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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 22:28

 

         Le prisme de cristal tournait dans son lecteur. Les images défilaient dans la sphère holographique au milieu de la salle, encore et toujours. Depuis de longues heures. La Doyenne regrettait de ne pas avoir réussi à repérer chronologiquement les faits qui l’intéressaient précisément. A partir de ce qu’elle avait aperçu, elle avait seulement pu en déduire que l’Empereur devait être âgé d’une vingtaine d’années au moment des événements, mais cela lui faisait encore des milliers de séquences à visionner.

         Une femme, très belle, blonde aux yeux d’or, apparut grandeur nature dans la sphère holographique. Syris arrêta immédiatement l’image sur cette beauté angélique. Elle venait enfin de trouver ce qu’elle recherchait.

         Les événements se déroulaient au début du règne de l’Empereur Sheshonq. Syris s’en souvenait très bien. C’était l’époque de la grande guerre contre les Amazones. Pour des raisons inconnues, ces guerrières cruelles et redoutables avaient quitté Bello, leur planète, pour déferler en hordes sur l’Empire.

         L’Empereur alors âgé d’une vingtaine d’années avait pris le commandement des Immortels pour les affronter. Après plusieurs batailles défavorables à l’Empire, les troupes de sa Majesté avaient finalement réussi à capturer la reine des Amazones, la belle Adwa.

         Les images qui défilaient dans la sphère holographique témoignaient de ces événements. Les troupes d’Adwa composées de milliers de petits vaisseaux spatiaux harcelaient les immenses bâtiments de l’Empire. Beaucoup plus petites et plus mobiles, les navettes des Amazones avaient concentré leurs tirs sur la titanesque navette impériale.

         Le vaisseau-mère qui ressemblait à un gigantesque diamant noir très brillant mesurait plusieurs dizaines de kilomètres de diamètre. En raison de son envergure, l’appareil ne pouvait jamais se poser au sol, ce qui le contraignait à stationner en orbite autour des planètes qu’il assiégeait. Les Amazones étaient parvenues à faire exploser les canons thermonucléaires de l’appareil les uns après les autres. Lorsque la nef de l’Empereur fut totalement désarmée, les vaisseaux amazoniens l’abordèrent.

         Les combats qui se poursuivaient dans les couloirs du vaisseau amiral étaient extrêmement meurtriers. Les Amazones étaient conduites par leur reine, une blonde d’un mètre quatre-vingts aux longs cheveux longs. Elles combattaient les seins nus et étaient vêtues uniquement d’un cache-sexe. Les Immortels, pourtant aguerris, étaient impressionnés par la redoutable combativité de ces femmes guerrières.

         Le combat était cependant beaucoup trop inégal. Les armures noires des Immortels résistaient au feu des lasers, tandis que les femmes guerrières ne disposaient d’aucune protection en dehors de leurs boucliers magnétiques. Les tenues de combat des impériaux étaient en effet constituées d’un alliage très résistant qui avait la propriété de répartir l’énergie des lasers sur toute la surface de l’armure, rendant ces derniers totalement inopérants.

         Le seul avantage des Amazones résidait dans des disques miniatures d’un centimètre de diamètre qui, une fois lancés, créaient en tournant sur eux-mêmes un disque plus large de dix centimètres constitué d’un rayon laser. Ils volaient dans la pièce et attaquaient uniquement les Immortels dont ils détectaient l’ADN masculin. Ces disques tranchaient comme du beurre le métal le plus résistant, permettant aux Amazones de décapiter les soldats de l’Empire, complètement déroutés par cette arme des plus redoutables.

         Malgré leur vaillance, les Amazones reculaient cependant partout. La reine Adwa qui avait décapité une bonne dizaine d’Immortels finit par être maîtrisée par les impériaux. Les combats cessaient progressivement dans des couloirs remplis de milliers de cadavres. Le jeune Sheshonq entouré de ses principaux généraux fut encore plus impressionné que sa prisonnière lorsque des soldats la lui présentèrent.

         Syris monta le son de la sphère holographique. L’Empereur s’était levé de son trône pour se dresser devant la captive enchaînée à ses pieds.

         - Tu as fait preuve de beaucoup de courage. Tu auras la vie sauve.

         La jeune femme couverte de meurtrissures était plus farouche qu’un animal sauvage.

