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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 19:23

 

         Sappho et Oued étaient emmenés en pastille de lévitation vers les étages supérieurs du bâtiment du Grand Conseil. Après l’annonce officielle de la mort d’un empereur, l’assemblée avait en effet devoir de siéger afin de valider l’accession au trône du Proèdre, son héritier.

         Les événements s’étaient accélérés après la fuite d’Eden et d’Adonis. Les Immortels avaient investi la Cité Interdite. Du haut de son disque, Sappho pouvait admirer les unités militaires qui se déployaient dans les jardins du palais impérial. Le ciel de Gayanès était couvert de vaisseaux Immortels menaçants.

         Oued se félicitait.

         - Nous aurons bientôt le contrôle absolu de la Cité Interdite.

         - As-tu des nouvelles d’Eden et d’Adonis ?

         - Nous avons fouillé la Cité Interdite de fond en comble, mais ils demeurent introuvables. Je suis pratiquement certain qu’ils ont fui dans la navette de Wacé. C’est le seul vaisseau qui ait pu quitter Gayanès avant le bouclage complet de la planète.

         Sappho enrageait. Adonis l’avait trahi pour sauver Eden, elle le savait. Elle avait surpris les pensées les plus intimes du jeune homme alors qu’il quittait précipitamment son palais comme un voleur.

         - Il faut absolument retrouver Adonis.

         - Pour le punir ?

         Sappho éprouvait trop de tendresse pour Adonis pour envisager quelques représailles que ce fut à son égard.

         - Sûrement pas. Je veux que ce garçon revienne à mes côtés.

         Oued tempéra les ardeurs de Sappho.

         - Nous retrouverons ton protégé, je te le promets. Mais pour l’instant nous avons mieux à faire. Nous avons un trône à conquérir.

         - Nous avons la force de notre côté, mais il nous manque encore la légitimité, s’inquiéta Sappho. Eden est tout de même le véritable héritier du trône.

         - Ne te tracasse pas pour cela. J’ai une arme secrète qui éliminera toute autre prétention au trône en dehors de la tienne.

         - Tu m’intrigues. Quelle est cette arme que tu caches si farouchement ?

         - Tu ne vas pas tarder à le savoir.

         La pastille s’engouffra dans l’une des bouches de la partie supérieure du bâtiment. Oued et Sappho firent le reste du trajet à pied. Ils montèrent sur la tribune officielle et s’assirent sur leurs fauteuils respectifs. Sappho se garda bien de s’installer sur le trône impérial vacant.

         La salle reflétait la nouvelle composition du Grand Conseil. La moitié des tribunes était peuplée de représentants Immortels. Les rangs des Blancs étaient beaucoup plus clairsemés, notamment dans le groupe des nobles. De nombreux députés Blancs avaient en effet décidé de boycotter la réunion.

         La Doyenne de l’Université occupait les premiers rangs dévolus aux savants. Sappho se pencha pour murmurer quelques mots à Oued.

         - Syris ne devait-elle pas quitter Gayanès hier matin ?

         - Tout à fait. Mais Wacé est parti sans elle.

         - J’aurais préféré quelle soit absente. La reine Blanche est redoutable.

         - Cette fois-ci, elle ne pourra pas nous nuire, assura Oued confiant.

         Sappho se leva, obligeant tous les députés à en faire de même.

         - Je déclare la séance ouverte, fit-elle.

         Ils se rassirent, à l’exception de Sappho qui commença son discours d’ouverture.

         - L’Empereur est mort et le Proèdre a disparu. Peut-être est-il mort lui aussi ? Les protonyx ne vont pas tarder à se libérer du joug impérial. Aussi, je vous propose de me faire sacrer sur Iadès dans les prochains jours. Y a-t-il des objections ?

         Les députés Noirs applaudirent la Princesse. Cette dernière s’était tournée en direction des députés Blancs plus rétifs avec un regard accusateur.

