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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 15:35

 

         Le Commandeur regardait avec une certaine tristesse le spectacle de désolation qui s’offrait à lui. La façade cramoisie de l’hôtel disparaissait derrière un mur de flammes, tandis que ses hommes continuaient à arroser de leurs tirs nourris le rez-de-chaussée qui avait encore été épargné par le feu.

         L’édifice craqua.

         - Cessez le tir ! Ordonna Oued à ses hommes.

         Un craquement sourd semblable au tonnerre accompagna la chute de l’édifice. Il s’effondra sur lui-même pour se réduire à un amas de cendres qui ne devait guère faire plus de cinq mètres de haut. Le trou que l’édifice laissait dans le quartier témoignait bien plus de son importance passée que les pitoyables poutrelles calcinées qui s’entrecroisaient à son emplacement.

         Oued, persuadé que le sparapet et ses hommes avaient péri sous les décombres, ne jugea pas nécessaire de mener une enquête. Il était beaucoup plus urgent à ses yeux de rattraper le protonyx qui venait de fuir au croisement de la rue. L’animal, désespéré par la mort de son semblable et flairant la présence d’Eden et d’Adonis, était parti à leur recherche.

         Ils le retrouvèrent derrière les ruines du bâtiment, reniflant le sol où s’élevait il n’y avait pas si longtemps que cela une porte. Pendant quelques instants, Oued craignit qu’Eden et Adonis n’aient disparu sous les décombres. Mais le protonyx renifla tout de suite le sol en direction de la ruelle. Il leva sa tête droit devant lui, montrant qu’il avait retrouvé la piste des deux fuyards.

         Oued s’empara des rênes et monta sur le dos de l’animal. Il était temps, puisque le monstre qui venait de découvrir une piste, entamait une course effrénée pour remonter la ruelle. Oued qui ne pouvait pas maîtriser sa monture se retourna afin de s’assurer que ses hommes qui avaient survécu aux combats le suivaient bien. Les malheureux n’étaient plus que trois, un de leurs confrères ayant été tué par l’un des tireurs que Wacé avait embusqués au dernier étage de l’hôtel.

         Les trois Immortels qui avaient une capacité de récupération étonnante avaient immédiatement poursuivi le protonyx au pas de course. Distancés au début, ils rattrapaient progressivement leur retard en accélérant le rythme de leur course. C’était cette faculté d’adaptation que Oued admirait chez ses soldats. Ils étaient capables de se mouler aux situations les plus inattendues et ne donnaient jamais le moindre signe de faiblesse.

         Le joyau de la bague du Commandeur scintilla d’une lumière bleue, lui annonçant que quelqu’un souhaitait entrer en communication avec lui. Lâchant l’une des rênes, il enfonça légèrement le joyau avec sa main droite. La pierre émit un champ conique, lumineux, à l’intérieur duquel des images se bousculaient. Le cône était inversé, sa pointe partait de la pierre et sa base s’allongeait devant Oued.

         L’image de la tête d’un Immortel se forma dans ce volume conique. Ses lèvres bougèrent pour articuler des mots parfaitement distincts.

         - Nous venons de retrouver la trace d’Eden et d’Adonis. Ils viennent d’emprunter un escalier dans une large avenue que vous croiserez bientôt. Ils se sont entretenus avec une jeune femme dont voici le portrait.

         La bague diffusait un visage féminin très doux aux yeux surlignés de traces violettes.

         - Une droguée ! S’exclama Oued. Croyez-vous que les fugitifs connaissaient cette jeune personne ?

         La tête de l’Immortel reprit ses droits dans le cône et chassa l’image de la jeune fille.

         - Je ne crois pas. Ils ont simplement dû s’arrêter pour lui demander leur chemin.

         - Où sont-ils maintenant ?

         - Nous avons perdu leur trace, déplora l’Immortel. Adonis a détruit notre caméra avec son pistolet laser. Le temps de diffuser d’autres appareils dans le secteur, ils avaient déjà disparu.

         - Essayez de quadriller le quartier avec vos mouchards, conseilla Oued avant d’appuyer de nouveau sur le joyau de sa bague, mettant ainsi fin à la communication.

         Le cône se réduisit pour finir par disparaître totalement dans la pierre qui l’émettait. Cette dernière s’éteignit, reprenant son apparence de diamant.

         La ruelle était traversée par une large avenue. Au lieu de poursuivre droit devant et de continuer à progresser dans le boyau, le protonyx tourna sur la droite, renversant des badauds terrorisés. Oued, un moment déséquilibré, se rattrapa en saisissant les deux rênes à pleines mains.

         L’avenue était noire de monde. La foule, prise de panique devant l’apparition du protonyx, courait dans tous les sens, gênant la progression du Commandeur et de sa monture. En moins d’une minute, tous les badauds avaient déserté la rue pour se claquemurer dans les magasins.

