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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 16:45

 

         Une journée s’était écoulée depuis la funeste Joute des Couleurs. Aucune des deux parties n’avait été satisfaite par l’arbitrage rendu par l’Empereur. Les Blancs protestaient en vain contre l’arrivée des nouveaux représentants des Noirs au sein du Grand Conseil, tandis que la Princesse Sappho essayait de retarder au maximum son départ pour une planète lointaine perdue aux confins de l’univers.

         Après avoir violemment récriminé contre son exil forcé, elle avait décidé brutalement de changer de stratégie. Le départ de Sappho était l’unique condition posée par l’Empereur en échange du doublement de la représentation des Immortels au sein du Grand Conseil et Oued lui avait fait comprendre qu’elle devait momentanément se sacrifier pour son camp. Face à la pression conjuguée de l’Empereur et du Commandeur des Immortels, la Princesse s’était réfugiée dans son mystérieux palais pour essayer désormais de se faire oublier.

         Blessé par les violentes critiques dont il avait fait l’objet, l’Empereur s’était reclus dans ses appartements. Il refusait le moindre contact, seule Syris avait eu l’honneur de se voir accorder une audience particulière.

         L’empereur, dont la santé continuait de se dégrader sensiblement, ne pouvait rien refuser à celle qui lui avait promis la vie éternelle. Il lui tardait plus que jamais de prendre place dans le corps de son fils afin de retrouver sa jeunesse perdue.

         Enfermée dans sa bulle de verre, la Doyenne respirait difficilement tout au long du trajet qui l’amenait vers la résidence impériale. Pratiquement désarticulée, elle ressemblait à un mollusque rouge et blanc qui flottait dans un immense aquarium.

         L’apesanteur ne lui apportait même plus le confort dans ses mouvements. Son corps délabré partait en lambeaux et elle n’avait même plus la force nécessaire pour supporter une indispensable transplantation d’organes.

         En désespoir de cause, elle avait demandé à rencontrer l’Empereur. Lors de sa venue sur Okara, il lui avait promis de lui apporter le corps de son fils. Qu’attendait-il ? Depuis la Joute des Couleurs, le père et le fils ne s’étaient plus adressés la parole.

         Eden, tout comme son père, n’était pas réapparu à la Cour depuis l’événement. Cette absence remarquée des deux grands personnages de la famille impériale provoquait une désagréable sensation de flottement à la Cour, laissant les mains totalement libres aux Immortels.

         Le palais de Sheshonq n’était qu’une ombre furtive dans la nuit. Syris distinguait cependant assez nettement les formes aérodynamiques et incurvées de cette tour qui s’élançait fièrement vers le ciel pour s’achever en son sommet en une pointe extrêmement fine surmontée d’une sphère dorée.

         Des nuages cachèrent subitement la seule pleine lune visible en ce début de nuit, plongeant Syris et les savants de son escorte dans une obscurité totale. Désorientés, ils décelaient plus qu’ils ne voyaient, la présence du palais impérial devant eux.

         Une voix menaçante les avertit cependant qu’ils approchaient du but :

         - Vous venez de pénétrer dans une zone interdite. Veuillez préciser votre identité et sortir vos sauf-conduits.

         Deux géants sortirent de la pénombre. Syris aperçut derrière eux les rayons lasers rouges horizontaux qui barraient l’entrée principale du palais impérial.

         Les jardins étaient calmes, mais la Doyenne devinait qu’une multitude d’Immortels, cachés derrière les buissons, devaient épier leurs moindres faits et gestes, se tenant prêts à intervenir en renforts en cas d’alerte.

         L’un des savants de la suite présenta le laissez-passer impérial. Les Immortels reconnurent immédiatement le document. Il ne devait pas circuler plus d’une dizaine de ces laissez-passer dans tout l’univers. Infalsifiables, ils portaient en leur centre, gravé dans un matériau transparent, le sceau impérial qui représentait un protonyx se tenant debout sur ses pattes de derrière. L’image gravée était très fine mais donnait néanmoins une impression de relief.

