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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 17:41

 

         Le protonyx ivre de sang bondissait sur les badauds qui n’avaient pas eu le temps de se réfugier dans les habitations. Il balisait son parcours de cadavres défigurés par une vieillesse extrême. Aux cris déchirant des suppliciés, succédaient les cris de douleur des proches de la victime qui découvraient leur parent ou ami sans vie et pratiquement transformé à l’état de squelette.

         A bord de leurs voitures blindées, Wacé et ses policiers suivaient le chemin de mort que le protonyx laissait derrière lui. Après une enquête sans résultat auprès des habitants du niveau 57, Wacé s’était en effet résigné à utiliser la bête de Syris. Il n’aurait jamais imaginé qu’il serait aussi difficile de retrouver les fuyards dans l’anarchique  misère urbaine de Phylis 1. Soit Eden et Adonis possédaient les dons de camouflage du caméléon, soit ils bénéficiaient d’un important réseau de complicité. Dans les deux cas, Wacé ne parvenait pas à comprendre pourquoi les récompenses faramineuses promises n’avaient pas réussi à délier les langues de ces miséreux.

         Il n’avait guère eu plus de résultats au niveau de la Ceinture. Les policiers qui surveillaient la cité du bas sur leurs sphères de contrôle avaient envoyé des caméras mobiles supplémentaires, spécialement programmées pour détecter les deux fugitifs. Tous ces instruments de contrôle qui balayaient la ville en permanence avaient été incapables jusqu’à présent de localiser les deux individus.

         Eden et Adonis restaient invisibles. Wacé les soupçonnait de s’être réfugiés dans une habitation, ce qui expliquait que rien ni personne n’aura pu les rencontrer. Dans ce cas, il faudrait des jours entiers pour les retrouver et le sparapet manquait cruellement de temps.

         Syris l’avait averti grâce à la sphère holographique de ses appartements, lui apprenant que le Commandeur des Immortels avait également décidé de partir à la recherche des deux fugitifs. La course contre la montre était amorcée et Wacé devait impérativement l’emporter sur Oued.

         Sa terrible décision travaillait sa conscience et à chaque nouvelle victime du protonyx, le remords le rongeait un peu plus. Il ne parvenait plus à détourner son regard des cadavres qui jonchaient le sol par dizaines au bord de la rue. Il avait fait mine de les ignorer au début, mais cela devenait de plus en plus impossible. On pouvait ignorer un cadavre, mais difficilement une centaine. Le protonyx dès qu’il avait été lâché était parti en trombe et possédait une avance sur la voiture du sparapet. Combien de morts allait-il encore découvrir ? Wacé craignait qu’il faille traverser la cité de long en large avant de retrouver les deux proèdres.

         Heureusement, les rumeurs circulaient vite et les gens, avertis qu’un protonyx en liberté errait dans la ville, se claquemuraient maintenant dans leurs maisons. Au fur et à mesure de leur progression, les véhicules croisaient de moins en moins de cadavres. Les rues étaient pratiquement désertiques.

         Les personnes endeuillées trouvaient encore la force pour hurler sur le passage des véhicules et pour envoyer des débris qui rebondissaient sans un choc sur les vitres blindées. Wacé s’engonça dans la banquette d’un air triste. Le chef de sa police n’avait pas prononcé un seul mot depuis leur violente altercation, lorsqu’ils avaient libéré l’animal. Le policier s’était alors élevé contre cette solution radicale.

         - Vous avez perdu toute humanité ! S’était-il exclamé à l’attention du sparapet. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de misère dans cette ville pour y semer la mort.

         - Avez-vous une meilleure solution à me proposer ? Avait alors demandé Wacé. Toutes nos méthodes d’investigation ont échoué.

         Le chef des gardes s’était renfrogné. Décidément cet argument était loin de l’avoir convaincu.

         - Nous devons continuer nos recherches et tant pis si nous ne les retrouvons pas.

         - Si nous ne les retrouvons pas, les Immortels pilleront la planète, avait prétendu Wacé. Ne vaut-il mieux pas sacrifier quelques individus pour sauver la collectivité ?

         - En réalité vous essayez surtout de sauver votre vie. Adonis reste votre dernière monnaie d’échange avec les impériaux.

         L’insolence du policier avait poussé Wacé à bout. Il l’aurait tué de ses propres mains s’il n’avait pas eu tant besoin de lui pour l’escorter dans les bas-fonds de la capitale. Le sparapet avait réfréné sa colère et était remonté dans le véhicule suivi du policier.

         Depuis cet événement, ils restaient chacun d’un côté de la banquette arrière sans se regarder ni même se parler.

         Au milieu d’une longue ligne droite, Wacé aperçut le protonyx qui tournait à gauche, dans une artère secondaire. Les deux véhicules suivirent la bête qui galopait de plus belle, bondissant avec agilité sur les grilles d’aération. Les maisons étaient closes. Les portes étaient verrouillées et les volets d’acier avaient été tirés.

