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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 13:57

 

         Syris regardait avec un brin de mélancolie le soleil qui se couchait sur Phylis 1. Le ciel s’embrasait d’une longue lueur pourpre, la mer de nuage abandonnait sa grisaille accoutumée pour revêtir un dégradé de couleurs pastel variant d’un rose très clair à un mauve lumineux.

         La Doyenne eut une pensée pour Eden et Adonis. Cela faisait deux jours qu’ils avaient disparu dans les bas-fonds de la capitale de Wacé. Les deux jeunes gens l’avaient étonnée. Ils avaient réussi jusqu’à présent à échapper à deux protonyx et à une vingtaine de soldats déterminés.

         Wacé avait fait les frais de cette infernale chasse à l’homme. Syris avait vu la mort du jeune homme, relayée par les caméras de la Ceinture, sur la sphère holographique. Les Immortels dépêchés pour mettre fin à l’émeute étaient arrivés trop tard. Ils n’avaient même pas pu reconnaître le sparapet parmi les corps déchiquetés qui avaient été abandonnés sur la chaussée. La révolte s’était amplifiée et aurait sans doute gagné les autres étages de la ville s’il n’y avait pas eu cette subite coupure de courant. Plongés dans le noir, les manifestants avaient été impitoyablement massacrés par le feu des canons laser des Immortels.

         La Doyenne qui n’avait pas l’habitude de faire dans les sentiments avait pourtant été éprouvée par la fin horrible du sparapet. Elle perdait son meilleur agent et surtout se sentait un peu responsable de la mort du jeune homme. Elle s’en était servi sans scrupule, l’obligeant à utiliser le protonyx, ce qui avait causé sa perte. Wacé avait pris tous les risques et n’avait pas été récompensé.

         Syris balaya rapidement ce moment de faiblesse de son esprit. Elle avait toujours pensé qu’il n’y avait pas de place pour la compassion dans ce monde cruel. Wacé était d’ailleurs comme elle. Ils faisaient partie de la race des seigneurs, ceux qui ne vivaient que pour eux-mêmes. Dépourvus de scrupules, ils étaient prêts à tout sacrifier pour mener à bien leur ambition.

         Wacé était son meilleur élève et sa mort provoquait un profond malaise chez la Doyenne. Elle venait lui rappeler qu’elle était mortelle et qu’il ne suffisait pas toujours de mettre toutes les chances de son côté pour gagner. Il y avait des situations qui vous dépassaient et échappaient à votre contrôle.

         Syris craignait de se voir acculée un jour comme Wacé dans une voie sans issue. La mort du sparapet était en quelque sorte sa propre mort, la mort de ce qu’il représentait, la mort d’une ambition dévorante et d’une volonté de fer. Syris avait toujours cru que les événements ne pouvaient pas avoir de prise sur ces deux qualités. Elle pensait qu’il n’y avait que les faibles qui pouvaient perdre. Etouffés par leur compassion, ils étaient condamnés à être les proies de requins comme elle et Wacé. La mort du sparapet lui prouvait qu’elle se trompait. La fatalité était plus forte que les requins.

         Les agneaux pouvaient-ils échapper à la fatalité ? Leur innocence les mettait-elle à l’abri ? Eden et Adonis défiaient tous les pronostics. Désormais, seul Oued était encore à leur poursuite. Il ne disposait plus que de trois hommes, mais des hommes expérimentés. Ils viendraient aisément à bout des deux garçons.

         Adonis et son frère étaient localisés. Syris les avait vus apparaître dans la sphère holographique avant qu’Adonis ne détruise la caméra qui les observait. La Doyenne pensait qu’ils se dirigeaient vers le spaciodrome du niveau 57, mais elle n’en était pas sûre. Quelle surprise ces deux garçons pouvaient-ils encore sortir de leur sac à malice ? Dans le doute, elle avait décidé d’attendre la suite des événements. Constamment informée par la sphère holographique, elle disposait du meilleur poste d’observation pour appréhender les événements. Elle aurait tort de s’en priver.

         Elle parvint à capter une conversation entre Oued et l’Immortel chargé de contrôler la Ceinture. Elle apprit ainsi qu’Eden et Adonis avaient effectivement l’intention de gagner le spaciodrome. Soudain, la communication entre les deux hommes fut coupée et la sphère holographique diffusa des images en provenance du spaciodrome du niveau 57. Syris remarqua la carcasse brûlée d’un train et des navettes en flammes partout autour.

         L’Immortel de la Ceinture fit de nouveau une apparition dans la sphère, où il expliquait à Oued, et indirectement à Syris, qu’il soupçonnait Eden et Adonis d’être à l’origine de l’accident.

         Sans perdre un instant, Syris déplaça mentalement sa bulle de verre en direction de l’ascenseur. Une fois les portes refermées, la capsule entama sa descente vers le spaciodrome personnel de Wacé.

         La cabine s’arrêta, les portes s’écartèrent pour laisser le passage à la bulle de verre. La navette de la Doyenne était prête à décoller, étroitement surveillée par ses gardes du corps. Syris secoua ses hommes.