         Les boutiques au thème unique illustraient admirablement bien l’originalité du quartier. Ils étaient arrivés dans l’un des hauts lieux de la prostitution de Phylis 1. Les cinémas spécialisés proposaient des aventures en trois dimensions avec des mannequins aux corps élancés. Le procédé était fort simple. Le spectateur était projeté au milieu d’une sphère holographique diffusant un film pornographique, lui donnant ainsi l’impression de se trouver dans une pièce entourée de sulfureuses créatures dénudées.

         Plus concrètement, d’autres enseignes vous proposaient de faire l’amour avec la femme virtuelle de vos rêves, ou encore, plus classique, avec une vraie femme en chair et en os. Des magasins vendaient toutes sortes d’aphrodisiaques. D’autres proposaient des produits plus ou moins douteux pour satisfaire les fantasmes les plus originaux. Ces poudres de perlimpinpin permettaient soi-disant de déclencher des orgasmes dans tout le corps, de la tête aux pieds, ou seulement dans certaines parties localisées choisies au préalable. Certains onguents utilisés dans les jeux amoureux prétendaient avoir la vertu de déclencher de minis orgasmes dans la partie du corps sur laquelle ils avaient été appliqués, permettant ainsi à l’usager de jouir à volonté du moindre orteil ou même du nez.

         Oued rappela à l’ordre ses soldats qui traînaient derrière lui, alléchés par cette formidable industrie du sexe. De tels attirails étaient inconcevables sur Gayanès dans leur austère forteresse du Toledo.

         Oued avait entendu dire que certains courtisans blasés avaient recours à certains de ces produits dans leurs jeux amoureux. La société en se perfectionnant avait perdu l’usage des choses les plus simples et exigeait, pour satisfaire ses besoins, des moyens de plus en plus sophistiqués. Les humains ne savaient plus faire l’amour.

         Seuls certains initiés, refusaient encore d’avoir recours à ces subterfuges. Sappho et ses Mignonnes rejetaient en bloc tous ces onguents et étaient disait-on plus aphrodisiaques que tous ces artifices réunis.

         Une porte gravée du numéro de l’étage masquait l’entrée de la cage d’un escalier entre deux sex-shops. Le protonyx se rua vers elle et la fit voler dans un éclat de tôle froissée. L’animal déboula dans l’escalier, heurtant le mur à chaque palier qui annonçait un virage. Oued retenait fermement les rênes pour l’obliger à ralentir. Il tira un coup sec pour obliger la bête à s’arrêter.

         Les trois soldats maintinrent le protonyx par le harnais pour aider Oued à descendre de sa monture. Le Commandeur avait reconnu parmi les corps inertes qui gisaient un peu partout sur les marches le visage de la jeune fille dont il avait auparavant visualisé le portrait. C’était-elle qui avait renseigné Eden et Adonis.

         Il lui sembla qu’elle était morte, mais il sentit son souffle lent et chaud sur le dessus de sa main. Le visage de la jeune fille, très détendu, respirait une étrange sérénité. Les traces violettes avaient disparu du contour de ses yeux. Elle était plongée dans l’état d’extase qui suivait une ingestion de pélanine. Oued lui parla doucement pour essayer de la tirer de ses rêves.

         - Je cherche deux amis. Peux-tu m’aider ?

         La jeune fille garda les yeux fermés, mais ouvrit doucement sa bouche pour articuler trois mots.

         - Qui es-tu ?

         - Je suis l’ami des deux princes qui sont venus te voir.

         - Je me souviens très bien du prince aux boucles d’or, se rappela t-elle. Il avait un beau visage et son coeur était généreux.

         - Où puis-je le trouver ? Susurra Oued.

         - Il doit être loin maintenant. Il cherchait à gagner le spaciodrome à l’étage inférieur.

         La jeune fille replongea dans les délicieuses pensées que lui inspirait la pélanine. Elle devait songer à Adonis car ses traits s’assoupirent et elle sourit tendrement.

         Oued se redressa subitement. La révélation de la jeune droguée lui faisait craindre le pire. Il n’avait jamais songé qu’Eden et Adonis pourraient quitter Phylis 1 par l’un des spaciodromes de la cité du bas. Il appuya sur le joyau de sa bague et le tourna sur lui-même pour en régler la fréquence.

         L’image de l’Immortel qui s’affichait dans le cône de lumière inversé l’avertissait qu’il était en contact avec la Ceinture.

         - Eden et Adonis vont tenter de fuir grâce au spaciodrome du niveau 57. Fermez immédiatement les sas.

         - Nous ne pouvons pas faire cela, protesta le soldat. Ce spaciodrome alimente pratiquement la moitié de la cité du bas. Si nous le fermons, les navires marchands ne pourront plus se poser.

         Oued hurla ses ordres.

         - Je ne veux rien savoir. Fermez le spaciodrome sur-le-champ. Nous...

