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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 10:20

 

         L’armure explosa sous la pression du coup de pied d’Adonis. Il n’avait eu aucune pitié pour son adversaire qu’il dominait aisément depuis le début du combat. Le jeune homme ne contrôlait plus sa force. Il était extrêmement nerveux car il n’avait pas revu Sappho depuis son arrivée sur Gayanès, il y avait près d’une semaine de cela.

         L’adversaire à l’armure éclatée gisait sur le dos. Il gémissait. Adonis l’aida à se relever en lui tendant la main droite.

         - Aurais-tu perdu la tête, Adonis ? Je te rappelle qu’il ne s’agit que d’un entraînement.

         - Je suis désolé.

         Le combattant à l’armure ôta son casque pour découvrir une superbe chevelure blonde. C’était une femme, l’une des rares Mignonnes de Sappho qui se passionnait beaucoup plus pour les armes que pour les étreintes charnelles.

         - Tu es remarquable, jeune homme. Aucune des nôtres n’a encore réussi à te battre.

         - Et toi, tu es sans conteste la meilleure guerrière de Sappho, concéda Adonis. Comment t’appelles-tu ?

         - Mon nom est Chelséa.

         - Tu es très jolie, Chelséa.

         Le garçon admirait le visage ravissant de cette jeune femme âgée d’à peine vingt ans. Ses yeux, particulièrement expressifs, étaient dorés comme ceux d’Adonis. Il caressa tendrement la joue de la jeune fille du bout des doigts. Cette dernière, gênée, repoussa ses avances.

         - Tu dois te concentrer sur ton entraînement. La Princesse n’apprécierait pas de savoir que tu te disperses sentimentalement.

Adonis était amer.

         - Depuis que je suis arrivé sur Gayanès, je ne me suis entraîné qu’avec des femmes. Je n’en retire aucune gloire.

         - Certaines d’entre nous ont réussi à vaincre des Immortels. Le combat n’est pas seulement une question de force. Il demande beaucoup de psychologie, de rapidité et de flexibilité.

         Adonis savait tout ceci, les sages et les savants lui avaient enseigné tous les secrets du combat. Mais il préférait néanmoins concourir contre des hommes.

         - Je suis plus à l’aise en combattant des hommes, expliqua-t-il pour se justifier.

         - Tu auras bientôt l’occasion d’en affronter un, sois tranquille.

         La jeune femme arracha les morceaux d’armure qui l’étreignaient encore et les jeta sur le sol. Elle n’avait encore jamais vu cela. Les armures étaient constituées d’un alliage très souple et très résistant. Même les lasers ne pouvaient pas en venir à bout. La rage d’Adonis l’avait brisée en deux. Le coup sauvage avait cependant été asséné avec une précision prodigieuse. S’il avait été exercé avec un peu plus de force, il aurait perforé les viscères de la combattante provoquant une mort immédiate.

         Adonis qui combattait sans armure reposa son épée à plasma dans un fourreau le long du mur. Il était très calme et son visage respirait la sérénité. Quel contraste avec la fougue qu’il avait déployé lors du combat ! Qui aurait pu imaginer que cet adolescent aux airs angéliques pouvait être aussi redoutable lorsqu’il était doté d’une arme !

         - Quand verrai-je la Princesse Sappho ? S’impatienta-t-il.

         - Je l’ai rencontrée ce matin. Elle devait venir assister à ce combat.

         - Elle est en retard.

         - Erreur, je suis là.

         Adonis se retourna en direction de la porte d’entrée de la salle d’arme. La Princesse arborait fièrement une magnifique robe de cérémonie. Elle tenait de chaque côté dans ses mains un pli du vêtement, qui enchâssait sa tête dans une minerve. La robe, noire, s’évasait en forme de cône à partir du bassin.

         Adonis ne cacha pas son désappointement.

         - Vous n’avez pas assisté à ce combat comme promis, Princesse.

         - Je n’y étais pas en personne, je te l’accorde. Mais crois moi, j’assiste régulièrement à tes entraînements depuis ton arrivée sur Gayanès.

         Adonis examina attentivement les moindres recoins de la pièce. En dehors de quelques armes, des épées à plasma et des lasers, elle était dépouillée de tout mobilier. Impossible d’y cacher la moindre caméra.

         - Comment avez-vous pu me voir sans être présente ?

         - Je n’ai pas besoin d’être là. Cette maison est imprégnée de ma personnalité. Je suis au courant de tout ce qui s’y passe. Mais tu ne me crois peut-être pas ?

