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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 16:02

 

         Eden qui venait de raccompagner Wacé jusqu’à la porte d’entrée avait hâte de regagner la terrasse supérieure du palais afin de profiter de la fin de la journée en compagnie d’Elia. Depuis qu’il connaissait la jeune femme, il passait le plus clair de son temps avec elle.

         C’était la première fois de sa vie qu’une personne lui accordait un peu d’affection. Elia l’aimait et le couvrait d’attention. Eden trouvait chaleur et présence humaine auprès d’elle. Avec elle, il se sentait moins seul au monde.

         Quelle ne fut pas sa déception lorsqu’il pénétra sur la terrasse et constata avec amertume qu’Elia n’y était plus. Il fut encore plus surpris en apercevant son père qui l’attendait debout, seul, au milieu de la terrasse.

         Il avait dû venir chez son fils, directement après avoir quitté le Grand Conseil. Il portait encore son costume d’apparat, une grande cape étincelante de pierreries multicolores. Un homme de son élégance qui changeait de toilettes plusieurs fois par jour aurait certainement revêtu une tenue plus sobre, mieux appropriée en perspective d’un entretien privé, s’il avait eu le temps de repasser par son palais.

         L’Empereur n’avait pas habitué son fils à des visites privées. Eden devinait que son père était venu le voir soit dans l’intention de lui faire de nouvelles remontrances, soit pour lui demander de lui rendre un important service. Des milliers de questions fourmillaient dans l’esprit du jeune homme.

         - Comment êtes-vous entré, père ?

         - L’un de tes domestiques m’a ouvert la porte. Nous avons ensuite dû nous croiser dans le dédale des couloirs de ton palais, car ton serviteur m’a fait attendre un moment dans le grand salon avant de me prévenir finalement que tu te reposais sur cette terrasse.

         Le domestique avait habilement manœuvré pour empêcher toute rencontre entre Wacé et l’Empereur.

         - Où est Elia ? Demanda Eden.

         - Je lui ai expliqué que je voulais m’entretenir seul avec toi. Elle a parfaitement compris la situation et s’est retirée dans sa chambre.

         Eden n’appréciait pas que son père se soit permis de le priver de la présence de sa dernière conquête. Il ressentait l’initiative de l’Empereur comme une sanction, mais il se gardait bien de manifester sa frustration.

         - Qu’avez-vous de si important à me confier, père ?

         - Je voulais te voir en privé pour deux raisons. En premier lieu, je voudrais que tu fasses preuve d’un peu plus de maturité à l’avenir. Ce safari sur Iadès est impardonnable, c’est la dernière fois que je couvre tes débordements. Une telle erreur de ta part aurait pu être exploitée par Sappho afin d’ébranler mon autorité.

         La discussion s’annonçait houleuse. Eden regrettait d’avoir caressé le fol espoir de croire que son père pourrait venir le voir dans le seul but de lui confier une mission de confiance.

         - Je croyais qu’Oued avait étouffé toute l’affaire, protesta le Proèdre. Il m’a expliqué que selon la version officielle, toutes les victimes de ce safari étaient décédées dans un tragique accident d’aéronef. Rassurez-vous, père, votre réputation sera préservée.

         - Il l’a fait à contrecœur. Il ne voulait pas que l’on se débarrasse des témoins.

         - Quels témoins ? S’étonna Eden. Je croyais que tous mes amis avaient été tués par les protonyx.

         - Il restait cinq survivants, avoua l’Empereur. L’un d’eux était grièvement blessé et n’a pas survécu. Les quatre autres auraient pu ébruiter toute cette histoire et me discréditer. Je n’avais pas le choix. A ton avis, comment réagiraient les notables de l’Empire s’ils apprenaient que l’Empereur n’a pas la moindre autorité sur son propre fils ?

         L’angoisse étreignit le Proèdre.

         - Que leur avez-vous fait, père ? Vous les avez fait tuer ?

         - Je ne suis pas un monstre. Ces jeunes gens ont été vendus comme esclaves aux Amazones.

         - Le sort que vous leur avez réservé est pire que la mort, s’insurgea Eden. Les Amazones ont la réputation d’utiliser les hommes comme reproducteurs puis de les tuer après le coït. Ces femmes sont de véritables mantes religieuses.

