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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 20:45

 

         Le sas du spaciodrome supérieur de Phylis 1 ouvrit ses portes, afin d’autoriser l’entrée du vaisseau en provenance de Gayanès. L’appareil freina progressivement à l’intérieur de la pyramide pour s’arrêter en bout de piste.

         Wacé attendait l’arrivée de Syris devant l’ascenseur. Cette visite lui offrait une dernière chance pour préserver sa vie et sauver Phylis du pillage par les Immortels. Il ne pouvait plus se permettre d’échouer dans les négociations.

         La porte de la navette s’abaissa pour laisser le passage à la bulle de verre. La Doyenne s’agitait nerveusement. Les grimaces qu’elle faisait avec sa bouche décharnée en disaient long sur sa mauvaise humeur. Wacé rassembla tout son courage pour aller saluer la sorcière.

         - Bienvenue, chère Syris. Je vous attendais avec impatience.

         - Cela m’étonnerait que tu aies attendu plus longtemps que moi ! Depuis le temps que tu dois me livrer les deux proèdres !

         Wacé préféra ignorer les propos de la Doyenne et monta avec elle dans la capsule de l’ascenseur sans prononcer un seul mot. Dans la cabine, la bulle de verre lui semblait être démesurée. Il n’avait pas beaucoup de place pour se mettre à son aise et n’avait jamais eu l’occasion d’approcher de si près la Doyenne.

         La peau de la vieille femme, d’une blancheur morbide, plissait en franges. Ses yeux rouges avaient perdu de leur éclat. La Doyenne économisait ses paroles et respirait avec difficulté. Wacé admirait cette parcelle de vie qui s’accrochait désespérément à ce corps usé.

         L’ascenseur s’arrêta au dernier étage, sous le sommet de verre de la pyramide. La Doyenne conduisit son appareil à la suite de Wacé, jusque dans un bâtiment qui faisait office de salon de réception.

         Wacé ne savait pas comment il pouvait annoncer la mauvaise nouvelle à cette vieille femme acariâtre. Le matin même, il s’était aperçu avec stupeur en se réveillant qu’Eden et d’Adonis avaient disparus. Il aurait volontiers cédé au désespoir s’il n’avait pas eu l’assurance que les deux garçons n’avaient pas encore eu l’occasion de quitter Phylis 1. Tant qu’ils étaient encore sur la planète, rien n’était tout à fait perdu estimait-il pour se rassurer.

         La vieille femme le regardait fixement à travers les parois de sa bulle sans décrocher un seul mot. Elle savait qu’elle était en position de force face au sparapet qui avait été condamné par les plus hautes instances de l’Empire. Aussi, prenait-elle plaisir à le faire languir.

         Lorsqu’elle jugea le moment opportun, elle mit fin au silence pesant qui déstabilisait le sparapet.

         - L’Impératrice Sappho m’a dépêchée sur Phylis afin que je lui ramène les deux proèdres. J’espère que tu as pris grand soin d’Adonis.

         Wacé estima que l’instant était bien choisi pour annoncer la disparition des deux proèdres à Syris.

         - Adonis et Eden se sont enfuis la nuit dernière.

         A l’étonnement de Wacé, ce ne fut pas de la colère mais du désespoir qui traversa le visage de la vieille femme. Syris était abattue.

         - Ne chercherais-tu pas à me mentir ? Je suis prête à t’accorder tout ce que tu souhaiteras en échange de l’un des deux proèdres.

         - Je ne mens pas. La plupart des forces de police de Phylis 1 avaient été envoyées sur Phylis 14 pour mater une insurrection qui a coûté la vie au gouverneur de la cité. Eden et Adonis en ont profité pour fuir, mais ils n’ont pas pu quitter la ville en aéronef, le sas du spaciodrome supérieur était verrouillé.

         - Où sont-ils maintenant ?

         - Ils ont emprunté les conduits d’aération pour gagner les quartiers populaires, au-dessous de la Ceinture.

         Syris s’agitait dans sa bulle de verre, signe d’une activité cérébrale intense. La vieille femme avait toujours été très nerveuse et extériorisait ses sentiments dans des gestes désordonnés.

         - Nous devons les retrouver au plus vite.

         - C’est impossible, se désespéra Wacé. Il faudrait être suicidaire pour s’aventurer dans la cité du bas.

