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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 11:41

 

         La navette de Wacé amorça sa descente vers l’unique continent de Phylis. La planète était couverte à plus de quatre-vingt-dix pour cent par des océans, mais toujours embrumée par les nuages, elle ne présentait pas l’aspect bleu dominant de la Planète-Mère lorsqu’on l’observait de l’espace.

         Les nuages, très épais, étaient de moyenne altitude. Wacé se contenta de les survoler en direction de la capitale, Phylis 1.

         Les villes étaient de gigantesques pyramides métalliques de cinq mille mètres de haut, pouvant héberger chacune des dizaines de millions d’habitants. Le sommet abritant les quartiers aisés émergeait des nuages à plus de quatre mille mètres d’altitude et profitait pleinement du soleil. La base en revanche, les quartiers populaires, étaient constamment plongés dans la purée de pois.

         L’aéronef contourna la pointe en verre d’une pyramide qui donnait l’impression de flotter sur une mer de nuages gris.

         - Phylis 23, commenta Wacé. Nous approchons de notre destination, la capitale de ma planète.

         C’était la première fois qu’Adonis quittait un des hauts lieux de l’Empire pour s’aventurer dans le monde extérieur. Il était impressionné par ce qu’il découvrait. Phylis était beaucoup plus vivante que Gayanès ou Okara, moins aseptisée en quelque sorte.

         Des nuages, encore et toujours, un océan de nuages gris voire noirs, à perte de vue. Wacé fut contraint de plonger à un moment donné pour éviter une escadrille d’une vingtaine de vaisseaux marchands qui venait de lui couper la route. L’aéronef fut alors entraîné dans un tourbillon de vent et de pluie. La visibilité était nulle, les occupants de la navette avaient l’impression de foncer dans de profondes eaux grises sans fin.

         - Le climat est-il toujours aussi humide au sol ? Demanda Adonis effrayé par un tel déluge.

         - La vie est pratiquement impossible à la surface de la planète, expliqua Wacé. Les précipitations sont continues et obligent les hommes à vivre dans ces grandes pyramides à moitié immergées sous les nuages.

         Wacé redressa le vaisseau, le faisant surgir de nouveau au-dessus de la tempête. La navette se dirigea droit vers une pyramide géante qui dominait l’immense plaine de nuages.

         Eden et Adonis, bien que ne connaissant pas le site, devinèrent qu’il s’agissait de la capitale, Phylis 1. Le vaisseau concentra son approche en longeant les parois de verre. Sous les vitres, on apercevait un havre de paix, des maisons entourées de jardins luxuriants.

         Le vaisseau remonta le long de la paroi vitrée en direction du sommet et s’engouffra, un peu avant de l’atteindre, dans une ouverture renforcée par des armatures métalliques. A l’intérieur de l’édifice, il ralentit et se posa sur une piste d’atterrissage.

         Les ailes du vaisseau se plièrent lentement au niveau du sol et la porte s’abaissa pour permettre l’expulsion de la passerelle.

         - Nous voici arrivés sur Phylis 1, expliqua Wacé en coupant les machines.

         Adonis cacha son arme sous sa tunique.

         - Je ne relâche pas mon attention, Wacé. N’essaye pas de me jouer un tour.

         Le sparapet regarda Adonis avec condescendance

         - Si j’avais voulu m’échapper, j’aurais pu le faire depuis longtemps. Je n’ai pas peur de toi et je doute fortement que tu puisses me tirer dessus.

         La main d’Adonis se tendit sur son arme. Wacé avait touché un point sensible et le jeune homme, jusqu’à présent rassuré par son pistolet laser, se sentit subitement nu et sans défense face à son ami.

         Le sparapet avait raison. Il aurait pu fuir depuis longtemps sans grand risque. Il avait donc accompagné Eden et Adonis de plein gré. Pour quelle raison, songea Adonis ?

         Les trois hommes descendirent du vaisseau les uns à la suite des autres. Ils traversèrent la piste du spaciodrome totalement désertique. En tête du cortège, Wacé les guidait.

         - Nous sommes dans la résidence officielle des sparapets de Phylis. Un ascenseur va nous conduire dans mes appartements privés, au sommet de la ville.

         Ils montèrent dans une capsule de verre qui les propulsa jusqu’au sommet de l’édifice. Lorsque la cabine s’arrêta, les portes s’ouvrirent sous une pyramide de verre. Le soleil éclairait à travers les vitres une pelouse artificielle très douce, parsemée de petits bassins aux formes les plus originales. La résidence du sparapet était composée de petits bâtiments dépourvus de toit, séparés par de simples cloisons légères.

         Au centre de la pyramide, au-dessous de la cage de l’ascenseur, une énorme sphère de couleurs diffusait des informations en continu en provenance des quatre coins de l’Univers.

