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  • : Le blog du Mensékhar
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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 13:09

 

         - Comme tu voudras, concéda l’Empereur.

         La sphère de contrôle contenant l’hologramme d’Oued s’éteignit et laissa place à un long silence. L’Empereur alla se rasseoir sur son trône de jade. Il se concentrait dans une méditation existentielle lorsque la pierre de sa bague s’illumina, le prévenant de sa mort imminente.

         Irz’gune, invisible, flottant dans les airs, se félicitait de s’être dématérialisé afin de percer les défenses de la Cité Interdite. Il avait été averti en songe qu’Eden allait être enlevé par les Immortels et livré aux savants de l’Apanama, anéantissant par la même occasion tous les projets des sages de la Planète-Mère.

         Irz’gune ne pouvait pas permettre à Syris de détruire le précieux esprit d’Eden. L’Empereur devenait trop dangereux, il était temps de le mettre définitivement hors jeu avant qu’il ne puisse commanditer à Oued l’enlèvement de son propre fils.

         La bague détectait les pulsions meurtrières d’Irz’gune, alarmant un Empereur naturellement paranoïaque. Ses mains se crispaient sur les accoudoirs de jade, sa tête faisait un mouvement de va et vient pour essayer de détecter la moindre anomalie tout autour de lui.

         La bague entrait en fusion. L’esprit d’Irz’gune l’avait déjà déclenchée les premières fois où il s’était attaqué à l’Empereur, mais la réaction du bijou avait alors été presque imperceptible, le sage n’ayant pas eu jusqu’alors d’intentions meurtrières.

         Cette fois-ci, l’Empereur sentait sa mort approcher. Mais ce qui le troublait le plus c’était qu’il ne savait pas comment ni par qui il allait être tué. La pièce était vide de toute présence humaine.

         Irz’gune devait agir très vite. Avant de s’en prendre à l’Empereur de tout l’univers, il avait décidé de neutraliser les fidèles gardes du corps de Sa Majesté. L’ectoplasme du sage se miniaturisa afin de pénétrer à travers le cuir chevelu du premier garde. La mince pellicule de peau traversée, il pénétra ensuite dans la boîte crânienne puis s’infiltra au cœur du cerveau du soldat.

         L’homme ne devait pas être très intelligent, mais les synapses de son cerveau témoignaient tout de même d’une activité cérébrale minimale. Irz’gune louvoyait entre les impulsions électriques générées par les neurones en activité.

L’implant cérébral venait d’apparaître devant le sage, relié à des myriades de synapses. Grâce à cet appareil, le garde était incapable de se révolter ou même de manifester la moindre animosité envers l’Empereur. Sa fidélité était sans faille.

         Irz’gune souhaitait prendre le contrôle de l’implant, tout en sachant pertinemment qu’il ne parviendrait jamais à retourner l’homme contre son maître. La puce était pratiquement inviolable et Irz’gune n’avait pas le temps d’en décrypter le mécanisme de sécurité.

         Peu importe, le sage avait un autre dessein pour détourner l’implant de son usage. Après tout, il protégeait l’Empereur de ses gardes du corps, mais il n’était pas destiné à protéger les soldats contre eux-mêmes. L’ectoplasme d’Irz’gune se connecta aux composants électroniques de la puce pour en prendre partiellement le contrôle.

         Les informations émises par le corps translucide d’Irz’gune étaient transmises par le canal de l’implant aux cellules du cerveau de l’Immortel. Le soldat, resté jusqu’à présent silencieux aux côtés de l’Empereur, dégaina son laser. Sans attendre, il visa son collègue qui se tenait de l’autre côté de Sa Majesté et tira une salve bleutée. Le rayon laser frôla le visage de l’Empereur et carbonisa entièrement la tête du second garde du corps.

         En voyant la masse noire, informe et fumante, l’Empereur eut un mouvement de recul. L’odeur de chair brûlée se dissémina au moment ou le corps du malheureux s’écroula sur le dallage en stéatite jaune.

