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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 12:13

 

         Epuisés par les péripéties qu’ils avaient dû affronter depuis leur départ des appartements de Wacé, Eden et Adonis qui s’étaient couchés à l’aube n’avaient émergé d’un long sommeil réparateur qu’en début d’après-midi. Khios leur avait offert sa plus belle chambre, une suite en réalité, composée de deux chambres, d’un salon et d’une salle de bains. D’après ce qu’ils avaient cru comprendre, le vieil homme leur avait cédé ses appartements privés au dernier étage de son hôtel.

         Adonis qui possédait d’importantes capacités de récupération, avait émergé avant Eden. Il n’avait pas osé réveiller son frère encore enfoui sous ses draps et avait pris une douche en attendant son réveil.

         Lorsqu’il sortit de la salle de bain, lavé et habillé, il poussa la porte de la chambre d’Eden. Celui-ci continuait de dormir, mais moins paisiblement. Ses draps avaient été arrachés du lit et traînaient par terre. Eden empoignait son oreiller, comme s’il cherchait à s’accrocher désespérément à quelque chose. Il marmonnait quelques paroles inaudibles, mais qui trahissaient des spasmes d’angoisse.

         Adonis le tira de son sommeil en le secouant sans ménagement. Eden s’accrocha de plus belle à son oreiller et maugréa en signe de protestation. Adonis le secoua plus énergiquement et l’obligea à ouvrir les yeux.

         - Tu ne pouvais pas me laisser dormir encore un peu ?

         - Ce ne serait pas raisonnable. Wacé a dû s’apercevoir de notre disparition là-haut. Nous allons bientôt avoir toutes les polices de l’Empire à nos trousses. Je vais aller régler notre note.

         Adonis sortit de la suite en claquant la porte. Eden fit une toilette succincte et s’habilla rapidement afin de rejoindre son frère dans le hall de l’hôtel. L’établissement était propre et confortable. Les deux jeunes gens avaient eu de la chance de le découvrir au coeur des quartiers défavorisés de Phylis 1.

         Le hall de l’hôtel était composé d’un coin bar et d’une salle de restauration. Adonis s’était assis à une table dans le fond de la salle pour dévorer un plat de volailles. Eden prit une chaise et s’assit en face de son frère devant une assiette qui avait été préparée à son intention.

         - Je croyais que le temps nous était compté.

         Adonis mordait à pleine dent dans une pièce de viande pour en détacher la chair des os.

         - Il ne serait pas raisonnable de partir la fin au ventre. Fais comme moi et restaure-toi un peu. La cuisine de notre hôte est excellente.

         Eden ne se fit pas prier. Il n’avait rien mangé depuis presque une journée et son estomac lui rappelait son existence par de continuels gargouillements d’air. La cuisine était sommaire, le cuisinier se contentant de cuire et de débiter l’animal, mais la viande était excellente.

         Leur hôte vint aux nouvelles.

         - Désirez-vous encore manger quelque chose, mes princes ?

         Adonis terminait son assiette et avait encore un peu faim. Il fit mine de réfléchir, puis choisit la sagesse.

         - Non merci, nous n’allons pas tarder à reprendre notre route.

         Le vieil homme tendit le bras devant Adonis pour ramasser l’assiette vide. Le jeune homme toujours très observateur aperçut une marque tatouée sur le poignet de la main droite. Le tatouage, petite forme noire, représentait l’ombre d’un lion couché. Cette marque était le signe de reconnaissance de l’une des plus mystérieuses castes de l’Empire.

         - Vous êtes un Sphinx ! S’exclama Adonis.

         Le vieil homme, inflexible, ramassait les couverts d’Adonis avec des gestes mesurés. Khios le fixa fermement, lui répondant.

         - Et vous vous êtes Eden et Adonis, les deux fils du dernier empereur.

         Adonis dans un réflexe de défense avait sorti son pistolet laser de la poche de sa combinaison et l’avait dégainée devant le vieil homme. Celui-ci, nullement intimidé par l’arme, essaya de rassurer son interlocuteur.    

         - Je ne vous veux aucun mal. Je vous ai identifiés dès votre irruption dans mon hôtel et j’aurais pu vous dénoncer depuis longtemps si telle avait été mon intention.

         - Qu’est-ce qui peut me garantir votre bonne foi ? Demanda Adonis circonspect.

         Khios releva péniblement son dos voûté.

         - Je suis un vieil homme sans défense. Je vous respecte car vous êtes des descendants du Premier Empereur, le fondateur de la caste des Sphinx.

