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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 17:28

 

         L’espace-temps se rallongeait sensiblement. Le vaisseau de la Doyenne trembla en sortant de l’hyperespace, puis émergea dans l’atmosphère d’Okara. Il n’était pas le seul à graviter autour de la planète de l’Université. Le vaisseau impérial, gigantesque masse noire en forme de diamant, l’attendait.

         Syris s’était attendue à ce que le Commandeur la poursuive et la retrouve sur la planète de l’Université. Aussi ne regrettait-elle pas le petit détour par la Planète-Mère qu’elle avait dû effectuer afin de livrer Adonis à l’Impératrice. Oued ne pourrait ainsi pas lui reprocher d’avoir enlevé le jeune homme. N’avait-elle pas promis à Sappho de tout mettre en œuvre pour le retrouver ?

         Quoi qu’il arrive, elle possédait désormais l’acte de l’Impératrice qui affranchissait la planète de l’Université et interdisait son accès aux Immortels. Ils pouvaient toujours surveiller la planète de leur vaisseau impérial, ils n’avaient pas l’autorisation de quitter l’espace pour débarquer dans l’Apanama. L’Université était à l’abri du pillage.

         Syris déplaça sa bulle de verre vers un caisson vitré qui avait été installé au centre de la cabine de pilotage. Le corps d’Eden était alimenté en oxygène en attendant son réveil. Le jeune homme était nu. Son corps parfaitement conservé avait été enduit d’une gelée habituellement utilisée pour protéger les personnes en hibernation.

         Elle n’était pas vraiment nécessaire dans le cas présent, puisque Eden était destiné à être rapidement tiré de son sommeil, mais Syris ne voulait prendre aucun risque. Elle voulait intégrer un corps en parfait état.

         La Doyenne se félicitait de son subterfuge, même Adonis avait été abusé. Un de ses gardes avait discrètement piqué Eden avec le chaton empoisonné d’une de ses bagues. Le Proèdre n’avait pas senti la piqûre qui lui avait injecté un produit foudroyant, un poison permettant de paralyser le corps pendant une douzaine de métaheures, tout en ralentissant suffisamment les battements du coeur pour les rendre imperceptibles.

         Eden s’était effondré dans la cabine à la surprise générale. Adonis ne voulait pas croire à la mort de son frère. On lui avait retiré ses menottes afin qu’il puisse constater les faits de visu. Il avait désespérément cherché le pouls d’Eden, mais n’avait pas réussi à le trouver. En passant sa main sur la bouche de son frère, il n’avait ressenti aucun souffle d’air.

         Adonis avait admirablement contenu sa peine. Son visage avait été déformé par une grimace de douleur, mais il n’avait ni crié, ni pleuré. Syris savait pourtant à quel point les deux jeunes gens étaient liés.

         La Doyenne avait immédiatement évoqué l’hypothèse d’une mouche arouk. Adonis avait d’autant plus facilement été convaincu qu’Eden et lui avaient passé la majeure partie de leur séjour sur Phylis dans des conduits d’aération qui faisaient souvent office d’égouts.

         Le prodige de l’Elakil avait été abusé. Syris se félicita en son fort intérieur de son coup de maître. La vieille femme de cent vingt-trois ans, usée par une longue vie, avait réussi là où tout le monde avait échoué. Elle avait survécu à Wacé, doublé Oued, mystifié Adonis, trompé Irz’gune et Sappho. Elle était convaincue d’être la plus forte. Sa détermination et sa patience avaient été plus puissantes que la fatalité. Elle allait bientôt vaincre la mort.

         Le corps d’Eden allait rester dans cet état de léthargie jusqu’à leur arrivée dans l’Apanama. Ensuite, elle se ferait transférer dans ce jeune corps, concrétisant une vie de recherches acharnées.

         Mais elle devait encore s’occuper d’Oued. Le Commandeur devait sûrement l’attendre dans l’Apanama et il serait furieux d’apprendre qu’elle avait livré Adonis à Sappho. Lui qui souhaitait s’emparer du corps du jeune Apollon pour parvenir à séduire l’Impératrice.