         Les gardes introduisirent la carte dans le mécanisme d’ouverture de la porte. Un rayon lumineux jaune sortit du mur et balaya Syris de haut en bas. En dépit de la bulle de verre, la machine décryptait les moindres caractéristiques génétiques de la Doyenne et les comparait avec celles qui avaient été enregistrées sur la carte.

         La machine était formelle :

         - Syris, Doyenne de l’Apanama, est attendue par Sa Majesté, Sheshonq, l’Empereur de l’univers. Veuillez entrer.

         Les lasers qui barraient l’accès à la porte disparurent dans le mur. Les savants de l’escorte de Syris espéraient bien suivre leur maîtresse à l’intérieur de l’édifice, mais les gardes les arrêtèrent net en les menaçant avec leurs lasers.

         Syris était autonome dans sa sphère de verre qu’elle pouvait mouvoir grâce au seul pouvoir de la pensée. Elle s’avança seule et passa le poste de garde de la résidence impériale. Les lasers furent immédiatement réactivés après son passage.

         L’Empereur vivait dans la terreur de l’attentat. Dès sa naissance, comme tous les enfants de l’Empire, il fut présenté aux Sphinx, ces sorciers devins qui baptisaient les enfants en fonction de leur destinée. Les Sphinx ne voyaient pas l’avenir, mais avaient le pouvoir de découvrir le prénom secret de chaque enfant, le prénom inscrit en chaque homme à sa naissance et qui révélait son chemin de vie et la quintessence de son âme.

         Les Sphinx avaient nommé l’Empereur, Sheshonq, ce qui signifiait « l’Assassiné. »

         C’était pour cette raison que l’Empereur s’entourait de mille précautions. Il ne se faisait servir que par des humanoïdes et ne permettait qu’à quelques rares personnes de l’approcher. Seule sa garde rapprochée, les Immortels, avait une réelle possibilité de l’approcher et par conséquent de l’assassiner.

         Afin de parer à cette éventualité, il portait en permanence une bague sondeuse de pensées, chargée de l’avertir au cas où l’un de ses interlocuteurs manifesterait des intentions négatives à son égard. Cette bague, dont la pierre brillait en cas de danger, avait le mérite de rassurer l’Empereur et de lui éviter de sombrer dans une totale paranoïa.

         En guise de précaution supplémentaire, l’Empereur avait choisi deux Immortels comme gardes du corps permanents. Les deux hommes suivaient leur maître partout de jour comme de nuit. L’Empereur s’était assuré leur fidélité au moyen d’une puce implantée dans leur cortex qui permettait d’annihiler toute volonté de leur part.

         Quelle ironie songea Syris alors qu’elle était transportée dans un ascenseur extérieur vers le sommet de l’édifice. L’Empereur déployait des trésors d’ingéniosité pour se prémunir contre un éventuel attentat alors qu’il était en train de dépérir d’une maladie inconnue et incurable.

         L’esprit de Syris étudiait toutes les éventualités à la manière d’un ordinateur. Les diverses combinaisons défilaient dans son cerveau et aboutissaient toujours à la même conclusion. Cette maladie n’était pas une simple ironie de l’histoire. Son intuition renforçait cette conviction : la maladie de l’Empereur devait être l’œuvre d’un esprit très ingénieux. Cette maladie était un meurtre froidement programmé, le crime dans toute sa perfection.

          La Doyenne n’avait aucune preuve, mais elle ressentait l’oeuvre de cette force démoniaque qui s’attaquait à l’Empereur, l’homme le mieux protégé de tout l’univers. L’idée qu’il pouvait exister quelqu’un de plus puissant qu’elle la fit trembler dans son for intérieur. Elle admirait ce criminel déterminé. Que ne donnerait-elle pas pour connaître son identité et surtout sa manière d’opérer ?

         L’ascenseur s’arrêta au dernier étage, celui des appartements privés de Sa Majesté. Ils se réduisaient, du moins en leur partie supérieure, à un immense salon abrité sous un dôme en dentelle d’or et en cristal multicolore. Cette immense voûte égayait le salon de ses feux bariolés, de jour comme de nuit.