         Adonis aurait été incapable d’expliquer pourquoi, mais il avait une confiance naturelle dans le vieil homme. Il était seulement sûr d’une chose. Si Khios avait voulu les livrer à la police de Wacé, il aurait pu le faire depuis longtemps.

         - Tu dois savoir que nous sommes recherchés par les troupes impériales. Pourquoi ne nous as-tu pas livré à nos ennemis ?

         Khios repoussa le pistolet laser d’Adonis de sa main gauche.

         - Range ton arme pour commencer. Après tu pourras me poser toutes les questions que tu souhaiteras.

         Adonis rangea son pistolet dans la poche kangourou du haut de sa combinaison. Le vieil homme ramassa l’assiette vide d’Eden et emmena les couverts sales dans la cuisine. Eden se pencha vers Adonis pour lui souffler quelques mots d’enthousiasme.

         - Les Sphinx ont le pouvoir de connaître les chemins de vie de tout homme. Celui-ci pourra nous donner notre avenir.

         - Je ne crois pas, répondit négativement Adonis. Les Sphinx n’ont le droit de révéler de ton avenir que ce qui est inscrit dans ton prénom. Pour le reste, ils ne parlent que par énigmes qui sont incompréhensible la plupart du temps.

         - Essayons quand même.

         Le vieil homme revint vers les deux jeunes hommes. Il prit une chaise et s’assit à leur table. Eden fourmillait de questions et commença par poser celle qui lui tenait le plus à coeur.

         - Quelle est l’origine de mon prénom ?

         - Trois jours après ta naissance, l’Empereur t’a présenté aux plus grands Sphinx de l’Empire comme l’exige la tradition. Ils n’ont pas vu ton avenir contrairement à ce que tout le monde pense. Ils se sont mis en transe et dans leur délire ils ont seulement aperçu l’aboutissement de ton chemin de vie, ce pour quoi tu es né. Un mot est sorti de leur bouche, un seul : « Eden. »

         - Je connais toute cette histoire, bougonna le Proèdre. Tout le monde me la racontait quand j’étais enfant. J’aimerais plutôt que tu me racontes en quoi consiste cet aboutissement.

         Khios cherchait ses mots pour être le plus clair possible. Il ne voulait pas qu’il y ait la moindre ambiguïté.

         - Ton aboutissement dépend de celui de ton frère Adonis. Vous êtes ainsi liés par la volonté du Premier Empereur. Il a souhaité que les deux fils qui viendraient à naître d’un même empereur soient appelés à bouleverser le monde. Vous êtes les deux faces d’un même dessein : Adonis, « le Renouveau » et Eden, « le Paradis. » De votre réunion naîtra un monde nouveau.

         Adonis regarda Eden. Les révélations de Khios semblaient être contradictoires avec les vieilles légendes de l’Empire.

         - Je croyais que les deux fils issus d’un même empereur entraîneraient plutôt la fin du monde ?

         Khios s’était aperçu qu’il faisait fausse route. Pour être le plus clair possible, il fallait qu’il revienne au commencement.

         - Pour que vous compreniez mieux les projets d’Etran, je vais vous faire un bref rappel sur les origines de notre Empire.

         Il écarta ses mains sur la table ronde, appelant Eden et Adonis à l’imiter.

         - Posez l’une de vos mains sur l’une des miennes et faites de même entre vous. Fermez ensuite vos yeux.

         Eden et Adonis suivirent les conseils de Khios et formèrent à trois un cercle presque parfait. Ils pénétrèrent dans les pensées du vieil homme et des images défilèrent devant leurs yeux.

         Ils remontèrent vers des temps reculés oubliés par l’humanité. La Planète-Mère n’avait alors rien à envier aux bas quartiers de Phylis 1. Là où les forêts prospéraient, s’étendaient alors des villes infinies jusqu’à l’horizon. Les tours s’élançaient jusqu’aux nuages de pollution qui cachaient les rayons du soleil mais captaient et conservaient la chaleur au sol. Le réchauffement de l’atmosphère avait fait fondre les glaces des pôles et submergé des terres habitables déjà rares.

         Des villes furent construites sur les océans pour abriter des populations qui malgré la pauvreté avaient une démographie galopante. Eden et Adonis voyaient des milliers de navettes quitter les villes terrestres et maritimes de la Planète-Mère. La voix calme de Khios parlait à leur esprit pour leur commenter la situation.

         - Certains hommes ne virent que l’exode pour échapper à une telle misère. Ils partirent à la conquête de nouveaux mondes afin d’assurer leur survie. Beaucoup moururent avant d’avoir pu atteindre une autre planète, mais des colonies réussirent néanmoins à s’implanter un peu partout dans la galaxie. La plus brillante fut celle de Gayanès.

