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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 16:41

 

         Les factions, qui avaient supporté les compétiteurs de la Joute des Couleurs au bord du grand lac, s’affrontèrent dès le départ simultané de l’Empereur, de la Princesse Sappho et du Commandeur des Immortels.

         Les combats s’étaient très vite déplacés des tribunes, matérialisées par les milliers de pastilles de lévitations qui planaient de chaque côté du plan d’eau, vers le centre du gigantesque lac sacré.

Les courtisans des deux camps s’invectivaient et se bousculaient au-dessus des flots turquoise. Certains d’entre eux, malmenés, tombaient de leurs pastilles de lévitation et plongeaient tout habillés au milieu des flots. Il pleuvait des courtisans tout autour d’Eden et d’Adonis qui étaient demeurés dans l’eau du bassin.

         Les héros du jour qui avaient canalisé l’attention de toute la Cour pendant plus d’une heure avaient déjà été oubliés par un public ingrat, bien décidé à présent à en découdre avec la faction adverse.

         La sclérotique des yeux marron d’Eden rougissait au contact de l’eau salée du lac. Il fit quelques brasses en direction d’Adonis dont la tête trempée émergeait à quelques mètres de lui. Les yeux d’or du jeune homme étaient eux aussi irrités par le sel des eaux du lac.

         - Je crois que nous n’avons plus rien à faire ici, dit le Proèdre.

         - Allons-nous en, acquiesça Adonis.

         Les deux garçons regagnèrent ensemble la berge en crawl. Une fois sortis de l’eau, ils renoncèrent à se changer dans les loges prévues à cet effet en raison de l’agitation qui régnait tout autour d’eux. D’un commun accord, ils décidèrent de gagner le palais d’Eden à pied dans leurs combinaisons détrempées.

         La somptueuse demeure du Proèdre déroulait ses tourelles et ses terrasses au cœur d’une forêt de palmiers. Adonis suivit son nouvel ami dans ses appartements privés situés au dernier étage de l’édifice. Eden abandonna sa combinaison encore humide pour revêtir une tenue de lin sertie de diamants. Il invita Adonis à se changer à son tour :

         - Tu ne vas pas rester avec tes vêtements mouillés. Tu peux choisir la tenue qui te plaira dans ma garde-robe.

         - Avec plaisir.

         Adonis s’isola derrière un paravent pour se défaire de la combinaison noire qui lui collait à la peau. Une fois nu, il fouilla dans la penderie qui renfermait de véritables trésors. Adonis n’avait encore jamais vu de vêtements aussi luxueux. Il tâtait tous les tissus, ne sachant lequel choisir, tant ils étaient plus raffinés les uns que les autres. Eden, resté en retrait dans la pièce voisine, lui ôta ses derniers scrupules :

         - Tu peux prendre la tenue qui te plaira. J’ai plus de vêtements dans cette penderie que je ne pourrais jamais en mettre dans toute ma vie.

         Une tunique azurée aux épaulettes cousues d’or et aux boutons taillés dans l’ambre la plus pure attira l’attention d’Adonis. Les sages n’auraient certainement pas apprécié qu’il porte un vêtement aussi luxueux, mais la tentation était trop forte. Le jeune homme n’aurait sans doute jamais plus l’occasion de rivaliser avec autant d’élégance.

         Eden trouvait que la tunique seyait parfaitement à celui qui était encore son rival quelques heures plus tôt.

         - Je jurerais que ce vêtement a été fait pour toi, Adonis. Tu vas avoir un succès fou auprès des dames de la Cour.

         - Je te remercie, Prince Eden, mais je ne peux pas garder un costume aussi coûteux.

         - Tu m’offenserais en refusant ce présent.

         Eden s’était calé confortablement dans un fauteuil et examinait avec attention le garçon qui l’avait affronté lors de la joute nautique avec autant de détermination. Les deux jeunes hommes auraient dû être rivaux, ennemis même. Pourtant, il n’en était rien. Eden avait de l’estime pour ce garçon généreux.

         Le Proèdre faisait à présent parler son cœur. Point de longs discours, de paroles oiseuses, ou d’expressions interminables. Simplement une intuition : Adonis était sans nul doute l’ange bienveillant dont la rencontre lui avait été annoncée au cours de ce songe étrange si bouleversant.

         Les questions pourtant ne manquaient pas. Eden ne savait absolument rien de ce jeune élève des sages de la Planète-Mère. Il ignorait tout de ses origines, ainsi que de sa présence dans l’entourage de sa tante. Tout ce qui était en rapport avec la Princesse n’était pas nécessairement négatif. Elia en était la preuve. Eden avait été injuste avec la jeune femme, il ne désirait pas commettre la même erreur avec Adonis.

