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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 09:51

 

         Le protonyx gisait en silence sur la pelouse artificielle de la pointe transparente de la pyramide de Phylis 1. La muselière de métal lui enserrait le visage comme un masque de carnaval et était destinée à lui interdire de mordre qui que ce soit quand il se réveillerait. Deux Immortels emmenaient les cages aux portes grandes ouvertes qui ne servait plus à rien.

         A quelques mètres de là, Oued et Syris veillaient sur le sommeil de l’animal. Le Commandeur regrettait de ne pas avoir placé la muselière dès qu’ils avaient capturé la bête sur Iadès. Cela leur aurait évité de la rendormir, leur faisant perdre un temps précieux sur le sparapet Wacé.

         Le Commandeur avait coupé les émissions de Wacé sur la grande sphère holographique pour les remplacer par les différentes liaisons avec ses troupes. Les images diffusaient en direct la prise de contrôle par les Immortels de la Ceinture de Phylis 1. La voie d’accès à la cité du bas était libre, il ne restait plus qu’à attendre le réveil du protonyx.

         Aux côtés d’Oued, Syris, enfermée dans sa bulle de verre, visionnait les événements avec angoisse. Toutes les images retransmettaient les victoires des Immortels sur la maigre police de Wacé. En quelques métaheures, la planète était entièrement tombée entre leurs mains. Oued espérait ainsi supplanter le sparapet dans cette infernale chasse à l’homme.

         La seule inconnue, songeait Syris, résidait dans l’arrivée inattendue de ce deuxième protonyx. Les animaux chercheraient-ils simultanément Eden et Adonis ou, au contraire, se dirigeraient-ils naturellement vers leur congénère ? Dans les deux cas de figure, il y avait de fortes chances qu’ils se croisent dans les couloirs de la cité du bas.

         Syris avait été enchantée d’apprendre que le sparapet avait finalement décidé d’avoir recours au protonyx. Sans l’aide précieuse de cet animal, les recherches se seraient enlisées et Syris ne pouvait plus se permettre de perdre du temps. Aux dernières nouvelles, avant que le Commandeur n’interrompe les émissions, Wacé et ses hommes avaient quitté leurs véhicules pour suivre l’animal au niveau 58. Il était évident qu’ils approchaient du but.

         La Doyenne s’était bien gardée d’en parler au Commandeur des Immortels. Il fallait qu’il se débrouille par ses propres moyens. Elle avait également omis de mentionner l’existence du deuxième protonyx, celui de Wacé. Elle s’était reproché de ne pas avoir eu la brillante idée d’utiliser une muselière pour neutraliser l’animal. C’est pourquoi elle ne s’était pas vantée auprès d’Oued d’avoir déclenché un véritable massacre.

         Un peu avant l’arrivée des Immortels sur Phylis, Syris avait donné un point de ralliement à Wacé. Il devait la rejoindre au spaciodrome de l’étage 57 dès qu’il retrouverait Eden et Adonis. Elle espérait encore échapper aux Immortels en se cachant sous les nuages de pluie de la planète. Si cela s’avérait nécessaire, elle se servirait des deux jeunes hommes comme otages.

         Ils étaient trop précieux pour que Oued les sacrifie. Surtout Adonis. La Doyenne deviendrait  intouchable dès qu’elle les tiendrait sous sa coupe. Elle serait alors libre de se faire transplanter dans l’un des deux garçons sans que Oued et Sappho puissent s’y opposer. Elle avait fait son choix entre les deux proèdres. Ce serait Eden, par défaut, car Sappho ne lui pardonnerait jamais d’écraser le cerveau de son jeune amant.

         Le protonyx allongé sur le sol bougea une patte comme s’il avait voulu frapper un ennemi imaginaire. Son sommeil devenait plus léger, mais il était encore dans l’incapacité de se relever.