         Le son était coupé et la pièce respirait un calme apaisant. Les serviteurs se déplaçaient sans un bruit autour d’Eden et d’Adonis. La pelouse artificielle et la structure de verre de la pyramide étaient conçues pour étouffer les moindres sonorités.

         Wacé invita Eden et Adonis à entrer dans l’un des bâtiments. Les locaux étaient spacieux. Dépourvus de plafond, les murs s’élevaient vers la pointe de verre et avaient pour seule utilité de conférer une intimité aux pièces qu’ils délimitaient.

         Wacé vida d’une traite le verre qu’un serviteur venait de lui apporter. L’alcool lui fit l’effet d’un fortifiant.

         - Quels sont vos projets ? Demanda-t-il à Adonis.

         Le jeune homme alla s’asseoir dans un fauteuil à côté de celui de Wacé. Eden, anxieux, préféra rester debout. Il répondit à la place d’Adonis.

         - Nous n’allons pas rester longtemps ici. Je crois même que nous devrions partir sur-le-champ.

         Wacé ironisa.

         - Tu sembles être bien nerveux, petit Proèdre. Tu ne te sens pas bien chez moi ?

         Adonis avait pris sa décision, quitte à décevoir Eden.

         - Tant que nous ne connaîtrons pas les réactions de Sappho, nous serons plus en sécurité sur Phylis.

         - Je crois qu’Adonis a raison, approuva Wacé. Personne ne vous retrouvera si vous vous cachez sur Phylis. Vous pourrez aisément vous fondre parmi la population de la planète.

         Adonis n’écoutait plus ses compagnons. Il était intrigué par la sphère d’images qui dominait les appartements de Wacé. Elle transmettait en direct une séance du Grand Conseil présidée par Sappho.

         - Comment peut-on avoir le son ?

         C’était très simple. Wacé régla mentalement la tonalité.

         Après le départ d’Elia de la tribune officielle, Oued avait pris la parole. Le verdict était tombé, froid et terrible.

         - Le Proèdre Eden et le sparapet Wacé sont déclarés hors la loi.

         Eden était tout retourné. Il lui semblait que la terre se dérobait sous ses pieds.

         - Que vais-je faire ? Les impériaux vont certainement venir me chercher sur Phylis.

         - Calme-toi un peu, le raisonna Wacé, parfaitement détendu dans son fauteuil comme si sa condamnation ne le touchait pas.

         Adonis était figé devant l’image triomphante de Sappho dans la sphère holographique. La Princesse souriait de bonheur, son visage de félicité dominait la vaste pièce.

         - Tu sembles être bien sûr de toi, Wacé, fit-il. Aurais-tu une parade ?

         - Je refuse de fuir, se contenta t-il de répondre à Adonis. J’affronterai les Immortels avec mes troupes s’ils devaient débarquer sur Phylis.

         - Tu n’auras aucune chance, trancha sèchement Adonis.

         Wacé haussa les épaules sous ses longs cheveux noirs bouclés. Il n’avait pas peur de perdre la partie, ni de mourir. Il était prêt à défendre sa liberté jusqu’au bout plutôt qu’être condamné à fuir le restant de ses jours.

         Adonis et Eden n’étaient pas au bout de leur peine. Dans la sphère holographique, l’image géante de Syris retransmise de Gayanès venait de leur annoncer, à eux et à tout l’univers, qu’ils étaient frères. La nouvelle les bouleversa.

         De discrètes larmes de tendresse bouleversée mouillèrent les yeux d’Adonis et sa  gorge se noua. Après des années d’interrogation, il venait enfin de découvrir ses origines. Son père était mort trop tôt, mais son frère unique était présent à ses côtés.

         Eden, déboussolé par cette si incroyable nouvelle, était tiraillé entre le regret de ne plus être fils unique et la joie d’apprendre qu’il n’était plus seul au monde. Les yeux sombres du Proèdre s’éclaircirent, brillant d’une mystérieuse plénitude intérieure.

         Adonis donna une chaleureuse accolade à Eden.

         - Je serai toujours là pour t’aider, mon frère.

         Wacé avait détourné son regard des deux garçons pour examiner attentivement la pièce. Les serviteurs s’étaient arrêtés de travailler pour regarder la retransmission de la séance du Grand Conseil. Maintenant, ils restaient prostrés et fixaient Wacé d’un regard noir.

         Devant tous ces regards hostiles, le sparapet s’emporta.

         - Qu’avez-vous à me regarder ainsi ? Vous n’avez donc pas de travail ?

         Les domestiques n’étaient pas disposés à obéir à leur maître. Ils fixèrent le sparapet pendant encore un court instant avant de reprendre leurs activités habituelles. Ils sortirent de leur immobilisme avec une parfaite synchronisation; cinq secondes plus tard, ils avaient tous disparu.