         Le Proèdre se leva de son siège.

         - Si nous allions nous promener dans les jardins. Nous pourrions y discuter en toute liberté. Tu as sans doute beaucoup de choses à me dire.

         La proposition de l’héritier du trône étonna Adonis. Après l’avoir rejoint sur la terrasse de la chambre à coucher, il lui confia son embarras :

         - Je ne sais pas quoi te dire. Après tout, nous ne nous connaissons que depuis quelques heures.

         - Justement, dit le Proèdre en descendant l’escalier extérieur qui menait à une petite allée ombragée. Parle-moi un peu de toi, Adonis. Qu’est-ce qui t’amène sur Gayanès ? Tu n’es pas un habitué de la Cour impériale.

         Adonis était arrivé au pied d’une tourelle à la façade recouverte de vigne vierge. Le jeune homme comprenait parfaitement bien où le Proèdre voulait en venir. Ce dernier souhaitait savoir à qui il avait affaire. Il voulait savoir si Adonis était un allié, ou bien un partisan de la Princesse Sappho.

Le jeune homme s’expliqua :

         - Ce sont les sages de la Planète-Mère qui m’ont envoyé sur Gayanès pour assurer ta protection.

         Le Proèdre remontait la petite allée bordée de palmiers en direction d’un massif d’ifs centenaires. Il faisait preuve de curiosité :

         - Me protéger, mais de qui ?

         - De la Princesse Sappho.

         Les branchages des ifs se déployaient comme une protection bienveillante au-dessus de leurs têtes. Le Proèdre s’adossa au tronc d’un arbre un peu incliné. La pâleur de sa tunique de lin contrastait avec ses cheveux ténébreux et ses yeux auréolés de noir. Il était parfaitement détendu et ses iris marron luisaient d’une étonnante vivacité d’esprit.

         Sa voix se teinta d’un brin d’ironie :

         - Les sages de la Planète-Mère s’occupent de politique à présent ! J’ai peine à le croire.

         - C’est pourtant la vérité, s’offusqua Adonis. Mon maître, Irz’gune m’a chargé de veiller sur toi et de te conduire sur la Planète-Mère. Là-bas, tu seras en sécurité.

         - Je ne pense pas que la fuite soit une solution. Quitter Gayanès reviendrait à laisser les coudées franches à Sappho. C’est comme si tu me demandais de renoncer au trône de mes ancêtres.

         - Mais ta vie est en danger. Les visions des sages sont formelles.

         Eden appréciait qu’Adonis se soucie autant de sa sécurité. Il n’osait cependant pas lui avouer que les visions des sages n’étaient pas les seules à lui entrevoir un avenir difficile. Eden étouffait littéralement sur Gayanès, épuisé par les incessantes intrigues de la Cour. Il se serait volontiers échappé quelques heures sur la Planète-Mère en compagnie d’Adonis, mais son père lui avait formellement interdit de quitter la planète impériale.

Le regard sombre du Proèdre trahissait ses regrets.

         - Je ne peux pas quitter la Cité Interdite, Adonis. Mon père a ordonné aux Immortels de m’empêcher de partir.

         - Pourquoi fait-il cela ?

         - J’ai désobéi à ses ordres. En me cloisonnant sur Gayanès, il pense pouvoir me surveiller plus facilement.

         Adonis plaignait sincèrement le Proèdre. Il se disait que tout l’or du monde ne valait certainement pas d’être sacrifié à la raison d’Etat. Une idée traversa son esprit.

         - J’ai un moyen pour te permettre de quitter Gayanès sans risquer de t’attirer les foudres de ton père.

         - Je suis curieux de savoir comment.

         - Je vais t’apprendre la décorporation.

         Eden éclata de rire. Il abandonna l’if sur lequel il s’était adossé pour se rapprocher d’Adonis. Il lui fit signe de continuer leur promenade en direction du fond du parc.

         - Je crois que tu risques surtout de perdre ton temps avec moi. Je ne suis pas un adepte des techniques des sages. Désolé !

         - Mon maître pense que tu as toutes les capacités requises pour maîtriser la décorporation.

         - N’insiste pas. Ton maître a dû se tromper. Cela arrive.

         - Laisse-moi te prouver le contraire.

         La ténacité d’Adonis commençait à porter ses fruits. Le Proèdre était prêt à se laisser prendre au jeu, tout content qu’il était de débuter une nouvelle amitié. Il était enfin disposé à mettre un terme à la terrible solitude qu’il subissait depuis son enfance.

