrière invisible, qui protégeait la base tant au niveau terrestre qu’aérien. Oued n’eut pas besoin de montrer son laissez-passer, les hommes de garde le reconnurent immédiatement lorsque le véhicule s’arrêta devant eux. L’un des soldats le salua :

         - Mes respects, Commandeur Suprême.

         Il ouvrit une porte invisible dans le champ magnétique, de la largeur de la route, afin de laisser passer le véhicule. La base militaire était très étendue et se composait essentiellement d’entrepôts espacés les uns des autres, faiblement éclairés et faisant office d’armureries.

         Oued dirigea son véhicule en direction du centre de la base vers lequel toutes les routes convergeaient. Il s’arrêta devant une tour grise d’une dizaine de mètres. Les armatures métalliques de cet édifice soutenaient un énorme monte-charge dont les portes s’ouvrirent à leur arrivée.

         Oued avança son véhicule sur la plate-forme du monte-charge. Les portes en ferraille se refermèrent et la voiture ainsi que ses occupants commencèrent leur descente. Un haut-parleur annonçait les étapes qu’ils franchissaient :

         - Zone un.

         Le monte-charge continuait à descendre dans les profondeurs de la terre.

         - Zone deux.

         Ces zones enfouies dans le sol étaient ultraconfidentielles. Les armements les plus perfectionnés des Immortels étaient entreposés dans les trois premières, la quatrième, plus particulière, abritait les laboratoires expérimentaux des soldats de l’Empereur.

         - Zone trois.

         Les poutres métalliques grises défilaient devant les yeux des occupants du véhicule. La descente était assez rapide mais le puits semblait être sans fin. Au bout de quelques minutes, le haut-parleur annonça finalement leur arrivée à destination :

         - Zone quatre. 

         La plate forme du monte-charge tamponna sèchement le fond du puits. Les portes en fer s’ouvrirent et le véhicule d’Oued redémarra. Il avança dans un couloir souterrain puis s’arrêta dans un parking. Les occupants descendirent du véhicule. Oued, méfiant, laissa les deux Immortels passer devant lui.

         - Je vous suis, dit-il.

         Ils traversèrent plusieurs laboratoires et finirent leur voyage dans la plus importante des salles d’expérimentation, celle où les militaires essayaient de rivaliser avec les savants dans le domaine des manipulations génétiques. Sans grand succès, tant l’avance des savants dans cette discipline était substantielle.  

L’Immortel qui monopolisait la parole s’exprima le premier en désignant la pièce :

         - C’est ici.

         Le laboratoire était impeccable, il n’y avait pas la moindre trace de destruction occasionnée par une bombe ou par un engin similaire. Oued s’énerva.

         - Je ne vois rien.

         L’Immortel sortit brusquement son laser et le braqua sur le Commandeur.

         - C’est ici que tu vas mourir.

         Il tira. Le rayon bleu toucha Oued à l’épaule gauche et le brûla jusqu’à l’os. Le commandeur se reprochait d’avoir été si facilement entraîné dans un guet-apens. N’ayant rien perdu de ses réflexes, il se cacha derrière une table de travail, avant que le deuxième Immortel, resté en arrière, n’ait eu le temps de lui tirer une salve fatale dans le dos.

         Protégé par la table, Oued dégaina à son tour son laser et visa les deux hommes restés à découvert. Il toucha en pleine tête l’un des deux Immortels, celui qui était le plus timoré et qui n’avait jamais décroché le moindre mot. Le deuxième homme, beaucoup plus rapide, s’abrita du feu qui se déchaînait sur lui en trouvant abri derrière un conteneur.

         Oued essayait de percer avec le laser de son arme le conteneur rempli de produits chimiques. Sous la chaleur du laser, le métal fondit et les produits s’enflammèrent. Oued eut juste le temps de quitter le laboratoire, avant que la caisse n’explose brutalement en soufflant tout l’intérieur de la salle.

         Après l’explosion, le Commandeur poussa la porte brûlée afin de constater l’ampleur du sinistre. Les murs du laboratoire avaient été noircis par les flammes, le mobilier avait été réduit à l’état de cendres. Les corps consumés des deux Immortels, simples squelettes calcinés, étaient méconnaissables.

         Oued estima qu’il n’était pas nécessaire de s’attarder plus longuement dans ces lieux de désolation. Il grimpa dans son véhicule et remonta vers la surface grâce au monte-charge. Les niveaux se succédaient en sens inverse.

         La brûlure à l’épaule gauche faisait terriblement souffrir le Commandeur. Il la soutenait tant bien que mal avec sa main droite pour empêcher un épanchement de sang.

Tandis qu’il regagnait la surface, Oued avait ordonné aux soldats du poste de garde de se rassembler devant l’entrée du monte-charge.

         - Surface, annonça la voix dans les haut-parleurs.

         Les portes de la tour s’ouvrirent, laissant apparaître une dizaine d’Immortels qui attendaient à l’extérieur. Oued avança sa voiture à leur niveau.

         - Que s’est-il passé, Commandeur ? Demanda le capitaine de la troupe.

         - J’ai été victime d’un attentat au niveau quatre. Je vous charge de sécuriser la zone concernée et de mener une enquête afin de retrouver d’éventuels responsables. Je veux savoir qui a commandité cette tentative d’assassinat.

         Le capitaine aperçut la blessure d’Oued à l’épaule.

         - Mais vous êtes blessé... Je vais vous conduire à l’infirmerie.

         - Je n’ai pas le temps, s’énerva Oued. Je dois rencontrer Sa Majesté au plus tôt. Pour le moment, vous avez plus important à faire. Je veux un rapport sur tout ce que vous découvrirez au niveau quatre avant le lever du soleil.

         - A vos ordres, Commandeur.

         Oued ferma la vitre de son véhicule et démarra en direction de la Cité Interdite. Il passa sans mal les différents barrages qu’il avait fait installer à l’entrée de la ville impériale, mais il fut arrêté aux abords du palais de Sa Majesté.

         Quiconque voulait y pénétrer devait justifier de son laissez-passer spécial. Oued tendit sa carte dotée du sceau impérial en cristal translucide. Il fut rapidement identifié par le rayon jaune chargé de scanner ses particularités génétiques afin de les comparer avec l’ADN mémorisé dans le laissez-passer.

         - Oued, Commandeur Suprême des Immortels, confirma un militaire. Nous avons prévenu Sa Majesté de votre arrivée imminente, Commandeur, mais celle-ci ne nous répond pas.

         Le chef des gardes s’inquiéta :

         - Ce n’est pas normal. L’Empereur n’est pas ressorti depuis le départ de la Doyenne de l’Université, il y a une heure de cela.

         - Ouvrez les portes laser, ordonna Oued.

         Les rayons rouges, désactivés par le garde, disparurent dans le mur d’enceinte de la résidence impériale. Oued, suivi de quelques Immortels, se précipita en direction du palais de Sheshonq. L’ascenseur extérieur les emmena jusqu’au sommet de l’édifice.

         Ils firent irruption dans le salon de l’Empereur dès l’ouverture des portes de l’ascenseur. Dans leur précipitation, ils se ruèrent en direction du trône de jade fracassé sur le sol en stéatite jaune et n’aperçurent pas le corps impérial étendu sur le côté, au pied de la table de contrôle.

         - Que s’est-il passé ici ? Marmonna l’un des Immortels. Les deux gardes du corps de Sa Majesté sont morts. Ils ont été tués à bout portant.

         Oued fut pris d’une curieuse sensation. Il craignait le pire. Ce n’est qu’après avoir parcouru le reste de la pièce du regard que ses craintes se confirmèrent. Il fit quelques pas en direction des appareils de commande du salon impérial.

En voyant le Commandeur Suprême s’approcher du corps de l’Empereur étendu près du poste de contrôle, les soldats comprirent à leur tour l’ampleur du problème et la gravité de la situation.

         Les hommes s’attroupaient autour du cadavre.

         - Ecartez-vous ! Rugit Oued.

         Le Commandeur tâta le pouls de l’Empereur.

         - Il est mort.

         Les gardes poussèrent un soupir. L’un d’eux s’écria :

         - Le Maître des protonyx n’est plus. Un Prince va se dresser et nous préserver des monstres à la tête de serpent.

         Les autres poursuivirent d’un ton solennel :

         - Un Prince va nous sauver.

         Oued ne s’inquiétait pas pour la succession au trône. Les humains disposaient de quelques jours avant que les protonyx ne parviennent à récupérer leur pleine liberté. Le peu d’antimatière que ces monstres étaient en mesure de créer pendant un interrègne ne l’était pas en quantité suffisante pour rompre l’équilibre cosmique.

En revanche, l’état de la bague de Sa Majesté laissait perplexe le Commandeur. La pierre sertie du bijou avait complètement fondu, témoignant d’un meurtre froidement programmé en dépit de l’apparence d’une mort naturelle.

         Si l’Empereur n’était pas mort d’une crise cardiaque, qu’est ce qui avait bien pu le tuer ? Et qui avait pu commettre un tel forfait ? Les gardes du corps ne sauraient être mis en cause étant donné que leurs implants cérébraux préservaient Sa Majesté de la moindre malveillance de leur part à son égard.

         Un fait était certain : la paranoïa de l’Empereur ne lui avait pas permis d’échapper à son destin, ainsi qu’à son mystérieux assassin. Soucieux de découvrir la vérité, Oued avait improvisé un début d’enquête en interrogeant les soldats du poste de garde :

         - Si j’ai bien compris ce que vous m’avez dit tout à l’heure, Syris est la dernière personne à avoir vu l’Empereur vivant.

         Le chef des gardes corrigea ses propos :

         - La Doyenne est insoupçonnable. L’Empereur nous a avertis qu’elle allait bientôt arriver au poste de garde alors qu’elle redescendait déjà en ascenseur.

