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  • : Présentation et publication intégrale de mon ouvrage de science-fiction appelé le Mensékhar
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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 20:01

 

         - Veux-tu jouer aux échecs avec moi, Adonis ?

         Sappho était entrée dans la salle dans un chatoiement de couleurs. Sa longue robe serrée comme une gaine au niveau de la taille formait un délicieux patchwork.

         Adonis arrêta ses exercices de concentration. Il s’entraînait sans interruption depuis le début de la matinée et son corps était fourbu. Il fut séduit par la proposition de la Princesse.

         - Ce sera avec plaisir.

         - Nous allons jouer dans ma chambre.

         La chambre à coucher de Sappho reflétait sa personnalité mieux que toutes les autres pièces du palais. Les murs étaient entièrement tapissés d’alvéoles marron comme dans une ruche. Une lumière continue et faible était diffusée à travers chacune de ces alvéoles, ce qui conférait à la pièce une ambiance feutrée. Un lit doré comme le miel et enveloppé de voilages transparents, trônait au centre de la pièce. Il constituait le seul meuble de la chambre en dehors d’un grand miroir sur pied et d’une table de jeux d’échecs accompagnée de ses deux fauteuils.

         Adonis et Sappho prirent place l’un devant l’autre sur les deux sièges. La Princesse avait choisi la place qui lui permettait de jouer avec les noirs. Avant l’arrivée d’Adonis sur Gayanès, elle s’habillait essentiellement dans cette couleur et cela depuis son plus jeune âge. Le noir et son côté obscur un peu mystérieux l’avait toujours irrésistiblement attirée.

         Depuis quelques temps, Adonis avait totalement changé sa façon de voir les choses, elle en était plus ou moins consciente. Désormais, elle rivalisait de couleurs chatoyantes dans l’unique but de plaire au jeune homme, ou du moins d’attirer son attention.

         Les pions de l’échiquier étaient d’un noir sombre comme la plus longue des nuits d’hiver. Un noir si profond que l’on avait l’impression de tomber dans un puits sans fond quand on les fixait longuement. Sappho voyait dans cette couleur le symbole de sa lutte à mort contre les Blancs du Grand Conseil.

         Adonis avança de deux cases le pion d’albâtre placé devant son roi. Sappho l’imita. A chaque fois qu’Adonis déplaçait une pièce, Sappho bougeait la même comme dans un effet de miroir. Son attitude agaça le jeune homme.

         - Les échecs nécessitent une stratégie, Princesse. En me suivant, vous vous privez d’initiative et vous avez toujours un temps de retard sur moi.

         - Peut-être est-ce cela ma stratégie, répondit-elle mystérieusement.

         Sappho ne sous-estimait pas Adonis, loin de là. Le jeune homme était doté d’une vivacité d’esprit et d’une clairvoyance exceptionnelles. Mais la Princesse était une maîtresse de la stratégie et de l’intrigue. Pour gagner contre ce garçon qui calculait chaque déplacement plusieurs tours à l’avance, elle devait parvenir à le surprendre.

         Au cinquième coup, Sappho déplaça un cavalier alors qu’Adonis venait d’avancer son fou. La Princesse venait de reprendre un tour d’avance. Elle venait d’adopter une stratégie offensive. Les attaques, appuyées par une solide défense, obligeaient Adonis à sacrifier des pièces pour protéger son roi.

         - Vous êtes sans pitié, Princesse.

         Sappho se réjouissait de l’embarras que manifestait son brillant adversaire.

         -  Tu étais trop sûr de toi. J’espère que tu ne commettras pas la même erreur lors du prochain combat nautique.

         Adonis était en difficulté, mais gardait son calme. Il ne céda pas à la panique, ce qui lui évita de commettre des erreurs comme Sappho l’avait espéré. La Princesse ne pouvait plus compter sur l’effet de surprise et Adonis résistait beaucoup mieux à ses attaques qu’elle ne s’y était attendue. Il prit la dame noire.

         - Vous avez crié victoire trop tôt, Princesse.

         Sappho perdait sa pièce favorite. Elle s’identifiait aisément à la dame, la pièce qui était selon elle la plus importante du jeu. Le roi, comme tous les hommes selon elle, n’était qu’un simple gibier à abattre.