         - Ces bons à rien auront au moins servi à quelque chose, ironisa l’Empereur.

         - C’étaient mes amis.

         L’Empereur s’emporta. Il se mit dans une de ces légendaires colères noires qui terrorisaient généralement son entourage.

         - Ils sont beaux tes amis. Des inconscients et des irresponsables. J’ai évité le déshonneur à leurs familles. Les protonyx sont des animaux sacrés, ce sont les garants de notre dynastie. Nul n’a le droit de les chasser, encore moins de les tuer.

         - Vous m’écœurez, père. Vous osez prétendre avoir voulu sauver l’honneur de ces familles pour justifier vos crimes.

         Le Proèdre était profondément écoeuré par le comportement de son père. Il se disait qu’il n’avait vraiment aucun point commun avec ce monstre pathétique de cynisme qui avait fait preuve, une fois encore, d’une incroyable cruauté.

         - Tu apprendras que l’exercice du pouvoir requiert quelques sacrifices. De toute manière, tout ceci est de ta faute. Cela dit, en dépit de tous tes égarements, je suis venu t’accorder une dernière occasion de te racheter en te confiant une mission de toute première importance.

         Eden était sur la défensive. Il se demandait ce que son père allait bien pouvoir lui demander de faire. Allait-il devoir encore exécuter une sale besogne inavouable ?

         - De quoi s’agit-il ?

- Tu le saurais si tu étais venu assister à la séance du Grand Conseil de ce matin.

         - J’étais très occupé.

         Eden avait été très occupé avec Elia, ce qui valait mille séances du Grand Conseil avec leurs discussions oiseuses qui l’ennuyaient fortement. L’Empereur, d’habitude si prompt à blâmer son fils à la moindre incartade, ne souhaitait pas cette fois-ci s’attarder sur ce sujet de discorde.

         - Les discussions étaient houleuses. Ma soeur m’a ouvertement mis au défi de trouver un champion qui puisse battre le sien lors de la prochaine joute nautique. En cas de victoire de son héros, je me suis engagé à doubler la représentation des Immortels au sein du Grand Conseil. Dans le cas contraire Sappho s’engage à quitter définitivement la Cité Interdite.

         - Ma tante aurait-elle perdu l’esprit ?

         - Je ne crois pas. Je me suis bien renseigné. Adonis, le jeune champion qu’elle a choisi pour la représenter, est le meilleur élément de l’Elakil.

         Eden se dirigea nerveusement vers la balustrade de la terrasse en faisant mine de réfléchir. Après avoir regardé d’un air songeur les luxuriants jardins de la Cité Interdite, il se retourna et s’adressa à son père :

         - Cet Adonis était avec moi à l’Elakil en première année. C’était le meilleur d’entre nous mais je l’ai battu plusieurs fois en combat singulier.

         L’Empereur sourit de satisfaction. Il était venu voir Eden dans un but bien précis et il ne s’était manifestement pas trompé. Son fils, pensait-il, était un incapable tout juste bon à passer ses journées à faire du sport. Il était d’ailleurs très bon dans cette discipline. Eden avait remporté les deux dernières joutes nautiques contre les meilleurs champions des Immortels pourtant réputés invincibles. Il était naturel de penser à lui pour représenter les Blancs pour la troisième année consécutive.

         - Es-tu toujours aussi assidu à tes séances de sport ?

         - Je m’entraîne tous les jours.

         L’Empereur était définitivement convaincu. Son fils était sans nul doute le meilleur challenger d’Adonis. Eden venait sans le savoir de gagner quelques jours de sursis ; il était en effet plus prudent d’attendre la fin de la joute nautique avant de procéder à son enlèvement.

         - Je compte sur toi pour battre Adonis dans quelques jours. Nous devons gagner pour mettre fin aux agissements de Sappho, mais aussi pour préserver l’équilibre politique de l’Empire entre les Noirs et les Blancs.

         Eden n’osait pas y croire. Son père avait décidé de s’en remettre pleinement à lui pour décider du sort de l’Empire. Ses yeux, mouillés par des larmes de joie difficilement contenues, rougissaient en leurs extrémités.

         - Vous serez fier de moi, père. Nous allons administrer à Sappho une leçon dont elle se souviendra.