         Sa phrase fut interrompue par une puissante déflagration qui fit trembler les murs de la cage d’escalier. La lumière s’éteignit, aussitôt relayée par les cristaux lumineux d’Oued et de ses hommes. Le protonyx devenu complètement fou, décochait des coups de tête à ses gardiens qui avaient le plus grand mal à le retenir.

         Le Commandeur essaya de renouer le contact avec la Ceinture.

         - M’entendez-vous là haut ? Que s’est-il passé ?

         Pas de réponse. Le cône lumineux n’émettait plus qu’une lumière blanchâtre.

         - M’entendez-vous ? Réitéra Oued.

         - Je vous reçois, répondit l’image de l’Immortel qui était réapparue dans le cône.

         Le soldat de la Ceinture fit un bref compte rendu de la situation à son chef.

         - Le métro a déraillé, détruisant une bonne partie du spaciodrome et privant d’énergie tout votre étage. Nous soupçonnons Eden et Adonis d’être à l’origine de ce désastre. L’une de nos caméras les avait repérés dans le métro juste avant l’accident.

         Cet accident portait la marque des deux jeunes gens, Oued en était persuadé. Repérés par les caméras de la Ceinture, ils avaient joué le tout pour le tout. Maintenant, ils devaient profiter de la panique pour s’emparer d’une navette.

         - Pouvez-vous fermer les sas du spaciodrome ? Demanda Oued au soldat.

         - C’est impossible. Tout l’étage est privé de courant et les portes du sas sont trop lourdes pour pouvoir être actionnées manuellement.

         Oued coupa la communication dans un mouvement de colère. Il remonta sur le protonyx et invita ses hommes à le suivre. Il espérait encore arriver au spaciodrome à temps pour empêcher Eden et Adonis de fuir.

         Au bas de l’escalier, le protonyx racla rageusement la grille d’aération fixée dans le sol. Oued distingua très nettement en éclairant la zone avec sa lampe torche des traces de brûlure qui attestaient que la grille avait récemment été descellée. Le Commandeur comprenait mieux  maintenant comment Eden et Adonis avaient réussi à fuir en n'ayant jamais été ou presque remarqués par les caméras de surveillance de la Ceinture.

         Le protonyx poussa la porte avec sa tête. Les quatre hommes balayèrent l’endroit avec leurs lampes torches. L’avenue, immensément large était vide et plongée dans l’obscurité totale.

         - Cette avenue conduit directement au spaciodrome, expliqua le soldat chargé de la carte.

         A un moment donné, le protonyx fit mine de vouloir bifurquer dans une rue secondaire, sur la gauche. L’Immortel consulta sa carte.

         - Cette route mène à la ligne de métro qui est parallèle à notre route.

         Le protonyx avait flairé la trace d’Eden et d’Adonis. Oued ne souhaitait pas emprunter la voie du métro, ils avanceraient plus rapidement par la route. Il obligea l’animal à revenir sur l’avenue en tirant sur la rêne droite.

         Les hommes de Oued étaient épuisés et renâclaient à poursuivre la route au pas de course. Oued les exhorta.

         - Courage, nous arrivons au but.

         Ils reprirent leur course pour suivre le protonyx qui courait presque aussi vite qu’un cheval au galop. L’allée était parfaitement droite, une petite lueur apparut devant eux qui grossissait au fur et à mesure qu’ils avançaient. Ils devinèrent qu’ils avaient devant eux le spaciodrome en flammes.

         Lorsqu’ils arrivèrent sur les lieux, ils découvrirent un spectacle d’apocalypse. Des feux consumant les carcasses des aéronefs détruits par les flammes parsemaient la piste du spaciodrome. La tour de contrôle avait été réduite à un bloc de charbon. Le protonyx furetait fébrilement entre les différents foyers allumés. Oued espérait toujours être arrivé avant qu’Eden et Adonis n’aient eu le temps de fuir à bord d’une navette.

         Le protonyx mit brutalement fin à ses derniers espoirs. L’animal s’approcha du sas, au bord de la piste, et leva la tête vers l’extérieur comme pour profiter de la pluie rafraîchissante qui changeait agréablement de la chaleur dégagée dans le spaciodrome par les différents incendies.

         Le protonyx fixa un instant la tempête de nuages et siffla de tristesse.

 

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Published by Eloïs LOM
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commentaires

Vlana 25/04/2011 18:29


Bonjour,

J'aimerais savoir s'il existe une version papier de vos textes, par exemple sous forme de livre imprimé à la demande.
Merci d'avance.


Eloïs LOM 14/05/2011 08:45



Je n'ai pas encore prévu d'éditer une version papier, mais je vais me renseigner à ce sujet. Je suppose qu'il doit y avoir plusieurs sites proposant ce type de prestation.



Evy 29/03/2011 21:30


bonsoir
Mon petit passage du soir après une journée a trier et faire des cartons pfff j'espère avoir plus de temps demain pour prendre le temps de lire les blogs bonne soirée bisous féerique Evy