         - Après elle, l’Empereur n’a reçu aucune visite ?

         - Non, aucune jusqu’à votre arrivée.

         Oued donna quelques ordres brefs aux gardes présents dans la pièce :

         - Inutile d’alerter tout le monde pour l’instant. Préparez le nécessaire pour exposer la dépouille impériale dans cette pièce. Je vais avertir sa famille de la triste nouvelle.

         Oued souhaitait réserver la primeur de la nouvelle à Sappho. Il possédait un avantage sur Eden et il se devait de l’utiliser à bon escient. Pour cela, il devait agir au plus vite ; Il ne lui restait plus que quelques heures pour s’emparer du pouvoir au profit de la Princesse et mettre ainsi définitivement le Proèdre échec et mat.

         Le Commandeur quitta le palais et regagna son véhicule personnel. Il traversa les jardins de la Cité Interdite et se gara en face du palais de Sappho. Les jeunes Mignonnes qui le reconnurent lui ouvrirent immédiatement la porte.

         - Je dois rencontrer votre maîtresse, exigea-t-il.

         Les jeunes filles ne l’entendaient pas ainsi.

         - La Princesse ne veut être dérangée sous aucun prétexte.

         Oued qui n’était pas d’humeur à discuter attrapa une jeune fille par le bras et la secoua violemment.

         - Je t’ai dit que je devais parler à ta maîtresse. Où se cache t-elle dans ce maudit palais ?

         La jeune fille maltraitée était terrorisée par cet homme blessé à l’épaule, dégoulinant de sueur, aux vêtements déchirés et couverts de poussière. Elle céda, quitte à subir le courroux de sa maîtresse.

         - La Princesse se repose dans la grotte en compagnie du bel Adonis.

         Oued lui libéra le bras.

         - Où se trouve cette grotte ?

         La jeune fille tendit la main en direction d’une petite porte dérobée sous le grand escalier du hall.

         - Tu longeras le couloir, puis tu emprunteras l’escalier jusqu’à la lumière bleue.

         Le Commandeur suivit les conseils de la Mignonne et s’enfonça dans le puits de lumière. Il fut surpris de découvrir cette étrange caverne dont Sappho lui avait jusqu’à présent caché l’existence.

         Il fut encore plus surpris, après avoir traversé la rivière de saphirs, de découvrir les corps de Sappho et d’Adonis enlacés sur la pelouse d’émeraudes.

Un sentiment de colère mêlé de tristesse l’étreignit. Dans sa rage, il aurait été capable de lacérer de violents coups d’épée l’insolent corps de cet adolescent qui reposait délicatement sur la femme de sa vie.

         Sappho, alertée par les pas du Commandeur sur le sol, ouvrit les yeux.

         - Que fais-tu ici, lui reprocha-t-elle.

         Il s’emporta :

         - Et toi ! Peux-tu m’expliquer ce que tu fais ici avec lui ?

         La Princesse lui fit signe de se taire.

         - Fais un peu moins de bruit, tu vas le réveiller. Tu ne m’avais pas habitué à tant d’autorité. Ma vie privée ne te concerne pas.

         Oued expira une grande bouffée d’air afin de se ressaisir.

         - J’ai une grande nouvelle à t’annoncer. Je viens d’effectuer une visite au palais de ton frère. Il est mort.

         Sappho se redressa subitement en écartant Adonis sur le côté. Le jeune homme qui dormait paisiblement ne se réveilla pas.

         - Que dis-tu ! L’univers n’a plus d’Empereur.

         - Libre à toi de gouverner. Eden est le dernier obstacle à se dresser sur ta route.

         Sappho remettait rapidement sa robe sur ses épaules.

         - Rends-toi vite chez mon neveu. Ramène-moi sa tête et je t’épouserai.

         - Le meurtre d’un Proèdre est lourd de conséquences

         - Fais en sorte que cela passe pour un tragique accident.

         - Et lui ? Demanda Oued en désignant Adonis.

         Sappho ferma les yeux, son visage respirait le bonheur.

         - Lui c’est l’Amour. Mon amour. Ses câlins sont plus doux que la soie, ses baisers me noient dans les eaux calmes d’un lac.

         Oued fit une moue de désapprobation. Le contrat que Sappho voulait lui faire passer lui déplaisait profondément. Mais il préférait attendre d’avoir épousé la future impératrice de l’univers avant de se débarrasser de son jeune et imprudent rival.

         - Les Immortels vont s’occuper du Proèdre, assura-t-il.

         La Princesse découvrit le trou dans les vêtements du Commandeur.

         - Tes vêtements sont abîmés. Et tu es blessé. Que t’est-il arrivé ?

         - Des Immortels ont essayé de me tuer dans les sous-sols du Toledo. Fait encore plus étrange, la bague de ton frère est formelle, l’Empereur a été assassiné.

         Sappho fronça les sourcils.

         - Qui, mis à part nous, peut bien avoir intérêt à tuer le Maître du Trône ?

         - C’est justement ce qui m’inquiète.

         Oued serra la taille de Sappho avec ses bras. Il regarda Adonis qui dormait toujours paisiblement.

         - Que faisons-nous de lui ?

         - Laissons-le se reposer, proposa Sappho. Je vais te soigner puis nous nous occuperons d’Eden. J’ai hâte d’être impératrice.

 

Chapitre 17                                                            Chapitre 19   

 

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 15:23

 

L'empire galactique fondé par Etran repose sur une puissante armée chargée d'assurer la soumission des milliers de planètes qui le constituent. Etant donné que l'empereur ne peut contrôler directement tout l'univers, il a institué une noblesse dont les membres, nommés sparapets, constituent des gouverneurs planétaires héréditaires. Les sparapets disposent d'une police et d'une petite armée pour contrôler les planètes dont ils ont la charge.

 

L'armée impériale est destinée à protéger l'empire galactique contre les attaques des amazones qui restent insoumises. Elle sert également à l'empereur à prévenir toute tentative de sécession qui pourrait tenter un ou plusieurs sparapets. Elle est composée de divers régiments qui sont entraînés et stationnent pour la plupart sur la planète Caranus.

 

Les troupes d'élite, nommées "Immortels", résident dans une forteresse très luxueuse sur la planète Gayanès, à quelques kilomètres de la Cité Interdite. Ces troupes, destinées à la défense de la planète impériale, constituent la garde rapprochée de l'empereur. Elle sont dirigées par un Commandeur nommé Oued.

 

Les Immortels sont au nombre d'un million : ils doivent leur nom au fait que si l'un d'entre eux vient à manquer (soldat tué, blessé, malade, etc.), il est immédiatement remplacé. Ils restent ainsi ni plus ni moins au nombre d'un million.

 

C'est l'Antiquité Perse qui m'a inspiré l'idée des Immortels : les Mélophores constituaient un groupe de 10 000 lanciers formant la garde personnelle du grand roi de Perse.

 

Melophore.JPG

 

Chaque soldat manquant était immédiatement remplacé afin qu'ils restent toujours au nombre de 10 000. Choyés par le régime, les mélophores ont impressionné les auteurs grecs par leur luxe. Créés par le grand roi de Perse Cyrus Ier au 6ème siècle avant notre ère, les mélophores on servi la dynastie Achéménide jusqu'à la conquète d'Alexandre le Grand au 4ème siècle avant notre ère.

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:20

 

L'empire galactique est divisé en deux factions qui s'opposent au sein du Grand Conseil, le parlement de l'empire : les blancs et les noirs. J'ai fait ce choix en référence au jeu d'échec qui voit s'affronter deux camps représentés par ces deux couleurs.

 

Echecs.JPG

 

Les luttes qui opposent les deux factions de l'empire dans le Mensékhar font penser à une partie d'échec : les coups sont calculés par avance et les personnages de l'histoire représentent autant de pions sur l'échiquier. Cette allusion aux échecs est souvent évoquée dans le roman, à commencer par le chapitre 12 dans lequel Adonis affronte Sappho aux échecs.

 

Les blancs sont favorisés par le pouvoir impérial depuis la fondation de l'empire. Comme ils regroupent deux castes, ils bénéficient de deux tiers des sièges au sein du Grand Conseil : un tiers pour les savant et un tiers pour les nobles.

 

Les noirs sont des militaires : ils ne possèdent qu'un tiers des sièges. Etran a voulu cette répartition pour neutraliser le pouvoir déjà considérable des militaires qui ont la force avec eux.

 

Les noirs sont dans l'opposition depuis 100 000 ans, ce qui génère de fortes tensions. Pour apaiser ces tensions, les deux factions s'opposent une fois par an au cours de la joute des couleurs. Cet affrontement sportif est sans conséquence politique, mais a le mérite de captiver les protagonistes comme dans la Rome Antique : "du pain et des jeux".

 

Au moment où commence le Mensékhar, les règles de la joute des couleurs vont être radicalement modifiées par l'empereur Sheshonq. En cas de victoire des blancs, la princesse Sappho devra s'exiler loin de la Cité Interdite, en cas de victoire des noirs, leur représentation au Grand Conseil sera doublée (ce qui aurait pour conséquence une stricte parité entre les deux factions).

 

Cette décision va bouleverser l'équilibre des forces en présence, ce qui aura pour conséquence de donner les pleins pouvoirs à Sappho et à Oued dans la deuxième partie du Mensékhar.

 

L'idée des factions et des couleurs m'a été inspirée par l'histoire de l'Empire Byzantin (330 à 1453 de notre ère). Il y avait deux factions principales et deux mineures à Constantinople : les bleus associés aux rouges et les verts associés aux blancs.

 

A l'origine, ces factions regroupaient les supporters des différentes équipes qui s'affrontaient dans les courses de char. L'hippodrome de Constantinople était l'un des principaux monuments de la capitale et les courses de char qui s'y déroulaient rythmaient la vie de la cité. Il avait une capacité d'accueil de près de 100 000 spectateurs.  