         La réaction du sparapet irrita la vieille femme. Ses yeux ternes brillèrent d’une lueur menaçante.

         - Tu as intérêt à me retrouver les deux proèdres. Pourquoi crois-tu que j’agonise dans ce corps en déliquescence alors que la technologie des savants est en mesure de me permettre un transfert dans un corps plus jeune ?

         Ces révélations étonnèrent Wacé. Il croyait que les recherches des savants dans ce domaine relevaient de l’utopie.

         - Le projet Djed serait-il arrivé à terme ?

         - Oui et j’aimerais bien en bénéficier.

         - N’importe quel corps peut vous convenir. Qu’attendez-vous donc pour retarder ainsi votre rajeunissement ?

         - Pas n’importe quel corps. Je veux renaître dans le corps d’un des fils d’Etran.

         La subtilité avait échappé à Wacé. La Doyenne était dévorée d’ambition et souhaitait secouer le joug de la dynastie d’Etran. Le sparapet tira rapidement les conséquences d’une telle révélation.

         - Si je vous retrouve l’un des deux proèdres, je vous assure la route vers le pouvoir à plus ou moins long terme. Un tel cadeau est inestimable.

         La Doyenne n’apprécia pas cette surenchère. Les bénéfices que Wacé pouvait tirer de son couronnement lui semblaient être évidents.

         - Si je monte sur le trône d’Etran, tu bénéficieras de ma protection, promit-elle. Les savants sont les alliés de toujours des nobles. Mon couronnement marquera le triomphe des Blancs.

         Cette heureuse perspective faisait rêver Wacé. De toutes les hypothèses qu’il pouvait esquisser, l’accession au pouvoir de Syris était celle qui lui serait la plus favorable. Le danger que représentaient Sappho et Oued ne lui laissait de toute manière pas le choix.

         - Je vais m’aventurer avec une unité de police dans les bas quartiers de la ville, décida t-il finalement. Je n’aurai aucun mal à retrouver Eden et Adonis. Deux princes de sang ne sont certainement pas passés inaperçus dans ces quartiers malfamés.

         Syris virevolta de joie dans sa bulle de verre. Apaisée par les assurances de Wacé, elle ferma les yeux afin d’imaginer sa nouvelle vie dans le corps d’un des deux proèdres. Elle préférerait s’emparer de celui d’Adonis, puisqu’il était le favori de Sappho tandis qu’Eden était proscrit par le Grand Conseil. Mais si cela s’avérait nécessaire, elle se contenterait du corps d’Eden. Afin d’éviter tout nouvel échec, la Doyenne désirait prendre personnellement les opérations en mains.

         - Je ne veux pas ternir ton optimisme, mais tu auras énormément de mal à retrouver la trace de deux individus perdus dans une mégapole de plusieurs dizaines de millions d’habitants. J’ai un moyen infaillible pour t’aider dans tes recherches.

         Sur un signe de la main de la Doyenne, un savant de sa suite appela l’ascenseur qui était redescendu vers l’étage du spaciodrome. La capsule de verre remonta rapidement vers les appartements du sparapet. Wacé eut un brusque mouvement de recul en apercevant le contenu de la cabine, dévoilé lors de l’ouverture des portes de l’ascenseur. Syris ricanait, fière de son audace.

         - Je t’ai ramené un petit souvenir du sacre de Sappho sur Iadès. Mes hommes n’ont pas eu trop de mal pour endormir et capturer ce monstre.

         Le protonyx au pelage fauve tordait sa tête de reptile dans tous les sens, cognant violemment les grilles de sa cage. Wacé était horrifié par cet animal qui lui semblait être encore plus terrible que tout ce qui avait été rapporté par les anciennes légendes.

         - Que voulez-vous que nous fassions de cette bête sur Phylis ?

         - Les protonyx ont un instinct particulièrement développé qui les guide naturellement vers leurs congénères ou vers les descendants d’Etran. Lâche cet animal dans la cité du bas et il te mènera directement à Eden et Adonis.

         Cette solution glaça Wacé.

         - Auriez-vous perdu la tête. Ce protonyx s’il est laissé en liberté, provoquera un véritable carnage parmi la population.

         Le visage de Syris qui se raidissait ne laissait aucune échappatoire au sparapet.