         - Tu es encore trop sûr de toi, Adonis.

         Le jeune homme avait excessivement concentré son attention sur la dame noire. Sappho l’avait hypnotisé en déplaçant dans une danse frénétique cette pièce à travers tout l’échiquier. Adonis, en prenant la dame, ne s’était pas aperçu qu’il plaçait son roi en première ligne.

         - Echec ! S’écria Sappho.

         Adonis sacrifia une tour pour protéger son roi.

         - Echec !

         Le piège se refermait autour du roi blanc. La dame blanche dût se sacrifier à son tour, dépouillant Adonis d’une de ses dernières pièces maîtresses.

         - Je crois que la partie est terminée, fit-il.

         Sappho ne l’entendait pas ainsi. Elle avait l’avantage et souhaitait s’amuser avec son malheureux adversaire jusqu’au bout.

         - Tu n’es pas encore mat.

         Adonis, furieux d’avoir perdu la partie, voulut mettre fin à son calvaire. Il fit tomber son roi sur l’échiquier.

         - J’ai perdu. Nous arrêtons là.

         Sappho regretta de ne pas avoir mené la partie jusqu’à son terme, mais elle ne s’offusqua pas de la réaction excessive de son adversaire. Elle retirait suffisamment de satisfaction à l’idée d’avoir pu battre un jeune prodige de l’Elakil.

Face à elle, Adonis persistait à montrer sa mauvaise humeur. D’habitude, il prenait soin de cacher ses sentiments et de contrôler ses attitudes, mais cette fois-ci le naturel prenait le dessus. Le jeune homme était dans tous ses états à l’idée de s’être fait battre aussi aisément.

         Comme il est beau quand il est en colère, songea la Princesse admirative.

         - Pour me faire pardonner, je te propose de faire une promenade dans les jardins du palais, fit-elle.

         - C’est une bonne idée.

         Ils n’eurent pas le temps de quitter le palais. Alors qu’ils descendaient l’escalier pour gagner le hall de la demeure, Oued se présenta à l’entrée et demanda à être reçu en audience particulière par la Princesse.

         - Faites-le entrer, ordonna Sappho à ses domestiques.

         Le Commandeur fit irruption dans le hall et s’exprima d’une voix fébrile :

         - Tout se passe exactement comme tu l’espérais, Princesse. L’Empereur vient de demander à son fils de représenter les Blancs à la prochaine joute nautique.

         La Princesse descendit les marches dans un enchaînement de sauts gracieux, balançant nonchalamment ses bras le long de son corps. Elle poursuivit sa danse autour du Commandeur, souleva le long foulard qu’elle portait autour de son cou et en enveloppa le militaire.

         - Je me doutais que mon frère choisirait son fils pour concourir contre Adonis, mais je n’osais pas l’espérer, exulta-t-elle.

         - Ne te réjouis pas trop vite, fit-il en lui rendant son foulard. Ton frère a fait un choix judicieux. Eden est le plus à même de battre ton jeune protégé.

         - Tout se déroule comme je l’avais prévu. Douterais-tu de mes talents de stratège ? Je vois notre progression vers le pouvoir comme une partie d’échecs. Avant toute chose, le cavalier noir, représenté par notre cher Adonis, doit prendre le cavalier blanc. Il est grand temps pour nous d’en finir avec le Proèdre.

         Oued apprécia ce rapprochement avec les échecs.

         - Méfiance. Le cavalier blanc est une pièce importante, mais la dame blanche ne doit pas être sous-estimée.

         - Tu veux parler de la Doyenne de l’Apanama, je suppose. Cette femme est très dangereuse, mais nous ne pourrons nous dresser contre elle que quand nous serons arrivés au pouvoir. Pour l’instant, le cavalier blanc est le principal obstacle qui se dresse entre le trône et nous.

         Adonis descendait à son tour les majestueux escaliers en marbre blanc de l’entrée du palais de Sappho. Le jeune homme appréciait modérément la perspective d’avoir à affronter Eden lors de la joute nautique. Sa véritable mission n’était-elle pas au contraire de protéger le Proèdre à tout prix ? Les sages avaient-ils intégré cet événement dans leurs desseins ? Comment Adonis devait-il réagir ? Devait-il accepter ou non le combat ? Et s’il l’acceptait, devait-il laisser Eden gagner ?

