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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 15:47

 

         La Princesse Sappho se tenait debout sur la terrasse supérieure de son palais et regardait la scène sans réagir. Son neveu et cette traîtresse d’Elia couraient à travers les jardins main dans la main, mais elle avait renoncé à les intercepter avant qu’ils ne franchissent les limites de sa demeure.

         La Princesse Sappho avait perçu la teneur de la conversation entre Eden et Elia à travers les murs de son palais. Elle ressentait et entendait en effet tout ce qui se passait dans cette merveilleuse demeure vivante qui était issue de sa propre chair.

         Elia, par sa franchise à l’égard du Proèdre, avait indirectement répondu à la question qui tourmentait la Princesse depuis des années. La jeune femme avait enfin apporté la preuve que les chiromanciennes de Sappho ne lui mentaient pas lorsqu’elles lui promettaient la couronne. Le rêve le plus cher de l’ambitieuse Princesse allait enfin devenir réalité.

         Quant aux interrogations d’Eden concernant son devenir, Sappho pouvait y répondre sans le moindre doute. Irz’gune l’avait contactée pas plus tard que la veille pour lui annoncer l’arrivée imminente du jeune Adonis; la navette en provenance de la Planète-Mère était attendue pour les premières heures du jour. Avec ou sans l’aide d’Elia, les jours du Proèdre étaient désormais comptés.

         Sappho ne regrettait pas d’avoir dû se livrer à cette petite séance d’espionnage de sa dernière recrue. Elle n’avait jamais eu confiance en cette Elia et les récents événements avaient fini par lui donner raison.

         Cette petite garce avait trahi la future impératrice de l’univers pour s’enticher d’un adolescent incapable à l’avenir pour le moins incertain. Une telle naïveté ne pouvait s’expliquer que par l’amour.

         L’amour, encore lui et toujours. Sappho ne l’avait jamais connu et s’en méfiait comme de la peste. Les personnes amoureuses étaient grotesques, irrationnelles et influençables. La Princesse ne l’avait jamais caché. Elle n’aimait qu’une seule personne : elle-même. Au moins était-elle sûre de ne jamais être déçue ni même trahie. D’ailleurs, comment aurait-elle pu résister à ses propres charmes ? N’était-elle pas la femme la plus intelligente de l’univers ? Du moins, en était-elle personnellement convaincue.

         Sappho quitta la terrasse supérieure de son palais et regagna la grande galerie d’un pas guilleret. Cette nuit de triple pleine lune l’excitait; il lui tardait de retrouver la charmante compagnie de ses Mignonnes qui avait été perturbée par l’intrusion du Proèdre.

         - Me revoici mes Mignonnes ! S’exclama-t-elle en arrivant devant la porte.

         La grille en fer forgé grinça, brisant un silence inhabituel. La grande galerie était désertée par les courtisanes de la Princesse. Elles étaient parties précipitamment, abandonnant leurs verres à moitié pleins, leurs voiles de danse et certains de leurs plus beaux bijoux.

         Un homme à la stature imposante se tenait debout au milieu de ce désordre très féminin. Sappho le reconnut immédiatement à ses cheveux blonds coiffés en brosse et s’avança vers lui.

         - Je ne t’attendais plus, Commandeur. Qu’as-tu fait de mes douces amies ?

         - Je les ai congédiées car je désirais te voir seul à seule. Je suis venu pour m’entretenir du sort de l’Empire en général et de ton avenir en particulier, très chère Sappho.

         La Princesse n’osait plus y croire. Alors qu’elle attendait depuis si longtemps son ralliement à sa cause, Oued, le Commandeur tout puissant des Immortels, venait enfin de répondre à son invitation. Comment pouvait bien s’expliquer un revirement aussi inattendu ?

         - As-tu réfléchi à mon offre ?

         - L’Empire se meurt, Sappho, s’alarma-t-il. Je reviens d’une inspection aux quatre coins de l’univers. Les nouvelles sont inquiétantes. Les sparapets, ces nobles indolents, accroissent leur autonomie et se livrent à des guerres privées fratricides. L’économie est au bord de la banqueroute. Il faut que l’armée restaure l’ordre.

         Le Commandeur n’ignorait pas que Sappho l’entendait bien ainsi. Il s’était rallié à l’opinion générale qui considérait que cette femme à poigne était le seul véritable homme de sa famille.

         La Princesse qui savait que la conversation pouvait durer des heures prit ses aises. Elle s’allongea sur son gros coussin, sans même proposer un fauteuil à son hôte.

         - Que pense l’Empereur de cette situation intolérable ?

         Bien qu’il n’y fût pas invité, Oued s’installa dans un canapé situé à la droite de la Princesse.

         - L’Empereur règne mais ne gouverne pas. Complètement déconnecté des réalités du monde, il ne quitte guère la Cité Interdite et s’entoure de flatteurs. Il sombre progressivement dans un délire paranoïaque de plus en plus aigu. Son fils, quant à lui, est encore plus indolent.

