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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 14:48

 

         Adonis avait du mal à garder une parfaite maîtrise de soi. Les dizaines de femmes qui l’attendaient en bas de la passerelle l’intimidaient. Continuellement ballotté entre les sages de la Planète-Mère et les savants de l’Apanama, il n’avait jusqu’à présent vu qu’une seule femme, la Doyenne de l’Université. Et ce qui lui avait été donné d’apercevoir ne lui avait pas permis de se faire une juste idée de ce que pouvait être le sexe opposé.

         Toutes les femmes étaient-elles aussi vulgaires et provocantes que ces femelles curieuses dont les milliers d’yeux se posaient sur lui ? Une seule femme se distinguait de la masse, une Muse toute de bleu vêtue, semblable à une déesse grecque. Elle alliait avec grâce, beauté et maturité du corps. Comment une femme si élégante pouvait-elle s’entourer de demoiselles aussi délurées ? Adonis se dirigea instinctivement vers celle qui le rassurait comme une mère.

         La Princesse Sappho regardait le jeune agneau qui s’avançait dans sa direction. Elle avait bien cerné le personnage. N’importe quel jeune homme se serait émerveillé en découvrant ses Mignonnes, mais pas celui-ci qui avait hérité de la pudeur naturelle des sages de la Planète-Mère et des savants de l’Apanama.

         - Bonjour, bel Adonis. La Princesse Sappho est enchantée de t’accueillir sur Gayanès.

         En parcourant du regard le torse imberbe d’Adonis, partiellement découvert par la combinaison un peu échancrée du jeune homme, Sappho aperçut le pendentif au protonyx d’or. Elle se souvenait très bien de ce bijou. Son frère l’avait porté au début de son règne. Il y tenait tout particulièrement. Sappho, intriguée, estima qu’une enquête s’imposait, afin de découvrir les circonstances qui avaient pu amener Adonis à se retrouver en possession de ce précieux bijou impérial.

         - Tu possèdes un très beau pendentif, Adonis.

         - C’est un bijou de famille.

         Sappho manifesta son étonnement en inclinant légèrement sa tête sur la droite, puis en la redressant d’un coup sec. Elle réfléchissait.

         - Ta famille est en possession d’un bijou aux armes de l’Empire. Ne s’agirait-il pas d’un objet volé ?

         - Pas du tout, s’offusqua Adonis. J’ai été abandonné sur la Planète-Mère alors que je n’étais encore qu’un bébé. Les sages m’ont découvert devant la montagne de leur bibliothèque. Le pendentif avait été glissé dans le linge qui m’enveloppait.

         La Princesse palpa le bijou. Le monstre représenté était bien un protonyx, cet animal au majestueux corps de lion et à la tête de serpent surmontée de deux cornes. Ces bêtes ne vivaient que par la destruction. Dotées d’un pouvoir de contrôle de la matière par le Premier Empereur, elles pouvaient dans leur folie destructrice pousser les planètes à sortir de leurs axes, obliger les galaxies à imploser, créant ainsi un effroyable chaos cosmique.

         Seul l’Empereur pouvait les neutraliser. Sappho n’avait que dix-sept ans lorsqu’elle avait assisté au sacre de son frère. Cela s’était passé sur Iadès, une planète pratiquement désertique située au centre de l’univers qui servait de repère aux terribles protonyx.

         Sheshonq s’était aventuré seul dans le désert rouge pour aller affronter les protonyx sur la terre sacrée des falaises du Sud. L’un de ces monstres l’avait mordu au poignet. Cette morsure était mortelle pour n’importe quel homme, excepté pour les fils d’Etran qui étaient naturellement immunisés grâce au sang sacré qui coulait dans leurs veines.

         Le venin qui circulait dans les veines de Sheshonq lui octroyait la conscience des protonyx. Il devenait l’un des leurs et pouvait ainsi les neutraliser. Le pouvoir de destruction de ces monstres terrifiants était circonscrit au cours de l’intronisation de chaque nouvel Empereur, ce qui préservait l’humanité d’un cataclysme abominable.

         Le protonyx d’Adonis avait des yeux formés de minuscules rubis. Ils brillaient d’une lueur intense. Le jeune homme constata le trouble de la Princesse devant cette manifestation insolite.