          Syris songea avec bonheur que cet animal faisait gagner malgré lui un temps précieux à Wacé. Elle n’avait pas pardonné au Commandeur les menaces de destruction qu’il avait proférées à l’égard de l’Apanama. Oued et ses hordes noires étaient devenus un danger trop important pour les savants. Il fallait absolument empêcher qu’il ne gagne encore plus en puissance. Il fallait l’empêcher d’épouser Sappho et pour cela il ne fallait pas qu’il retrouve Adonis le premier. Syris savait que l’Impératrice serait prête à lui accorder la moitié de l’univers si elle lui rapportait Adonis. La Doyenne se contenterait volontiers d’un seul être comme récompense : Eden.

         Tous les espoirs de Syris reposaient sur Wacé. Si lui et les deux proèdres parvenaient à quitter la cité du bas grâce au spaciodrome du niveau 57, ils n’auraient ensuite pas beaucoup de mal à s’échapper de Phylis à bord de la navette de la Doyenne.

         Syris, échaudée par tous les projets qui avaient jusqu'à présent avorté, n’osait plus se projeter dans l’avenir. Elle en avait assez des désillusions et elle ne savait même pas où en était Wacé dans la cité du bas. Peut-être avait-il retrouvé la trace des deux princes ou peut-être les avait-il définitivement perdus ?

         Le protonyx secoua sa tête sur la pelouse artificielle, sa queue battait l’air. Il essaya de se dresser sur ses pattes, mais encore groggy, retomba d’un coup sec à terre sur le flan. Oued ne cacha plus son impatience.

         - Cette maudite bête ne se réveillera t-elle jamais ?

         - Vous lui avez donné une forte dose de somnifère, expliqua Syris.

         - Nous n’avions pas le choix, se lamenta le Commandeur. Nous ne voulions pas prendre le risque qu’il se réveille avant que nous ayons eu le temps de lui poser sa muselière.

         Syris était étonnée de ne pas apercevoir beaucoup plus de soldats autour du Commandeur. Elle sonda discrètement ses intentions, prenant un ton compatissant.

         - Vous n’avez pas beaucoup d’hommes pour vous escorter dans ces quartiers malfamés.

         - Dix Immortels m’attendent au niveau de la Ceinture afin de m’accompagner.

         Wacé était parti avec le même nombre d’hommes, à quelque chose près. C’était suffisant au début puisqu’ils étaient protégés par leurs véhicules. Mais maintenant qu’ils circulaient à pied, leur expédition se retrouvait considérablement fragilisée. Syris était désireuse de savoir si le Commandeur avait envisagé l’aspect de ce problème.

         - Dix hommes ! Ce n’est pas beaucoup, à moins que vous ne vous déplaciez dans des véhicules blindés.

         Le Commandeur détendit son visage d’habitude impassible. La naïveté de la Doyenne l’amusait.

         - Nous allons nous déplacer à pied, chère Syris, ce sera beaucoup plus rapide pour circuler dans les boyaux de la cité du bas. Quant au nombre de mes Immortels, je crois que vous les sous-estimez. Un seul d’entre eux vaut cent hommes.

         Syris s’était renfrognée au fond de sa bulle de cristal. Le Commandeur était bien sûr de lui, peut-être trop. Il ne fallait cependant pas non plus trop vite oublier, comme elle l’avait fait, qu’il dirigeait les troupes d’élite de l’Empire. Wacé pourra t-il leur résister ? La Doyenne s’avéra incapable de faire le moindre pronostic.

         Le protonyx reprenait lentement conscience. Voyant qu’il allait bientôt se réveiller, Oued fit signe à deux de ses hommes de s’occuper de l’animal. Les deux Immortels passèrent des sangles le long du corps du monstre puis les relièrent avec la muselière. Syris comprit très rapidement de quoi il s’agissait.

         - Un harnais ! S’exclama t-elle. Mais pour quoi faire ?

         - J’en ai personnellement eu l’idée, expliqua fièrement Oued. Avec cet appareillage, je pourrais monter le protonyx et le diriger afin qu’il ne s’éloigne pas de son objectif.

         L’animal s’était subitement redressé sur ses quatre pattes et agitait furieusement sa tête dans tous les sens. Il essayait vainement de se défaire de la muselière qui emprisonnait sa tête de reptile.