         Adonis accordait volontiers foi aux assertions de Sappho. Depuis qu’il avait passé la porte du palais de la Princesse, il ressentait de curieuses sensations. La maison semblait vivre autour de lui, elle respirait, elle l’épiait et pire, s’imprégnait de lui. Plus étrange encore, certaines pièces changeaient de forme et de taille d’un jour sur l’autre, tandis que l’apparence extérieure du palais restait semble-t-il identique.

         - Vas te changer rapidement et rejoins-moi dans les jardins. Nous allons assister à l’une des rares séances du Grand Conseil.

         Adonis obéit à Sappho sans poser de questions. Après s’être changé pour revêtir un costume d’apparat formé d’une longue toge et d’un chapeau conique tous les deux en satin vert bouteille, il retrouva la Princesse dans les jardins. Ils marchèrent côte à côte en direction de la salle du Grand Conseil d’un pas tranquille.

         Adonis appréciait la présence de Sappho. Cette femme dynamique, sûre d’elle, se montrait extrêmement maternelle à son égard. Incontestablement, il retrouvait en elle la mère idéalisée qu’il n’avait jamais connue.

         Le palais de Sappho était celui qui avait été construit le plus près du centre de la Cité Interdite, le coeur du pouvoir. Ce coeur de l’Empire était matérialisé par la salle du Grand Conseil, le parlement, un vaste bâtiment blanc en forme de champignon. Sa base qui s’élançait vers le ciel en se rétrécissant était surmontée d’une demi sphère quasiment parfaite.

         Il n’y avait aucun escalier, aucun ascenseur pour accéder à la salle du Grand Conseil située au sommet du champignon. La pelouse au pied de l’édifice était seulement parsemée de petites pastilles blanches pouvant abriter en leur centre deux ou trois personnes.

         Sappho et Adonis prirent place au milieu d’un de ces cercles. La pastille se détacha du sol très doucement et se déplaça dans les airs, contrôlée mentalement par la Princesse. L’engin, silencieux et très fin, semblait être dépourvu de moteur, mais il possédait une gravité suffisante pour empêcher ses occupants de tomber dans le vide.

         Des centaines de ces appareils quittaient le sol pour disparaître dans les orifices pratiqués le long de la paroi du sommet de l’édifice. Sappho et Adonis survolaient à présent le jardin du palais impérial. Vu du ciel, le monument le plus imposant et le plus insolite du parc était incontestablement le palais de la Princesse.

         A force de le fixer, Adonis crut que sa vision se troublait. Les contours du palais devenaient flous, sa masse fondait et se reformait. Le buste de femme coulait par vagues blanches. Adonis ne pu contenir son étonnement. Le palais se recomposait, sa substance tournoya subitement dans un bouillonnement de violence pour former un gigantesque arc de cercle.

         Aux côtés d’Adonis, Sappho était comme hypnotisée. Elle fixait l’horizon du regard, complètement détachée de son environnement.

         - Avez-vous vu votre palais ? S’exclama Adonis. Il change de forme.

         En parlant, il avait tiré Sappho de la léthargie qui l’affectait. C’était comme si elle se réveillait après un long coma.

         - Qu’as-tu dit ? Je n’ai pas entendu.

         - Le palais ! Il bouge !

         Sappho ignora superbement les propos d’Adonis, comme si elle était encore un peu absente, profondément plongée dans ses pensées les plus intimes.

         - Tous ces cercles m’inspirent, murmura-t-elle en regardant les appareils de lévitation qui flottaient dans le ciel autour d’elle. Le cercle symbolise le retour au point de départ, le retour sur soi-même.

         Les bouches d’entrée de la partie supérieure du champignon étaient en forme de demi-cercles. L’appareil de Sappho et d’Adonis pénétra dans l’une d’elles et se posa au milieu d’un marquage concentrique tracé sur le sol.

         - Nous voici arrivés, fit Sappho.

         La Princesse et son protégé quittèrent le cercle pour se diriger vers une porte métallique. Elle s’ouvrit sur leur passage dans un léger bruit de pneumatique. Le couloir démesuré mais très sombre débouchait dans une grande salle circulaire qui devait représenter la majeure partie de l’édifice.

         Les murs de l’immense pièce, tels un stade, étaient couverts de gradins. Sappho et Adonis étaient passés sous les gradins, accédant ainsi directement au centre de la salle, dotée d’une esplanade circulaire, la tribune impériale.

         La Princesse et le jeune homme montèrent quelques marches et prirent place sur des sièges au centre de la tribune. Un trône en cristal bleu finement ciselé était réservé à l’Empereur, mais il était vide. Sappho se pencha à l’oreille d’Adonis afin de lui chuchoter quelques mots.