         Le vaisseau de Syris amorça son atterrissage. Il ne devait pas se poser sur le grand spaciodrome d’Okara, réservé au transit des étudiants, mais sur un spaciodrome privé, construit au sein même de l’Apanama et réservé à l’usage des savants.

         La cité des sciences s’offrait à elle de la cabine de pilotage, semblable à une immense roue avec son enceinte circulaire et ses cinquante rayons, reliant chacun l’une des cinquante portes avec le cône central. Le cône abritait l’oeuvre de toute une vie de recherche, l’invention la plus fantastique de tous les temps : le projet Djed.

         La navette survola le nord de l’enceinte de l’Apanama et se posa sur une aire entourée de bâtiments jaunes. Un étrange cortège se mit en branle pour gagner le cône. Il était conduit par la Doyenne toujours emprisonnée dans sa bulle de verre. Le corps d’Eden conservé dans son caisson suivait, tiré par un chariot automatique. Les savants de la suite de la Doyenne fermaient la procession.

         Ils empruntèrent l’une des rues des écoles qui les amena directement au cône. La silhouette de l’édifice se profilait au bout de l’avenue. Signe concret de leur progression, ils avaient la chance de le voir grandir au fur et à mesure qu’ils s’approchaient du but.

         Arrivés sur une grande place, ils se trouvèrent face au cône de pierre. La porte d’entrée était ouverte, Oued escorté par plusieurs Immortels les attendaient dans la première pièce qui faisait office de salle de réception.

         - Le Commandeur ne nous rend pas souvent visite, ironisa la Doyenne en se présentant devant le militaire.

         -  Tu es partie de Phylis sans me dire au-revoir, Syris, marmonna Oued qui n’était pas d’humeur à supporter les sarcasmes de la vieille femme.

         - J’étais très attendue, fit-elle.

         Il remarqua le caisson.

         - Que transportes-tu là ?

         - Eden est mort pendant notre retour de Phylis.

         Oued s’approcha du caisson et regarda le corps du jeune homme à travers la vitre. Le Proèdre était parfaitement reconnaissable. Il était splendide avec ses cheveux bruns ondulés, impeccablement coiffés, et son visage fin aux yeux fermés dans une expression de félicité. Son corps surhaussé de muscles harmonieux et son torse légèrement garni des premiers poils de l’adolescence, lui conféraient une touche de maturité. Oued songea qu’il était mort en pleine mutation alors qu’il allait devenir un bel homme.

         - De quoi est-il mort ? S’informa le Commandeur.

         - Il a été piqué par une mouche arouk.

         Le Commandeur détourna son regard du caisson. Il pensa à Adonis, espérant que la Doyenne aura pris plus de soin avec l’autre jeune homme.

         - Qu’avez-vous fait d’Adonis ? Il n’est pas mort lui aussi ?

         - Nous l’avons confié à Sappho qui effectuait une retraite sur la Planète-Mère.

         Le Commandeur explosa de colère.

         - Qu’as-tu fait malheureuse !Je t’avais demandé de me transférer dans le corps d’Adonis avant de le rendre à l’Impératrice.

         Un savant déplia le document que Syris avait fait signer à Sappho. Oued en lut rapidement les quelques lignes et examina attentivement le sceau de l’Impératrice qui avait été apposé au bas du texte. Il n’y avait pas le moindre doute, ce document était authentique.

         - L’Impératrice s’est montrée plus généreuse que toi, sourit la Doyenne. A l’heure qu’il est, elle a dû regagner Gayanès avec son protégé.

         Oued s’agita nerveusement dans tous les sens. Sa bouche se crispait pour former des grimaces, il fermait ses poings rageusement. Il se rendait compte qu’il venait de perdre la partie à tous les niveaux. Non seulement, il n’avait pas pu prendre la place d’Adonis, mais pire encore, Sappho avait réussi à retrouver le jeune homme sans son aide. Envolées désormais les promesses de mariage qui auraient fait de lui le second personnage de l’Empire.