         Les véhicules roulèrent un long moment dans cette artère qui ne cessait pas de se rétrécir avant de s’arrêter devant un escalier qui se réduisait en montant. Le protonyx les avait conduits dans une impasse. Il allait être nécessaire de poursuivre à pied.

         Wacé pestait.

         - Où ce maudit animal nous entraîne t-il donc ?

         Le chef des gardes marmonna.

         - En enfer.

         Les deux hommes descendirent du véhicule à contre-coeur et firent signe aux occupants de la deuxième voiture d’en faire de même. Ils n’étaient pas rassurés d’avoir à traverser la ville sans la protection de leurs véhicules blindés. Le chef des policiers s’inquiéta.

         - Croyez-vous qu’il soit raisonnable de nous aventurer à pied dans ces quartiers malfamés ?

         Wacé n’était guère plus rassuré mais il était prêt à tout risquer pour retrouver Eden et Adonis.

         - Nous serons tranquilles car le protonyx aura effrayé les habitants, fit-il.

         Le chef des gardes n’osa pas lui expliquer que c’était justement le protonyx qui l’inquiétait le plus. Il craignait que l’animal qui les précédait ne se retourne subitement contre eux.

         La dizaine de policier qui les accompagnaient pressèrent leurs doigts sur la détente de leurs pistolets pour se donner une contenance. Ils scrutaient la ruelle comme des animaux apeurés, redoutant de voir surgir le protonyx à n’importe quel moment dans leur dos.

         Wacé qui avait branché un émetteur sur le monstre leur ôta cette angoisse.

         - L’animal continue sa course en haut de l’escalier, annonça t-il. Nous devons nous dépêcher avant de le perdre.

         Les hommes montèrent l’escalier au pas de course, sautant deux marches à la fois. L’escalier montait en biaisant vers la droite et en se réduisant jusqu’à ne laisser passer plus qu’une seule personne de front. Wacé guidait l’expédition, suivi de près par le chef de sa garde.

         L’escalier se terminait par une porte entrouverte. Devant la porte, gisait une nouvelle victime du protonyx. L’homme au visage flétri avait les lèvres retroussées, laissant découvrir des dents déchaussées. Ses yeux ouverts entourés de cernes violet propres aux drogués à la pélanine étaient figés dans une peur terrifiante.

         Wacé et ses policiers enjambèrent le corps et poussèrent la porte entrouverte pour déboucher dans une artère beaucoup plus large et plus éclairée que celle qu’ils avaient quitté à l’étage inférieur. Une inscription en caractère gras leur confirma qu’ils étaient bien à l’étage 58.

         Sous l’impulsion de Wacé, les hommes remontèrent l’avenue au pas de course à la poursuite du protonyx. Cette grande artère était désertique. Les magasins avaient éteint leurs devantures, les badauds avaient abandonné dans la précipitation la plupart de leurs affaires au milieu de la route. Wacé et ses hommes slalomaient entre les paquets d’emballage et les petites voitures individuelles, ces véhicules bon marché utilisés dans la cité du bas.

         Les cadavres des personnes qui n’avaient pas été assez rapides pour se cacher à temps, jonchaient la rue ça et là. Ces nouveaux corps abandonnés incitèrent Wacé à accélérer l’allure, comme s’il voulait rattraper le protonyx afin de l’empêcher de perpétrer de nouveaux crimes. Le sparapet faisait de grands pas, inspirant à chaque fois qu’il élançait sa jambe devant lui et expirant dès qu’elle retombait sur le sol.

         Cette petite course lui faisait beaucoup de bien. Elle lui permettait d’oxygéner son cerveau et d’évacuer ses idées noires. A chaque bond, il ressentait un sentiment de puissance très agréable. Les hommes derrière lui avaient un peu de mal à le suivre. Il courut un peu moins vite pour leur laisser le temps de le rattraper.

         Le cortège courait à nouveau en file indienne dans la large avenue. Il bifurqua à un moment, dans une petite ruelle sur la droite, afin de suivre les traces du protonyx. La ruelle était très droite et inhabituellement éclairée pour une petite artère. Wacé reconnaissait là un chemin de traverse destiné à relier deux grandes avenues parallèles.

         La ruelle d’une longueur monotone n’en finissait pas. Leurs pas résonnaient sur les grilles des bouches d’aération. Des relents d’eau croupie et une persistante odeur de renfermé agressaient leurs narines, révélant que le conduit d’aération sous leurs pieds était en panne.

         Au sortir de la ruelle, ils débouchèrent, comme l’avait prévu Wacé, dans une large avenue. Ils furent même surpris de constater qu’ils avaient rattrapé le protonyx. L’animal à la queue pendante ne se trouvait plus qu’à une dizaine de mètres devant eux. Et pour cause. Ils découvrirent avec horreur, à leur gauche, un véritable massacre. Le monstre avait tué tous les clients d’un magasin qui avait eu l’inconscience de rester ouvert.