         - Tu sais te décorporer, toi ? Se moqua-t-il.

         - Bien sûr.

         Eden était définitivement convaincu.

         - Alors montre-moi cela.

         Adonis ne maîtrisait la technique de la décorporation que depuis quelques jours. En outre, il n’avait encore jamais eu l’occasion de former quelqu’un. Le Proèdre était son premier élève et cela le rendait un peu nerveux.

         La leçon s’annonçait laborieuse. Adonis cherchait ses marques, mais il ne les trouvait pas. Il mélangeait les enseignements de son maître, son anxiété se communiquait à Eden qui manquait déjà de concentration. Le Proèdre faisait les exercices qu’Adonis lui conseillait du mieux qu’il pouvait, mais il n’obtenait pas les résultats escomptés.

         Après plusieurs heures de tentatives infructueuses, au cours desquelles il était passé par tous les stades de la concentration, le Proèdre s’était finalement senti partir comme s’il allait perdre connaissance. Croyant qu’il allait avoir un malaise, il s’affola et réintégra aussitôt le corps qu’il venait de quitter pendant une fraction de secondes.

         - Je crois que ça a failli fonctionner, dit-il, mais j’ai paniqué au moment où je sortais de mon corps. C’était une sensation à la fois agréable et angoissante.

         - Tu avais l’impression que tu allais mourir ?

         - Oui. C’est exactement ça.

         - Tu approches du but, s’enthousiasma Adonis. On va reprendre tous les exercices.

         Il commençait à se faire tard et Eden se languissait de regagner son palais pour dîner. Il tempéra l’ardeur de son ami :

         - Si on rentrait. Je suis fatigué. Je crois que je n’y arriverais jamais.

         La maîtrise de la décorporation nécessitait des prédispositions que ne possédait peut être pas le Proèdre. L’entraînement, en outre, pouvait durer des jours, voire des semaines. A cet instant, Adonis se remémora un enseignement de son maître qu’il avait oublié de mettre en pratique.

         - Je crois que j’ai compris. Pour réussir à te décorporer du dois de concentrer dans un endroit où tu te sens particulièrement bien. As-tu une préférence ?

         - Pas ce soir, dit Eden en lui opposant une fin de non-recevoir.

         - Très bien.

Adonis n’insista pas plus, craignant d’agacer le Proèdre. Il avait compris qu’il risquait de récolter l’inverse de l’effet escompté. Eden était fatigué, les exercices sollicitaient toute sa concentration. En outre, la joute nautique avait été éprouvante. Les deux garçons remontèrent finalement ensemble les allées du parc en direction de la demeure aux innombrables tourelles enchevêtrées.

         Le soleil de Gayanès se couchait derrière le massif montagneux que l’on apercevait de la Cité Interdite. Les palmiers prenaient des teintes cuivrées, la tunique naturellement blanche d’Eden arborait de splendides couleurs bronzées.     

         Les garçons aperçurent une femme, aux longs cheveux dorés balayés par le vent du soir, qui se tenait debout au sommet d’un petit monticule fleuri. Adonis reconnut immédiatement Chelséa. Il se demandait pourquoi cette jeune femme qui semblait l’espionner ne prenait même pas la peine de lui cacher sa présence.

         Cette apparition inattendue éveilla la curiosité d’Eden.

         - C’est ton amie ? Demanda-t-il.

         - Non, mais elle fait partie de l’entourage de Sappho.

         - Quoi qu’il en soit, elle est splendide. Sa fière allure est le signe d’un caractère bien trempé. Elle a les traits et le port des Amazones.

         - Tu crois ?

         - Je suis sûr que c’est une Amazone, insista Eden. En outre, son regard ne trompe pas. Elle tient énormément à toi.

         Le visage de Chelséa semblait impassible. Seul son regard doré, qui brillait en direction d’Adonis, trahissait de vagues sentiments ténus. Le jeune homme confia ses impressions au Proèdre :

         - Je lui ai avoué mes sentiments, mais elle m’a éconduit.

         - Alors c’est qu’elle tient vraiment à toi.

         La remarque d’Eden étonna Adonis. Le fait de refuser de s’engager avec un homme pouvait-il vraiment être interprété comme une preuve d’amour ? Cela semblait contradictoire.

         - Je ne comprends pas, fit Adonis.

         - Les hommes qui s’unissent aux Amazones ne survivent pas après le coït.

         Le jeune homme frissonna à l’idée que l’acte amoureux puisse entraîner la mort.

         - C’est horrible. Comment cela se fait-il ?