         - Y a t-il des objections ? Répéta-t-elle, impérieuse.

         - Une seule !

         Tous les regards se tournèrent en direction de la bulle de verre de Syris d’où était provenu ce cri de protestation. La Doyenne fermait fortement les poings en signe d’énervement et le grincement de ses dents usées qu’elle serrait nerveusement, amplifié par son micro, traversa toute la salle.

         Sappho en entendant ce petit couinement désagréable frissonna dans tout son corps.

         - Quels sont tes arguments, chère Syris ?

         Lorsque la Doyenne s’exprimait, sa bouche semblait mâcher une substance élastique et résistante.

         - Mon argument est très simple. C’est au Proèdre que revient légitimement le trône.

         - Il a disparu ! S’emporta Sappho.

         - Nous allons le retrouver, répondit très calmement la Doyenne. Mes espions viennent de le localiser. Il est pour l’instant sur Phylis, auprès du sparapet Wacé.

         Sappho resta bouche bée. Oued se leva de son siège et écarta la Princesse pour s’avancer au bord de la tribune afin de prendre la parole.

         - En ce qui concerne le Proèdre et ses agissements, je souhaiterais que vous entendiez les révélations d’une jeune personne.

         Oued fit un signe de la main aux deux Immortels qui surveillaient l’entrée de la porte principale de la salle. Ils s’écartèrent pour laisser le passage à une jolie créature brune. Elle se dirigea vers la tribune impériale et en monta les marches afin d’aller prendre place aux côtés d’Oued et de Sappho.

         La Princesse grimaça en reconnaissant la jeune fille.

         - Je vous présente Elia, fit Oued en s’adressant à l’assemblée. Cette demoiselle a beaucoup de choses à nous raconter.

         Sappho lui tira le bras pour lui parler à l’oreille.

         - Cette fille m’a trahie pour s’allier à Eden.

         - Probablement. Mais avant de songer à te venger, écoute un peu ce qu’elle va dire.

         Elia, intimidée, toussota avant de prendre la parole.

         - J’étais aux côtés du Proèdre lorsqu’il fomenta un complot contre le Commandeur des Immortels avec la complicité du sparapet Wacé.

         Oued intervint pour commenter l’explication de la jeune fille.

         - J’ai été victime hier d’un attentat au sein même du Toledo. Deux de mes hommes ont essayé de me tuer et m’ont blessé à l’épaule.

         Oued avait retroussé la manche de sa tunique pour montrer la plaie. Elia poursuivit.

         - Eden et Wacé avaient promis beaucoup de pélanine à ces deux soldats s’ils parvenaient à tuer le Commandeur.

         L’assemblée, y compris dans les rangs des Blancs, poussa un cri de protestation. La pélanine était une drogue si dangereuse que se livrer à son commerce constituait le pire crime qui puisse exister dans l’Empire.

         Oued invita Elia à se retirer. Sur un autre geste de sa main, des centaines de soldats se déployèrent autour des rangs des députés nobles.

         - Le Proèdre Eden et le sparapet Wacé sont déclarés hors la loi, décida t-il. En attendant d’éclaircir d’éventuelles complicités, tous les députés nobles sont en état d’arrestation.

         Emmenés de force en dehors de la salle par les Immortels, les délégués nobles protestèrent vainement. Les vénérables représentants étaient malmenés, frappés s’ils contestaient la décision d’Oued.

         Les savants assistèrent au spectacle sans oser s’y opposer. Avec l’élimination des nobles, ils étaient désormais très minoritaires au sein du Grand Conseil, se retrouvant seuls face aux représentants des Immortels. Syris garda parfaitement son calme et laissa la parole à Sappho.

         La Princesse s’avança au niveau d’Oued et se tourna vers les savants, les seuls qui pouvaient encore s’opposer à son pouvoir.

