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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 10:05

 

         La nuit recouvrait de son manteau noir la mer de nuage qui cernait Phylis 1. La pointe du sommet de la pyramide de verre était plongée dans une semi obscurité. L’unique source de lumière, la sphère holographique, continuait de diffuser ses images dans le plus grand silence au milieu de la salle.    

         Adonis tira vivement les draps qui le recouvraient et bondit hors de son lit. Il s’habilla rapidement et sortit de sa chambre. Wacé l’avait logé dans un bâtiment relativement éloigné de la chambre d’Eden. Pour rejoindre son frère, il était obligé de passer sous la sphère d’images, la zone la plus éclairée de la pyramide.

         La pelouse synthétique feutrait les pas d’Adonis. L’étage n’était pas gardé et le garçon n’eut aucun mal à arriver devant la chambre d’Eden sans avoir attiré l’attention sur lui. Comme tous les bâtiments, la chambre du Proèdre ne possédait ni porte ni toit. Eden dormait paisiblement dans son lit au fond de la pièce.

         Adonis le secoua et passa sa main devant sa bouche pour l’empêcher de crier.

         - C’est Adonis, ne crains rien.

         - Pourquoi me réveilles-tu en plein milieu de la nuit ?

         Adonis lui tendit ses vêtements pour seule explication.

         - Habille-toi vite.

         Eden obéit à son frère et enfila sa combinaison. Il aurait aimé en savoir un peu plus sur ses intentions.

         - Tu n’as pas répondu à ma question.

         - Je n’ai pas confiance en Wacé et l’arrivée prochaine de Syris ne me dit rien qui vaille. Je crains que Wacé ne se serve de nous comme monnaie d’échange.

         Eden comprit la pensée d’Adonis.

         - Nous sommes ses otages tant que nous restons sur Phylis.

         - En nous hébergeant, il possède les deux pièces les plus importantes dans le jeu de Sappho. A ses yeux, nous valons de l’or.

         Adonis s’approcha de l’entrée de la chambre. La route était libre jusqu’au monte-charge. Il fit signe à Eden de le suivre. Les deux hommes traversèrent discrètement la pyramide puis ils montèrent dans la capsule de l’ascenseur.

         Alors qu’ils descendaient vers le spaciodrome de Wacé, Adonis dévoila ses projets à Eden.

         - Nous allons essayer de nous emparer d’un aéronef pour gagner la Planète-Mère. Je ne voulais pas y aller, mais nous n’avons plus le choix.

         - Les vaisseaux doivent être gardés, objecta Eden. De plus, ils ont dû fermer le sas du spaciodrome.

         Dans la précipitation, Adonis n’avait pas pensé à tous ces éléments. Wacé devait redouter une fuite des deux hommes et avait vraisemblablement bouclé le secteur du spaciodrome. En s’y rendant, ils allaient se jeter dans la gueule du loup. Adonis reprogramma rapidement l’ascenseur.

         - Que fais-tu ? Demanda Eden.

         - Nous allons fuir là où Wacé ne nous attend pas. Nous allons passer par la Ceinture et gagner les spaciodromes du quartier populaire qui échappent plus ou moins à son contrôle.

         - C’est de la folie, grogna Eden. Les quartiers situés en dessous de la Ceinture sont de véritables coupe-gorge.

         - Nous n’avons pas le choix.

         L’ascenseur accéléra la descente puis stoppa net à un étage qui n’avait pas été programmé par Adonis. Eden s’affola.

         - Que se passe t-il ?

         - Ce n’est rien. L’ascenseur s’arrête automatiquement tous les cent cinquante mètres par paliers de décompression.

         La capsule se remit en effet en marche et poursuivit sa descente vers la Ceinture de Phylis 1. Elle s’arrêta encore une dizaine de fois avant d’arriver à sa destination. Les deux hommes sortirent au dernier étage qui précédait la Ceinture.

         - Comment allons-nous passer le poste de police ? Angoissa Eden. Wacé nous a certainement fait ficher.

         Adonis reconnaissait aisément qu’ils pouvaient difficilement se présenter tranquillement devant les policiers de la Ceinture. Ceux-ci ne connaissaient pas Adonis, mais parviendraient  aisément à identifier le Proèdre.

         - Cette ville doit être dotée d’un puissant système d’aération. Je doute que les conduits d’airs connaissent les subtiles distinctions entre cité du bas et cité d’en haut.

         La cage de l’ascenseur était l’endroit où l’on avait le plus de chance de découvrir des conduits d’aération. Adonis détacha quelques taules en ferraille à l’aide de son pistolet laser et découvrit une cheminée. Celle-ci tournait autour de la cage de l’ascenseur comme un toboggan.

         - Le conduit est assez large pour que nous puissions nous y glisser.