         Leur réaction étrange était facilement explicable. Les nobles, privilégiés de l’Empire, n’étaient pas appréciés de la population. Les domestiques accueillaient certainement la disgrâce de Wacé avec une grande satisfaction.

         Eden n’était guère en meilleure posture.

         - Je suis condamné à mort, se lamentait-il.

         Adonis restait confiant.

         - Rien n’est encore perdu, mon frère.

         - C’est facile pour toi, marmonna Eden. Sappho t’a choisi pour lui succéder sur le trône d’Etran.

         - Le trône ne m’intéresse pas. Et tu n’as rien perdu car d’après mon maître Irz’gune, tu posséderais en contrepartie des pouvoirs prodigieux.

         Le regard d’Eden s’illumina.

         - Quels sont ces pouvoirs ?

         - Je n’en ai qu’une vague idée. Mais je sais que cela a un rapport avec la décorporation.

         - Taisez-vous, ordonna Wacé.

         Les informations diffusées par la sphère holographique avaient été subitement interrompues. A leur place, était apparue l’image du gouverneur de Phylis 14.

         - Nous sommes confrontés à un soulèvement dans les étages inférieurs, hurla t-il. Les révoltés tentent d’enfoncer la Ceinture.

         La Ceinture se composait d’un ensemble de trois étages, verrouillés par la police, isolant les quartiers populaires du sommet de la cité. Chaque ville de la planète en possédait une.  Si les insurgés  devaient  percer cette protection, ils mettraient à sac les quartiers aisés de  Phylis 14.

         Wacé répondit à son interlocuteur.

         - Nous allons vous envoyer des renforts.

         L’homme venait de regarder ses écrans de contrôle. La terreur le défigura.

         - C’est trop tard. Les portes blindées de la Ceinture viennent de céder. Les policiers se font massacrer par les rebelles.

         - Prenez un aéronef et venez vous réfugier sur Phylis 1, conseilla Wacé.

         - Impossible. Les insurgés ont pris le contrôle de la Ceinture et ils viennent de fermer tous les sas de la ville. Plus aucun appareil de peut décoller. Je redoute même que notre communication ne soit interrompue.

         L’image dans la sphère se brouilla. Le gouverneur de Phylis 14 tenta de communiquer une dernière fois.

         - Adieu.

         L’écran venait de s’éteindre, plongeant les appartements de Wacé dans un silence de mort. Il n’était pas difficile d’imaginer ce qui avait pu se passer à Phylis 14. La foule excitée avait très certainement massacré tous ses dirigeants.

         L’événement était suffisamment grave pour contraindre Wacé à mettre ses troupes en alerte. Ce qui l’inquiétait le plus, c’était l’état de la Ceinture de la capitale. Il contacta le chef de sa garde. L’homme qui était apparu sur l’écran ne semblait pas céder à la panique.

         - Je suis au courant des événements qui se sont déroulés sur Phylis 14. Les rebelles ont bénéficié de complicités au sein de la police. Des patrouilles ont été envoyées pour reprendre le contrôle de la ville.

         - Y a t-il d’autres foyers de rébellion ?

         - Pas vraiment. La population est très nerveuse depuis l’annonce de votre condamnation par le Grand Conseil, mais elle reste calme.

         Wacé, rassuré, souffla un peu.

         - Renforcez la garde au niveau de la Ceinture dans toutes les villes. Recherchez les traîtres.

         - Ce sera fait, promit le chef des gardes. A propos. Nous avons reçu un message de la planète impériale.

         - Que dit-il ?

         - Il nous annonce la venue prochaine de la Doyenne de l’Université. Elle souhaite parlementer au nom de la Princesse Sappho.

         - Soyez prêts à l’accueillir sur Phylis 1.

         Les informations reprirent leurs droits à l’intérieur de la sphère holographique et le son fut de nouveau coupé.

         Wacé était prêt à accepter la négociation. A défaut de trouver une porte de sortie honorable, il pourrait toujours gagner du temps. Sappho craignait vraisemblablement pour la vie de son protégé. Adonis avait beau avoir un pistolet laser braqué sur son hôte, il était en réalité devenu l’otage de Wacé depuis son arrivée sur Phylis. Comment pourrait-il à lui seul tenir tête à tous les soldats du sparapet?

         Sappho était prête à tout pour retrouver Adonis. Wacé tenait là une monnaie d’échange inestimable. Il se tourna vers les deux garçons.

         - Considérez-vous comme mes hôtes. Suivez-moi, je vais vous montrer vos chambres.

 

Chapitre 20                                                                Chapitre 22    

 

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Published by Eloïs LOM
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