         - Je préfère la mort au déshonneur. Toutes mes compagnes sont mortes au combat, je ne mérite pas d’être encore en vie.

         L’Empereur était circonspect. Il ordonna à ses gardes :

         - Emmenez-la dans mes appartements. Je souhaite l’interroger personnellement.

         L’enregistrement de la mémoire de l’Empereur émettait à présent un flot confus de sensations. Le jeune Sheshonq s’était épris de la reine vaincue. Dès qu’ils se retrouvèrent seuls dans la chambre, il se montra extrêmement prévenant avec sa prisonnière.

         - Pourquoi ton peuple s’attaque t-il à l’Empire ?

         La reine tendit fièrement ses poignets enchaînés à l’Empereur.

         - Détache mes liens et je répondrai à toutes tes questions.

         - Tu as une force prodigieuse. Qu’est ce qui m’assure que tu n’essayeras pas me tuer si je te libère ?

         - Chez les Amazones, la parole est sacrée. Je m’engage sur mon honneur à ne pas t’attaquer et je te promets que je n’essayerai pas de me sauver.

         L’Empereur hésita un instant, puis délia les menottes végétales. L’Amazone était beaucoup trop fière pour avoir l’esprit retors, pensa-t-il. Les menottes se dénouèrent et tombèrent sur le dallage du sol de la chambre. La reine frottait ses poignets encore endoloris par les liens.

         Elle s’expliqua :

         - Nous vivons sur la planète Bello et notre monde a deux soleils, un bleu petit et très brûlant et un gros rouge beaucoup plus froid. Tous les cinq cents ans environ, nous subissons une éclipse de soleil. Le plus petit des deux astres disparaît derrière le grand pendant douze ans. La température sur Bello se refroidit alors de six degrés. Les lacs gèlent et la froidure détruit les récoltes. Pour survivre dans de telles conditions, nous devons piller d’autres mondes et ils sont tous fédérés à ton Empire.

         - Quelles sont les coordonnées galactiques de Bello ?

         La reine se figea.

         - Si je te le dis, tes Immortels détruiront ma planète. Je préfère mourir plutôt que de trahir mon peuple.

         La reine était sur ses gardes. L’Empereur désirait orienter la conversation vers un sujet moins sensible.

         - Maintenant que tu es mon otage, tes compagnes vont cesser le combat.

         - Détrompe-toi. Des milliers de vaisseaux sont prêts à décoller de Bello. Si tu veux la paix, libère-moi. Je te promets dans ce cas que les Amazones n’attaqueront plus l’Empire tant que tu en seras le maître.

         - Je suis prêt à faire tout ce que tu me demanderas, mais auparavant donne-moi un baiser.

         La reine embrassa l’Empereur avec ardeur, puis arracha la longue cape noire qu’il portait.

         Syris avait l’impression de jouer les voyeuses et accéléra le déroulement des images. La Doyenne était satisfaite. Elle venait de comprendre pourquoi les Amazones avaient soudainement décrété une trêve avec l’Empire après tant d’années de guerres. Elle comprenait également pourquoi la reine Adwa avait si facilement pu échapper à la surveillance de ses gardes alors qu’elle était consignée sur Gayanès.

         L’amour entre l’Empereur de tout l’univers et une reine misandre était impossible. Les hommes n’étaient pas tolérés sur Bello et ceux qui osaient s’y aventurer par mégarde ou par inconscience étaient immédiatement exécutés après avoir servi à la reproduction. Les deux amants s’étaient très rapidement rendu compte que leur relation ne pouvait être qu’éphémère.

         Après quelques semaines d’une liaison secrète, alors qu’ils venaient de regagner Gayanès, ils décidèrent d’un commun accord de rompre.

         Avant de laisser Adwa monter dans le vaisseau qui devait la ramener dans sa patrie, l’Empereur lui fit don d’un somptueux pendentif très singulier. Le bijou en or représentait un protonyx, l’animal sacré de la famille impériale. Les yeux rouges étaient constitués de rubis.

         Syris fit un gros plan sur le pendentif. Elle l’avait déjà vu quelque part, mais il lui était impossible de se souvenir où. C’était très récent. Sa mémoire souvent capricieuse lui faisait de nouveau défaut. Puis, en un éclair de seconde, elle se rappela.