         Eden ne partageait pas l’optimisme d’Adonis.

         - Aurais-tu perdu la tête ? Nous ne savons pas jusqu’où descend ce tuyau. Peut-être est-il bloqué par un barrage de police ?

         - Je ne crois pas. Ce tuyau est assez glissant pour dissuader quiconque souhaiterait l’emprunter de bas en haut. La police de Wacé redoute avant tout l’intrusion d’individus de la cité du bas dans les quartiers supérieurs et non l’inverse.

         Adonis glissa ses deux jambes dans l’orifice et s’apprêta à se laisser glisser. Il souhaitait entraîner l’adhésion d’Eden.

         - Es-tu prêt à me suivre ?

         - Je n’ai pas le choix, marmonna-t-il.

         Adonis poussa avec ses deux bras et commença sa descente dans le conduit. Eden s’inséra à son tour dans le tuyau et glissa à la suite de son frère. Les parois métalliques n’offraient aucune résistance et les deux jeunes hommes dévalèrent le conduit d’aération à vive allure.

         A un moment donné, le conduit avait dû quitter la cage de l’ascenseur puisqu’il cessa de tourner en spirale. Il descendit alors pratiquement à pic et les deux frères tombèrent désormais en chute libre. Eden émit un cri qui résonna comme un écho dans la cheminée métallique.

         La déclivité heureusement se réduisit au fur et à mesure de la descente, puis le conduit se tordit brutalement pour s’ajuster parallèlement au sol. A ce moment, Adonis bougea maladroitement sa tête et sa nuque frappa la paroi.

         Il fut assommé un peu avant d’avoir terminé sa descente et avant qu’Eden ne lui tombe dessus. Lorsqu’il se réveilla, Eden avait descellé une grille afin de leur permettre de quitter le conduit. La tête encore toute endolorie, il félicita son frère de son initiative.

         - Tu as fait du bon travail. Sais-tu où conduit cette ouverture ?

         - J’ai un peu prospecté les environs pendant que tu étais inconscient, répondit-il fièrement. Ce chemin mène à une bouche d’aération sous une rue très passante.

         Adonis poussa un cri de joie.

         - Une rue très animée. Cela signifie que nous avons réussi à passer la Ceinture.

         - Il y a de fortes chances en effet, confirma Eden.

         Les deux garçons sortirent du conduit à quatre pattes. Le reste de la galerie leur permettait de continuer leur progression debout. Ils étaient dans un conduit d’aération très important. Juste au-dessus de leurs têtes, les deux frères apercevaient des centaines de paires de pieds qui piétinaient une grille au maillage étroit qui servait de plafond à la galerie. A en juger par l’affluence, ils devaient vraiment se trouver sous une artère importante. Adonis se trouva confronté à un épineux problème.

         - Nous ne pouvons pas rester éternellement dans ces réseaux d’aération dont nous n’avons pas les plans pour nous diriger. Nous devons rejoindre cette rue, mais comment sortir de cette galerie sans nous faire voir ?

         Eden le tira par le bras pour lui indiquer une bifurcation sur la droite. Le chemin suivait une artère moins importante car il était plus étroit.

         - Nous n’avons qu’à suivre ce chemin jusqu’à une ruelle peu passagère. Là il nous sera plus facile de soulever l’une de ces grilles pour sortir.

         Adonis acquiesça d’un signe de la tête. Ils marchèrent un long moment dans cette artère secondaire avant de bifurquer dans un conduit encore moins important. La rue au-dessus d’eux devait être moins éclairée. Ils marchaient à tâtons dans un conduit obscur. De l’eau poisseuse coulait de la rue sur leurs têtes. L’air qui s’écoulait dans le tunnel véhiculait une épouvantable odeur de viande décomposée. L’odorat d’Eden se révolta.

         - Nous devons vraiment être dans un quartier malfamé. Je n’entends plus aucun bruit au-dessus de nous. Nous pourrions peut-être en profiter pour sortir de ce conduit malodorant.

         - Fais-moi la courte échelle, proposa Adonis. Je vais essayer de soulever l’une de ces grilles.

         Adonis n’eut aucun mal à déchausser la grille qui était amovible. Il la poussa sur le côté et se hissa hors du trou en faisant appel avec ses bras. La ruelle, faiblement éclairée, était si étroite qu’elle autorisait difficilement le croisement de deux hommes. Dans le conduit, Eden s’impatientait. Adonis l’en extirpa en le tirant avec son bras. Ils replacèrent la grille pour ne pas tomber dans le trou.

         - C’est un véritable coupe-gorge, s’exclama Eden. Nous ne devrions pas nous attarder dans ces lieux inhospitaliers.

