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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 15:43

 

         Adonis s’élança dans les airs à travers le ciel bleu de la Planète-Mère. Son ectoplasme libéré de son enveloppe corporelle monta en vrille vers le soleil jusqu’à la stratosphère, puis se stabilisa pour se diriger vers le grand océan.

         La côte sableuse pratiquement infinie se découpait dans des flots bleus agités par des rouleaux blancs d’écumes. Adonis plongea en direction de la mer afin de voir la plage de plus près. Il se souvenait d’avoir passé un séjour au bord de la mer lors de ses pérégrinations aux côtés d’Irz’gune. Il était encore enfant et était tombé amoureux de cette masse bleue. Voyant son enthousiasme et craignant qu’il ne s’attache trop à une vie au bord de la mer, le sage avait mis fin à leur séjour. Depuis cette expérience, Adonis n’était jamais revenu sur les côtes du grand océan.

         Son ectoplasme se posa sur le sable blond. Privé de son corps, il ne sentait pas les grains de sable sous ses pieds et ne pouvait pas humer l’air iodé. Cela n’avait aucune importance, la sérénité des lieux lui suffisait amplement.

         La décorporation permettait à Adonis de s’évader du chagrin qui l’emplissait depuis la mort d’Eden. Il s’était attaché au jeune homme lors de leur fuite à travers les étages de Phylis 1 et sa présence familière lui manquait cruellement. Il avait également appris le suicide de Sappho et la perte de cette femme exceptionnelle lui causait un grand émoi.

         Un éclair troubla la quiétude des lieux en déchirant le ciel pourtant parfaitement dégagé du moindre nuage. La flèche de lumière avait explosé, touchant la surface des flots dans un flash puissant qui avait illuminé tout l’horizon d’une lumière blanche.

         Adonis sentait une présence autour de lui, une présence apparue en même temps que le phénomène lumineux. Cette présence intense semblait être partout autour de lui. Une petite lueur jaune brilla à l’horizon sur l’océan, puis fonça sur Adonis à une vitesse prodigieuse. La lueur devenait monstrueuse au fur et à mesure qu’elle approchait, aveuglant Adonis de son éclat incomparable.

         La lumière l’enveloppait lorsque, se contractant sur elle-même, elle disparut pour se fondre dans une forme translucide. Les contours devenaient plus précis, formant un corps humain. A son plus grand étonnement, Adonis se retrouva devant l’ectoplasme d’Eden.

         - Eden ! Mais que fais-tu ici, je te croyais mort ?

         Le visage tendu de l’ectoplasme d’Eden reflétait les inquiétudes liées à sa propre survie en tant qu’esprit.

         - Un des sbires de la Doyenne m’a injecté une substance simulant une mort subite, expliqua t-il à Adonis. Cette vieille sorcière voulait m’enlever.

         Adonis n’était pas absolument sûr de se trouver en face de l’esprit de son frère. Il avait été réellement convaincu de sa mort lors de leur retour de Phylis. Avait-il pu être si facilement abusé ? L’ectoplasme était cependant réel et ne permettait pas au doute de subsister. Adonis se reprocha sa naïveté.

         - Je suis désolé de t’avoir abandonné aux griffes de cette vieille sorcière. Je vais tout mettre en oeuvre pour te libérer.    

         - Ce sera trop tard, gémit Eden. A l’heure qu’il est, Syris m’a posé un casque sur la tête qui est censé transférer toutes les données de son cerveau dans le mien. Elle va bientôt effacer ma mémoire et ma personnalité.

         Adonis avait du mal à y croire.

         - Mais c’est impossible.

         - Les savants reconnaissent cette invention sous le nom de projet Djed. Ils n’auraient pas pris le risque de m’enlever s’ils n’étaient pas sûrs de leur fait.

         Adonis ne se pardonnait pas d’avoir été joué par les savants. Cette erreur était d’autant plus impardonnable estimait-il qu’il ne pouvait plus rien faire matériellement pour la réparer. Même avec l’engin le plus rapide, il serait dans l’incapacité d’arriver sur Okara avant la mise en route de la terrible machine des savants. Il était trop tard pour sauver Eden. Le jeune homme en avait-il conscience ?

         - Je ne peux rien faire pour toi, malheureusement. Syris aura déjà pris possession de ton corps avant que nous ayons pu investir l’Apanama.

         Eden confirma.