         - Je te le souhaite. Si tu l’emportes, tout l’Empire se ralliera à ton nom. Dans le cas contraire, Sappho sera plus puissante que jamais.

         Eden était arrivé aux mêmes conclusions que son père : seuls Sappho et Oued pouvaient contrecarrer son accession au trône. Le Commandeur serait bientôt assassiné par ses propres soldats et il ne tenait qu’à lui désormais d’éliminer son rival, le jeune Adonis, afin de causer la perte de sa tante.

         Pour la première fois de sa vie, Eden se sentait maître de son destin. Lui seul allait décider de l’issue de la partie qui se jouait entre les principales forces de l’Empire. Il allait enfin pouvoir faire ses preuves.

         - Je vais immédiatement commencer à m’entraîner, fit-il avec enthousiasme.

         - Et moi je vais aller prévenir ma chère soeur que son champion doit s’attendre à affronter un rival à sa hauteur.

         L’Empereur quitta la terrasse, laissant Eden songeur devant un rosier grimpant en fleurs. Il coupa une rose et en dégarni la tige de ses ronces. Il lui tardait de rejoindre Elia qui devait l’attendre dans sa chambre. Il souhaitait lui annoncer la bonne nouvelle.

         Eden retrouva la jeune fille dans sa chambre comme il l’avait espéré. Elia était allongée sur le lit et avait dû s’endormir. Son sommeil devait être particulièrement troublé; elle ne cessait pas de se retourner en marmonnant des paroles incompréhensibles.

         Le Proèdre se pencha sur sa compagne et lui offrit un baiser délicieux de fraîcheur. Elia ouvrit les yeux et se sentit immédiatement apaisée en voyant son compagnon lui sourire. Eden souleva quelques mèches de cheveux de sa compagne, puis passa la rose qu’il avait cueillie dans sa longue chevelure démêlée.

         - J’ai une très bonne nouvelle à t’annoncer, mon ange. Mon père souhaite que je représente les Blancs à la future joute nautique. Je vais affronter Adonis en combat singulier.

         - Tu as refusé, j’espère.

         La réaction négative d’Elia perturba profondément Eden. Il ne comprenait absolument pas pourquoi la jeune femme ne partageait pas son enthousiasme.

         - J’ai accepté au contraire. Pour quel motif valable aurais-je refusé la confiance que mon père daigne enfin m’accorder ? J’attends une reconnaissance de sa part depuis si longtemps.

         Le visage d’Elia s’était contracté dans une expression de terreur. Elle était particulièrement agitée et avait dû se lever du lit afin de se détendre un peu en faisant quelques pas dans la chambre. Elle supplia Eden en s’agrippant à son bras droit :

         - Tu ne dois pas combattre contre Adonis. Je viens de faire un songe. J’ai rêvé que tu affrontais Adonis lors de la joute nautique et que tu perdais.

         Eden explosa de colère. Sa compagne venait de détruite en quelques secondes toutes les illusions de victoire qu’il avait osé entretenir.

         - Comment peux-tu dire une chose pareille ? Comment peux-tu oser affirmer que tu m’aimes alors que tu ne crois même pas en moi ?

         - Cela n’a rien à voir avec l’amour que j’éprouve pour toi, protesta-t-elle. Je ne suis pas responsable de mes visions. Je tenais simplement à te mettre en garde afin de t’éviter de commettre une grave erreur. Mes visions sont très claires, il n’y a pas de doute. Si tu n’affrontes pas Adonis, tu seras le futur empereur de l’univers. Dans le cas contraire, tu perdras le combat contre Adonis et Sappho succédera à ton père. Son plan est d’ailleurs bien préparé. Elle espère cette confrontation afin de te disqualifier.

         Eden restait sourd aux avertissements d’Elia. Il était persuadé qu’il était le seul à pouvoir battre Adonis. En lui ôtant ses illusions, Elia le trahissait. Dans un élan de fureur, il gifla violemment la jeune femme qui retomba sèchement sur le lit. La malheureuse pleurait, ce qui agaçait encore un peu plus le Proèdre.

         - Tu viens de trahir mon amour, hurla-t-il.

         Elia sécha ses pommettes roses mouillées par les larmes à l’aide de ses mains. Elle se releva du lit et se dressa devant son ami.