 

Le bas relief ci-dessous représente l'empereur Théodose Ier le Grand présidant les courses de l'hippodrome vers 390 de notre ère, entouré de son épouse, de ses deux fils, Arcadius et Honorius, et des dignitaires la cour : 

 

Course hippodrome Constantinople

 

Par la suite, les factions vont représenter les oppositions politiques et religieuses de l'Empire Byzantin qui, compte tenu de la complexité de l'esprit byzantin (d'où l'expression "querelles byzantines"), étaient innombrables.

 

Les verts regroupaient les artisans et commerçants d'origine modeste et soutenaient les concepts religieux orientaux comme le monophysisme. Les bleus, plutôt romains et patriciens soutenaient l'orthodoxie religieuse des conciles. Chacune des factions avait sa tribune dans l'hippodrome.

 

Les factions s'organisaient en véritables milices et pouvaient parfois s'opposer physiquement. Ces tensions entre factions furent à l'origine de nombreuses révoltes dont les plus célèbres furent :

- la révolte contre Anastase en 512

- la sédition Nika contre Justinien en 532 qui ébranla l'empire : la basilique Sainte Sophie, le sénat et le palais impérial incendiés brûlèrent pendant trois jours. La détermination de l'impératrice Théodora sauva le trône et l'insurrection se termina dans un bain de sang (au moins 30 000 personnes furent massacrées dans l'hippodrome).

 

Cette mosaïque de la basilique San Vitale de Ravenne représente l'impératrice Théodora qui présente une offrande :

 

Theodora-imperatrice.jpg 

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 16:18

 

Les 4 premiers chapitres ont été résumés dans l'article du 1er septembre 2010 intitulé "Partie 1 : le Maître du Trône".

 

Le passage du chapitre 16 au chapitre 17 marque un tournant de l'histoire, l'action va s'intensifier, la princesse Sappho va se "perdre" en consommant son amour pour le bel Adonis. Le meurtre de l'empereur va déclencher une lutte pour le contrôle de l'empire galactique.

 

Je vais résumer succintement les chapitres 5 à 17 avant de terminer la première partie du Mensékahr : bien sûr, si vous souhaiter lire ces chapitres, il vaut mieux que vous ne lisiez pas la suite de cet article, sans quoi l'intrigue vous sera dévoilée dans ses grandes lignes.

 

Chapitre 5 : sur Okara, la Doyenne de l'Université galactique accède aux pensées de l'empereur et apprend ainsi qu'il a eu un fils illégitime avec la reine des amazones. Elle découvre que Adonis est ce fils et projette de le faire assassiner pour empêcher le Mensékhar (la naissance de deux héritiers mâles doit provoquer la destruction de l'univers selon une vieille légende attribuée au Premier Empereur).

 

Chapitre 6 : sur Gayanès la princesse Sappho fait un pacte avec Oued le commandeur des militaires en vue de s'emparer du trône impérial. Après cela, Sappho accueille Adonis qui arrive de la Planète-Mère : elle s'éprend du jeune homme.

 

Chapitre 7 : Wacé arrive sur Gayanès et livre secrètement de la pélanine au prince Eden. Les deux hommes espèrent utiliser cette drogue pour éliminer Oued. Après cette entrevue, Wacé reçoit un message de la doyenne de l'Université qui lui ordonne de se débarasser d'Adonis. Wacé projette de sacrifier Eden plutôt que Adonis qui est son ami.

 

Chapitre 8 : sur Gayanès, Sappho découvre que Adonis porte un pendentif appartenant à la famille impériale. Elle s'interroge sur les origines du jeune homme.

 

Chapitre 9 : sur Gayanès, Adonis est choisi par Sappho pour représenter les noirs (partisans des militaires) à la joute des couleurs. Si Adonis gagne, la représentation des députés noirs au grand conseil sera doublée, s'il perd Sappho devra s'exiler loin de la Cité Interdite.

 

Chapitre 10 : sur Gayanès, Wacé et Eden proposent à trois militaires drogués à la pélanine de tuer Oued pour payer leurs doses. Les soldats accepten cette mission à haut risque de mauvaise grâce.

 

Chapitre 11 : sur Gayanès, l'empereur Sheshonq apprend à son fils Eden qu'il l'a choisi pour représenter les blancs (partisans des nobles et des savants) à la joute des couleurs. Elia met en garde Eden contre les risques qu'il encourt en affrontant Adonis. Elle est aussitôt répudiée.

 

Chapitre 12 : sur Gayanès, Oued affronte Adonis pour tester la vaillance du jeune homme. Adonis l'emporte contre le commandeur. Sappho est persuadée que Adonis l'emportera contre Eden à la joute des couleurs.

 

Chapitre 13 : sur Gayanès, la joute des couleurs qui oppose Eden et Adonis se termine par un match nul, ce qui ne satisfait aucun des deux camps.

 

Chapitre 14 Chapitre 14 : sur Gayanès, Adonis retrouve Eden dans son palais après la joute des couleurs. Adonis apprend la décorporation à Eden.

 

Chapitre 15 : sur Gayanès, entrevue entre Sheshonq, le maître de l'empire galactique et Syris, la doyenne de l'université. Sheshonq accepte de faire enlever son fils pour le livrer aux savants dans l'espoir de s'approprier son corps.

 

Chapitre 16 : sur Gayanès, Adonis cède aux avances de la princesse Sappho.

 

Chapitre 17 : sur Gayanès, enfermé dans son palais entouré de soldats, l'empereur de l'univers est victime d'un meurtre froid et planifié.

 

Les chapitres 18 et 19 se dérouleront encore sur la planète Gayanès avant de passer à la partie 2 du roman et de changer radicalement de décor. Le second livre du mensékhar se déroulera pour l'essentiel sur Phylis, la planète gouvernée par le sparapet Wacé.

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 13:09

 

         - Comme tu voudras, concéda l’Empereur.

         La sphère de contrôle contenant l’hologramme d’Oued s’éteignit et laissa place à un long silence. L’Empereur alla se rasseoir sur son trône de jade. Il se concentrait dans une méditation existentielle lorsque la pierre de sa bague s’illumina, le prévenant de sa mort imminente.

         Irz’gune, invisible, flottant dans les airs, se félicitait de s’être dématérialisé afin de percer les défenses de la Cité Interdite. Il avait été averti en songe qu’Eden allait être enlevé par les Immortels et livré aux savants de l’Apanama, anéantissant par la même occasion tous les projets des sages de la Planète-Mère.

         Irz’gune ne pouvait pas permettre à Syris de détruire le précieux esprit d’Eden. L’Empereur devenait trop dangereux, il était temps de le mettre définitivement hors jeu avant qu’il ne puisse commanditer à Oued l’enlèvement de son propre fils.

         La bague détectait les pulsions meurtrières d’Irz’gune, alarmant un Empereur naturellement paranoïaque. Ses mains se crispaient sur les accoudoirs de jade, sa tête faisait un mouvement de va et vient pour essayer de détecter la moindre anomalie tout autour de lui.

         La bague entrait en fusion. L’esprit d’Irz’gune l’avait déjà déclenchée les premières fois où il s’était attaqué à l’Empereur, mais la réaction du bijou avait alors été presque imperceptible, le sage n’ayant pas eu jusqu’alors d’intentions meurtrières.

         Cette fois-ci, l’Empereur sentait sa mort approcher. Mais ce qui le troublait le plus c’était qu’il ne savait pas comment ni par qui il allait être tué. La pièce était vide de toute présence humaine.

         Irz’gune devait agir très vite. Avant de s’en prendre à l’Empereur de tout l’univers, il avait décidé de neutraliser les fidèles gardes du corps de Sa Majesté. L’ectoplasme du sage se miniaturisa afin de pénétrer à travers le cuir chevelu du premier garde. La mince pellicule de peau traversée, il pénétra ensuite dans la boîte crânienne puis s’infiltra au cœur du cerveau du soldat.

         L’homme ne devait pas être très intelligent, mais les synapses de son cerveau témoignaient tout de même d’une activité cérébrale minimale. Irz’gune louvoyait entre les impulsions électriques générées par les neurones en activité.

L’implant cérébral venait d’apparaître devant le sage, relié à des myriades de synapses. Grâce à cet appareil, le garde était incapable de se révolter ou même de manifester la moindre animosité envers l’Empereur. Sa fidélité était sans faille.

         Irz’gune souhaitait prendre le contrôle de l’implant, tout en sachant pertinemment qu’il ne parviendrait jamais à retourner l’homme contre son maître. La puce était pratiquement inviolable et Irz’gune n’avait pas le temps d’en décrypter le mécanisme de sécurité.

         Peu importe, le sage avait un autre dessein pour détourner l’implant de son usage. Après tout, il protégeait l’Empereur de ses gardes du corps, mais il n’était pas destiné à protéger les soldats contre eux-mêmes. L’ectoplasme d’Irz’gune se connecta aux composants électroniques de la puce pour en prendre partiellement le contrôle.

         Les informations émises par le corps translucide d’Irz’gune étaient transmises par le canal de l’implant aux cellules du cerveau de l’Immortel. Le soldat, resté jusqu’à présent silencieux aux côtés de l’Empereur, dégaina son laser. Sans attendre, il visa son collègue qui se tenait de l’autre côté de Sa Majesté et tira une salve bleutée. Le rayon laser frôla le visage de l’Empereur et carbonisa entièrement la tête du second garde du corps.

         En voyant la masse noire, informe et fumante, l’Empereur eut un mouvement de recul. L’odeur de chair brûlée se dissémina au moment ou le corps du malheureux s’écroula sur le dallage en stéatite jaune.

         Aussitôt, le garde du corps survivant, tel un zombi, retourna son arme contre lui. Tandis que le jet lumineux bleuté se rapprochait de la tête à la vitesse de la lumière, l’ectoplasme d’Irz’gune émergea du cerveau à la vitesse de la pensée.