         - Il est trop tard. Le déclenchement du processus n’est qu’une question de seconde. Peut-être l’ont-ils même déjà amorcé.

         La question était désormais de savoir quel serait l’avenir de l’ectoplasme d’Eden. Adonis ne se sentait pas le courage d’annoncer la mauvaise nouvelle à son frère. Irz’gune avait toujours été très clair sur ce point.

         - Il ne peut pas y avoir deux esprits dans un seul et même corps.

         - Que vais-je devenir ? S’angoissa Eden.

         Adonis avait choisi d’être honnête avec lui.

         - Ton ectoplasme privé de réceptacle sera condamné à errer puis disparaîtra, perdu dans l’immensité du cosmos.

         Eden ne souhaitait pas disparaître, il voulait que son esprit continue à subsister. Il avait bien une idée sur la manière d’y parvenir, mais il craignait qu’Adonis s'y oppose. Il formula néanmoins sa demande.

         - Il me faut un nouvel habitacle. Accepte-moi dans ton corps, Adonis.

         Cette proposition figea le jeune homme. Il avait pourtant été très explicite avec Eden : un seul esprit dans un seul corps. Son frère n’était-il pas en train de lui demander de se sacrifier pour lui ? Dans ce cas, il refuserait.

         - Si je t’accepte dans mon corps, objecta Adonis, je serai condamné à disparaître à ta place.

         L’ectoplasme d’Eden grimaça.

         - Tu m’as mal compris, Adonis. Je te propose de fusionner nos deux ectoplasmes pour n’en former plus qu’un seul.

         Eden délirait-il ? Irz’gune n’avait jamais parlé à Adonis d’une éventuelle possibilité de fusion entre deux ectoplasmes. Cette opération était irréalisable, puisqu’elle demanderait de fusionner deux esprits. Et même en supposant qu’elle soit réalisable, quel résultat pourrait-on en escompter ? Adonis rejeta l’idée d’Eden et le lui fit savoir.

         - Je refuse. Ton idée est irréalisable.

         - Détrompe-toi, fit Eden. Tu n’aimais pas Khios, mais je suis sûr qu’il nous disait la vérité lorsqu’il affirmait que mon âme pouvait se décorporer à l’infini. Je me suis entraîné tout à l’heure en venant te rejoindre et j’ai réussi à envelopper toute la Planète-Mère de mon esprit.

         Adonis se souvenait de l’étrange sensation qu’il avait éprouvée lorsque l’éclair avait illuminé l’horizon. L’ectoplasme d’Eden était très loin, mais il avait senti une présence partout autour de lui. Il n’oubliait pas non plus les révélations d’Irz’gune à propos de l’esprit d’Eden. Ce qu’il lui avait appris correspondait tout à fait aux propos de Khios sur Phylis.

         Adonis rêvait de se laisser envelopper dans l’esprit de son frère. « Tu seras immortel », lui avait assuré Irz’gune. Le Mensékhar était le prix à payer pour posséder cet esprit propre à l’Antiproèdre. La récompense serait-elle proportionnelle au risque encouru ? Irz’gune et Khios semblaient répondre à cette question par l’affirmative.

         - Je suis prêt à tenter l’expérience avec toi, décida Adonis.

         L’ectoplasme d’Eden s’envola et se modifia pour former une immense porte rectangulaire et translucide dans le ciel. Adonis décolla du sol et pénétra à travers la porte ainsi formée.

         Adonis transperça un fin voilage. Les voiles s’étaient écartés sur son passage pour dévoiler un paysage vierge perdu dans un brouillard épais et blanchâtre. Pas un seul bruit, pas la moindre ombre ne perçait au travers de ce rideau de brume. Il avait perdu tout sens d’orientation et était incapable de savoir où il se trouvait. Il avait l’impression d’être à la fois partout et nulle part. Perdu, il n’en était pas pour autant inquiet. Des sensations positives parvenaient à ses sens.

         Au contact de l’ectoplasme d’Eden, Adonis avait eu l’impression que son esprit se dissolvait. Cette sensation était indescriptible. Adonis pouvait simplement la comparer avec la décorporation. En se décorporant, il s’échappait de son corps, se détachant de toutes les douleurs physiques. En pénétrant dans l’esprit d’Eden, Adonis s’était libéré de son esprit. Les douleurs morales n’avaient plus aucune prise sur lui. Il était incapable de ressentir des angoisses, des remords ou même de la peur.