         Le Maître des Protonyx l’attendait, siégeant dans un trône d’audiences en jade, entouré de ses deux fidèles gardes du corps. Ce personnage insipide au visage parfaitement impassible méritait bien son titre de Maître des Protonyx. Il ne régnait sur l’immense empire galactique que par la volonté de son ancêtre Etran qui lui avait transmis, par l’intermédiaire de son sang, le pouvoir de contrôler les terribles monstres qui régnaient sur Iadès.

 Une dictature des gènes en quelque sorte. Les membres de la dynastie impériale avaient d’ailleurs reçu le qualificatif d’hémocrates. Ce terme désignait tous ceux qui tiraient leur pouvoir du précieux sang sacré d’Etran qui circulait dans leurs veines.

         Le Premier Empereur avait été très ingénieux en créant les Protonyx et en leur conférant le pouvoir de développer de l’antimatière. Il avait ainsi assuré le contrôle de l’univers à sa dynastie, jusqu’à la fin des temps. Renverser la dynastie d’Etran équivalait à un suicide universel. Sans Empereur, point de salut.

         Les savants avaient tenté en vain de reproduire les caractéristiques génétiques des membres de la famille impériale, mais le génome d’Etran s’était avéré infalsifiable. C’était Syris qui avait finalement découvert le talon d’Achille de la dynastie des hémocrates. Posséder le pouvoir, c’était posséder le corps d’un des fils d’Etran. Avec la récente découverte du procédé de transfert de cerveau, le rêve des savants devenait enfin réalité.

         La voix morne de l’Empereur trahissait une grande lassitude :

         - Quelles sont les raisons qui t’amènent ici, chère Syris ? J’espère que tu ne viens pas me faire des reproches comme les autres.

         La Doyenne, enfermée dans sa bulle de verre, s’approcha de l’Empereur.

         - Telle n’est pas mon intention, Majesté. Car contrairement aux nobles, le résultat de la Joute des Couleurs ne me fait pas peur. Il n’a pas fait basculer le pouvoir en faveur des Noirs, il instaure seulement une stricte parité entre Blancs et Noirs, renforçant ainsi le pouvoir d’arbitrage de l’Empereur.

         - Penses-tu que mon rôle soit renforcé à outrance ?

         Loin de la gêner, cette influence impériale accrue faisait rêver une Syris qui escomptait rapidement ceindre la Couronne. Elle tirerait alors tout le bénéfice de cette nouvelle donne. Elle ne mentait pas en répondant à la question inquisitrice de l’Empereur :

         - Je trouve que la situation est même plutôt commode.

         Sheshonq trouva que la Doyenne adoptait un ton beaucoup trop servile pour être honnête. Sa susceptibilité éprouvée était perceptible dans sa voix tranchante.

         - Si nous en venions aux faits.

         Syris restait très calme, exposant ses arguments avec méthode.

         - Je vais bientôt regagner Okara. Souhaitez-vous toujours transférer votre esprit dans le corps de votre fils ?

         - Plus que jamais, s’exclama l’Empereur en bondissant sur son trône. Comment pouvez-vous en douter ?

         - Lorsque vous êtes venu me voir sur Okara, il y a deux semaines de cela, vous sembliez pressé de conclure l’opération. Or vous ne nous avez toujours pas livré le Prince Eden pour permettre le transfert.

         L’Empereur évoqua avec douleur les désillusions que son fils lui avait causées :

         - Je souhaitais préserver mon fils jusqu’à la Joute des Couleurs. J’étais prêt à lui passer la main et à lui laisser une chance de gouverner l’Empire en cas de victoire de sa part. Malheureusement, il a perdu. Plus rien désormais ne s’oppose à son enlèvement. Il est même souhaitable que tout cela ait lieu le plus tôt possible.

         Ce changement d’attitude satisfaisait pleinement Syris. Elle espérait s’emparer au plus tôt du corps d’Eden, mais elle se gardait bien de montrer son impatience à l’Empereur. Elle s’approcha un peu plus du trône de jade pour faire face à son interlocuteur.

         - Je quitterai Gayanès demain matin, aux premières heures du jour, annonça-t-elle. Je me tiens à votre disposition sur Okara, Majesté.