         - Nous partons, fit-elle en faisant emprunter la passerelle du vaisseau à sa bulle de verre.

         Les hommes la suivirent jusqu’à la cabine de pilotage où Syris s’installa. Le vaisseau de la Doyenne était assez important et possédait même un spaciodrome d’un type très particulier duquel pouvaient décoller et atterrir de petites navettes.

         Lorsqu’elle était à l’arrêt, la navette de Syris ressemblait à un gigantesque parallélépipède. Au décollage, des ailes encastrables poussèrent de chaque côté, s’étirant au fur et à mesure qu’elles sortaient des parois. La cabine de pilotage sortit à l'avant et s’allongea en pointe pour former le museau de l’appareil. Doté de formes plus aérodynamiques, l’engin était prêt à décoller.

         Il s’élança sur l’aire de décollage du spaciodrome et s’échappa par le grand sas ouvert dans les parois de la pyramide. La nuit était tombée et la mer de nuages ressemblait à une immense masse noire.

         - Plongez ! Ordonna Syris.

         La navette piqua du nez et plongea comme une masse dans le magma nuageux. L’appareil était trop lourd et trop massif pour que la tempête ait la moindre prise sur lui. Il dispersait les nuages sur son passage, les éclairs se cassaient sur son épaisse carlingue. La Doyenne s’adressa au savant qui gérait le radar, instrument parfaitement indispensable pour circuler dans cette purée de poix.

         - Repérez tous les vaisseaux isolés aux environs du niveau 57 de Phylis 1.

         - Aucun vaisseau en vue.

         La partie serait plus difficile à jouer qu’elle n’avait pu l’imaginer. Il faudrait un miracle pour repérer la navette d’Eden et d’Adonis dans ce déluge de pluie et de vent. Elle allait enfin savoir si les dieux de la chance étaient avec elle.

         Le savant qui était chargé du radar s’agita.

         - Un vaisseau vient de quitter le spaciodrome du niveau 57, annonça t-il tout guilleret.

         Syris était persuadée qu’il ne pouvait s’agir que d’Eden et d’Adonis. Elle mit son vaisseau en branle bas de combat.

         - Ouvrez le toit du spaciodrome, nous allons obliger cette navette à se poser sur notre vaisseau.

         Les savants déclenchèrent le mécanisme d’ouverture du sas. Le spaciodrome du vaisseau de Syris représentait tout le corps de la navette exceptée la cabine de pilotage. Son sas très particulier s’ouvrait par l’arrière de l’appareil.

         La paroi arrière de la navette se fendit en deux parties égales qui s’écartèrent en sens opposé. Les deux propulseurs suivirent le mouvement et coulissèrent sur le côté pour dégager l’accès au spaciodrome. Une entrée béante s’était ouverte à l’arrière du vaisseau.

         La navette de Syris s’appliqua à dépasser sa proie qui tourbillonnait dans les vents. La tempête redoublait de violence et jouait avec le petit appareil, le faisant virevolter dans tous les sens comme une vulgaire feuille morte.

         Le vaisseau de la Doyenne se positionna devant l’aéronef, ralentissant pour l’obliger à entrer dans le sas arrière. La navette vira de bord et évita le piège. Le gros appareil le rattrapa, le dépassa, et réitéra l’opération. Le pilote du petit aéronef para la manoeuvre en piquant vers le sol pour ne pas être obligé d’entrer dans le sas.

         - Nous n’arriverons jamais à rien en nous y prenant ainsi, se lamenta le pilote du vaisseau de Syris.

         - Le petit appareil a trouvé la parade, ajouta le savant au radar. Il survole maintenant le sol à si faible attitude que notre mastodonte ne peut plus l’approcher sans s’écraser.

         Syris reconnut que la méthode employée n’était pas la bonne. Elle était décidée à employer les grands moyens.

         - Envoyez deux navettes pour aborder cet appareil et rapportez-moi ses occupants.

         Une violente bourrasque dévia le frêle aéronef et faillit le plaquer contre le sol détrempé de Phylis. Heureusement, Adonis avait eu la présence d’esprit de contrebalancer la pression du vent en obligeant l’appareil à faire un brusque écart dans le sens inverse.

         - Nous l’avons échappée belle, soupira Eden. Ne pourrions-nous pas redresser un peu la barre ?

         Le manque de confiance d’Eden décevait Adonis.

         - Nous en avons vu d’autres. Nous devons coller le plus possible au sol pour nous débarrasser de cet appareil. Il est trop imposant pour nous suivre à si faible altitude.

         Eden qui scrutait de temps en temps le radar vétuste de leur navette afin de prévenir les obstacles qu’ils pourraient éventuellement rencontrer, aperçut deux petits points lumineux qui se détachaient du gros point symbolisant l’appareil ennemi. Sa voix monocorde marquait sa lassitude.

         - J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer.

         - C’est-à-dire ?

         - Deux navettes viennent de quitter le vaisseau ennemi et se dirigent droit sur nous.