         Perdu dans les nuages d’Eden, Adonis se sentait libre comme l’air. Il était en état d’euphorie naturelle, littéralement assailli de pensées positives qui lui conféraient une félicité intérieure indescriptible.

         Adonis était au Paradis. La sensation de bien-être total était maintenant accompagnée par des images merveilleuses. La brume blanchâtre s’était estompée puis s’était complètement dispersée pour découvrir un paysage de rêve. Adonis volait au milieu d’un monde sans dimension. Il n’avait plus la moindre notion ni d’espace ni de temps. Les images étranges ne ressemblaient à rien de connu.

         Envolées la Planète-Mère, Gayanès, Phylis et les autres planètes de l’univers. Le monde d’Eden était composé de tout un monde en trompe-l’oeil. Les personnages avaient les traits tirés pour entrer dans des visages parfaitement carrés. Leurs têtes cubiques offraient des visages de personnes différentes sur chaque face, tandis que leurs corps d’apparence volumineuse étaient en réalité plats. Ils souriaient tous du même sourire figé, un sourire béat un peu bête, comme s’ils étaient perpétuellement heureux. Les personnages articulaient leurs bouches, mais aucun mot n’en sortait. Adonis trouva que ce silence, loin d’être inquiétant, était en réalité très appréciable.

         Les personnages déambulaient sans aucun but dans un décor sans haut ni bas, sans début ni fin. Les couleurs se dispersaient et se réunissaient, apparaissaient, puis disparaissaient, créant des formes surprenantes comme dans un feu d’artifice.

         Le paysage n’était pas beau en lui-même, ses aspects non familiers auraient même pu avoir un côté angoissant. Mais ce paysage était beau car il n’avait aucune limite, ni dans l’espace, ni dans le temps, ni dans l’imagination. Ce paysage était infini dans ses dimensions et dans ses créations.

         Une goutte d’eau monstrueuse roula en direction d’Adonis et emporta le jeune homme. Il était prisonnier au coeur de cette goutte qui l’isolait du bruit et déformait à outrance un paysage autour de lui déjà particulièrement étrange. La goutte d’eau dans sa course folle heurta la face carrée géante d’un personnage inconnu. Adonis fut projeté dans les airs tandis que l’eau ainsi dispersée retomba en une fine bruine tout autour de lui.

         La pluie tombait dans un vide bleuté sans fin sous les pieds d’Adonis, tandis qu’une forêt plantée à l’envers formait une voûte verte au-dessus de la tête du jeune homme. Les arbres déracinés flottaient la cime en bas dans les airs.

         Un arc-en-ciel parfait, lui aussi à l’envers, se forma et enveloppa sous son arche la forêt déracinée. L’arc-en-ciel grossissait et envahissait tout l’espace autour d’Adonis. Le jeune homme se retrouva dans un décor parsemé de sept bandes horizontales, de couleurs différentes, les sept couleurs de l’arc-en-ciel.

         La voix d’Eden était rassurante.

         - Voici sept couleurs pour découvrir les sept secrets de l’univers, Adonis.

         Rouge.

          Le jeune homme pénétra dans la première couleur. Elle était rouge comme le sang de Sappho, comme le sable d’Iadès,  comme les yeux des protonyx.  Cette couleur était celle de la grande révolution d’Etran : le Mensékhar.  L’humanité agonissait dans un déluge de feu et de sang. La géhenne n’émettait que des cris de souffrance.

         Le rouge s’atténua.

         Orange. Cette couleur symbolisait le crépuscule du rouge. Les horreurs du Mensékhar s’apaisaient, le brasier se consumait lui-même.

         Les pigmentations rougeâtres disparurent peu à peu. Un jaune lumineux envahit tout l’espace autour d’Adonis. Un jaune comme le pelage des protonyx, comme les yeux dorés des Amazones, comme les cheveux blonds d’Adonis, comme le pendentif qu’il portait autour de son cou. A cet instant, il comprit le secret que renfermait ce bijou. Il comprit que le jaune était la couleur de l’espoir. Adonis le devinait inconsciemment, le salut venait d’une planète perdue dans l’univers, Bello, la belle et mystérieuse planète jaune. Il le pressentait au fond de lui-même, mais il ne savait encore ni quand ni comment le salut se manifesterait.