         Aussitôt, le garde du corps survivant, tel un zombi, retourna son arme contre lui. Tandis que le jet lumineux bleuté se rapprochait de la tête à la vitesse de la lumière, l’ectoplasme d’Irz’gune émergea du cerveau à la vitesse de la pensée.

         Juste à temps, une fraction de seconde avant l’impact fatal. La tête du soldat s’éclaira aussitôt d’une auréole bleutée avant de se transformer en une horrible boule carbonisée. L’Immortel défiguré lâcha son laser avant de s’écrouler à son tour raide mort aux pieds de l’Empereur.

         Les mains du souverain malaxèrent nerveusement sa longue cape noire qui tombait jusqu’au sol. Le Maître des Protonyx était terrorisé. Sa bague sondeuse de pensées grésillait et émettait une lumière intense. La pierre ressemblait à de la lave en fusion, rougeâtre et translucide.

         L’ectoplasme d’Irz’gune se métamorphosa en un fil très fin et s’engouffra dans une des narines de l’Empereur. L’esprit du sage traversa la chair, une sorte de mur jaunâtre et globuleux, et s’infiltra dans les vaisseaux sanguins. Irz’gune s’ingéniait à les faire exploser les uns après les autres par la force de son mental matérialisé, provoquant ainsi de petites hémorragies internes sous le derme du souverain. Il se déplaçait le plus rapidement possible dans le corps, détruisant sur son passage tous les tissus et toutes les artères qu’il rencontrait.

         Sheshonq, en proie à des nausées, eut un bref étourdissement. Il se leva pour appeler de l’aide, mais bascula et se rattrapa en s’agrippant désespérément à son trône. La chaise de jade, déséquilibrée, glissa de son piédestal et se brisa sur le sol en stéatite.

         Irz’gune remontait les vaisseaux sanguins en direction du coeur.

         L’Empereur, à quatre pattes sur le dallage jaune, tenta de se redresser en s’aidant de ses mains. Les maux d’estomac étaient insupportables et l’obligeaient à se tordre en deux de douleur. Sa bouche cracha un caillot de sang noir.

         L’ectoplasme d’Irz’gune approchait du coeur.

         L’Empereur parvint à se redresser sur ses deux pieds et se traîna en boitant jusqu’à sa table de contrôle.

         Il ne fallait pas qu’il puisse avertir ses gardes avant de mourir. Il ne fallait pas que l’on découvre son corps avant qu’Adonis ait eu le temps de faire quitter la Cité Interdite à Eden.

         Irz’gune pénétra dans le coeur, perforant l’oreillette puis le ventricule. Sous la violence du choc, la pompe sanguine explosa.

         Foudroyé, l’Empereur tournoya au milieu de la pièce dans une dernière danse morbide et s’effondra sur le sol aux reflets brillants avant d’avoir eu le temps de prévenir ses gardiens. Il gisait sur le dos, la bouche et les yeux ouverts, figés dans une expression de terreur.

         La pierre de la bague avait fondu sur son châssis puis avait dégouliné en coulée de lave sur le doigt.

         Irz’gune sortit du corps de sa victime et contempla son oeuvre avec satisfaction. Le Maître des protonyx était mort. Les deux proèdres étaient dépossédés de leur pouvoir par la malédiction d’Etran. Seule Sappho pouvait désormais encore arrêter les protonyx. Le Mensékhar était inéluctable.

         Les visions prescientes d’Irz’gune et des autres sages s’interrompaient d’ailleurs avec la mort de l’Empereur, preuve que celle-ci préfigurait le Mensékhar. L’avenir était désormais imprévisible.

         L’ectoplasme d’Irz’gune s’arracha de la coupole du palais de l’Empereur et se promena au-dessus de la Cité Interdite, faiblement illuminée dans la nuit.