         - Le Proèdre nous a tous déçus. Il est déchu de ses droits au trône. Je serai votre nouvelle impératrice puisque je suis la dernière représentante de ma famille.

         - C’est faux ! Cria Syris en sortant subitement de son mutisme.

         La stupeur puis l’étonnement marqua le visage de Sappho après l’intervention inattendue de la Doyenne.

         - Que dis-tu ? Mon frère est mort et je suis sa seule soeur.

         Toutes les têtes interrogeaient Syris du regard. Quel secret la Doyenne s’apprêtait-elle à révéler ?

         La vieille femme mouilla ses lèvres avec sa langue, puis retenant son souffle, martela le terrible secret.

         - L’Empereur a eu un deuxième fils.

         L’assemblée était abasourdie. La nouvelle tombait comme un couperet. Personne n’ignorait la malédiction d’Etran. Personne ne pouvait imaginer qu’un Empereur serait inconscient au point de défier la légende.

         Sappho éclata d’un rire nerveux.

         - Tu te fais vieille, ma pauvre Syris. Tu radotes. Mon frère n’aurait jamais fait une telle erreur.

         Syris grimaça un sourire.

         - Ton frère a eu un fils et tu le connais bien. Il s’agit de ton protégé Adonis. J’en veux pour preuve le pendentif que Sa Majesté avait confié à la mère de son enfant, la reine Adwa. Il n’existe qu’un unique exemplaire de ce pendentif dans tout l’Empire et tu le portes actuellement à ton cou.

         L’assemblée poussa un soupir de stupéfaction. Le protonyx d’or brillait sur la robe de Sappho. La Princesse le serra dans son poing, comme si elle voulait le protéger du regard des dignitaires présents.

         L’histoire de Syris paraissait incroyable et le pendentif ne prouvait rien. Pourtant Sappho était intimement convaincue que la Doyenne ne mentait pas. Son frère lui avait un jour confié qu’il avait entretenu une éphémère liaison avec la reine des Amazones. Il ne lui avait jamais parlé du pendentif, mais ce nouvel élément apporté par Syris expliquait comment il avait pu entrer en possession d’Adonis.

         - Pourquoi nous avoues-tu tout cela ? Demanda Sappho à Syris.

         La vieille femme répondit tranquillement.

         - Je pense avant tout au Mensékhar. Je suis très âgée, mais le sort de l’univers m’inquiète. Que pouvons-nous faire pour éviter l’accomplissement de la malédiction ?

         - Eden sera condamné à mort pour ses crimes, trancha Sappho.

         - Et Adonis ? Demanda la vieille femme pleine de malice. N’est-il pas en tant que fils aîné de l’Empereur Sheshonq, l’héritier légitime du trône ?

         - Adonis a disparu, bafouilla Sappho.

         Oued vint à sa rescousse.

         - Adonis a disparu. Nous avons de bonnes raisons de penser qu’il a pu aider Eden et Wacé à fuir. Peut-être est-il leur complice ?     

         - Mais nous n’avons pas de preuve, objecta Syris.

         Sappho frémit à l’idée qu’Adonis puisse être condamné aux côtés d’Eden et de Wacé. Elle ne pouvait pas supporter l’idée que son amour puisse être ainsi jeté en pâture aux Immortels.

         - Adonis est innocent, protesta t-elle.

         Oued n’était pas de son avis.

         - Comment peux-tu être si formelle, ma chère Sappho ?

         Il se pencha vers l’oreille de la Princesse pour lui souffler sa vision de la situation.

         - La révélation de Syris change toutes les données du problème, expliqua t-il. Adonis devient ton rival. Il peut réclamer le trône et ses prétentions valent les tiennes.

         - Je connais Adonis, il ne revendiquera jamais le pouvoir.

         Sappho contempla tous les députés qui ne savaient qui choisir entre les deux prétendants. Les savants marquaient ouvertement leur préférence pour Adonis, dans l’espoir de gagner du temps. Les Immortels étaient eux-mêmes partagés. D’aucuns espéraient voir un homme monter sur le trône de préférence à une femme.