         Vert. La couleur rappelait à Adonis le vert des forêts ou encore celui des écailles du protonyx qu’il avait aperçu sur Phylis. Il songeait aux émeraudes qui tapissaient le sol de la caverne de Sappho. C’était la couleur de l’épreuve, mais une épreuve beaucoup plus terrible que celle qu’il avait vécu chez l’Impératrice. Allait-il passer brillamment le jugement des fières Amazones ?

         Le bleu lui répondait par l’affirmative. C’était un bleu apaisant comme celui de l’étendue océane, comme celui des cieux infinis. Ce bleu était celui de la Planète-Mère, la planète où était née l’humanité. Un parfum de liberté s’échappait de cette couleur qui était en principe celle des horizons infinis.

         Le bleu maintenant beaucoup plus soutenu virait à l’indigo. La liberté s’affermissait et tendait à devenir irréversible. Adonis entrevit dans son esprit ce qu’il y avait au-delà du Mensékhar. Une porte s’ouvrit au milieu de l’univers, semblable à l’antique tour de Babel. Une porte pour accéder à l’univers des dieux et qui s’avérerait être une source de discorde pour les hommes.

         Le violet frémissait et avec lui l’ère du renouveau. Adonis eut accès à ce qu’il y avait derrière la porte. Il voyait au-delà du Mensékhar, il prenait conscience des projets millénaires d’Etran.  Cela dépassait tout ce qu’il avait pu imaginer. Le Premier Empereur était vraiment un être exceptionnel. Le monde qu’il projetait de créer dépassait l’entendement. Il était pourtant très semblable à l’univers actuel; il ne s’en dissociait que sur un seul point, le point le plus important.

         L’arc-en-ciel disparut après avoir révélé ses secrets à Adonis. Le jeune homme venait d’entrevoir l’avenir de l’humanité malgré le Mensékhar, privilège qui n’avait été accordé à personne, pas même aux sages de la Planète-Mère.

         Adonis venait de découvrir tout ce qu’il voulait savoir. Il serait bien resté pendant toute l’éternité dans le confort de l’ectoplasme d’Eden, mais il se força à s’en échapper. La sensation de bien-être s’effaça pour restaurer le paysage familier de la plage au bord de l’océan. Adonis avait l’impression de sortir d’une transe, reposé et apaisé.

         L’ectoplasme d’Eden lui faisait face.

         - Es-tu prêt pour réaliser la volonté d’Etran ?

         Eden avait semble t-il dû avoir accès aux projets du Premier Empereur en même temps qu’Adonis. Eden avait découvert l’immensité de ses pouvoirs en s’obligeant à se décorporer pour échapper à Syris. Les propos de Khios sur Phylis avaient également dû jouer un grand rôle dans la révélation de sa personnalité.

         Adonis ne reconnaissait plus son frère. Conscient de son importance dans les projets d’Etran, il accepta la proposition d’Eden sans faiblir.

         - Je suis prêt à fusionner mon esprit avec le tien.

         Les deux ectoplasmes s’envolèrent au-dessus de l’océan et s’enroulèrent en vrille. Ils semblaient former une vis translucide qui tournait sans cesse en direction de l’espace. A force de tourner en s’emboîtant à une vitesse pratiquement infinie, les deux ectoplasmes fusionnèrent pour former une tige très fine.

         La tige éclata en des milliers de particules qui tournoyèrent dans tous les sens pour former un nuage qui s’amassa en bloc. Adonis sentait que l’esprit d’Eden envahissait tous ses sens. Il héritait de toutes les qualités de l’âme de son frère. Désormais ils ne feraient plus qu’une seule et même personne, ils ne seraient plus qu’un seul esprit.

         Le nuage se modela pour reformer un ectoplasme à l’effigie d’Adonis. Cet ectoplasme ressemblait en tout point aux précédents si bien qu’il semblait avoir digéré l’esprit d’Eden. Mais il contenait en réalité les âmes réunies des deux garçons.

         Adonis assistait à sa propre renaissance. Tout son esprit se reformait de façon totalement différente. Il n’était plus le même personnage. Il naissait comme s’il n’avait jamais vécu auparavant.

         Son nouvel ectoplasme fonça en direction de la forêt des Cèdres. Il était impatient de réintégrer son corps et de raconter son expérience à Irz’gune.

 

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Published by Eloïs LOM
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commentaires

Evy 13/06/2012 22:06

Que c'est etrange quel expérience beau partage bonne soirée bisous evy