         Il pourrait tout juste monnayer le ralliement de ses Immortels à l’Impératrice. Il obtiendrait aisément une place importante dans la gestion de l’Empire, mais ce ne serait pas une place de premier rang. L’amour de Sappho lui était également interdit. Elle allait de nouveau s’enticher pour ce jouvenceau et consacrerait l’essentiel de son existence à le choyer.

         Le Commandeur se mit à espérer. Peut-être n’était-il pas encore trop tard ?Il se devait de regagner la planète impériale le plus rapidement possible. Il était décidé à prendre le coeur de l’Impératrice, de gré ou de force, avec ou sans Adonis.

         La Doyenne vit avec satisfaction Oued quitter la salle de réception en compagnie de ses Immortels sans la moindre explication. Débarrassée de cette présence encombrante, elle allait enfin avoir les mains libres pour déclencher le projet Djed.

         Les savants avaient assisté en silence au départ du Commandeur et restaient bêtement prostrés au milieu de la pièce. Syris ne pouvait plus attendre. Elle tortilla son corps désarticulé dans sa bulle de verre pour leur montrer son impatience. Elle avait besoin une dernière fois de leur aide, car sa bulle était trop volumineuse pour emprunter l’escalier étroit qui menait à la salle du Djed. Syris allait devoir quitter sa bulle protectrice.

         La bulle était facile à désactiver. Les savants coupèrent progressivement l’apesanteur, permettant à la Doyenne de quitter doucement sa lévitation et de poser ses pieds à terre. La vieille femme qui avait perdu tout sens de l’équilibre vacilla sur ses jambes et tomba par terre sur toute la longueur de son corps. Elle essayait de se relever, mais cet effort était au-dessus de ses maigres forces.

         Un autre mécanisme, immédiatement actionné par les savants, permit d’ouvrir une porte dans la paroi de la bulle. Le verre s’écarta suffisamment pour laisser le passage à un homme. Un savant entra dans la bulle par cet orifice et aida la Doyenne à en sortir. Après leur passage, le verre se reforma pour fermer la porte.

         Le savant soutenait la Doyenne sur son épaule pour la conduire au pied d’un étroit escalier en pierre. Ils le gravirent ensemble. La vieille femme agonisait, son souffle se morcelait, ses bras tremblaient.

         En haut de l’escalier, le savant pressa l’oeil de la Doyenne devant le judas de la porte blindée qui fermait le passage. La pupille se rétracta sous l’effet de la lumière, tandis que l’iris communiquait toutes les informations nécessaires pour identifier la vieille femme, seule personne autorisée à ouvrir la porte du laboratoire.

         Le verdict tomba.

         - Processus d’identification terminé. Syris, Doyenne de l’Université. Accès autorisé.

         La porte coulissa. Le savant fit entrer la Doyenne dans la pièce. Des savants tirèrent le caisson qui contenait le corps d’Eden jusqu’en haut de l’escalier et le poussèrent dans le laboratoire.

         Le savant fit asseoir la Doyenne sur le lit du Djed. Celle-ci reprenait lentement une respiration un peu plus régulière et moins haletante. Elle bougonna quelques paroles si faiblement qu’elles étaient pratiquement inaudibles.

         - Je veux que vous recommenciez le transfert des données de mon cerveau.

         - Pourquoi ? Demanda le savant qui l’avait aidé à monter l’escalier. Nous possédons déjà un prisme avec l’enregistrement de ta mémoire.

         - Je l’avais fait au cas où il m’arriverait malheur, expliqua Syris. Mais tant qu’à choisir, je préférerais que l’on me transfère avec les données les plus récentes. Je ne voudrais pas me réveiller dans le corps d’Eden, amnésique des derniers moments passés sur Gayanès et sur Phylis.