         Soudain, il s’immobilisa et leva la tête comme pour sentir l’air de la pièce. Ses sens en éveil devaient percevoir la présence de l’un de ses congénères au sein de la Pyramide. Il lança un sifflement perçant pour entrer en communication avec l’autre. Comme il ne reçut aucune réponse, il réagit furieusement. Ses pattes avant déchirèrent la pelouse artificielle des appartements de Wacé et écorchèrent la plaque de métal découverte en dessous.

         Oued bondit sur le dos de l’animal et s’empara des rênes. Le protonyx se souleva contre cette intrusion en se cabrant de toutes ses forces. Oued s’accrocha aux rênes et pressa les flancs de l’animal avec ses jambes. Peu à peu, il parvint à le dresser, lui imposant sa présence sur son dos.

         L’animal continuait à s’acharner sur le sol, montrant son désir de s’aventurer dans les étages inférieurs de Phylis 1.

         - Je suis prêt, fit Oued à ses hommes.

         Les Immortels débloquèrent les portes de l’ascenseur qui descendait jusqu’à la Ceinture. Oued guida le protonyx, serrant fermement les rênes afin de l’obliger à entrer dans la cabine. Une fois installés, l’animal et le Commandeur des Immortels entamèrent ensemble leur  descente vers le poste de sécurité.

         Au cours de la descente, le protonyx se calma un peu, mais il manifestait de nouveau son impatience à chaque palier de décompression. Dès que l’ascenseur stoppait sa progression, l’animal déchirait furieusement le plancher de la cabine à coups de griffes. Le revêtement du sol de la capsule n’était pas aussi renforcé que celui des appartements de Wacé et se perçait de petits trous que le protonyx agrandissait à chaque arrêt. Oued craignait de finir par traverser le plancher avec sa bête. Il accueillit avec soulagement leur arrivée au niveau de la Ceinture.

         Le Commandeur entraîna sa monture à travers les longs couloirs renforcés à chaque intersection par des armatures en acier. Le métal gris ajoutait une petite note triste à la froideur des angles géométriques des galeries.

         Il n’y avait pas âme qui vive dans ces longs boyaux métalliques et toutes les portes de sécurité avaient été ouvertes par les Immortels afin de faciliter le déplacement du Commandeur. Oued trouva cet endroit particulièrement sinistre. Il respira un peu quand il fit irruption dans la salle de contrôle de la ceinture. Cette pièce agréablement éclairée était emplie de dizaines de sphères holographiques de contrôle projetant des milliers de couleurs sur toutes leurs surfaces. Quel contraste avec la grisaille du reste du bâtiment !

         Oued avait du mal à contrôler son protonyx visiblement déboussolé par toute cette animation. L’animal était devenu comme fou et bousculait les appareils dans une course désorientée. Certaines sphères holographiques privées de leur alimentation s’éteignirent, les soldats intimidés par le monstre s’écartaient de son passage pour ne pas se faire renverser.

         Oued tira d’un coup sec sur les rênes. L’animal siffla de douleur puis s’immobilisa au milieu de la salle. Le Commandeur descendit de sa monture pour reconnaître les hommes qui devaient l’accompagner dans la cité du bas.

         Ils étaient dix en rang d’oignon. Ils n’avaient pas mis leur armure et possédaient un pistolet laser pour unique arme. Oued les examina minutieusement un par un. Il partait avec peu d’hommes mais il voulait s’entourer des meilleurs. Ces hommes à la tenue impeccable et au regard froid étaient superbes de détermination. Oued, immédiatement enthousiasmé, cria pour leur donner de l’ardeur au combat.

         - Etes-vous prêts à mourir ?

         - Notre vie est au service de l’Impératrice, répondirent-ils à l’unisson.

         Sans perdre un instant, Oued prit son élan pour sauter sur le dos du protonyx qui était retenu par quelques soldats. Serrant les rênes dans ses poignets, il dirigea le monstre pour lui indiquer la sortie. La bête bondit dans une nouvelle succession de couloirs, suivie par les dix gardes qui avaient entamé un énergique pas de course à sa suite.