         - Les yeux s’illuminent depuis que j’ai quitté Okara, expliqua-t-il à Sappho. Je ne connais pas l’origine de ce phénomène.

         Sappho au contraire avait parfaitement compris le message délivré par le pendentif. La dernière fois qu’elle avait vu ces yeux briller, c’était autour du cou de son frère, quelque temps avant le décès de leur père, lorsque les protonyx avaient pris conscience du déclin du vieil Empereur. Ils se tenaient alors prêts à reprendre la possession de leurs pouvoirs.

         Sappho avait dû se pencher sur la poitrine d’Adonis pour examiner de plus près le pendentif. Le souffle chaud de la respiration du jeune homme balayait doucement les cheveux de la Princesse. Elle sentit son odeur naturelle, un parfum délicieusement âcre. Sappho fut étonnée de ne pas être incommodée par cette odeur de mâle. Elle la trouva même fort agréable.

         Elle se redressa, ivre des senteurs du jeune homme.

         - Pourrais-tu me prêter ce pendentif ? Je te le restituerai dans quelques jours.

         Adonis hésitait à se séparer du seul objet qui pouvait le rattacher à ses parents. Pouvait-il faire confiance à la Princesse ?

         - J’y tiens beaucoup.

         - Cet objet t’appartient depuis ta naissance, je ne t’en priverai pas.

         Sappho désirait conserver ce pendentif pendant toute la durée du séjour d’Adonis sur Gayanès. Ce bijou cachait vraisemblablement un secret, la Princesse en était persuadée. Il valait mieux qu’aucun familier de l’Empereur ne l’aperçoive en possession du jeune homme. Sa vie pourrait être mise en danger.

         Adonis dégrafa sa chaîne et la passa autour du coup de Sappho.

         - Je vous confie le secret de mes origines, Princesse. Ne le perdez pas.

         - Rassure-toi, Adonis. Il est en sécurité en ma possession. Un tel bijou pourrait attirer bien des convoitises.

         Sappho frappa gaiement dans ses mains pour rassembler ses compagnes dispersées sur les pelouses du spaciodrome.

         - Debout mes Mignonnes. Nous rentrons au palais.

         Les jeunes filles ramassèrent leurs paniers et leurs vêtements éparpillés sur le gazon. Elles entouraient Adonis de leur attention, perturbant le jeune homme déjà fortement intimidé. Les courtisanes se disputaient le privilège de toucher ses cheveux dorés. Elles étaient également intriguées par l’arrivée d’un homme dans l’entourage exclusivement féminin de leur maîtresse.

         Sappho vit que son invité était indisposé par leur comportement.

         - Laissez le respirer un peu, s’emporta-t-elle. Vous ne voyez pas que vous l’effrayez ?

         Les courtisanes gloussèrent. C’était bien la première fois qu’elles terrifiaient un homme. Habituellement, leurs formes captivantes, succession infinie de courbes sensuelles, évoquaient de savoureuses étreintes. Mais aujourd’hui tout le monde semblait être indifférent à leur beauté, y compris la Princesse, beaucoup trop occupée à discuter avec son jeune protégé.

         Sappho marchait en tête en compagnie d’Adonis.

         - Je manque à la plus élémentaire des politesses, s’excusa-t-elle. Je ne t’ai même pas demandé si tu avais fait un bon voyage.

         - Ce fut un peu éprouvant. Il m’a fallu quinze heures pour faire le voyage de la Planète-Mère jusqu’à Gayanès.

         - Quinze heures !

         Cet ordre de grandeur stupéfia la Princesse. Quinze heures universelles pour passer d’une galaxie à une autre, c’était vraiment très long.

         - Le vaisseau est un vieux modèle. Il lui faut plusieurs heures avant de déclencher une passerelle dans l’espace temps.

         Depuis des millénaires, tous les vaisseaux spatiaux utilisaient un déplacement inter dimensionnel, contractant l’espace temps afin de se déplacer instantanément d’un point à l’autre de l’univers. Il suffisait d’entrer les coordonnées de la planète d’arrivée désirée pour y être transporté en une fraction de seconde.