         La pleine lune se reflétait sur les parois vitrées du palais de la Princesse Sappho. Irz’gune aurait bien voulu contacter Adonis pour l’avertir du décès de l’Empereur et lui permettre de tenir Eden hors de portée de la Princesse. Mais c’était impossible. Le palais, partie intégrante et vivante de Sappho, aurait immédiatement prévenu la Princesse de l’intrusion de l’ectoplasme d’Irz’gune au cœur de la demeure.

         Sa mission accomplie, le sage ne souhaitait d’ailleurs pas s’attarder plus longuement sur Gayanès. Ses congénères l’attendaient avec impatience sur la Planète-Mère pour entendre le récit circonstancié de sa mission.

         Il fit un dernier tour du palais de Sappho avant de s’élancer vers le ciel étoilé. Après avoir effleuré la plus grosse des lunes, il contourna à bonne distance le soleil de la planète impériale. Au sortir du système solaire de Gayanès, Irz’gune emprunta une porte spatio-temporelle pour abréger son voyage.

         Le vieux sage se déplaçait à vive allure dans un tunnel aux parois lumineuses qui sillonnait les dimensions temporelles de l’univers. L’espace et le temps se contractaient dans un interminable boyau sinueux éclairé d’un dégradé de couleurs hypnotiques. Irz’gune était habitué à emprunter ces passerelles spatio-temporelles qui permettaient aux ectoplasmes et aux vaisseaux spatiaux de traverser les galaxies en l’espace de quelques dizaines de secondes.

         Un phénomène inconnu ponctua cependant son déplacement à travers les multiples dimensions de l’univers. Le dégradé de couleurs laissait à présent la place à des images grandeur nature de la planète Iadès.

         Le vieux sage supposait qu’il devait passer tout prêt de la planète rouge et qu’une déchirure de l’espace temps devait lui permettre de visualiser la surface rougeâtre d’Iadès tandis qu’il poursuivait sa course effrénée en direction de la Planète-Mère.

         Les protonyx poussaient des cris stridents, comme s’ils voulaient manifester leur puissance retrouvée à la suite du décès de l’Empereur. Certains d’entre eux, les mâles, émettaient déjà des bulles d’antimatière. Ces bulles transparentes, un peu opaques, se disloquaient au sortir de l’atmosphère d’Iadès, dispersant de l’antimatière sous la forme d’étincelles très lumineuses.

         Le message transmis par la vision d’Irz’gune était extrêmement clair. Seul un nouvel empereur pouvait désormais contrecarrer la puissance destructrice des protonyx.

         Une impitoyable lutte pour le pouvoir allait désormais s’engager sur Gayanès. Irz’gune espérait qu’Adonis parviendrait à gagner cette course contre la montre en déjouant les pièges de la princesse Sappho, en protégeant Eden et en l’amenant sain et sauf sur la Planète-Mère.

         Tandis que la vision des protonyx s’estompait au fur et à mesure qu’Irz’gune s’éloignait du système solaire d’Iadès, les parois circulaires de la passerelle spatio-temporelle retrouvaient leur dégradé de couleurs diffuses.

         A la sortie du tunnel, la lumière vira à un blanc aveuglant qui brouilla tous les points de repère du sage.

         Irz’gune venait de ressortir du trou de ver, à l’autre extrémité de l’univers, et se rapprochait de la Planète-Mère en voyageant à la vitesse de la lumière. Il n’eut aucun problème à la reconnaître parmi les autres planètes désertiques de son système solaire.

         Elle lui faisait face, dominée par le bleu de ses océans et enveloppée d’une légère robe de nuages blancs. Irz’gune survola les mers et les continents, traversant les fuseaux horaires. La nuit tombait au fur et à mesure qu’il se rapprochait de la forêt des Cèdres.

         Les sages arrivaient de tous les horizons à travers la sombre forêt pour converger en direction de la montagne de la bibliothèque. Ils tenaient chacun dans leur main un morceau de pierre lumineux, un cristal fluorescent que l’on trouvait à l’état naturel sur Okara.