         Oued mit un terme à la cacophonie en rassemblant ses troupes.

         - Je vous rappelle que nous avons pour l’instant une seule personne capable matériellement d’affronter les protonyx. Par conséquent, la Princesse Sappho sera sacrée demain sur Iadès.

         - Je suis prête à faire un geste, concéda t-elle. En l’absence d’Adonis, j’assumerai la responsabilité du pouvoir. Mais comme je n’ai pas eu d’enfants, je recommanderai Adonis pour me succéder sur le trône d’Etran.

         Les applaudissements fusèrent dans les rangs Immortels, relayés par les représentants des savants. Tous étaient soulagés d’apprendre que la relève pourrait être assurée après la mort de Sappho dont le tribadisme était notoire.

         Syris accepta le verdict de l’assemblée.

         - Je sais où se trouve Adonis, annonça-t-elle. Je suis prête à le prendre sous ma protection.

         Sappho n’avait pas entièrement confiance en Oued pour retrouver le jeune homme. Elle soupçonnait toujours le Commandeur jaloux de vouloir le faire périr.

         - Ramène-moi Adonis, dit-elle. Ma reconnaissance te sera éternelle.

         - Je vais embarquer pour Phylis sur-le-champ.

         Satisfaite, la Doyenne déplaça sa bulle de verre sur une pastille et quitta la salle du Grand Conseil en s’envolant, suivie de ses inséparables gardes du corps. Les députés se levèrent de leurs bancs dans un brouhaha infernal et se dirigèrent vers les portes de sortie.

         Oued et Sappho restaient seuls sur la tribune impériale.

         - Tu dois être satisfait, fit-elle à son compagnon. Tu me reprochais d’être la dernière représentante de ma terrible famille. Maintenant que j’ai un second neveu, la succession de la dynastie d’Etran est assurée.

         - Maintenant que nous savons où il se trouve, nous allons faire investir Phylis pour le retrouver.

         - Je te le déconseille, s’opposa Sappho. Laisse plutôt agir les savants.

         - Comme tu voudras. Mais ne trouves-tu pas étrange l’empressement de la Doyenne pour t’aider dans la recherche d’Adonis ?

         L’interrogation d’Oued inquiéta Sappho. La reine blanche n’était pas femme à s’avouer si facilement vaincue.

         - A quoi songes-tu ?

         - Au projet Djed. Je tiens cette information de l’Empereur. Les savants peuvent faire survivre n’importe quelle âme en la transférant dans un jeune corps. Je suis étonné que la Doyenne n’ait pas encore envisagé de se servir de cette invention pour son propre compte. Au contraire, elle persiste à supporter son corps en ruine.

         - Les jeunes corps ne manquent pas, reconnu Sappho.

         - Les corps des Fils d’Etran sont beaucoup plus rares, objecta Oued.

         Sappho venait subitement de comprendre les motivations qui présidaient aux agissements de la Doyenne. Comment n’y avait-elle pas songé plus tôt ? La vieille femme avait des vues sur le trône des Fils d’Etran. Eden étant proscrit, elle espérait se servir du corps d’Adonis pour parvenir à ses fins. La Princesse se devait de faire échouer les plans de la Doyenne.

         - Tu vas attendre que la reine blanche localise Adonis sur Phylis. Nous interviendrons alors immédiatement avec les Immortels.

         Oued hocha de la tête pour montrer son approbation. Il ne souhaitait pas particulièrement sauver Adonis des griffes des savants, mais il craignait plus que tout de voir la sorcière s’emparer du trône d’Etran.

         Il était heureux. Le discret roi noir avait été plus vigilant que sa reine et venait de contribuer à mettre en échec les plans de la rusée reine des savants.

 

Chapitre 19                                                             Chapitre 21    

 

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Published by Eloïs LOM
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