         Ils remontèrent la ruelle en file indienne et rejoignirent une artère plus importante. Des femmes entourées de leur progéniture se tenaient sur le seuil de leur porte. Adonis jeta un rapide coup d’oeil dans l’une de ces misérables habitations. Elles étaient composées d’une pièce unique dans laquelle s’entassaient des familles de quatre ou cinq enfants.

         Une dizaine de jeunes gens âgés d’une quinzaine d’années barrait l’accès à l’intersection suivante. Ils n’étaient pas particulièrement menaçants, mais se dressaient en mur humain pour empêcher Eden et Adonis d’avancer. Le plus âgé devait être le chef.

         - Si vous désirez passer, il vous faudra payer le péage, mes princes. Pour des personnes aussi bien vêtues, ce sera dix onces stellaires.

         Eden souhaitait en découdre. Pour des champions de la lutte comme Adonis et lui, ces gringalets affamés ne représentaient pas une grande menace.

         - Dix onces, c’est énorme pour traverser une rue.

         Adonis le retint et lui murmura quelques mots à l’oreille.

         - Nous avons de quoi payer, laisse les tranquille.

         - Nous n’allons pas nous laisser racketter, protesta Eden.

         - Si nous nous battons contre eux, nous risquons d’attirer l’attention de la police de Wacé. Ce n’est pas le moment de nous faire remarquer.

         Adonis sortit dix onces de sa bourse et les envoya au chef de la bande. Celui-ci fit une courbette avec un brin d’insolence.

         - Je te remercie, mon prince.

         - Si tu veux me remercier, poursuivit Adonis, indique-moi le spaciodrome le plus proche.

         Les jeunes gens éclatèrent de rire.

         - Vous devez vraiment être perdus. Vous ne trouverez pas de spaciodrome à ce niveau. Il vous faudra descendre quatre étages jusqu’au niveau cinquante-sept.

         Adonis leur lança une autre pièce de dix onces.

         - Merci, fit-il.

         Les adolescents disparurent sans demander leur reste en poussant des hurlements de victoire. Adonis ne regrettait pas l’argent qu’il avait versé pour obtenir cette information. Les étages inférieurs de Phylis 1 constituaient un infernal labyrinthe et ils avaient été bien naïfs d’imaginer qu’ils auraient pu se débrouiller seuls sans indication.

         Après s’être informés, ils apprirent que des escaliers permettaient de relier les étages entre eux. Il y avait aussi des ascenseurs, mais ils étaient dans un tel état de délabrement que personne n’osait les emprunter. L’aventure s’avérait être périlleuse.

         Une longue errance leur permit de découvrir un bâtiment gris et cubique, abritant une cage d’escalier. Les marches étaient jonchées de corps inanimés. Ils avaient tous les contours des yeux violacés. Adonis fut choqué devant un  tel spectacle.

         - Ils sont morts ?

         - Ce sont des drogués en manque, expliqua Eden. Il vaudrait mieux ne pas trop nous attarder ici. Ils seraient prêts à tuer père et mère pour obtenir une dose de pélanine.

         Les deux frères descendirent l’escalier en courant. Au niveau cinquante-huit, ils se heurtèrent à une impasse; l’escalier se terminait par un mur. Eden se désespérait.

         - Ce n’est pas possible, nous ne sortirons jamais de ce dédale.

         - Suis-moi, fit Adonis.

         Ils sortirent de la cage d’escalier et surgirent à leur grand soulagement dans une grande artère aux magasins propres et illuminés. Les badauds déambulaient paisiblement en regardant les boutiques.

         - Cela fait des heures que nous marchons, se plaignit Eden. Nous pourrions nous arrêter dans un hôtel pour nous reposer un peu.

         - Je ne pense pas que Wacé nous trouvera ici, concéda Adonis. Il y a des chambres libres au bout de la rue.

         Ils s’arrêtèrent devant une maison de trois étages à la façade percée de fenêtres minuscules. Une enseigne lumineuse annonçait qu’il restait des chambres inoccupées. Adonis était dans l’expectative.

         - Ce n’est pas le grand luxe, mais nous n’allons pas rester bien longtemps ici.

         - S’il y a un hôtel, c’est que nous ne devons pas être loin d’une zone de transit, supposa Eden.

         Ils entrèrent dans le bâtiment. Un vieil homme aux cheveux et à la barbe blanche les accueillit.

         - Bonsoir jeunes gens. Je m’appelle Khios et je suis à votre service.

         - Enchanté, fit Adonis. Khios, signifie « âme » en vieux dialecte. Auriez-vous une âme assez bonne pour donner le gîte à deux voyageurs épuisés ?

         Les pommettes du vieil homme rougirent.

         - Vous êtes ici chez vous.

 

Chapitre 22                                                              Chapitre 24    

 

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Published by Eloïs LOM
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