         - Selon certaines légendes, les Amazones décapiteraient leur partenaire pendant le coït à la manière des mantes religieuses. Selon d’autres racontars, leur aversion pour les hommes aurait une conséquence des plus fâcheuses. Leur vagin secrèterait un poison mortel qui se diffuserait dans l’organisme de leur partenaire au cours du rapport sexuel.

         La jeune femme avait soudainement disparu du monticule, comme si elle avait deviné qu’elle était devenue le sujet de conversation des deux garçons. Le tertre recouvert d’une longue pelouse semblait à présent bien anodin sans la présence de l’insaisissable jeune femme.

         - Quelle beauté sauvage, murmura Adonis la tête encore embrumée par l’apparition de cette vision fantasmagorique.

         Après cette brève distraction, les deux garçons reprirent leur chemin en direction du palais d’Eden. Une pagode à trois étages se dressait sur leur droite au milieu des palmiers. Elle était construite sur une terrasse carrée en pierres dont les faces étaient coupées par des escaliers axés selon les points cardinaux.

         Eden bifurqua en direction de cet édifice aux murs en bois exotique et aux toitures dorées si caractéristiques par leurs courbures. Il gravit les marches en pierre et poussa les battants en bois doré de la porte d’entrée.

         La pièce était dépouillée de tout mobilier, le plancher en bois craquait sous les pas des deux garçons, des baies vitrées opaques à petits carreaux conféraient une atmosphère feutrée propice au recueillement.

Eden humait les senteurs subtiles du vieux bois exotique.   

         - Enfant, je venais souvent ici en compagnie de ma mère. Cette pièce renferme les souvenirs des jours heureux.

         Mu par son instinct, le Proèdre s’était assis au centre de la salle et avait fermé les yeux. Ses muscles s’étaient détendus, son corps s’était assoupli. Il ressentait un intense bien être intérieur, des images de souvenirs agréables défilaient librement dans sa tête.

         C’est alors qu’il fut expulsé de son corps. Tel une fusée, il traversa les trois toits successifs de la pagode pour émerger dans le ciel pastel de la Cité Interdite. Le soleil rougissait à l’horizon, au-delà des montagnes, la clarté du jour illuminait de ses dernières lueurs les pâles jardins du palais impérial.

         Libéré de son corps, Eden se procurait de nouvelles sensations enivrantes. Il se laissait griser en se déplaçant à la vitesse de la pensée. L’ectoplasme d’Adonis qui venait de le rejoindre était tout sourire.

         - Je t’avais bien dit que tu y arriverais.

         - Tu avais raison, concéda Eden.

         - Tu vas très vite t’habituer à toutes ces nouvelles perceptions.

         - Je me sens léger, libre comme l’air. Il me suffit de visualiser un endroit pour pouvoir aussitôt m’y projeter. C’est encore mieux que tout ce que j’avais pu imaginer.

         Adonis transmettait succinctement les enseignements de son maître au Proèdre. Il lui parlait des déplacements à la vitesse de la lumière, de la traversée des passerelles de l’espace-temps, des changements de forme des ectoplasmes.

         Tout était possible. Ou presque.

         Les dernières paroles d’Irz’gune concernant Eden se bousculaient dans la tête d’Adonis : Il est le seul homme depuis Etran à posséder un esprit capable de se décorporer à l’infini. Qu’est ce que son maître entendait par là ? Comment un esprit pouvait-il se multiplier sans limites ?

         Un ectoplasme libéré de son corps pouvait à peu près tout réaliser. Il pouvait même se matérialiser et porter des coups. Adonis était venu à bout du Commandeur des Immortels grâce à ce petit stratagème.

         En revanche, Adonis avait conscience d’être parfaitement incapable de scinder son ectoplasme en deux parties tout à fait autonomes. Irz’gune pensait que seul Eden était capable d’un tel prodige. Le jeune homme, interloqué par les propos de son maître, regardait le Proèdre se déplacer dans les airs avec curiosité. Il hésita un instant, puis il prit la décision de tenter l’expérience qu’Irz’gune lui avait suggérée.

         Adonis fonça sur l’ectoplasme d’Eden à la vitesse de la lumière. Au lieu de traverser la silhouette vaporeuse, il fut aspiré dans un violent tourbillon dont la force centrifuge le maintenait de force au cœur des lymphes du jeune prince.

         Adonis percevait le désarroi d’Eden comme s’il ne faisait qu’un avec lui. Les sensations qui l’assaillaient le transportaient au septième ciel. Il n’y avait plus de commencement, plus de fin. L’espace tout autour de lui était empli d’une vision d’éternité.

   

Chapitre 13                                                                Chapitre 15

 

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Published by Eloïs LOM
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