         Juste à temps, une fraction de seconde avant l’impact fatal. La tête du soldat s’éclaira aussitôt d’une auréole bleutée avant de se transformer en une horrible boule carbonisée. L’Immortel défiguré lâcha son laser avant de s’écrouler à son tour raide mort aux pieds de l’Empereur.

         Les mains du souverain malaxèrent nerveusement sa longue cape noire qui tombait jusqu’au sol. Le Maître des Protonyx était terrorisé. Sa bague sondeuse de pensées grésillait et émettait une lumière intense. La pierre ressemblait à de la lave en fusion, rougeâtre et translucide.

         L’ectoplasme d’Irz’gune se métamorphosa en un fil très fin et s’engouffra dans une des narines de l’Empereur. L’esprit du sage traversa la chair, une sorte de mur jaunâtre et globuleux, et s’infiltra dans les vaisseaux sanguins. Irz’gune s’ingéniait à les faire exploser les uns après les autres par la force de son mental matérialisé, provoquant ainsi de petites hémorragies internes sous le derme du souverain. Il se déplaçait le plus rapidement possible dans le corps, détruisant sur son passage tous les tissus et toutes les artères qu’il rencontrait.

         Sheshonq, en proie à des nausées, eut un bref étourdissement. Il se leva pour appeler de l’aide, mais bascula et se rattrapa en s’agrippant désespérément à son trône. La chaise de jade, déséquilibrée, glissa de son piédestal et se brisa sur le sol en stéatite.

         Irz’gune remontait les vaisseaux sanguins en direction du coeur.

         L’Empereur, à quatre pattes sur le dallage jaune, tenta de se redresser en s’aidant de ses mains. Les maux d’estomac étaient insupportables et l’obligeaient à se tordre en deux de douleur. Sa bouche cracha un caillot de sang noir.

         L’ectoplasme d’Irz’gune approchait du coeur.

         L’Empereur parvint à se redresser sur ses deux pieds et se traîna en boitant jusqu’à sa table de contrôle.

         Il ne fallait pas qu’il puisse avertir ses gardes avant de mourir. Il ne fallait pas que l’on découvre son corps avant qu’Adonis ait eu le temps de faire quitter la Cité Interdite à Eden.

         Irz’gune pénétra dans le coeur, perforant l’oreillette puis le ventricule. Sous la violence du choc, la pompe sanguine explosa.

         Foudroyé, l’Empereur tournoya au milieu de la pièce dans une dernière danse morbide et s’effondra sur le sol aux reflets brillants avant d’avoir eu le temps de prévenir ses gardiens. Il gisait sur le dos, la bouche et les yeux ouverts, figés dans une expression de terreur.

         La pierre de la bague avait fondu sur son châssis puis avait dégouliné en coulée de lave sur le doigt.

         Irz’gune sortit du corps de sa victime et contempla son oeuvre avec satisfaction. Le Maître des protonyx était mort. Les deux proèdres étaient dépossédés de leur pouvoir par la malédiction d’Etran. Seule Sappho pouvait désormais encore arrêter les protonyx. Le Mensékhar était inéluctable.

         Les visions prescientes d’Irz’gune et des autres sages s’interrompaient d’ailleurs avec la mort de l’Empereur, preuve que celle-ci préfigurait le Mensékhar. L’avenir était désormais imprévisible.

         L’ectoplasme d’Irz’gune s’arracha de la coupole du palais de l’Empereur et se promena au-dessus de la Cité Interdite, faiblement illuminée dans la nuit.

         La pleine lune se reflétait sur les parois vitrées du palais de la Princesse Sappho. Irz’gune aurait bien voulu contacter Adonis pour l’avertir du décès de l’Empereur et lui permettre de tenir Eden hors de portée de la Princesse. Mais c’était impossible. Le palais, partie intégrante et vivante de Sappho, aurait immédiatement prévenu la Princesse de l’intrusion de l’ectoplasme d’Irz’gune au cœur de la demeure.

         Sa mission accomplie, le sage ne souhaitait d’ailleurs pas s’attarder plus longuement sur Gayanès. Ses congénères l’attendaient avec impatience sur la Planète-Mère pour entendre le récit circonstancié de sa mission.

         Il fit un dernier tour du palais de Sappho avant de s’élancer vers le ciel étoilé. Après avoir effleuré la plus grosse des lunes, il contourna à bonne distance le soleil de la planète impériale. Au sortir du système solaire de Gayanès, Irz’gune emprunta une porte spatio-temporelle pour abréger son voyage.

         Le vieux sage se déplaçait à vive allure dans un tunnel aux parois lumineuses qui sillonnait les dimensions temporelles de l’univers. L’espace et le temps se contractaient dans un interminable boyau sinueux éclairé d’un dégradé de couleurs hypnotiques. Irz’gune était habitué à emprunter ces passerelles spatio-temporelles qui permettaient aux ectoplasmes et aux vaisseaux spatiaux de traverser les galaxies en l’espace de quelques dizaines de secondes.

         Un phénomène inconnu ponctua cependant son déplacement à travers les multiples dimensions de l’univers. Le dégradé de couleurs laissait à présent la place à des images grandeur nature de la planète Iadès.

         Le vieux sage supposait qu’il devait passer tout prêt de la planète rouge et qu’une déchirure de l’espace temps devait lui permettre de visualiser la surface rougeâtre d’Iadès tandis qu’il poursuivait sa course effrénée en direction de la Planète-Mère.

         Les protonyx poussaient des cris stridents, comme s’ils voulaient manifester leur puissance retrouvée à la suite du décès de l’Empereur. Certains d’entre eux, les mâles, émettaient déjà des bulles d’antimatière. Ces bulles transparentes, un peu opaques, se disloquaient au sortir de l’atmosphère d’Iadès, dispersant de l’antimatière sous la forme d’étincelles très lumineuses.

         Le message transmis par la vision d’Irz’gune était extrêmement clair. Seul un nouvel empereur pouvait désormais contrecarrer la puissance destructrice des protonyx.

         Une impitoyable lutte pour le pouvoir allait désormais s’engager sur Gayanès. Irz’gune espérait qu’Adonis parviendrait à gagner cette course contre la montre en déjouant les pièges de la princesse Sappho, en protégeant Eden et en l’amenant sain et sauf sur la Planète-Mère.

         Tandis que la vision des protonyx s’estompait au fur et à mesure qu’Irz’gune s’éloignait du système solaire d’Iadès, les parois circulaires de la passerelle spatio-temporelle retrouvaient leur dégradé de couleurs diffuses.

         A la sortie du tunnel, la lumière vira à un blanc aveuglant qui brouilla tous les points de repère du sage.

         Irz’gune venait de ressortir du trou de ver, à l’autre extrémité de l’univers, et se rapprochait de la Planète-Mère en voyageant à la vitesse de la lumière. Il n’eut aucun problème à la reconnaître parmi les autres planètes désertiques de son système solaire.

         Elle lui faisait face, dominée par le bleu de ses océans et enveloppée d’une légère robe de nuages blancs. Irz’gune survola les mers et les continents, traversant les fuseaux horaires. La nuit tombait au fur et à mesure qu’il se rapprochait de la forêt des Cèdres.

         Les sages arrivaient de tous les horizons à travers la sombre forêt pour converger en direction de la montagne de la bibliothèque. Ils tenaient chacun dans leur main un morceau de pierre lumineux, un cristal fluorescent que l’on trouvait à l’état naturel sur Okara.

         La lumière des cristaux balisait les processions dans la forêt. Irz’gune dépassa ses congénères pour réintégrer son corps qu’il avait abandonné au-dessus de la porte de la bibliothèque. Des centaines de sages se tenaient déjà à ses pieds, attendant son retour de Gayanès. Il les avertit en levant ses mains vers les cieux.

         - Mes frères, l’heure du Mensékhar a enfin sonné, dit-il calmement.

         Les sages levèrent leurs mains qui portaient la lumière diaphane des cristaux en direction d’Irz’gune et l’acclamèrent :

         - Heureux sois-tu, Irz’gune, toi qui accomplis la volonté d’Etran.

         Le sage leur répondit :

         - Nous devons nous préparer à accueillir le Mensékhar. Lorsque Adonis nous amènera Eden, nous renaîtrons alors dans un nouvel Age d’Or. Et la prophétie d’Etran se réalisera.

         La foule des sages cria l’hymne d’admiration :

         - Le Mensékhar ouvrira la porte vers un nouveau monde.

         Cette phrase prononcée par le Premier Empereur avant de mourir était devenue la devise des sages de la Planète-Mère. Dégoûtés de l’univers décadent dans lequel ils vivaient, ils n’avaient cessé d’espérer la venue du Mensékhar qui préfigurerait selon eux la venue d’un monde meilleur.

         Irz’gune exhorta ses compagnons :

         - Quittons nos corps tous ensembles afin de nous préparer au Mensékhar.

         Les sages obéirent à leur chef et quittèrent leurs corps simultanément. Des milliers d’ectoplasmes translucides s’échappaient des corps présents dans la forêt des Cèdres, puis accéléraient leur vitesse de déplacement pour entamer une danse de lumière. Le ciel de la Planète-Mère, traversé par des éclairs furtifs, s’illuminait d’un véritable feu d’artifice.

         Irz’gune aurait voulu que cet instant d’éternité ne cesse jamais. Il se sentait libéré de la matière, de la chair qui enchaînait son esprit. L’esprit ne pouvait s’échapper que temporairement du corps. Et si le corps devait mourir, l’esprit, dépourvu d’enveloppe charnelle, était condamné à disparaître avec lui.