         - Tu feras comme tu souhaiteras, s’irrita-t-elle. Mais dans tous les cas, je ne te conseille pas de revenir bredouille. Pendant que tu mèneras l’enquête dans la cité du bas, je me chargerai de retenir les impériaux. Maintenant  que Sappho a été sacrée sur Iadès, je crains qu’elle ne souhaite venir personnellement enquêter sur Phylis pour récupérer son protégé.

         Wacé acquiesça d’un signe de la tête. Laissant la Doyenne profiter de ses appartements, il remonta dans l’ascenseur. Le protonyx dans sa cage ne supportait pas la présence de l’homme à ses côtés. Il tentait vainement d’écarter les grilles avec sa tête dans l’espoir de bondir au cou du sparapet. Le métal, approprié à la situation, résistait brillamment à l’épreuve.

         L’ascenseur propulsé par de l’air comprimé s’arrêta au premier palier de décompression. Après une brève pause, il réamorça sa descente. Seul un infime bruit d’air compressé accompagnait la capsule dans ses déplacements. Elle s’arrêtait tout aussi discrètement à chaque palier comme si elle se posait sur un coussin d’air. En quelques minutes, Wacé avait traversé la moitié de sa capitale pour arriver au niveau de la Ceinture de sécurité.

         La Ceinture s’étendait sur trois niveaux dans un enchevêtrement de galeries blindées. Elle coupait véritablement la cité en deux ensembles distincts et constituait une barrière autant psychologique que matérielle. Les habitants de la cité du bas n’avaient pas accès aux étages supérieurs, ceux de la ville du haut étaient libres de leurs mouvements mais il leur prenait rarement la fantaisie de descendre dans les bas-fonds de la capitale.

         Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un couloir étroit qui se terminait par une imposante porte au blindage renforcé. Wacé apposa sa main droite sur une plaquette froide et lumineuse. La plaquette évolua d’un bleu très clair à un rouge très vif. Un léger déclic amorça l’ouverture de la porte coulissante.

         Wacé pénétra au sein de la Ceinture de Phylis 1. Les charpentes métalliques, squelettes froids destinés à soutenir la carapace d’acier des couloirs, pouvaient résister aux attaques des lasers les plus puissants. Les couloirs s’entrecoupaient dans un défilé infini, succession monotone de poutrelles et d’armatures en tout genre.

         Wacé connaissait parfaitement le chemin qui menait au poste de contrôle de la Ceinture. La vaste salle s’élevait sur deux niveaux au coeur de la pyramide. Des hommes en armes sans armure s’agitaient dans tous les sens, allant d’un écran de contrôle à un autre. Les sphères holographiques diffusaient des images prises aux différents niveaux des étages inférieurs. Les policiers, en les observant constamment, avaient pour mission de prévenir d’éventuelles émeutes et de repérer les trafiquants de drogue.

         Des caméras mobiles survolaient les artères, permettant de visionner la cité du bas dans ses moindres recoins. Ces caméras miniatures filtraient les images tout en restant pratiquement invisibles, permettant aux policiers de parcourir la cité du bas comme s’ils étaient sur place.

         Un policier venait de repérer une émeute dans sa sphère holographique. Sa voix calme, totalement détachée des terribles événements qu’il observait, résonna dans la pièce.

         - Affrontement entre deux gangs au niveau 19. Veuillez détacher deux brigades pour rétablir l’ordre.

         Les portes inférieures de la Ceinture s’ouvrirent afin de permettre le passage des véhicules d’une patrouille de policiers. Ceux-ci utilisèrent un ascenseur réservé aux forces de l’ordre pour traverser les étages et se répandre le plus rapidement possible au niveau 19.

         Wacé s’était approché du chef de sa garde qui surveillait les opérations à partir de son poste de commandement situé au centre de la pièce. Le policier âgé d’une cinquantaine d’années assumait fièrement les responsabilités de sa fonction comme ces personnes qui avaient âprement gravi les échelons de la société en partant de rien. La rigueur qu’il adoptait dans son travail se révélait sur son visage austère et sec.

         - Nous n’avons pas encore réussi à localiser les fuyards, sparapet Wacé. Nos caméras sillonnent méthodiquement tous les niveaux de la ville sans grand succès.

         Ces mauvaises nouvelles exaspéraient Wacé.

         - Ils ne se sont pourtant pas évanouis dans la nature.

         Le chef des gardes resta inflexible aux reproches du sparapet, le visage sévère, répondant sèchement à son maître.