         Il avait décidé de se décorporer à la première occasion afin de demander conseil à Irz’gune. Mais pour l’instant, il espérait que Sappho pourrait l’aider à répondre aux questions qui l’assaillaient.

         - Croyez-vous qu’il soit utile que j’affronte le Proèdre dans un combat singulier ?

         La question d’Adonis étonna la Princesse. La réponse pour elle allait de soi.

         - Mais bien sûr, cela parait évident. En remportant la joute contre le Proèdre, tu le ridiculiseras aux yeux de la Cour et il perdra le peu amour propre qu’il possède encore. Ton maître Irz’gune ne t’a-t-il pas expliqué tout cela ?

         - Mon maître a brièvement fait allusion à une compétition avec Eden. Mais il ne m’a jamais parlé d’une joute nautique.

         - Les sages de la Planète-Mère voient l’avenir avec une précision déconcertante, avoua Sappho. Tout ce que Irz’gune m’avait annoncé est en passe de se réaliser.

         Adonis se reprochait intérieurement d’avoir été aussi naïf. Sappho ne pouvait pas lui donner la réponse satisfaisante et rassurante qu’il attendait puisqu’elle ne poursuivait pas le même dessein que lui. La Princesse voulait se débarrasser du Proèdre, tandis que lui voulait le sauver.

Seul Irz’gune pourrait le conseiller sur la meilleure manière de contrecarrer les plans de l’ambitieuse Princesse. Son maître semblait en savoir bien plus qu’il n’avait consenti à lui en dire jusqu’à présent. Une explication avec lui s’imposait de toute urgence, avant que ne débute la joute nautique.

         Oued, quant à lui, s’inquiétait de plus en plus à propos de l’issue du combat. Contrairement à Sappho, il n’était pas vraiment assuré de la victoire d’Adonis. Eden n’était pas d’une constitution plus athlétique que son rival, mais il avait toujours remporté l’épreuve nautique contre de puissants champions. Il représentait un sérieux compétiteur  face à l’élève des sages de la Planète-Mère.

         - Es-tu sûr d’être le meilleur ? Demanda-t-il au jeune homme.

         Adonis intégra mentalement les principales caractéristiques d’Eden et en conclut que le Proèdre ne constituait pas un rival dangereux.

         - Le Proèdre ne me fait pas peur, affirma-t-il. Je dois reconnaître que durant ma première année d’études sur Okara, Eden était le seul étudiant à pouvoir me battre au combat. Mais depuis, j’ai énormément progressé.

         Le Commandeur exigeait plus que quelques bonnes paroles pour être convaincu.

         - J’aimerais en avoir la certitude. Es-tu prêt à m’affronter, Adonis ?

         Le jeune homme hocha la tête en signe d’approbation. Oued dégaina aussitôt son épée et en sortit la lame du manche. Elle était en plasma, un magma de plusieurs millions de degrés contenu dans le manche et qui prenait la forme d’une lame en présence d’un champ électromagnétique. Ultra chaud et résistant, il prit l’apparence d’une lame très tranchante. Oued se rua sur le jeune homme, son arme à la main.

         - Tu dois te défendre par n’importe quel moyen, je n’hésiterai pas à te tuer.

         L’épée aurait tranché la tête d’Adonis s’il ne s’était pas penché pour esquiver le coup.

         - Le combat est inégal, s’exclama-t-il. Je n’ai pas d’arme.

         - J’ai une épée, mais je suis moins fort que le Proèdre. Si tu parviens à me battre sans arme, alors tu le vaincras à son tour.

         Adonis recourrait à toute la souplesse de son corps pour éviter l’épée luisante qui s’abattait sur lui comme la foudre déchaînée déchirait le ciel. Handicapé par son imposante arme, le commandeur était lourd dans ses mouvements mais il portait des coups puissants. Adonis le contrait en lui opposant une intense mobilité.