         Le Mensékhar détruirait la matière honnie par les sages, offrant ainsi à l’esprit une occasion de s’en extraire définitivement. Mais il fallait trouver un nouvel habitacle pour héberger l’esprit qui se retrouverait alors orphelin de son enveloppe charnelle. L’esprit d’Eden était ce havre de paix dans lequel les sages fondaient tous leurs espoirs.

         Irz’gune mit fin à la fête en battant le rappel. Chaque sage réintégra immédiatement son corps. Le ciel, illuminé un court instant, redevint complètement noir.

         - Mes frères, fit Irz’gune, vous venez de vivre un avant goût de l’Age d’Or qui nous sera apporté par le Mensékhar.

         - Nous sommes prêts à revivre dans le Paradis, répondirent les sages en chœur.

         Irz’gune y était prêt lui aussi. Il n’avait plus qu’à attendre et à espérer. Attendre Eden, et espérer qu’Adonis réussisse à le protéger de leurs ennemis. Sans quoi leurs rêves s’évanouiraient à tout jamais.

         Les sages, s’ils parvenaient à soustraire Eden de l’emprise de Sappho, devaient s’attendre à des représailles. Irz’gune voulait que ses congénères aient conscience du danger représenté.

         - Soyez prêts à nous défendre contre les ennemis d’Eden.

         - Nous nous tenons prêts, promirent-ils.

         Irz’gune était rassuré. Il avait échafaudé son plan depuis des années, depuis le jour où la reine Adwa lui avait remis ce fils caché qu’elle avait eu de l’Empereur Sheshonq. Pour l’instant, son plan se réalisait à merveille.

         Il ne voyait pas de raison pour que cela ne continue pas ainsi.

 

Chapitre 16                                                            Chapitre 18  

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 16:27

        

         Adonis avait passé la nuit et la majeure partie de la journée qui avait suivi la Joute des Couleurs en compagnie d’Eden dans son somptueux palais aux centaines de terrasses enchevêtrées d’autant de tourelles. Cet intermède avait été nécessaire pour lui permettre de se remettre de l’étonnante expérience qui lui avait été donnée de vivre au cœur de l’ectoplasme du Proèdre.

         Il ne lui avait jamais été donné de ressentir une telle ivresse de vie. En traversant le mince voile blanc translucide aux traits et à la forme du corps d’Eden, Adonis avait changé de dimension, de monde et peut-être même d’univers.

         Une intense volupté s’était emparée de ses cinq sens réunis, tandis qu’il montait vers des cieux infinis. Des milliards de couleurs s’offraient à ses yeux éblouis pour former des figures géométriques originales. Chaque couleur était associée à un parfum subtil, à un goût particulier, à une sensation tactile, ainsi qu’à une musique aux sonorités des plus mélodieuses.

         Une seule pensée était parvenue à son esprit telle une simple évidence : il venait d’accéder au saint des saints, à la demeure des dieux, en un seul mot, au Paradis. Irz’gune avait raison. Eden méritait bien de porter le prénom qui lui avait été donné le jour de sa naissance.

         A l’instant précis où Adonis avait atteint le cœur de ce mirage, il lui sembla qu’il était arrivé au terme d’une expérience mystique indéfinissable. Son corps éthéré avait plongé à travers le temps et l’espace, transcendant les dimensions de l’univers matériel. Adonis perdait tous ses repères et pourtant il ne ressentait pas la moindre inquiétude. La présence bienveillante d’Eden le guidait dans cet univers inconnu.

         L’avenir, sous forme d’images fugaces, se dévoilait. Adonis vit l’Empereur de tout l’univers périr de mort violente. Le jeune homme était persuadé que ses visions étaient prémonitoires et qu’elles n’aillaient pas tarder à se réaliser. Sans nul doute, Eden était capable de prescience, tout comme les sages de la Planète-Mère.

         Tandis qu’il se laissait submerger par l’esprit du Proèdre, Adonis perdit toute volonté. Sa conscience même semblait se dissoudre dans un horizon de lumière infinie. Le jeune homme sentait que les cellules de son ectoplasme commençaient à se disperser dans un incommensurable océan de pensées structurées.

         Une voix aimable, aux sonorités harmonieuses, l’interpella subitement :

         - Reviens à toi Adonis.

         C’était Eden qui venait à sa rencontre afin de l’empêcher de succomber au plaisir de mourir dans une volupté absolue. D’un ultime effort, Adonis émergea de l’ectoplasme du Proèdre. Il souffrit comme s’il venait d’être violemment arraché d’un profond sommeil paradoxal. C’était comme si son corps physique s’était disloqué de toutes parts.

         Les deux ectoplasmes se séparèrent dans une violente explosion d’énergie. Adonis ne revenait pas de l’effort considérable qu’il avait dû déployer pour récupérer son intégrité. Il avait été à deux doigts de perdre toute volonté et de laisser son esprit se faire littéralement submerger par celui d’Eden.

         Un spectacle des plus étranges déconcerta un peu plus Adonis au sortir de son illumination. L’ectoplasme d’Eden se multipliait sans fin en se dédoublant par paires. Chaque sosie du Proèdre ainsi créé possédait une existence propre. Ces ectoplasmes jumeaux agissaient et se déployaient indépendamment les uns des autres.

         Telles des poupées russes, les différentes images d’Eden s’emboîtèrent les unes dans les autres pour ne constituer plus qu’un seul spectre. Le Proèdre s’émerveillait des prodiges qu’il lui avait été donné d’accomplir. 

         - Tu as vu, Adonis ? C’est tout bonnement incroyable. Je ne sais pas comment je fais, mais je peux multiplier mon esprit à l’infini. Je peux être ici et partout ailleurs en même temps.

         Adonis avait partagé l’enthousiasme de l’héritier du trône. Une complicité était née entre les deux garçons. Eden, en dépit de ses nouveaux pouvoirs, ne s’enflait pas d’orgueil. Bien au contraire, il était même venu à la rescousse d’Adonis lorsque ce dernier n’était pas parvenu à émerger de son ectoplasme.

         Adonis avait été étonné de découvrir qu’il ressentait de l’affection pour le Proèdre. A priori, tout séparait les deux jeunes hommes et pourtant, ils éprouvaient l’un pour l’autre une profonde estime. L’expérience unique qu’ils venaient de vivre en se décorporant avait permis à leurs esprits de fusionner pendant une fraction de seconde. Une fraction de seconde qui leur avait paru durer une éternité.

Adonis ne s’était jamais senti aussi proche et aussi complémentaire d’une tierce personne de toute sa vie. Il se réjouissait d’avoir trouvé un alter ego en Eden, un être qui semblait si différent de lui et pourtant si semblable.

         Forts de leur amitié naissante, les deux jeunes hommes avaient discuté tout au long de la nuit qui avait suivi leur décorporation. Ils avaient encore partagé un bref moment de complicité le lendemain matin, puis s’étaient séparés en milieu d’après-midi après avoir déjeuné en compagnie de quelques fils de nobles.

         Adonis avait réussi à convaincre Eden qu’il devait regagner la suite de Sappho. Il en allait de leur intérêt commun. La Princesse ne devait absolument pas soupçonner la moindre connivence entre les deux protagonistes de la Joute des Couleurs.

         Adonis avait eu la mauvaise surprise de découvrir un nouveau palais dont la structure et les formes avaient été modelées une fois de plus au gré des fantasmes de Sappho. Il avait erré dans le dédale des longues galeries exubérantes de la demeure de la princesse à la recherche désespérée de sa chambre. La morphologie du palais avait complètement changé depuis la Joute des Couleurs et l’adolescent ne reconnaissait plus la plupart des couloirs.

         Pour le malheur du jeune homme, la demeure était désertique.

         Adonis n’était pas parvenu à percer le secret de la Princesse. Comment faisait-elle pour modifier son palais à volonté ? En l’espace d’une journée l’édifice s’était transformé en une sphère gigantesque, dont substance des parois avait muté d’un blanc poreux à une substance crémeuse très souple.

         Adonis entrevit la silhouette silencieuse d’une Mignonne de Sappho qui venait de disparaître au détour d’un couloir. Il courut après la chevelure brune qui menaçait de s’évanouir dans le dédale des salles du palais. La jeune fille se retourna en entendant les pas pressés d’Adonis dans son dos. Elle lui adressa un bref sourire.

         - Je vous ai cherché toute la journée, expliqua-t-elle. La Princesse Sappho désire vous rencontrer.

         - Où puis-je la voir ?

         - Elle se repose dans la grotte. Je vais vous y accompagner.

         Adonis n’avait encore jamais entendu parler de cette grotte. Il suivit la jeune fille à travers une succession de couloirs et d’escaliers. Arrivés au rez-de-chaussée, ils empruntèrent un passage taillé dans le roc dont la structure était parfaitement indépendante du reste du bâtiment.

         L’escalier s’enfonçait en tournant le long des parois d’un puits creusé dans la roche. Il était éclairé par une lueur intense projetée du fond de la cavité. Cette lumière bleutée était douce et chaude; la condensation qu’elle provoquait au contact des pierres froides suintait sur les parois rocheuses.

         Au fond du puits, l’escalier se terminait par une ouverture taillée dans la paroi d’où jaillissait la lumière. Bien qu’intense, elle n’était pas aveuglante.

         S’il ne s’était pas enfoncé dans un puits d’une centaine de mètres de profondeur, Adonis n’aurait jamais imaginé qu’il pénétrait maintenant dans une gigantesque grotte, creusée au sein des entrailles de la terre.

         La voûte de roc était couverte d’une colonie de lucioles microscopiques. Ces petits insectes étaient à l’origine de la lumière émise par la voûte de la grotte. Ils recouvraient entièrement les parois jusqu’à hauteur du sol, leur donnant une apparence bleue et lumineuse comme un ciel d’été.