         Adonis poussa les propulseurs de son appareil à fond, mais ils n’avaient pas assez de puissance pour distancer leurs poursuivants.

         - Ils nous rattrapent prévint Eden.

         Même les vieilles navettes des sages de la Planète-Mère étaient plus modernes que le malheureux appareil. Une des navettes ennemies se positionna au-dessus d’eux et les aborda. Le choc de la rencontre des deux aéronefs avait manqué de les écraser au sol. Les deux appareils étaient collés l’un à l’autre. Le plafond de la navette d’Eden et d’Adonis fondait comme du beurre sous l’effet d’un puissant rayon laser. Un trou arrondi déversa un flot de soldats dans la cabine.

         Adonis avait quitté les commandes de l’appareil pour arroser copieusement ces intrus d’un jet laser réglé à la puissance maximale. Il décapita la première rangée de soldats, faisant reculer une deuxième rangée qui s’était avancée. Eden n’avait pas d’arme, mais se défendait à coups de pieds, meurtrissant les soldats qui osaient l’approcher de trop près.

         Les soldats qui les attaquaient devaient avoir des consignes pour les ramener vivants car ils ne sortaient pas leurs armes. Ils constituaient des cibles faciles pour un excellent tireur comme Adonis. Le jeune homme brûlait tout ce qui l’approchait, mais le flot ne cessait pas de se tarir. Des renforts émergeaient du trou percé dans le plafond.

         Eden fut rapidement submergé. Des hommes l’avaient attrapé par les bras, un autre braqua son arme sur sa tempe.

         - Jette ton arme, si tu ne veux pas que je lui brûle la tête, cria t-il à l’attention d’Adonis.

         Le jeune homme voyant que la partie était perdue jeta son arme à ses pieds. Aussitôt, une dizaine de soldats lui sauta dessus pour lui passer des menottes aux poignets. A ses côtés, Eden avait subi le même sort. Après les avoir neutralisés, les hommes de Syris les embarquèrent sur leur propre navette.

         La navette des savants décrocha l’appareil d’Eden et d’Adonis qui, dépourvue de pilote, alla  s’écraser sur un rocher. Les deux navires regagnèrent ensuite leur spaciodrome dans le vaisseau mère. Après qu’il eut avalé les deux navettes, ce dernier referma son sas arrière et releva ses propulseurs. Passant la vitesse maximum, il s’arracha de la masse nuageuse pour affronter la nuit de Phylis.

         Eden et Adonis furent débarqués et conduits sous bonne escorte jusqu’à la cabine de pilotage du vaisseau mère. En entrant dans la salle, ils aperçurent l’horrible face de la sorcière derrière sa bulle de verre et comprirent enfin à qui ils avaient affaire. La vieille femme laissa échapper sa joie.

         - Vous êtes à moi, mes chers amis. Après tant de temps, je n’osais plus y croire.

         Eden et Adonis faisaient bonne figure, restant très dignes malgré la précarité de leur situation.

         - Combien demandez-vous de rançon ? S’avança Adonis.

         Syris exultait. La providence lui avait permis de doubler tous ses ennemis et de vaincre les deux proèdres qui lui avaient donné tant de fil à retordre. Un petit rire aigu s’échappa de sa bouche tordue.

         - Vous êtes inestimables. Toi, Adonis parce que l’Impératrice t’aime plus que tout au monde et toi, cher Eden, parce que tu vas m’aider à retrouver la jeunesse de mes vingt ans.

         Les deux jeunes gens ne comprirent pas les allusions de la Doyenne et crurent qu’elle délirait. Ils n’eurent pas le temps de chercher à approfondir le problème. Le vaisseau de Syris fut violemment secoué, touché de plein fouet par l’impact d’un tir au canon laser.

         - Trois navires Immortels nous attaquent, commenta le savant gardien du radar.

         - Ils essayent d’entrer en communication avec nous, expliqua le pilote.

         Syris savait très bien ce qu’ils allaient lui dire. Ils la sommeraient de rentrer sur Phylis 1 pour qu’elle leur livre Eden et Adonis. Elle ne voyait qu’une seule réponse à leur apporter.

         Les savants armèrent les canons placés au-dessus du vaisseau et pulvérisèrent les trois navires qui les avaient pris en chasse. A peine s’étaient-ils débarrassés de ces gêneurs que deux autres vaisseaux Immortels apparurent à leur droite et se placèrent sur leur chemin. Une première rafale de laser désintégra le plus petit d’entre eux. Une seconde arracha une aile à son comparse. Une troisième le fit exploser.

         Des navires Immortels libérés par le vaisseau impérial affluaient de partout. Le vaisseau de Syris s’échappa de Phylis avant d’être submergé par le nombre. Il détruisit encore quelques navettes Immortelles, puis enclencha le processus hyperespace Le vaisseau fila dans les cieux comme une flèche et disparut dans un trou de lumière qui se referma aussitôt sur son passage.

 

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Published by Eloïs LOM
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