         La lumière des cristaux balisait les processions dans la forêt. Irz’gune dépassa ses congénères pour réintégrer son corps qu’il avait abandonné au-dessus de la porte de la bibliothèque. Des centaines de sages se tenaient déjà à ses pieds, attendant son retour de Gayanès. Il les avertit en levant ses mains vers les cieux.

         - Mes frères, l’heure du Mensékhar a enfin sonné, dit-il calmement.

         Les sages levèrent leurs mains qui portaient la lumière diaphane des cristaux en direction d’Irz’gune et l’acclamèrent :

         - Heureux sois-tu, Irz’gune, toi qui accomplis la volonté d’Etran.

         Le sage leur répondit :

         - Nous devons nous préparer à accueillir le Mensékhar. Lorsque Adonis nous amènera Eden, nous renaîtrons alors dans un nouvel Age d’Or. Et la prophétie d’Etran se réalisera.

         La foule des sages cria l’hymne d’admiration :

         - Le Mensékhar ouvrira la porte vers un nouveau monde.

         Cette phrase prononcée par le Premier Empereur avant de mourir était devenue la devise des sages de la Planète-Mère. Dégoûtés de l’univers décadent dans lequel ils vivaient, ils n’avaient cessé d’espérer la venue du Mensékhar qui préfigurerait selon eux la venue d’un monde meilleur.

         Irz’gune exhorta ses compagnons :

         - Quittons nos corps tous ensembles afin de nous préparer au Mensékhar.

         Les sages obéirent à leur chef et quittèrent leurs corps simultanément. Des milliers d’ectoplasmes translucides s’échappaient des corps présents dans la forêt des Cèdres, puis accéléraient leur vitesse de déplacement pour entamer une danse de lumière. Le ciel de la Planète-Mère, traversé par des éclairs furtifs, s’illuminait d’un véritable feu d’artifice.

         Irz’gune aurait voulu que cet instant d’éternité ne cesse jamais. Il se sentait libéré de la matière, de la chair qui enchaînait son esprit. L’esprit ne pouvait s’échapper que temporairement du corps. Et si le corps devait mourir, l’esprit, dépourvu d’enveloppe charnelle, était condamné à disparaître avec lui.

         Le Mensékhar détruirait la matière honnie par les sages, offrant ainsi à l’esprit une occasion de s’en extraire définitivement. Mais il fallait trouver un nouvel habitacle pour héberger l’esprit qui se retrouverait alors orphelin de son enveloppe charnelle. L’esprit d’Eden était ce havre de paix dans lequel les sages fondaient tous leurs espoirs.

         Irz’gune mit fin à la fête en battant le rappel. Chaque sage réintégra immédiatement son corps. Le ciel, illuminé un court instant, redevint complètement noir.

         - Mes frères, fit Irz’gune, vous venez de vivre un avant goût de l’Age d’Or qui nous sera apporté par le Mensékhar.

         - Nous sommes prêts à revivre dans le Paradis, répondirent les sages en chœur.

         Irz’gune y était prêt lui aussi. Il n’avait plus qu’à attendre et à espérer. Attendre Eden, et espérer qu’Adonis réussisse à le protéger de leurs ennemis. Sans quoi leurs rêves s’évanouiraient à tout jamais.

         Les sages, s’ils parvenaient à soustraire Eden de l’emprise de Sappho, devaient s’attendre à des représailles. Irz’gune voulait que ses congénères aient conscience du danger représenté.

         - Soyez prêts à nous défendre contre les ennemis d’Eden.

         - Nous nous tenons prêts, promirent-ils.

         Irz’gune était rassuré. Il avait échafaudé son plan depuis des années, depuis le jour où la reine Adwa lui avait remis ce fils caché qu’elle avait eu de l’Empereur Sheshonq. Pour l’instant, son plan se réalisait à merveille.

         Il ne voyait pas de raison pour que cela ne continue pas ainsi.

 

Chapitre 16                                                            Chapitre 18  

 

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Published by Eloïs LOM
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