         Les vaisseaux les plus modernes permettaient de déclencher ces portes spatio-temporelles en seulement quelques minutes, mais il fallait plusieurs heures de vol avant d’y parvenir dans les anciens modèles utilisés par les sages de la Planète-Mère, exclus des nouvelles technologies de l’Apanama.

         Sappho rassura Adonis.

         - Tu auras le temps de te reposer avant d’accomplir ta mission.

         - En quoi consistera-t-elle ?

         - Tu le verras en temps utile, ne t’inquiètes pas. T’es-tu déjà exercé au combat ?

         - J’ai pratiqué toutes les formes de lutte sur Okara. J’étais le meilleur combattant de l’Elakil.

         Sappho examina attentivement la morphologie du jeune homme.

         - Ta constitution n’est pourtant pas particulièrement athlétique.

         - Les muscles ne font pas tout. Un bon combattant doit aussi savoir se servir de sa tête. Tout est dans le mental.

         - Tu dois te préparer à participer à un combat un peu particulier, prévint la Princesse. Tu n’auras qu’une semaine pour t’entraîner.

         - Ce sera suffisant.

         - Je l’espère.

         Le scepticisme que la Princesse affichait à l’égard de ses prédispositions agaçait profondément Adonis. Sur Okara, il collectionnait les félicitations unanimes de ses professeurs. De quel droit cette femme frivole se permettait-elle de douter ainsi de ses capacités ?

         - J’ai fini major de ma promotion à l’Elakil, car j’étais de loin le meilleur des étudiants de l’Université et ce dans toutes les disciplines qui nous étaient imposées. Peu de personnes peuvent se vanter de m’avoir battu au combat.

         Cette pointe d’orgueil inattendue de la part d’un jeune élève des sages de la Planète-Mère surprit agréablement la Princesse Sappho. Soucieuse de ne pas froisser davantage son interlocuteur, elle tempéra ses propos :

         - Ton maître Irz’gune m’a certifié que tu étais imbattable. Je dois t’avouer qu’il ne tarissait pas d’éloges sur toi. Crois-moi, Adonis, il me tarde d’admirer tes prouesses.

         Adonis pressentait que la Princesse Sappho ne lui en apprendrait pas plus au cours de cette première journée. Il allait devoir faire preuve de patience s’il souhaitait obtenir plus d’informations à propos du combat qu’il allait devoir livrer.

         Dans l’immédiat, le jeune homme était plutôt préoccupé par des détails plus matérialistes.

         - Où vais-je résider sur Gayanès ?

         - Dans mon palais, bien sûr, s’exclama Sappho. D’ailleurs nous sommes arrivés. Tu es ici chez toi.

         Les arbres du jardin étaient écrasés par un immense bâtiment construit à partir d’une texture qu’Adonis ne parvenait pas à identifier, une matière blanche et poreuse qui ressemblait à de la roche. La forme de l’édifice était également très originale, un corps de femme privé de bras et coupé au niveau du bassin.

         Le bâtiment possédait une seule porte au niveau du nombril et était dépourvu de fenêtres. L’anatomie du corps, aux formes impressionnantes, et l’expression du visage, exquis de grâce mais un brin glacial, permettaient d’identifier la femme comme étant une réplique de Sappho, criante de réalisme.

         - Je vais aller me promener seule dans les jardins, expliqua la Princesse. Tu resteras en compagnie de mes Mignonnes, elles te prépareront une chambre.

         Adonis ressentait une certaine appréhension à entrer dans cette demeure inconnue avec les amies de la Princesse.

         - J’aimerai rester à vos côtés, Princesse.

         - Je préfère te prévenir tout de suite. Tu dois te préparer à combattre un adversaire redoutable et tu n’auras pas beaucoup l’occasion de me voir au cours de ces prochains jours.

         Le jeune homme regarda les courtisanes qui disparaissaient dans le nombril de la réplique de Sappho. Il se décida à les rejoindre à moitié rassuré.

         - Je vous souhaite une bonne promenade, Princesse.

         Sappho illumina son visage d’un petit sourire de satisfaction. Le jeune homme courait en direction de la porte. Il entra dans l’édifice. Sappho le sentit au plus profond de son corps, il était en elle.

         Son corps vibra d’extase.

   

Chapitre 7                                                             Chapitre 9 

 

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Published by Eloïs LOM
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