         - C’est par amour que j’ai décidé être honnête envers toi. Je ne voulais pas te bercer d’illusions. Ton père complote contre toi et il t’utilise comme un pion. Tant que tu lui seras utile, il ne tentera rien contre toi. Mais après il te sacrifiera sans la moindre pitié.

         - Tu m’as fait plus de mal que tous mes ennemis réunis. Tu vas quitter mon palais, je ne veux plus jamais te revoir.

         Les joues rosées d’Elia pâlirent d’inquiétude.

         - Que vais-je devenir ? Sappho a décidé de me perdre. Hors de ton palais, je suis condamnée à mort.

         Le Proèdre restait inflexible.

         - La prochaine fois, tu réfléchiras avant de parler à tort.

         Elia éclata de nouveau en sanglots. Le Proèdre, indisposé par les jérémiades de la jeune fille, fit appeler deux de ses gardes du corps.

         - Je me suis trompé, je ne peux pas te laisser quitter mon palais si facilement. Tu en sais beaucoup trop. Tu pourrais prévenir le Commandeur qu’un attentat se prépare contre lui. Tu pourrais également aller raconter à tout le monde que je vais perdre le combat contre Adonis. Si mon père devait avoir vent de telles inepties, il me retirerait immédiatement sa confiance.

         Elia reprenait ses esprits. Elle venait de comprendre où le Proèdre voulait en venir et essaya de s’échapper par la porte. Trop tard. Les deux gardes du corps arrivèrent au même moment et coupèrent sa retraite.

         Le Prince Eden donna quelques ordres secs aux soldats :

         - Emmenez-la dans une chambre du palais. Surveillez-la attentivement. Elle ne doit quitter ces lieux sous aucun prétexte.

         Elia griffait ses gardiens et se débattait avec toute la rage du désespoir. La rose qu’Eden avait passé dans ses cheveux tomba sur le sol.

         - Ta mauvaise réputation était justifiée et j’aurais dû écouter plus attentivement les conseils que l’on me prodiguait, pleura-t-elle amèrement. Ma seule consolation, c’est que tu viens de te perdre en me répudiant.

         Eden était resté superbement indifférent aux menaces d’Elia. Il avait attendu que ses deux gardes du corps emmènent la jeune femme hors de sa vue, puis était demeuré un long moment seul sur la terrasse du palais.

         Le Proèdre avait écrasé avec rage la rose traînait à ses pieds. Les pétales blancs immaculés furent souillés puis complètement déchiquetés par ses chaussures.

         De sombres pensées envahirent soudainement Eden. Il n’avait jamais douté des dons de voyance d’Elia. Alors pourquoi sa compagne n’avait-elle pas deviné que ses révélations risquaient d’entraîner sa répudiation ? Elia n’avait pas pu ne pas percevoir le danger auquel elle s’exposait en parlant à son amant en toute franchise. Et pourtant, elle avait pris ce risque insensé.

         Soudain, la réponse à cette question apparut évidente à Eden. Elia avait pris tous ces risques par amour pour lui. Elle savait qu’elle serait peut-être disgraciée, mais il était plus important à ses yeux de protéger et de prévenir son amant que d’assurer sa propre sécurité.

         Certains mensonges étaient plus agréables à entendre que la vérité. Elia avait choisi de dire la vérité, quoi qu’il puisse lui en coûter.

         Le Proèdre se rendit compte qu’il venait de commettre une terrible erreur d’appréciation. Une rage mêlée d’une douleur indescriptible l’étreignit. Il venait de condamner Elia par erreur et la jeune femme ne pourrait sans doute jamais lui pardonner cette injustice.

         Pire encore. Elia n’avait pas menti, le Proèdre n’avait pas d’avenir dans la joute nautique. Il allait perdre le combat contre Adonis et malgré cela, il se sentait incapable de renoncer à affronter son rival.

         Les dés en étaient jetés. Eden se sentait aspiré dans un tourbillon qui l’emportait à sa perte et il n’avait plus le courage de lutter. Il s’était résigné à perdre, contre Sappho et contre l’univers tout entier.

 

Chapitre 10                                                                Chapitre 12    

 

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Published by Eloïs LOM
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