         - Mes voyantes sont catégoriques, Eden ne régnera pas.

         Oued était sceptique. Il n’était pas homme à prêter foi aux prédictions hasardeuses de quelques chiromanciennes avides des fortunes fabuleuses que leur offrait Sappho.

         - L’Empereur n’y semble pas disposé. Il m’a donné l’ordre de me tenir prêt à enlever son fils.

         Sappho ne put cacher son étonnement. Cette nouvelle la troubla profondément.

         - Quelles peuvent bien être les intentions de mon frère ? Il ne souhaite probablement pas enlever son fils, son unique héritier, pour me permettre de lui succéder. Cela ne lui ressemblerait guère.

         Oued n’était pas disposé à délivrer à la Princesse une information aussi capitale sans la moindre contrepartie. Sa voix se fit légèrement impérieuse.

         - Pour le savoir, tu dois d’abord en payer le prix.

         Sappho ne désirait pas tergiverser.

         - Que veux-tu ?

         - Un pacte en bonne et due forme. Je soutiens tes prétentions à la couronne, mais de ton côté tu te plies à deux conditions.

         - Lesquelles ?

         - Tu m’épouses et tu me donnes un enfant.

         Ces deux conditions étaient inacceptables. Sappho ne pouvait pas supporter la présence des hommes. L’anatomie masculine la répugnait, elle fuyait le moindre contact corporel avec eux ne serait-ce qu’une simple poignée de mains. Les hommes la dégoûtaient profondément avec leur sexe monstrueux, leur système pileux surdéveloppé et leurs muscles disgracieux.

         - C’est hors de question, s’écria-t-elle.

         - Ce ne serait qu’un mariage blanc et l’insémination se réaliserait par des procédés artificiels. Mon objectif est de préserver ta dynastie. Si elle devait s’éteindre avec toi, l’univers serait condamné à disparaître.

         - Le sort de l’univers m’importe peu. Après moi le déluge.

         - Si c’est ton dernier mot, alors je n’ai plus qu’à me retirer.

         Oued se dirigea d’un pas ferme et décidé vers la porte. Sappho usa de son pouvoir mental sur sa maison pour refermer à distance la grille en fer forgé, barrant ainsi le passage au Commandeur des Immortels.

         Avoir un enfant à quarante-trois ans ne l’enthousiasmait guère surtout si c’était pour avoir un fils, mais elle n’avait pas vraiment le choix. Ses chiromanciennes lui avaient prédit qu’elle devrait nécessairement s’allier avec Oued pour prendre le pouvoir. Elle accepta finalement les exigences du Commandeur sans la moindre réserve.

         - Je suis prête à t’épouser et à te donner un enfant.

         Oued venait de marquer un point très important et s’en félicitait intérieurement.

         - Si je te demande un tel sacrifice c’est parce que nous n’allons pas avoir d’autre choix que de nous débarrasser d’Eden. Les savants ont mis au point une invention permettant de transférer les données du cerveau d’un corps vers un autre corps. Ton frère veut s’emparer du corps de son fils pour continuer à régner.

         Sappho avait déjà entendu des rumeurs à ce sujet.

         - Mon frère a demandé depuis longtemps aux savants d’assurer la survie de son âme. J’ignorais que ce projet était aussi avancé.

         - Cela fait seulement trois jours que l’Empereur m’a prévenu de ses intentions. Il est de plus en plus malade, cela le rend imprévisible. Je vais tout faire pour retarder l’enlèvement du Proèdre, mais nous devons nous en débarrasser au plus tôt, avant que nos ennemis ne s’emparent de son corps.

         Les savants étaient influents dans l’Empire et beaucoup trop intrigants. Sappho était résolue à mettre un terme à leur puissance dès son accession au trône. Oued, elle le savait, partageait son point de vue.

         - Le Proèdre est en sursis, assura la Princesse. Les sages de la Planète-Mère me l’ont garanti.

         Le Commandeur, à l’inverse de Sappho, n’était pas plus convaincu par les visions des sages de la Planète-Mère que par les prédictions des chiromanciennes de la Princesse.

         Il préférait néanmoins laisser agir Sappho. Le meurtre d’un Proèdre, affaire non dénuée de conséquences et particulièrement risquée, n’était pas chose aisée. Moins il prendrait de responsabilités dans cette affaire, mieux il s’en porterait.

         - Le Proèdre est très bien protégé, prévint-il. Depuis que l’Empereur espère retrouver une seconde jeunesse grâce à son fils, il lui pardonne absolument tous ses égarements. Pour son dix-septième anniversaire, Eden avait organisé un safari sur Iadès. Ce faux pas aurait pu le décrédibiliser une bonne fois pour toute, malheureusement l’Empereur m’a donné des instructions pour étouffer cette déplorable affaire.

         - C’est une information capitale pour nous, jubila Sappho. Les protonyx sont sacrés, Eden pourrait perdre ses droits au trône.