         L’épée fendit le sol dans un éclat de pierres. Adonis profita du court instant pendant lequel l’épée était à terre pour frapper le bras du Commandeur de toute la force de son pied droit. L’arme voltigea dans les airs, puis finit sa course en allant se planter dans une dalle de granit qu’elle transperça comme du beurre.

         Adonis s’interposa entre le Commandeur et son arme. Oued, débarrassé de sa lourde épée, s’avéra être beaucoup plus rapide qu’auparavant. Adonis, pris de court, blessé par un violent coup de pied dans l’abdomen, tomba à terre, roula sur le sol pour se soustraire à la portée de l’Immortel, puis se redressa sur ses deux jambes, les bras croisés devant lui en guise de défense.

         Le coup porté dans le bas du ventre le faisait terriblement souffrir mais il se gardait bien de montrer le moindre signe de faiblesse. Il estimait que l’art du combat consistait pour une bonne part à impressionner l’adversaire.

         Oued extirpa l’épée à plasma du sol. Il modifia mentalement le champ électromagnétique, sculptant ainsi à volonté la forme de la lame de son arme. Le plasma se liquéfiait en se modelant et prenait à présent la forme incurvée d’un sabre de la meilleure facture.

         Adonis reculait devant Oued qui balayait indistinctement l’espace devant lui avec son arme. Le Commandeur cherchait à blesser le garçon, tout en paralysant la moindre possibilité d’attaque de sa part. Un seul contact avec la lame de l’épée à plasma pouvait s’avérer mortel, tant la chaleur dégagée était à même de sectionner les chairs et les os les plus épais.

A force de reculer, Adonis se retrouva coincé dos au mur. Le voyant acculé, Oued leva le sabre et frappa un coup violent en direction du visage de son adversaire.

         Adonis balança son torse de côté, laissant l’arme exploser contre le mur avec une violence inouïe. La lame en plasma se brisa et un morceau de magma informe tomba sur le dallage. Oued brandit ce qui restait de son arme sur le bout de magma. Coupé de son champ électromagnétique, ce dernier était revenu à l’état d’une coulée de lave dorée. L’arme brisée aspira le fluide répandu sur le sol et se reconstitua en l’espace de quelques secondes.

         Le combat pouvait continuer ainsi indéfiniment. Adonis décida d’y mettre un terme. Pour cela, il intégra les pratiques qu’il avait acquises auprès de son maître Irz’gune avec les techniques rigoureuses enseignées à l’Elakil.

         Adonis se décorpora, laissant l’ectoplasme de son esprit faire barrage entre son corps et le commandeur qui brandissait rageusement son épée. L’ectoplasme, matérialisé par la force de l’esprit d’Adonis mais toujours invisible, frappa Oued d’un puissant coup de poing dans l’abdomen. Sous la violence du choc, le soldat lâcha son arme et tomba à genoux.

         Adonis qui était resté concentré, les bras ramenés le long de son corps, sortit de sa torpeur. Son ectoplasme réintégra son corps en une fraction de seconde. Il bondit immédiatement sur Oued qui essayait de se ressaisir, puis écrasa les côtes de l’Immortel d’un coup de poing. Pour finir, il lui assena un coup de pied dans la tête.

         Adonis se jeta sur le Commandeur tombé à terre et enserra fermement sa tête à l’aide de son bras droit. Oued étouffait à moitié dans cet étau de chair et d’os. Il demanda grâce :

         - Tu as gagné, Adonis, mais s’il te plaît, laisse moi respirer.

         Adonis relâcha son étreinte. Le jeune homme triomphait de bonheur, tandis que la Princesse applaudissait son héros.

Oued se releva en s’aidant de ses mains. Sappho, tout sourire, le tança :

         - Tu n’aurais pas dû te frotter à Adonis. Es-tu convaincu maintenant ?

         Oued souffrait de contusions multiples, mais il savourait la démonstration du jeune homme. Adonis était le meilleur combattant qui lui avait été donné d’affronter.

         - Nous pouvons déjà nous préparer à gouverner, déclara-t-il en se prenant à rêver de gloire.

   

Chapitre 11                                                                 Chapitre 13  

 

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Published by Eloïs LOM
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