         L’un de ses étudiants possédait un pendentif semblable en tout point à celui là. Un objet tellement particulier qu’il ne pouvait être qu’unique. Comment pouvait-on alors expliquer qu’il se trouve entre les mains d’un jeune pensionnaire de l’Université ?

          La reine Adwa ne l’aurait cédé pour rien au monde. A moins que cette personne ne soit... Non c’était strictement impossible, Syris évacua cette idée de son esprit. Les Amazones ne pouvaient mettre au monde que des filles. Une exception était néanmoins possible. Adwa en était déjà une, puisque à l’inverse de ses congénères, elle n’avait pas égorgé l’homme avec lequel elle avait fait l’amour. Elle l’avait même aimé, ce qui était invraisemblable chez une Amazone. L’aurait-elle aimé au point de lui donner un fils ?

         De nombreux étudiants possédaient des yeux aux reflets dorés, semblables à ceux des Amazones. Les métissages étaient importants entre les différentes populations de l’Empire, y compris avec les femmes guerrières de la planète Bello.

         Wacé et Adonis possédaient tous les deux des yeux aux reflets dorés et Syris ne parvenait plus à se souvenir sur lequel de ces deux étudiants elle avait pu apercevoir le pendentif. Ils étaient tellement inséparables qu’on les confondait souvent malgré leurs différences de caractère.

         Un petit détail venait soudainement de lui rafraîchir la mémoire. Syris pensa à l’étudiant. Il n’y avait plus aucun doute. Il possédait les traits fins de la reine des Amazones et la noblesse de l’Empereur. Elle avait vu le pendentif sur le torse imberbe du jeune homme. Elle s’en souvenait très bien maintenant, il n’y avait plus le moindre doute.

         L’Empereur avait eu un second fils et Syris cherchait à évaluer les conséquences de cette nouvelle situation. Une vieille légende envisageait une telle éventualité, mais à quel sujet ? Syris pestait. Sa mémoire prodigieuse malmenée par l’âge lui faisait une fois de plus défaut. Elle éteignit tous ses appareils de contrôle et appela ses serviteurs par holophone.

         - Rejoignez-moi immédiatement dans la salle du Djed avec les plus grands archivistes de l’Apanama.

         La Doyenne se cala au fond de son fauteuil et se tourna en direction de la porte. Les savants arrivèrent en courant suivis par plusieurs archivistes, des savants à la retraite chargés de la conservation des documents de l’Apanama. Très érudits, ils passaient la plupart de leurs journées à consulter les livres et les prismes lasers dont ils avaient la charge. Aucun conte ou mythe de l’Empire ne leur était inconnu.

         La Doyenne interrogea le plus vieux qui passait pour être le plus instruit.

         - Quand j’étais jeune, mon père m’avait parlé d’une légende concernant un Empereur qui engendrerait deux fils. De quoi s’agit-il exactement ?

         Le vieil homme tendit son index en l’air, sa voix sourde tremblait.

         - Ainsi parle Etran, le Premier Empereur, s’écria-t-il. Quand un de mes fils mettra au monde deux proèdres, aucun d’eux ne pourra monter sur le trône et l’équilibre du cosmos sera rompu. Alors viendra l’heure du Mensékhar. L’Empire disparaîtra dans un déluge de feu plus intense que toutes les fournaises.

         Toute l’assemblée était suspendue aux paroles du vieux savant. Ils avaient tous plus ou moins entendu parler du Mensékhar, cette fin du monde tant redoutée, annoncée depuis des lustres. Syris se souvint d’un hymne qu’elle chantait alors qu’elle était à l’école.

 

         Craignez le Mensékhar.

         Le sol tremblera, la terre se fendra.

         Les planètes embraseront les cieux.

         Les étoiles cesseront de briller.

 

         Cette fin du monde n’était pas une simple chimère puisqu’elle avait été annoncée par le fondateur de l’Empire, celui-là même qui avait organisé le monde selon sa propre volonté. Le Mensékhar devait arriver dans un cas de figure très précis. Il suffisait tout simplement qu’un empereur mette au monde deux fils.

         Depuis des millénaires, les empereurs s’étaient bien gardés d’avoir un autre enfant après la naissance de leur fils premier-né. En dépit de toutes ces précautions, la prédiction semblait pourtant se réaliser. Sheshonq avait enfreint la loi d’Etran en mettant au monde deux héritiers mâles, et ce sans même en avoir eu conscience.