         Le reste de la grotte n’était pas moins féerique. Le sol était tapissé d’une pelouse d’émeraudes pilées. Au milieu de cette plaine coulait une rivière de saphirs. Le contraste des couleurs était accentué par une forêt d’automne dont les arbres pétrifiés avaient été couverts de feuilles en verre coloré, jaune, rouge et marron.

         Adonis, qui avait déjà été choqué par le luxe insolent déployé dans la Cité Interdite tandis qu’une majeure partie de la population de l’Empire était plongée dans une misère absolue, se révolta intérieurement contre cet étalage outrancier de richesses.

         La beauté de la caverne l’emporta cependant sur sa rage. Il n’avait jamais rien vu d’aussi somptueux. Ce paysage reprenait toutes les merveilles de la nature et les amplifiait magnifiquement. Des effluves printaniers artificiels parvenaient même à ses narines émoustillées.

         Adonis longea la rivière de saphirs à la suite de la jeune fille qui l’accompagnait. Ils passèrent sur l’autre rive en empruntant un pont en pierres.

         Les Mignonnes de Sappho formaient une farandole autour d’un gigantesque arbre planté au sommet d’une colline. La Princesse était assise au pied de l’arbre, recroquevillée sur elle-même, les jambes ramenées sous le menton.

         Lorsque Adonis et sa compagne arrivèrent à hauteur de l’arbre, les jeunes filles venaient de cesser leur festival champêtre. L’une d’entre elles se désespérait :

         - Que pouvons-nous donc bien faire pour te dérider un peu, Princesse. Nous avons tout essayé et nous déplorons de te voir avec cette mine si triste.

         La Princesse d’habitude radieuse était en effet morne, traversée par une profonde mélancolie.

         - Je vous remercie pour votre attention, mais vous ne pouvez rien faire pour moi, si ce n’est me laisser seule.

         Sappho n’eut conscience de la présence d’Adonis qu’à l’instant où ses Mignonnes, attirées par la curiosité, se tournèrent de concert en la direction du jeune homme.

         Un immense sourire parcourut d’un trait son visage délicat et en chassa l’expression de tristesse.

         - Je t’ai cherché toute la journée, Adonis. Où étais-tu donc passé ?

         La question embarrassa le jeune homme. L’éducation qui lui avait été dispensée par les sages de la Planète-Mère lui interdisait de mentir. Mais Sappho aurait considéré comme une trahison la visite qu’il avait rendue à Eden. Il répondit le plus vaguement possible, ne dévoilant qu’une parcelle de son emploi du temps :

         - J’étais invité à déjeuner chez le sparapet Wacé.

         Il s’était bien gardé de préciser qu’il s’y était rendu en compagnie d’Eden et qu’il avait passé la soirée et la nuit précédente chez le Proèdre. A son plus grand soulagement, Sappho se contenta de cette réponse évasive.

         Elle se leva et congédia ses suivantes :

         - Je souhaite me promener seule avec Adonis. Remontez toutes au palais.

         Les Mignonnes obéirent en grommelant puis se dispersèrent. Adonis ne s’était pas entretenu en privé avec Sappho depuis la Joute des Couleurs. S’attendant à entendre des reproches de la part de la Princesse à propos de l’issue du combat, il décida de prendre les devants :

         - J’ai dû vous décevoir à la joute. Vous fondiez de grands espoirs dans ma victoire.

         Sappho le prit par le bras et l’invita à marcher à ses côtés. Elle emmena ainsi l’adolescent vers le fond de la caverne, à l’opposé du puits d’entrée.

         La Princesse n’était nullement courroucée par la défaite de son favori.

         - Tu as très bien combattu Adonis et je suis fière de toi. Pour moi, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, tu as gagné ce tournoi.

         - L’Empereur a pourtant déclaré le match nul.

         - Mon frère a déclaré ce qui l’arrangeait. Il rabaisse ainsi les Blancs qu’il jugeait trop puissants au sein du Grand Conseil et, en m’exilant, il se débarrasse de la seule opposition à son pouvoir. Depuis notre enfance, il a toujours manifesté la crainte que je ne le remplace un jour sur le Trône d’Etran. Il est persuadé que je suis la personne qui cherchera à l’assassiner.

         Adonis et Sappho s’assirent sur la pelouse d’émeraudes à côté d’un champ de jonquilles en verre coloré. Le jeune homme cherchait des paroles réconfortantes.

         - Vous ne devez pas vous laisser abattre, Princesse. Cet exil ne saurait être que temporaire.

         Sappho s’allongea sur le tapis d’émeraudes et fixa le plafond bleu de la grotte. Cela la détendait.

         - Je ne m’inquiète pas pour cet exil, confia-t-elle. Ma mélancolie à des origines beaucoup plus profondes. Ton absence prolongée m’a permis de prendre conscience de mon attachement à ton égard. Je me suis habituée à ta présence à mes côtés et je me languis quand tu es loin de moi.

         Adonis, qui s’était légèrement penché pour écouter les paroles de la Princesse, eut un réflexe de recul mais il ne fut pas assez rapide. Sappho l’attrapa par la nuque et l’attira contre elle. Elle l’embrassa sur les lèvres, communiquant au jeune homme l’ardente passion qu’il lui inspirait.

         Adonis ressentit de la culpabilité mais ne se débattit pas. Il goûtait à ce fruit interdit qui avait la saveur de l'ivresse. Les lèvres et la langue de Sappho caressaient les siennes, véritable appel au plaisir. Le jeune homme céda, détendit sa bouche crispée qui résistait passivement, et embrassa à son tour les lèvres de la Princesse.

         Il avait réagi machinalement, n’obéissant qu’à ses sens excités. Mais lorsque Sappho le poussa sur la pelouse d’émeraudes et commença à le déshabiller, il se braqua, ressentant le geste de la Princesse comme une agression. Elle voulait l’entraîner là où il n’était pas encore disposé à aller.

         - Je ne peux pas vivre sans toi, Adonis, dit-elle en déboutonnant le haut de la tenue du jeune homme. Lorsque tu es loin de moi, je te désire avec encore plus ardeur.

         Le jeune homme se dégagea de cette étreinte passionnée et se redressa pour faire face à la Princesse qui était restée allongée sur le sol. Elle avait fait glisser sa robe en soie et était complètement dénudée.

         Elle s’étira sur le sol d’émeraudes, fit onduler son bassin, puis ses bras dans le sens inverse du bas de son corps. Adonis était prostré, paralysé devant une situation qu’il ne maîtrisait pas. Son esprit s’imprégnait de désirs ardents.

         - As-tu déjà ouvert ton coeur à une jeune fille ?

         - Non.

         - Pas même sur Okara ?

         - Les seules filles que les étudiants peuvent rencontrer sur la planète de l’université sont des prostituées.

         - Tu ne dois pas avoir honte de ressentir du plaisir. Laisse toi aller et abandonne toi complètement à tes sens.

Le jeune homme était trop timoré pour prendre des initiatives. Sappho se releva et lui fit face. Elle passa sa main gauche dans le dos d’Adonis, posa sa tête sur son épaule et caressa son torse de sa main libre.

         Adonis apprécia le contact de la main douce de Sappho qui balayait minutieusement son torse avec ses doigts. Il empoigna la cuisse ferme de la Princesse et remonta sa main jusqu’aux fesses.

         Sappho cessa de caresser la poitrine d’Adonis pour dégrafer le pantalon du jeune homme. L’étoffe bleutée de la tunique qu’Eden lui avait offerte tomba sur les pieds d’Adonis, découvrant un corps nu parfaitement équilibré.

         Le jeune homme, gêné dans sa nudité face à Sappho, se rétracta. Il s’écarta de la Princesse, rougissant du spectacle qu’il lui offrait bien malgré lui.

         - Je suis un novice, je n’ai jamais eu de relation avec une femme, rappela-t-il.

         Il était intimidé par cette femme expérimentée, perpétuellement entourée de ses innombrables conquêtes féminines. Sappho le serra contre sa poitrine et lui posa une bise sur le front.

         - Tu es adorable, lui avoua-t-elle pour le rassurer. Je ne suis pas plus expérimentée que toi dans notre relation. Ignores-tu que je n’ai jamais fait une seule fois l’amour avec un homme ?

         La convoitise de Sappho se concentrait sur le sexe du jeune homme. Elle s’abaissa jusqu’aux parties génitales qui l’intriguaient tant et suça délicatement le prépuce. La verge se tendit doucement, la bouche de Sappho se retira progressivement.

         Adonis s’accroupit à hauteur de Sappho puis fit glisser leurs deux corps sur le tapis d’émeraudes. Il était en admiration devant le corps de la Princesse qu’il caressait inlassablement. Ses mains glissaient sur une peau parfumée de senteurs exotiques, ondulant au rythme des courbes infinies généreusement prononcées.

         La Princesse, en bonne enseignante, guidait les mains de son jeune amant vers ses parties les plus sensibles. Posant ses mains sur les siennes, elle accompagnait ses mouvements, lui faisant découvrir ses zones de plaisir.

         Le vagin minutieusement préparé, s’offrit totalement à Adonis qui s’enfonça au sein de la chaleur maternelle. Il s’en échappa pour y replonger aussi rapidement. Sappho jaugeait son plaisir et pivota sur le côté afin d’en accroître l’intensité. Le jeune homme, obligé de suivre le mouvement, s’habitua très rapidement à la nouvelle situation.

         La Princesse délirait d’extase. Son sexe palpitait, envahissant de voluptueux frissons tout le reste de son corps. Tandis qu’Adonis accélérait la cadence frénétique, Sappho fut traversée d’ondes frémissantes.

         La fougue de son amant, loin de se réfréner, s’emballait d’impulsions rapides dans une course au plaisir infini. La Princesse se sentit mourir de ravissement, lorsque, au sommet de son extase, Adonis se retira après avoir dispensé sa semence. Le jeune homme avait poussé quelques gémissements, puis s’était effondré sur Sappho en la plaquant dans la poussière verte de la pelouse artificielle.