         - Vous n’aurez plus beaucoup de temps à attendre. Je vais donner des ordres dans ce sens au Commandeur des Immortels dès ce soir.

         Syris fit une pirouette en apesanteur en guise d’approbation. L’espoir de pouvoir bientôt posséder le corps du Proèdre la faisait revivre. La fatigue accumulée au cours des jours précédents se fit néanmoins ressentir sur son corps amoindri.

         - Il se fait tard, votre Majesté. Si vous me le permettez, je vais regagner mes appartements.

         - Tu peux disposer, chère Syris. Nous nous reverrons prochainement sur Okara lorsque que j’assisterai à ma renaissance dans le corps de mon fils.

         La présence de l’Empereur  sur Okara était embarrassante, pensa Syris. Mais pouvait-elle l’éviter sans éveiller la méfiance de Sa Majesté ? Pour l’instant, il lui fallait parer au plus pressé, à savoir s’emparer du corps d’Eden. Elle aurait bien l’occasion de s’improviser une porte de sortie le moment venu.

         La bulle de la Doyenne fit demi-tour et traversa l’immense salon en direction de l’ascenseur. La porte de l’appareil se ferma derrière la vieille femme.

         L’Empereur regarda l’ascenseur descendre les longues parois de la tour à travers l’un des petits vitraux de la coupole afin de s’assurer du départ de Syris. En dehors de la présence de ses deux gardes du corps, il était à présent seul dans le vaste salon à la coupole vitrée. Il brancha ses appareils de communication pour contacter Oued.

         L’hologramme du Commandeur des Immortels apparut au milieu d’une sphère holographique dans un recoin de la pièce.

         - Que puis-je pour votre service, Majesté ?

         - J’ai une mission délicate à te confier. Peux-tu me rejoindre le plus rapidement possible ?

         - Je serai là dans un peu moins d’une heure, le temps de mener une petite enquête sur un attentat survenu au coeur même du Toledo.

         - Rien de grave ? S’inquiéta l’Empereur.

         - Non, semble-t-il, mais c’est assez étrange. J’aimerais bien mener ma petite enquête sur place.

         - Comme tu voudras.

         L’image d’Oued dans la pièce s’éteignit. L’Empereur alla se rasseoir sur son trône de jade. Oued était la seule personne de confiance pour mener à bien l’enlèvement d’Eden, estima-t-il. Il éprouvait bien quelques remords à l’idée du sort qu’il réservait à son fils, mais sa peur de la mort était bien plus terrible que ses scrupules.

         Sans le savoir, en condamnant son fils, il venait de se condamner à mort.

         La bague qu’il portait grésilla légèrement. La pierre noire, montée en bijou, vira au rouge et s’illumina en clignotant frénétiquement.

         La bague avait déjà faiblement réagi certaines nuits quand l’Empereur avait été sujet à de petites hémorragies. Il ne s’était pas vraiment inquiété car il n’avait jamais trouvé personne à ses côtés en se réveillant.

         Mais cette fois-ci, il n’y avait pas d’équivoque. La bague détectait des pensées très destructrices à son égard.

         Les deux gardes du corps, dépossédés de toute volonté tels des zombis, scrutaient la pièce d’un regard hébété. Alertés par le signal émis par la bague, ils recherchaient vainement un ennemi en chair et en os qui aurait pu attenter à la vie de leur maître.

         L’Empereur remarqua avec effroi que ses gardes du corps semblaient impuissants face à cette menace parfaitement invisible. Il était terrorisé. Un esprit malin voulait attenter à sa vie. Il s’était trahi par la haine qui le dévorait et qui se manifestait à travers la pierre de la bague transformée en un véritable morceau de lave incandescent.

          Cette intelligence diabolique était dans la pièce, tout près de lui, mais l’Empereur avait beau chercher une présence partout autour de lui, il ne voyait personne. Hormis ses deux gardes du corps, dépourvus du moindre esprit d’initiative et par conséquent parfaitement inoffensifs, il était absolument seul.

         Où l’assassin pouvait-il bien se cacher ?

 

Chapitre 14                                                              Chapitre 16 

 

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Published by Eloïs LOM
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