         Ne laissant pas d’autre choix à ses acolytes, elle s’allongea sur le lit et s’endormit aussitôt. Les savants respectèrent sa volonté et posèrent le casque transparent sur sa tête. Ils commencèrent le processus d’emmagasinement. Les neurones du cerveau de la vieille femme, stimulés par des milliers de petites étincelles bleues, délivraient leurs précieuses informations et les transmettaient à un prisme de cristal qui tournait dans l’holograveur.

         L’enregistrement des cent vingt-trois années de vie de la Doyenne semblait être interminable. Les étincelles excitaient inlassablement les neurones, ceux-ci ne cessaient pas d’émettre des souvenirs en direction du prisme.

         Les étincelles faiblissaient, puis disparurent de la surface interne du casque transparent. Syris se réveilla en même temps qu’Eden. Le jeune homme ouvrit tout d’abord les yeux, puis bougea les doigts. Il récupéra ensuite l’usage de ses bras et de ses jambes. Les savants ouvrirent le caisson afin de le laisser sortir.

         Eden était couvert de la gelée qui était censée le protéger. Les savants nettoyèrent son corps pour le débarrasser de cette substance gluante et lui firent revêtir des habits neufs. Le jeune homme s’adressa à Syris que deux savants aidaient à se relever de la couche.

         - Que fais-je ici ? S’étonna-t-il en examinant le laboratoire. Où est Adonis ?

         Les savants transportèrent la Doyenne dans un fauteuil, dans un recoin de la pièce. La vieille femme était disposée à répondre aux interrogations du jeune homme. Elle lui devait bien ça, estimait-elle.

         - J’ai déposé Adonis sur la Planète-Mère, mais toi, tu es dans la salle du Djed. Nous allons bientôt t’allonger sur cette couche et mes savants transféreront toutes les données de mon cerveau conservées dans le prisme laser que tu vois ici à l’intérieur de ta petite tête. Ta mémoire sera écrasée, mais tu pourras te consoler en apprenant que je profiterais de ta jeunesse.

         Eden se rua vers la Doyenne, mais il fut maîtrisé par ses gardes du corps. Les hommes de Syris lui tordaient le bras et l’un d’eux l’étouffait à moitié avec son bras passé autour de son cou pour bloquer sa tête.

         - Vieille folle, poussa t-il dans un râle.

         Pour unique réponse, les gardes du corps le traînèrent à travers la pièce en direction de la couche. Ils le poussèrent pour l’obliger à s’allonger sur le lit. Eden résistait de toutes ses forces et se tordait dans tous les sens pour ne pas épouser les formes du matelas.

         - Ta résistance est inutile, souffla Syris.

         Eden se débattait de plus belle, décochant coups de poing et coups de pied aux hommes qui s’abattaient sur lui. Ils avaient réussi à bloquer ses jambes et l’obligeaient à les garder serrées l’une contre l’autre au pied du lit.

         Le jeune homme s’appuyait sur ses coudes pour ne pas basculer en arrière sur la couche. Les gardes du corps de Syris tiraient sur ses bras pour l’obliger à s’allonger verticalement. Le bras droit céda. Eden sentit qu’on appuyait sur son épaule droite pour la coucher sur le lit. Les hommes le tinrent fermement ainsi et s’attaquèrent à son bras gauche. A moitié tordu, ce dernier céda à son tour.

         Seule la tête d’Eden résistait encore à la pression exercée sur son corps. Un homme lui pressa le front et l’obligea à poser sa tête sur le matelas.

         L’esprit d’Eden fut pris d’un violent malaise. Sa tête tourna, comme si elle avait été anesthésiée. Le jeune homme se sentit comme plongé dans un épais brouillard qui l’isolait du moindre bruit. Il était parfaitement reposé et fut pris d’une subite envie de dormir.

         Eden lutta en vain contre le sommeil. Ses paupières alourdies se fermèrent irrésistiblement. Il allait perdre connaissance, quand, dans un dernier sursaut, il se décorpora comme Adonis lui avait appris à le faire sur Gayanès.

         L’ectoplasme d’Eden quitta le laboratoire et s’échappa du cône pour survoler la cité de l’Apanama.

 

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Published by Eloïs LOM
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