         La Princesse était estomaquée.

         Son héros, littéralement vidé, s’était endormi, la tête délicatement reposée dans le creux de ses seins.

        Elle passa tendrement sa main dans la touffe blonde et soyeuse des cheveux de son amant. Fermant les yeux à son tour, elle se laissa envahir par de douces pensées.

  

Chapitre 15                                                               Chapitre 17    

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 19:46

 

L'empire galactique a été fondé par Etran il y a un peu plus de 100 000 ans.

 

Etran était un simple général originaire de la planète Gayanès. C'était un homme brun, de taille moyenne, aux traits émaciés.

 

Etran

 

Les convoitises s'exacerbaient entre les différentes planètes qui avaient été colonisées par les humains. Les guerres fratricides et les pillages ravagaient l'univers qui manquait cruellement d'un commandement unique. Les étoiles brillaient de combats plus meurtriers les uns que les autres.

 

Etran se dressa contre le chaos. Il rassembla les troupes de Gayanès, fit des alliances avec des planètes voisines plus petites qui cherchaient une protection et écrasa tous ses ennemis. Sa victoire fut complète lorsqu'il s'empara de la Planète-Mère.

 

La grande guerre inter stellaire avait vu la destruction de centaines d'étoiles et de planètes. Sur ce champ de ruines, Etran batit son empire. Il le divisa en trois ordres : les savants, les nobles et les militaires. D'abord démocratique, le régime devint très vite dictatorial. Etran était sans cesse amené à réprimer des révoltes. Craignant plus que tout le retour au chaos, Etran eut l'idée de créer les protonyx.

 

Le premier empereur possédait un don unique : il était capable de créer la matière à partir de son sang. Issus de son sang, les protonyx étaient inoffensifs pour Etran et sa descendance. En revanche, quiconque se faisait mordre par l'une de ces bêtes mourait instantanément de vieillesse. Pour parachever son oeuvre, Etran dota les protonyx de la capacité de créer à volonté de l'antimatière, leur conférant ainsi le pouvoir de détruire l'univers.

 

L'univers était désormais à l'abri des coups d'état et des guerres intestines. Mais pour combien de temps ?

 

Au moment où commence le récit Etran est décédé depuis 100 000 ans.

 

Pourtant, son ombre plane sur les différents protagonistes. Son fantôme intrigue en vue d'un plan très particulier conçu depuis des millénaires. Etran attend son heure.

 

Eden et Adonis seront-ils les instruments de ses projets comme il l'espère ?

 

Et quel est le lien qui uni Etran et les Amazones ?

 

Les plans du premier empereur se dévoileront au fil de l'histoire, dans la seconde partie et bien sur dans la troisième et dernière partie du Mensékhar.

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 17:01

 

La soeur de l'empereur, la princesse Sappho, aime s'entourer d'une cour personnelle constituée uniquement de femmes, appelées Mignonnes. Ces courtisanes, jeunes et belles, sont soit des maîtresses de la princesse, soit des chiromanciennes.

 

Au chapitre 4 du Mensékhar, le prince Eden rencontre Elia, une des innombrables mignonnes de Sappho. Elia porte de longs cheveux bruns. Elle a la faculté de voir l'avenir et d'interpréter les rêves.

 

Elia

 

Elia est belle et douce. Le prince Eden qui succombe à ses charmes l'enlève du palais de Sappho et en fait sa maîtresse.

 

Elia est un personnage secondaire du Mensékhar : elle va néanmoins traverser le livre du début jusqu'à la fin.

 

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 16:45

 

         Une journée s’était écoulée depuis la funeste Joute des Couleurs. Aucune des deux parties n’avait été satisfaite par l’arbitrage rendu par l’Empereur. Les Blancs protestaient en vain contre l’arrivée des nouveaux représentants des Noirs au sein du Grand Conseil, tandis que la Princesse Sappho essayait de retarder au maximum son départ pour une planète lointaine perdue aux confins de l’univers.

         Après avoir violemment récriminé contre son exil forcé, elle avait décidé brutalement de changer de stratégie. Le départ de Sappho était l’unique condition posée par l’Empereur en échange du doublement de la représentation des Immortels au sein du Grand Conseil et Oued lui avait fait comprendre qu’elle devait momentanément se sacrifier pour son camp. Face à la pression conjuguée de l’Empereur et du Commandeur des Immortels, la Princesse s’était réfugiée dans son mystérieux palais pour essayer désormais de se faire oublier.

         Blessé par les violentes critiques dont il avait fait l’objet, l’Empereur s’était reclus dans ses appartements. Il refusait le moindre contact, seule Syris avait eu l’honneur de se voir accorder une audience particulière.

         L’empereur, dont la santé continuait de se dégrader sensiblement, ne pouvait rien refuser à celle qui lui avait promis la vie éternelle. Il lui tardait plus que jamais de prendre place dans le corps de son fils afin de retrouver sa jeunesse perdue.

         Enfermée dans sa bulle de verre, la Doyenne respirait difficilement tout au long du trajet qui l’amenait vers la résidence impériale. Pratiquement désarticulée, elle ressemblait à un mollusque rouge et blanc qui flottait dans un immense aquarium.

         L’apesanteur ne lui apportait même plus le confort dans ses mouvements. Son corps délabré partait en lambeaux et elle n’avait même plus la force nécessaire pour supporter une indispensable transplantation d’organes.

         En désespoir de cause, elle avait demandé à rencontrer l’Empereur. Lors de sa venue sur Okara, il lui avait promis de lui apporter le corps de son fils. Qu’attendait-il ? Depuis la Joute des Couleurs, le père et le fils ne s’étaient plus adressés la parole.

         Eden, tout comme son père, n’était pas réapparu à la Cour depuis l’événement. Cette absence remarquée des deux grands personnages de la famille impériale provoquait une désagréable sensation de flottement à la Cour, laissant les mains totalement libres aux Immortels.

         Le palais de Sheshonq n’était qu’une ombre furtive dans la nuit. Syris distinguait cependant assez nettement les formes aérodynamiques et incurvées de cette tour qui s’élançait fièrement vers le ciel pour s’achever en son sommet en une pointe extrêmement fine surmontée d’une sphère dorée.

         Des nuages cachèrent subitement la seule pleine lune visible en ce début de nuit, plongeant Syris et les savants de son escorte dans une obscurité totale. Désorientés, ils décelaient plus qu’ils ne voyaient, la présence du palais impérial devant eux.

         Une voix menaçante les avertit cependant qu’ils approchaient du but :

         - Vous venez de pénétrer dans une zone interdite. Veuillez préciser votre identité et sortir vos sauf-conduits.

         Deux géants sortirent de la pénombre. Syris aperçut derrière eux les rayons lasers rouges horizontaux qui barraient l’entrée principale du palais impérial.

         Les jardins étaient calmes, mais la Doyenne devinait qu’une multitude d’Immortels, cachés derrière les buissons, devaient épier leurs moindres faits et gestes, se tenant prêts à intervenir en renforts en cas d’alerte.

         L’un des savants de la suite présenta le laissez-passer impérial. Les Immortels reconnurent immédiatement le document. Il ne devait pas circuler plus d’une dizaine de ces laissez-passer dans tout l’univers. Infalsifiables, ils portaient en leur centre, gravé dans un matériau transparent, le sceau impérial qui représentait un protonyx se tenant debout sur ses pattes de derrière. L’image gravée était très fine mais donnait néanmoins une impression de relief.

         Les gardes introduisirent la carte dans le mécanisme d’ouverture de la porte. Un rayon lumineux jaune sortit du mur et balaya Syris de haut en bas. En dépit de la bulle de verre, la machine décryptait les moindres caractéristiques génétiques de la Doyenne et les comparait avec celles qui avaient été enregistrées sur la carte.

         La machine était formelle :

         - Syris, Doyenne de l’Apanama, est attendue par Sa Majesté, Sheshonq, l’Empereur de l’univers. Veuillez entrer.

         Les lasers qui barraient l’accès à la porte disparurent dans le mur. Les savants de l’escorte de Syris espéraient bien suivre leur maîtresse à l’intérieur de l’édifice, mais les gardes les arrêtèrent net en les menaçant avec leurs lasers.

         Syris était autonome dans sa sphère de verre qu’elle pouvait mouvoir grâce au seul pouvoir de la pensée. Elle s’avança seule et passa le poste de garde de la résidence impériale. Les lasers furent immédiatement réactivés après son passage.

         L’Empereur vivait dans la terreur de l’attentat. Dès sa naissance, comme tous les enfants de l’Empire, il fut présenté aux Sphinx, ces sorciers devins qui baptisaient les enfants en fonction de leur destinée. Les Sphinx ne voyaient pas l’avenir, mais avaient le pouvoir de découvrir le prénom secret de chaque enfant, le prénom inscrit en chaque homme à sa naissance et qui révélait son chemin de vie et la quintessence de son âme.

         Les Sphinx avaient nommé l’Empereur, Sheshonq, ce qui signifiait « l’Assassiné. »

         C’était pour cette raison que l’Empereur s’entourait de mille précautions. Il ne se faisait servir que par des humanoïdes et ne permettait qu’à quelques rares personnes de l’approcher. Seule sa garde rapprochée, les Immortels, avait une réelle possibilité de l’approcher et par conséquent de l’assassiner.

         Afin de parer à cette éventualité, il portait en permanence une bague sondeuse de pensées, chargée de l’avertir au cas où l’un de ses interlocuteurs manifesterait des intentions négatives à son égard. Cette bague, dont la pierre brillait en cas de danger, avait le mérite de rassurer l’Empereur et de lui éviter de sombrer dans une totale paranoïa.