         Une porte très longue leur barra le passage. Les Immortels restés dans le poste de contrôle actionnèrent le mécanisme d’ouverture de cet ultime rempart qui marquait l’entrée de la cité du bas. La porte se leva, découvrant une galerie très large qui se terminait par une nouvelle porte.

         Le protonyx fonça dans la galerie, talonné par les Immortels de la suite d’Oued. La deuxième porte s’abaissa devant eux et ils pénétrèrent dans une vaste salle carrée qui n’était en réalité qu’un immense monte-charge.

         Le protonyx reniflait le sol comme s’il sentait la présence d’un de ses congénères au-dessous de lui. Il gratta le plancher d’acier, mais ces griffes n’arrivaient pas à faire de trou dans ce métal très résistant.

         Un soldat qui se chargeait de programmer la destination du monte-charge se renseigna auprès du Commandeur.

         - A quel niveau désirez-vous vous rendre ?

         Le problème était cornélien. Oued n’avait pas le moindre indice pour commencer ses recherches. La cité du bas comportait plus de deux cents niveaux. Le protonyx qui continuait à gratter le sol lui donna une idée. Ils n’avaient qu’à descendre cinquante étages d’un coup et s’arrêter. Ils verraient bien alors comment réagirait le protonyx. Si le monstre continuait à chercher le sol, ils poursuivraient leur descente. Dans le cas contraire, ils remonteraient étage par étage.

         - Nous allons au niveau 150, décida le Commandeur.

         Le monte-charge se mit en branle. La descente semblait interminable et le monte-charge s’arrêtait par paliers de décompression tous les cent cinquante mètres, soit tous les quinze étages.

         Il se bloqua au niveau 150. Le protonyx griffa négativement le plancher du monte-charge.

         - Niveau 100, ordonna Oued.

         La descente infernale se poursuivit jusqu’au centième niveau. Le protonyx réagissait plus nerveusement, comme s’il approchait du but. Sentant de plus en plus distinctement la présence du sang d’Etran, il se cabra pour frapper furieusement le plancher du monte-charge à l’aide de ses deux pattes avant. A chaque fois qu’il retombait sur le sol, il faisait trembler la cabine du monte-charge. Les Immortels, impressionnés par la force du monstre, se plaquèrent contre les parois de la pièce. Oued avait de plus en plus de mal à maîtriser l’animal.

         - Niveau 50, cria t-il.

         Au cinquantième niveau, l’animal changea radicalement d’attitude. Il griffait les parois comme s’il cherchait une prise afin de grimper le long du mur. Ses griffes glissaient le long des parois métalliques en émettant un grincement perçant. Les Immortels se bouchèrent les oreilles à tel point que l’homme qui était chargé de manipuler les commandes du monte-charge entendit à peine Oued lui hurler la prochaine destination.

         - Niveau 58.

         Le Commandeur était sûr de lui. Le protonyx avait fait mine de s’avancer pour sortir du monte-charge quand ils étaient passés au niveau de cet étage. Lors du reste de la descente, il n’avait cessé de s’agripper aux murs comme s’il avait voulu remonter.

         Le monte-charge stoppa, les portes s’ouvrirent. Sans faiblir, le protonyx emmena Oued à travers les longues avenues du niveau 58. Les Immortels suivaient péniblement l’animal surexcité.

         L’artère qu’ils empruntaient était une large avenue, mais elle avait été totalement désertée par ses habitants. Oued fut surpris par ce calme inhabituel. Que ce soit sur Phylis ou sur d’autres planètes, les villes surpeuplées de l’Empire grouillaient habituellement d’une foule hétéroclite.

         Sous lui, il entendit le coeur du protonyx battre à tout rompre. L’animal ne contenait plus son impatience et faillit déraper en tournant dans une avenue secondaire sur la droite. Arrivé dans la rue, il stoppa net.

         Un protonyx blessé à l’arrière-train et à la tête était en train d’enfoncer la porte d’un hôtel. Derrière l’animal, Oued  reconnut le sparapet Wacé entouré de ses gardes.

 

Chapitre 29                                                                      Chapitre 31

 

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Published by Eloïs LOM
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