         Le vieil homme ajouta d’un ton solennel.

         - Une légende apocryphe ajoute même : Un seul d’entre eux survivra au Mensékhar. Et plusieurs d’entre elles.

         - Qu’est-ce que cela signifie ? Demanda Syris.

         - Le Mensékhar en détruisant notre univers marquera l’avènement d’un nouveau monde. Il n’y aura qu’un élu et plusieurs élues. Mais cette citation attribuée au Premier Empereur est d’origine douteuse.

         Syris ne se faisait pas d’illusion. Elle ne serait pas au nombre de ces heureux élus.

         Etran avait bien réussi à préserver sa dynastie. Seul un de ses descendants pouvait prétendre monter sur le trône car le sang d’Etran préservait de la morsure fatale des protonyx. Et sans morsure, l’Empereur ne pouvait pas accéder à la conscience de l’univers qui lui permettait d’être le garant de l’équilibre du monde.

         Le désespoir étreignit Syris. Après des années de recherche, elle était enfin parvenue à percer les défenses de la dynastie impériale. Alors qu’elle allait enfin atteindre son but en s’emparant du corps d’Eden et par conséquent du pouvoir, un fils inconnu venait contrarier tous ses plans.

         Parce qu’un empereur avait mis au monde deux fils, l’humanité toute entière était en péril.

         Syris ne souhaitait pas se laisser abattre pour autant.

         - En quoi l’existence de deux proèdres menacerait-elle l’équilibre du monde ?

         - La prédiction ne nous le révèle pas. Entreraient-ils en conflit ? Ce n’est pas impossible. Une citation du Premier Empereur parle des deux proèdres en ces termes : L’un sera éclatant comme le jour, l’autre sombre comme la nuit. Pourtant, ils ne feront qu’un.

         - Cela ne nous avance guère, se lamenta Syris. Et si l’un des deux proèdres venait à mourir ?

         - Il y a fort à parier que la malédiction serait levée.

         Syris avait décidé de se satisfaire de cette réponse rassurante. Elle était déterminée à se débarrasser du deuxième proèdre par tous les moyens. Personne n’avait connaissance de son existence et il ne représenterait bientôt plus aucune menace pour qui que ce soit.

         Elle regrettait simplement de ne pas avoir eu l’information plus tôt. Il aurait été plus aisé pour elle de se débarrasser de l’étudiant tant qu’il résidait au sein de l’Université. A présent, elle allait devoir engager ses meilleurs espions pour exécuter cette mission particulièrement périlleuse.

         La Doyenne sortit le prisme contenant la mémoire impériale de son lecteur. Il ne lui était plus d’aucune utilité maintenant. Le prisme translucide exposé à la lumière reflétait toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Syris, hypnotisée un temps par ce bal des couleurs, passa ses longs ongles sur la surface finement gravée. Le grincement était désagréable, les savants avaient l’impression que leurs dents se déchaussaient, mais le prisme de cristal ne présentait pas la moindre éraflure.

         Syris le plongea dans un bain d’acide destiné à supprimer les documents inutiles. De la fumée blanche s’échappa du bac lorsque l’acide attaqua la texture du prisme.

         Un savant s’indigna :

         - Nous n’avions qu’une seule copie de la mémoire de l’Empereur. Comment allons-nous opérer le transfert maintenant ?

         Syris ressortit un morceau de cristal à moitié fondu du bain. Elle tenait entre ses doigts le dernier espoir de l’Empereur et jeta finalement ce qu’il en restait dans l’acide. Le bain bouillonna, la fumée devint grise.

         - L’opération est annulée, fit-elle. Votre nouvelle mission est de sauver ma mémoire. Je vais bientôt avoir cent vingt-trois ans, ma longue expérience ne doit pas être perdue.

         Ses maigres forces l’accompagnèrent péniblement jusqu’à la couche du laboratoire. Elle s’allongea et, avant de s’endormir, pensa à ses tueurs qui allaient bientôt éloigner définitivement le spectre du Mensékhar.

         Elle avait toutes les cartes en main et quand elle se réveillerait, dans un peu moins de deux heures, elle serait immortelle.

 

Chapitre 4                                                           Chapitre 6

 

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Published by Eloïs LOM
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