         - Le cérémonial dans la Cité Interdite est différent de celui pratiqué dans le reste de l’Empire. Les dignitaires ne doivent pas s’agenouiller devant Sa Majesté, mais seulement se lever lors de son entrée dans la salle.

         - Sa Majesté va-t-elle présider cette séance ?

         - Mon frère ne va pas tarder à arriver.

         Dans les gradins, les ambassadeurs s’impatientaient. Les trois ordres de l’Empire, les savants, les sparapets et les Immortels, étaient présents avec un nombre égal de représentants. Adonis voyait pour la première fois de sa vie les trois grands partis de l’Empire galactique qui luttaient pour le pouvoir.

Les forces de l’Empire se répartissaient traditionnellement en deux grands ensembles. Les Blancs, regroupant les savants et les nobles, partisans de l’autonomie des planètes, détenaient les deux tiers des représentants au sein du Grand Conseil et gouvernaient l’Empire depuis sa fondation. Leurs rivaux malheureux, les Noirs, minoritaires perpétuels, étaient constitués uniquement par les Immortels, les partisans d’un pouvoir central fort.

         Les discussions du Grand Conseil, où s’affrontaient directement les deux grandes idéologies de l’univers, étaient généralement houleuses. Elles déraperaient même aisément si elles n’étaient pas conduites par un arbitre, l’Empereur en personne.

         A l’entrée de Sa Majesté, escortée par le Commandeur des Immortels et par ses deux gardes du corps habituels, l’assemblée se leva d’un bloc. L’Empereur gravit les marches de la tribune et s’assit sur le trône de cristal bleu. Au même instant, Oued prit place aux côtés de Sappho

         - L’heure de vérité est enfin arrivée, chère Princesse, lui souffla-t-il à l’oreille. Es-tu prête pour le grand affrontement ?

         - Plus que jamais. J’attends cet instant depuis des années. Si tout se passe comme je l’ai prévu, les Noirs devraient enfin supplanter les Blancs.

         Les députés des trois ordres se rassirent sur leurs sièges respectifs. Les débats commencèrent, centrés autour du problème de la pélanine. Cette drogue faisait de graves ravages au sein des populations de l’Empire, décimant indistinctement les catégories miséreuses comme les classes les plus aisées.

         Oued s’impliquait particulièrement dans la gestion de cet épineux problème.

         - Nous devons renforcer les contrôles au sein de tout l’univers. Les Immortels doivent avoir accès à toutes les planètes, les sparapets sont incapables de maintenir l’ordre au sein de leurs territoires.

         Les bancs des nobles, garnis de somptueux costumes bariolés et flamboyants, grognèrent de protestations confuses. Un jeune homme, aux traits délicats, se leva et prit la parole. Adonis reconnu son ami Wacé.

         - Les sparapets sont suffisamment compétents pour s’imposer sur leurs planètes respectives. Nous refusons catégoriquement toute intrusion impériale à l’intérieur de nos districts planétaires.

         Les savants ne souhaitaient pas non plus rester indifférents aux débats. La Doyenne avait fait le voyage d’Okara pour apporter son point de vue. Elle ne se déplaçait plus que dans une bulle transparente qui annihilait toute pesanteur. Elle flottait dans cette boule de verre, ce qui lui apportait souplesse, confort et liberté dans ses mouvements. Sa voix caverneuse résonnait désagréablement dans la grande salle du Conseil.

         - Les savants ne sauraient tolérer l’intrusion d’Immortels sur Okara. Notre police est très efficace. D’ailleurs Okara est bien mieux préservée des ravages de la pélanine que Gayanès.

         Furieuse, la Princesse Sappho se dressa de son siège dans un flottement nerveux de tissu froissé.

         - Mettriez-vous la compétence des Immortels en cause ? Auriez-vous oublié les centaines d’étudiants qui meurent chaque année de surdoses sur votre planète ? Le Commandeur a raison. La situation économique de l’Empire est catastrophique et exige un contrôle plus strict des comportements individuels.

         L’Empereur resté silencieux jusque là voulut prendre la parole. Il toussa fébrilement, racla sa gorge et cracha un peu de sang.

         - Tu exagères quelque peu, très chère sœur, en critiquant l’attitude des nobles et des savants. Personne n’ignore ta sympathie pour les Noirs. Ton impartialité dans cette affaire est évidente. N’es-tu pas la première à t’entourer d’une suite décadente et libertine ?

         La Princesse se tourna dans toutes les directions afin de prendre l’assemblée à témoin.