         - Une enquête pour être vraiment efficace doit se dérouler sur le terrain. Ce n’est pas en observant des sphères de contrôle que l’on pourra correctement évaluer une situation. Les deux jeunes hommes que vous souhaitez retrouver sont suffisamment intelligents pour débusquer nos pièges et pour rechercher des complicités.

         - Mon intention est justement de descendre dans la cité du bas pour mettre la main sur nos deux amis, expliqua Wacé.

         Le sparapet espérait retrouver la trace d’Eden et d’Adonis sans l’aide du protonyx, en reconstituant leur itinéraire grâce aux témoignages des différents badauds qu’ils avaient nécessairement dû rencontrer sur leur chemin. Deux princes de sang ne pouvaient pas passer inaperçus dans ces quartiers défavorisés, l’argent aiderait à délier les langues.

         Le policier ne cachait pas son hostilité aux projets de son maître.

         - Je ne sais pas s’il est très raisonnable que le sparapet de Phylis s’aventure dans des quartiers où la police ne sera pas en mesure d’assurer sa protection.

         Wacé n’apprécia pas ce commentaire. Le chef des gardes poussait sa conscience professionnelle beaucoup trop loin. Sa franchise était mal venue de la part d’un simple exécutant.

         - Je ne vous demande pas votre avis, maugréa t-il. Je vais me rendre personnellement dans la cité du bas et vous serez chargé d’assurer ma protection.

         - Comme vous voudrez. Je vais immédiatement faire préparer un véhicule blindé et un véhicule de soutien.

         Il désigna le protonyx encagé en grimaçant.

         - Que dois-je faire de cet animal ?

         - Il sera aussi du voyage. Nous aurons peut-être besoin de lui.

         Le chef des gardes disparut pour accomplir sa mission, à contre coeur. Le projet du sparapet lui semblait être insensé, mais il n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux désirs de son maître.

         Il ne fut pas long à donner ses ordres et il revint très rapidement pour accompagner Wacé jusqu’à la porte qui fermait le passage menant à la cité du bas. Une voiture blindée et un véhicule fourgon avaient été réquisitionnés. Une dizaine de policiers armés de pistolets laser les attendaient autour des véhicules.

         - Ces hommes nous escorteront tout au long de notre périple.

         Les policiers avaient été soigneusement sélectionnés par le chef des gardes. Par leur maîtrise, leur fermeté, ils portaient la marque de leur chef. Entouré par des professionnels de la guérilla urbaine, Wacé se sentait totalement en sécurité.

         - Nous pouvons y aller, fit-il.

         Les hommes montèrent dans les véhicules. La voiture blindée de Wacé, très confortable à l’intérieur, était protégée par une cuirasse fondue dans un alliage noir et très brillant. Les véhicules se mirent en branle, la longue porte qui fermait l’accès à la cité du bas se souleva pour leur ouvrir le passage.

         Les véhicules se dirigèrent vers un monte-charge qui avait une capacité suffisante pour les contenir tous les deux en même temps. Les portes se fermèrent et les véhicules entamèrent leur descente vers les enfers de Phylis 1.

         - Où désirez-vous vous rendre ? Demanda benoîtement le chef des gardes au sparapet.

         Wacé faisait mine de réfléchir. Il n’avait pas la moindre indication pour commencer ses recherches. Le hasard dicta son choix.

         - Nous allons nous rendre au niveau 57. C’est là que se trouve le plus grand spaciodrome de la cité du bas. Peut-être auront-ils eu l’idée de s’y rendre ?

         Wacé était à cent lieues de se douter qu’il n’ait jamais pu faire un choix plus judicieux. Le monte-charge le conduisait directement vers Eden et Adonis parmi des centaines de niveaux possibles.

         Le monte-charge arrêta sa descente. D’énormes caractères en noir annonçaient sur un mur derrière la porte qui se levait : « niveau 57. »

         De l’eau suintait sur les parois en béton. Les véhicules rutilants remontèrent cette artère désertique pour rejoindre un axe beaucoup plus vivant. Wacé eut un pincement au coeur en regardant la population misérable de sa capitale à travers les vitres blindées de sa voiture.

         Il était le premier sparapet de Phylis à s’aventurer dans ces bas-fonds.

         Peut-être serait-il le dernier ?

 

Chapitre 23                                                              Chapitre 25 

 

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Published by Eloïs LOM
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