         - L’Empereur a bien veillé à faire disparaître la moindre preuve. Nous n’avons plus aucune chance de prouver quoi que ce soit.

         - Ce n’est pas grave, fit la Princesse. J’ai déjà un plan infaillible pour me débarrasser une bonne fois pour toute d’Eden. Mon plan est bien rôdé. Grâce à une nouvelle recrue sortie des plus hautes écoles de l’Empire, je vais faire d’une pierre deux coups. Je vais nous débarrasser du Proèdre tout en renforçant l’influence des Immortels au sein du Grand Conseil.

         - Tu es très imaginative, s’enthousiasma Oued.

         - Plus que tu ne le crois.

         Sappho tendit les bras avec nonchalance afin que le Commandeur l’aide à se relever de son coussin. Il la tira à lui.

         - Nous sommes faits pour nous entendre, chère Sappho.

         La princesse se libéra de son emprise.

         - Notre alliance est celle de la force et de l’intelligence, reconnut-elle. Nous ne pouvons pas échouer.

         Le Commandeur prit finalement congé de la Princesse :

         - Je dois regagner le Toledo, l’Empereur doit faire une inspection générale des Immortels dans la journée.

         Le jour commençait à poindre, derrière les rideaux des fenêtres, au fond de la pièce. La navette de l’envoyé des sages n’allait pas tarder à se poser sur Gayanès. Sappho souhaitait accueillir personnellement ce jeune prodige à son arrivée.

         - J’ai fort à faire également, Commandeur. Aussi vais-je me retirer dans mes appartements.

         Le Commandeur des Immortels baisa délicatement la main que lui tendait la Princesse, puis quitta la pièce après avoir fait un demi-tour sur lui-même très militaire.

         Dès le départ d’Oued, Sappho avait rassemblé toutes ses compagnes dans le grand hall du palais avant d’aller monter se changer dans sa chambre. Devant son miroir de plain-pied, elle laissa glisser sa longue cape transparente. Le tissu descendit tout le long de son corps en épousant les courbures harmonieuses de ses seins et de ses hanches. Elle ôta ensuite l’imposante perruque blanche sertie de perles pour découvrir une chevelure auburn abondante.

         Sappho ne cessait pas d’admirer ce corps dont elle prenait tant de soin. Elle appliqua délicatement quelques gouttes d’huile de coco sur les parties où le tégument se desséchait un peu. La peau qu’elle caressait nonchalamment était extrêmement douce au contact de ses mains.

         Afin de célébrer cette magnifique journée, elle avait opté pour le bleu, la couleur du pouvoir depuis des temps immémoriaux. D’un coup de pinceau, elle appliqua un peu de bleu clair sur ses paupières et rehaussa ses fines lèvres d’un bel indigo à l’aide d’un stick. Elle revêtit une robe de soie d'un bleu azuré, maintenue à la taille par une ceinture en or.

         Elle ne se reconnaissait pas dans l’image reflétée par le miroir. Son apparence très soignée et sa tenue classique lui donnaient des airs de petite fille sage. C’est qu’elle ne souhaitait pas effaroucher le jeune agneau que lui envoyaient les sages de la Planète-Mère. Du moins pas pour l’instant.

         Sappho passa un diadème serti d’or et de saphirs par-dessus ses abondants cheveux aux reflets cuivrés.

         Elle descendit l’escalier du hall sous les yeux éblouis de ses courtisanes.

         - Mes amies, nous pouvons y aller.

         Le spaciodrome privé du palais impérial était situé de l’autre côté de la Cité Interdite, à proximité du palais de l’Empereur. Un étrange défilé traversa les jardins au milieu des ifs centenaires et des parterres de fleurs. Sappho, en tête, marchait d’un pas alerte, suivie par ses compagnes, vêtues uniquement de voiles bleus, rouges et jaunes transparents, les pieds nus, leurs cheveux déliés et agrémentés de quelques fleurs sauvages. Certaines courtisanes entièrement nues et maquillées de la tête aux pieds, portaient d’exubérantes perruques aux couleurs fantasques.

         La piste d’atterrissage entourée d’une centaine de palmiers dattiers était déjà illuminée par les premiers rayons de soleil. Le comité d’accueil s’installa sur une pelouse en bordure de piste, au pied d’un palmier dattier.

         Des jeunes filles avaient apporté des paniers de fruits et des gâteaux. Elles déroulèrent des nappes et préparèrent le petit déjeuner.

         Elles mangeaient de bon coeur lorsqu’un aéronef se posa en douceur sur la piste du spaciodrome. Un adolescent aux yeux et aux cheveux d’or se présenta timidement en haut de la passerelle. Il ne ressemblait pas du tout à ce que Sappho avait pu imaginer.

         La Princesse fut émue par tant de grâce. Elle trouva le jeune homme fort beau.

 

Chapitre 5                                                              Chapitre 7   

 

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Published by Eloïs LOM
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