         - Ma suite est moins décadente que tes nobliaux indolents, mon frère. Je suis prête à parier tout ce que tu voudras que seule une personne de mon entourage pourra remporter le combat nautique de ces prochains jours.

         - Qui est ta championne ?

         - C’est un champion, corrigea Sappho, et il est ici à mes côtés.

         Adonis sentit tous les regards converger dans sa direction. L’Empereur essayait d’appréhender la situation. Le jeune homme intimidé assis aux côtés de la Princesse ne semblait pas représenter un réel danger. Avait-il enfin trouvé le moyen de se débarrasser de sa turbulente sœur ?

         - Es-tu prête à accepter n’importe quel enjeu ?

         - Tout ce que tu voudras.

         - Si mon champion devait l’emporter sur le tien, promets-moi de disparaître à tout jamais de cette Cour.

         L’assemblée se tut dans un silence de mort. Tous les conseillers étaient suspendus aux lèvres de Sappho. Allait-elle relever le défi que l’Empereur venait de lui lancer ?

         La Princesse savait que son frère craignait terriblement son influence dans l’Empire. Alors qu’ils n’étaient encore que des enfants ce dernier redoutait déjà que sa soeur ne lui ravisse la Couronne sous prétexte qu’elle était son aînée. Aujourd’hui encore, elle lui portait ombrage et il pensait avoir enfin trouvé un moyen pour l’éloigner définitivement de la Cour.

         Sappho feignit le désappointement.

         - Mon propre frère voudrait me condamner à l’exil.

         - J’ai fixé mes règles du jeu. Elles sont draconiennes, à toi de les accepter ou de les refuser.

         - Tu ne veux pas connaître mes conditions avant ?

         - Tout ce que tu voudras.

         La princesse ne put réprimer un petit sourire laconique. Sa robe virevolta dans les airs, son délicat minois se redressa en direction du dôme de la salle.

         - Si mon champion l’emporte, je veux que la représentation des Immortels au Grand Conseil soit doublée.

         L’Empereur était embarrassé, les Blancs protestèrent vivement. Sappho proposait ni plus ni moins que de bouleverser l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Empire. La Doyenne prit l’initiative d’intervenir avant que l’Empereur ne donne sa réponse à la Princesse.

         - Vous ne pouvez pas faire une telle promesse, hurla-t-elle en s’agitant dans sa bulle de verre. Doubler la représentation des Immortels reviendrait à leur octroyer la moitié des voix au sein du Grand Conseil.

         L’Empereur habituellement favorable aux Blancs s’était récemment rapproché des Noirs. Sans la menace des Immortels, les savants n’auraient jamais accepté de lui faire partager les secrets du projet Djed. Oued, en récompense de son zèle, avait alors reçu carte blanche pour contrôler Gayanès.

         - Les chances de cet adolescent de gagner le combat nautique sont nulles, expliqua l’Empereur.

         Aucun argument n’était assez puissant pour contrebalancer la perspective qui s’offrait à lui de se débarrasser de sa turbulente soeur, pas même les ultimes avertissements de Syris.

         - Je connais cet adolescent. Adonis est le major de l’Elakil et c’est probablement l’un des meilleurs combattants de tout l’univers. Il a été formé par les plus grands maîtres de l’Université.

         - Je connais quelqu’un de beaucoup plus fort, faites-moi confiance.

         L’Empereur ne souhaitait plus tergiverser. Il se leva, clôturant ainsi la séance au grand dam des Blancs. Un disque volant vint le chercher directement au pied du trône afin de le ramener dans son palais.

         Sappho et Adonis quittèrent l’assemblée en compagnie d’Oued. Lorsqu’ils quittèrent le bâtiment du Grand Conseil sur leur propre pastille de lévitation, Adonis jeta un bref coup d’œil en direction du mystérieux palais de Sappho.

Le jeune homme constata avec soulagement que la demeure de la Princesse n’avait pas une nouvelle fois changé de forme. Elle représentait toujours une arche monumentale qui se déployait au dessus des pelouses et des massifs de fleurs tel un arc-en-ciel.

         Ce n’est qu’une fois arrivé au sol qu’Adonis se permit de poser à Sappho une question qui lui brûlait les lèvres.

         - Savez-vous contre qui je vais concourir ?

         - Seul l’Empereur peut répondre à ta question. Mais je suppute qu’il en viendra à la même conclusion que moi. Il n’y a qu’une seule personne sur cette planète qui soit assez sportive pour espérer pouvoir te battre.

   

Chapitre 8                                                                  Chapitre 10  

 

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Published by Eloïs LOM
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