         En guise de précaution supplémentaire, l’Empereur avait choisi deux Immortels comme gardes du corps permanents. Les deux hommes suivaient leur maître partout de jour comme de nuit. L’Empereur s’était assuré leur fidélité au moyen d’une puce implantée dans leur cortex qui permettait d’annihiler toute volonté de leur part.

         Quelle ironie songea Syris alors qu’elle était transportée dans un ascenseur extérieur vers le sommet de l’édifice. L’Empereur déployait des trésors d’ingéniosité pour se prémunir contre un éventuel attentat alors qu’il était en train de dépérir d’une maladie inconnue et incurable.

         L’esprit de Syris étudiait toutes les éventualités à la manière d’un ordinateur. Les diverses combinaisons défilaient dans son cerveau et aboutissaient toujours à la même conclusion. Cette maladie n’était pas une simple ironie de l’histoire. Son intuition renforçait cette conviction : la maladie de l’Empereur devait être l’œuvre d’un esprit très ingénieux. Cette maladie était un meurtre froidement programmé, le crime dans toute sa perfection.

          La Doyenne n’avait aucune preuve, mais elle ressentait l’oeuvre de cette force démoniaque qui s’attaquait à l’Empereur, l’homme le mieux protégé de tout l’univers. L’idée qu’il pouvait exister quelqu’un de plus puissant qu’elle la fit trembler dans son for intérieur. Elle admirait ce criminel déterminé. Que ne donnerait-elle pas pour connaître son identité et surtout sa manière d’opérer ?

         L’ascenseur s’arrêta au dernier étage, celui des appartements privés de Sa Majesté. Ils se réduisaient, du moins en leur partie supérieure, à un immense salon abrité sous un dôme en dentelle d’or et en cristal multicolore. Cette immense voûte égayait le salon de ses feux bariolés, de jour comme de nuit.

         Le Maître des Protonyx l’attendait, siégeant dans un trône d’audiences en jade, entouré de ses deux fidèles gardes du corps. Ce personnage insipide au visage parfaitement impassible méritait bien son titre de Maître des Protonyx. Il ne régnait sur l’immense empire galactique que par la volonté de son ancêtre Etran qui lui avait transmis, par l’intermédiaire de son sang, le pouvoir de contrôler les terribles monstres qui régnaient sur Iadès.

 Une dictature des gènes en quelque sorte. Les membres de la dynastie impériale avaient d’ailleurs reçu le qualificatif d’hémocrates. Ce terme désignait tous ceux qui tiraient leur pouvoir du précieux sang sacré d’Etran qui circulait dans leurs veines.

         Le Premier Empereur avait été très ingénieux en créant les Protonyx et en leur conférant le pouvoir de développer de l’antimatière. Il avait ainsi assuré le contrôle de l’univers à sa dynastie, jusqu’à la fin des temps. Renverser la dynastie d’Etran équivalait à un suicide universel. Sans Empereur, point de salut.

         Les savants avaient tenté en vain de reproduire les caractéristiques génétiques des membres de la famille impériale, mais le génome d’Etran s’était avéré infalsifiable. C’était Syris qui avait finalement découvert le talon d’Achille de la dynastie des hémocrates. Posséder le pouvoir, c’était posséder le corps d’un des fils d’Etran. Avec la récente découverte du procédé de transfert de cerveau, le rêve des savants devenait enfin réalité.

         La voix morne de l’Empereur trahissait une grande lassitude :

         - Quelles sont les raisons qui t’amènent ici, chère Syris ? J’espère que tu ne viens pas me faire des reproches comme les autres.

         La Doyenne, enfermée dans sa bulle de verre, s’approcha de l’Empereur.

         - Telle n’est pas mon intention, Majesté. Car contrairement aux nobles, le résultat de la Joute des Couleurs ne me fait pas peur. Il n’a pas fait basculer le pouvoir en faveur des Noirs, il instaure seulement une stricte parité entre Blancs et Noirs, renforçant ainsi le pouvoir d’arbitrage de l’Empereur.

         - Penses-tu que mon rôle soit renforcé à outrance ?

         Loin de la gêner, cette influence impériale accrue faisait rêver une Syris qui escomptait rapidement ceindre la Couronne. Elle tirerait alors tout le bénéfice de cette nouvelle donne. Elle ne mentait pas en répondant à la question inquisitrice de l’Empereur :

         - Je trouve que la situation est même plutôt commode.

         Sheshonq trouva que la Doyenne adoptait un ton beaucoup trop servile pour être honnête. Sa susceptibilité éprouvée était perceptible dans sa voix tranchante.

         - Si nous en venions aux faits.

         Syris restait très calme, exposant ses arguments avec méthode.

         - Je vais bientôt regagner Okara. Souhaitez-vous toujours transférer votre esprit dans le corps de votre fils ?

         - Plus que jamais, s’exclama l’Empereur en bondissant sur son trône. Comment pouvez-vous en douter ?

         - Lorsque vous êtes venu me voir sur Okara, il y a deux semaines de cela, vous sembliez pressé de conclure l’opération. Or vous ne nous avez toujours pas livré le Prince Eden pour permettre le transfert.

         L’Empereur évoqua avec douleur les désillusions que son fils lui avait causées :

         - Je souhaitais préserver mon fils jusqu’à la Joute des Couleurs. J’étais prêt à lui passer la main et à lui laisser une chance de gouverner l’Empire en cas de victoire de sa part. Malheureusement, il a perdu. Plus rien désormais ne s’oppose à son enlèvement. Il est même souhaitable que tout cela ait lieu le plus tôt possible.

         Ce changement d’attitude satisfaisait pleinement Syris. Elle espérait s’emparer au plus tôt du corps d’Eden, mais elle se gardait bien de montrer son impatience à l’Empereur. Elle s’approcha un peu plus du trône de jade pour faire face à son interlocuteur.

         - Je quitterai Gayanès demain matin, aux premières heures du jour, annonça-t-elle. Je me tiens à votre disposition sur Okara, Majesté.

         - Vous n’aurez plus beaucoup de temps à attendre. Je vais donner des ordres dans ce sens au Commandeur des Immortels dès ce soir.

         Syris fit une pirouette en apesanteur en guise d’approbation. L’espoir de pouvoir bientôt posséder le corps du Proèdre la faisait revivre. La fatigue accumulée au cours des jours précédents se fit néanmoins ressentir sur son corps amoindri.

         - Il se fait tard, votre Majesté. Si vous me le permettez, je vais regagner mes appartements.

         - Tu peux disposer, chère Syris. Nous nous reverrons prochainement sur Okara lorsque que j’assisterai à ma renaissance dans le corps de mon fils.

         La présence de l’Empereur  sur Okara était embarrassante, pensa Syris. Mais pouvait-elle l’éviter sans éveiller la méfiance de Sa Majesté ? Pour l’instant, il lui fallait parer au plus pressé, à savoir s’emparer du corps d’Eden. Elle aurait bien l’occasion de s’improviser une porte de sortie le moment venu.

         La bulle de la Doyenne fit demi-tour et traversa l’immense salon en direction de l’ascenseur. La porte de l’appareil se ferma derrière la vieille femme.

         L’Empereur regarda l’ascenseur descendre les longues parois de la tour à travers l’un des petits vitraux de la coupole afin de s’assurer du départ de Syris. En dehors de la présence de ses deux gardes du corps, il était à présent seul dans le vaste salon à la coupole vitrée. Il brancha ses appareils de communication pour contacter Oued.

         L’hologramme du Commandeur des Immortels apparut au milieu d’une sphère holographique dans un recoin de la pièce.

         - Que puis-je pour votre service, Majesté ?

         - J’ai une mission délicate à te confier. Peux-tu me rejoindre le plus rapidement possible ?

         - Je serai là dans un peu moins d’une heure, le temps de mener une petite enquête sur un attentat survenu au coeur même du Toledo.

         - Rien de grave ? S’inquiéta l’Empereur.

         - Non, semble-t-il, mais c’est assez étrange. J’aimerais bien mener ma petite enquête sur place.

         - Comme tu voudras.

         L’image d’Oued dans la pièce s’éteignit. L’Empereur alla se rasseoir sur son trône de jade. Oued était la seule personne de confiance pour mener à bien l’enlèvement d’Eden, estima-t-il. Il éprouvait bien quelques remords à l’idée du sort qu’il réservait à son fils, mais sa peur de la mort était bien plus terrible que ses scrupules.

         Sans le savoir, en condamnant son fils, il venait de se condamner à mort.

         La bague qu’il portait grésilla légèrement. La pierre noire, montée en bijou, vira au rouge et s’illumina en clignotant frénétiquement.

         La bague avait déjà faiblement réagi certaines nuits quand l’Empereur avait été sujet à de petites hémorragies. Il ne s’était pas vraiment inquiété car il n’avait jamais trouvé personne à ses côtés en se réveillant.

         Mais cette fois-ci, il n’y avait pas d’équivoque. La bague détectait des pensées très destructrices à son égard.

         Les deux gardes du corps, dépossédés de toute volonté tels des zombis, scrutaient la pièce d’un regard hébété. Alertés par le signal émis par la bague, ils recherchaient vainement un ennemi en chair et en os qui aurait pu attenter à la vie de leur maître.

         L’Empereur remarqua avec effroi que ses gardes du corps semblaient impuissants face à cette menace parfaitement invisible. Il était terrorisé. Un esprit malin voulait attenter à sa vie. Il s’était trahi par la haine qui le dévorait et qui se manifestait à travers la pierre de la bague transformée en un véritable morceau de lave incandescent.

          Cette intelligence diabolique était dans la pièce, tout près de lui, mais l’Empereur avait beau chercher une présence partout autour de lui, il ne voyait personne. Hormis ses deux gardes du corps, dépourvus du moindre esprit d’initiative et par conséquent parfaitement inoffensifs, il était absolument seul.

         Où l’assassin pouvait-il bien se cacher ?

 

Chapitre 14                                                              Chapitre 16 

 

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