         La course tournait au cauchemar. Wacé priait pour que le protonyx parvienne rapidement à débusquer Eden et Adonis. Depuis qu’ils avaient lâché l’animal, ils avaient déjà dû traverser la moitié de la pyramide en transversale.

         A quelques mètres seulement devant eux, le monstre se livrait à de nouvelles horreurs. Ils le virent très nettement transformer une petite fille d’une dizaine d’année en une ridicule momie naine. Son père n’eut guère plus de chance qu’elle. Le monstre le mordit au bras, faisant apparaître ses os sous une peau qui séchait et craquelait à vue d’oeil.

         Wacé ne put s’empêcher de jeter en passant un coup d’oeil à l’infortuné couple. Ces visages transfigurés par un rictus de douleur le firent tressaillir d’effroi, mais plus rien ne pouvait désormais le dissuader d’interrompre la terrible expérience. Même pas ces gens qui ouvraient leurs volets pour agonir d’insultes Wacé et ses hommes après le passage du protonyx.

         Les nerfs du chef des gardes étaient à fleur de peau. Il accéléra le pas pour rattraper Wacé.

         - Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Nous devons absolument mettre ce protonyx hors de nuire.

         - Il est trop tard pour reculer, le raisonna Wacé en reprenant son souffle. Nous arrivons près du but. Si nous abandonnons maintenant tous ces morts n’auront servi à rien.

         - Qu’est ce qui vous fait dire que nous approchons ?

         - Cet animal semble savoir précisément où il veut aller. Or depuis que nous sommes arrivés à ce niveau, il a dépassé de nombreuses cages d’escalier sans jamais les emprunter. Je suis sûr qu’Eden et Adonis se cachent à cet étage.

         Le chef des gardes reconnut en son fort intérieur que l’argument de Wacé était très pertinent. Il était lui-même convaincu, plus ou moins par son intuition, qu’ils avaient découvert le bon étage.

         - Maintenant que nous avons localisé les deux hommes, ne pourrions-nous pas continuer les recherches grâce à des moyens plus... plus traditionnels ? Proposa t-il.

         - Il n’en est pas question, émit définitivement Wacé. Le protonyx a fait ses preuves, laissons le aller jusqu’au bout.

         Leur bonne tenue à la course leur permettait de talonner le monstre à bonne distance, c’est-à-dire assez près pour ne pas le perdre de vue et assez loin pour ne pas exciter sur eux sa folie meurtrière.

         C’est ainsi qu’ils devinèrent à l’avance qu’un drame était sur le point de se produire. L’animal venait de repérer un magasin de produits alimentaires encore ouvert. Alors qu’il s’apprêtait à bifurquer dans une autre grande artère sur la droite, le protonyx se tourna vers le côté opposé, prêt à bondir dans la boutique.

         Le magasin était noir de monde, essentiellement des femmes accompagnées de leurs enfants. Wacé et ses hommes arrêtèrent leur course pour ne pas se retrouver nez à nez avec le monstre. Le sparapet ferma les yeux pour ne pas assister au massacre qui semblait être inévitable. Il les rouvrit en entendant le déclic caractéristique qui accompagnait une salve tirée par un pistolet laser.

         Le chef des gardes avait dégainé son arme et n’avait pas hésité à faire feu sur le protonyx, atteignant celui-ci à l’arrière train. La bête siffla brièvement de douleur, mais continua de courir en boitant vers l’entrée du magasin.

         Le chef de la police rajustait son arme.

         - Non, ne faites pas cela, s’écria Wacé en braquant son pistolet laser sur le policier. Ne faites pas cela sinon je serais dans l’obligation de vous tuer.

         - Tuez-moi alors répondit le policier.

         Une deuxième salve brûla le protonyx à la tête, détournant cette fois-ci l’animal de son objectif. Il se retourna en direction de son agresseur et, voyant le pistolet laser braqué sur lui, détala dans une avenue sur la droite qu’il avait premièrement eu l’intention d’emprunter.

         Wacé avait rangé son arme, n’ayant pas eu le courage de mettre ses menaces à exécution. Il avait bluffé pour sauver le protonyx, sachant qu’il n’aurait jamais eu le courage de tuer le chef de sa police.

         - Vous avez fait du beau travail, se plaignit-il. Maintenant que l’animal est blessé, il ne pourra plus nous conduire à Adonis.

         - Au contraire, contesta le policier. Tout animal blessé va se réfugier auprès des siens.

         Wacé et ses hommes tournèrent à droite sur les traces du protonyx. Ils débouchèrent dans une avenue, large d’environ deux cents mètres, qui se terminait au coin par un hôtel.

         Le protonyx blessé sifflait devant le bâtiment.

 

Chapitre 27                                                                  Chapitre 29

 

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Published by Eloïs LOM
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