         Eden et Adonis visionnaient désormais des images de guerres. Ils assistaient à des batailles aériennes entre les différentes colonies. Les combats étaient meurtriers, certaines planètes furent atomisées. Khios poursuivit son explication.

         - Après avoir apporté l’espoir, l’exode ne laissait plus que des désillusions. Les convoitises s’exacerbaient entre les différentes colonies. La Planète-Mère exsangue ne vivait plus que du pillage des autres planètes peuplées d’humains. D’autres colonies qui avaient beaucoup de mal à se développer l’imitèrent et se spécialisèrent dans le brigandage. Un homme se dressa contre le chaos, un soldat originaire de Gayanès : Etran.

         Le Premier Empereur apparut à Eden et Adonis dans une flamboyante tenue de combat. Il était très différent de ce qu’ils avaient pu imaginer. Etran était un homme brun, de taille moyenne, aux traits émaciés. Son regard ferme brillait d’une grande volonté. La voix de Khios vibrait d’émotions quand il évoquait le grand homme.

         - Etran rassembla toutes les troupes de Gayanès et fit des alliances avec les colonies qui désiraient mettre fin au rançonnement dont elles étaient les victimes. A la tête de son armée, il écrasa tous ses ennemis. Sa victoire fut complète lorsqu’il s’empara de la Planète-Mère.

         Etran n’hésitait pas à recourir aux grands moyens. Il avait littéralement vitrifié le berceau de l’humanité. La Planète-Mère était couverte de champignons atomiques qui soufflaient implacablement les tours des mégapoles et dispersaient les eaux des océans dans des nuages de vapeur.

         - Sur ce champ de ruines, reprit Khios, Etran battit son Empire. Il le divisa en trois ordres : les savants, les nobles et les militaires. D’abord démocratique, le régime devint dictatorial. Etran était sans cesse amené à réprimer des révoltes. Craignant plus que tout le retour au chaos, il lui vint l’idée de créer les protonyx. Le Premier Empereur possédait en effet un don unique.

         Eden et Adonis assistèrent à la naissance du premier des protonyx. Une goutte de sang s’étala en tombant dans la paume de la main d’Etran. Il la malaxa entre ses mains jusqu’à ce qu’elle blanchisse et grossisse à vue d’oeil. Le Premier Empereur modela mentalement la masse informe. Le corps s’allongea, des pattes et une queue lui poussèrent.

         La tête jaillissait du corps central. D’abord très floue, elle se dressa pour prendre la forme d’une tête de reptile. Les yeux se creusèrent et furent immédiatement barrés d’un trait noir vertical. Le reste du globe oculaire s’emplissait d’une couleur pourpre. La bouche s’ouvrit et deux crocs d’un blanc étincelant poussèrent chacun à l’une des deux extrémités. Une langue fourchue sortit de la bouche dans un sifflement strident.

         Des écailles vertes couvrirent le reste de la tête de l’animal ainsi que son long cou. Des poils denses et jaunes poussaient sur le corps de la bête qui ressemblait à celui d’un lion. Les pattes se dotèrent de griffes acérées.

         Issu de son sang, le protonyx était inoffensif pour Etran et sa descendance. En revanche, quiconque se faisait mordre par l’une de ces bêtes mourait instantanément de vieillesse. Pour parachever son oeuvre, Etran dota les protonyx de la capacité de créer à volonté de l’antimatière, leur conférant le pouvoir de détruire l’univers.

         Il se fit immédiatement mordre par l’un de ces animaux pour leur reprendre le pouvoir qu’il leur avait octroyé et les fit implanter sur Iadès. L’univers était désormais à l’abri des coups d’Etat et des guerres intestines. Mais pour combien de temps ?

         Les images s’arrêtèrent sur une vue du désert rouge d’Iadès lorsque Eden et Adonis rouvrirent leurs yeux. La salle de restauration du restaurant était étrangement calme. C’était tout juste si on percevait un léger gazouillis provenant du brouhaha de la rue.

         Le vieil homme rompit le silence.

         - Cette rétrospection a t-elle contribué à vous éclairer ?

         Adonis se leva de son siège et frappa du poing sur la table.

         - Non!        

         Il avait perdu un temps précieux qui réduisait son avance sur Wacé et il ne savait toujours rien sur l’essentiel. Il expliqua son mécontentement.

         - Je ne vois pas le rapport avec le Mensékhar.

         Le vieil homme lui murmura quelques mots à peine audibles.

         - Moi je le vois, puisque je suis l’âme d’Etran.

 

Chapitre 26                                                                Chapitre 28

 

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Published by Eloïs LOM
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